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 Chroniques de ma fin du Monde

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MBS

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MessageSujet: Chroniques de ma fin du Monde   Dim 2 Déc 2012 - 15:42

Puisque dans 20 jours, notre cœur d’univers ne sera plus que poussière, il ne sert plus à rien de se cacher derrière des secrets, des apparences, des voluptés narcissiques. Le grand compte-à-rebours qui nous remettra tous à zéro est entamé et rien, ni personne, sinon de prétendus sauveurs autoproclamés, ne l’arrêtera. Alors ? A quoi bon ruser avec le monde ? A quoi bon se présenter sous le voile de ce qu’on n’est pas ?
Il me reste 20 jours pour dire ma vérité.
La seule qui compte.

1er décembre
C’est la nécessité de me ré-identifier sur le site qui m’a rappelé qu’on était entré dans l’ultime ligne droite. Novembre m’a paru si long que j’avais fini par me dire que la grande horloge s’était volontairement bloquée pour nous donner une dernière chance d’en profiter. Ce que, par paresse ou par habitude, j’ai totalement omis de faire. J’ai bossé, travaillé, gambergé plus que de raison et, surtout, je n’ai jamais oublié de prendre le soir mon petit cachet blanc de dors-bien qui m’assomme trois ou quatre heures avant de me jeter au milieu de la nuit dans les affres des grandes questions sans réponse.
Alors oui, j’ai bien fait les courses parce qu’il faut bien vivre en attendant de mourir. J’ai bien corrigé trois copies mais elles m’ont assommé plus qu’elles ne m’ont donné d’espoir. Ces petits cons prétentieux n’ont pas le quart de la moitié de l’intelligence qu’ils pensent posséder. Un truc aussi basique qu’une présentation de document n’est toujours pas maîtrisé après des années de pratique. Pas grave finalement. La perspective d’être pulvérisé dans l’espace, réduit à l’état de poussière cosmique dans le vide intersidéral, ne les effrayera pas plus que ça s’ils n’ont pas les moyens d’en prendre conscience. Ils sont dans leur monde à eux, faits de téléchargements, de peopolisation factice via les réseaux sociaux et d’appels multiples et répétitifs sur le portable. Pour un oui, pour un non. C’est ça pour eux être vivant. Pas d’avoir un cerveau et de s’en servir. Dommage ! Ils auraient peut-être pu trouver un moyen de stopper l’inéluctable ou, tout au moins, de donner une relecture rassurante de cette maudite prédiction maya qui nous file à tous le bourdon.
J’ai préféré me planter devant la télé et ingurgiter à haute dose les matchs de foot de l’après-midi. Après tout que je les rende mercredi, jeudi ou jamais ces copies, qu’est-ce que cela va changer à ma vie ? Qu’est-ce que cela va changer à la leur ? Ca me file juste les abeilles pour celle qui m’a montré son intelligence sur les trois pages de son devoir. Pas forcément très jolie la gamine mais une intelligence vive qui fait qu’on pourrait croire qu’elle a déjà tout compris avant même d’avoir vu le sujet. J’ai hésité à mettre 20… Histoire de lui donner ce petit plaisir si rare dans une corporation – celle des profs bien sûr – où on s’estime seul capable d’excellence en déniant à d’autres toute chance de vous arriver à la cheville. Tant de cervelles dégonflées d’un coup, finalement ça a un côté jouissif. Jouissif… C’est dingue mais en refermant la copie, je me suis demandé si cette élève avait déjà fait l’amour, si elle allait partir illuminer les étoiles sans avoir connu ce plaisir humain basique. Ce serait dommage… Ou pas… En fait, je crois bien que ça n’a plus grande importance. L’amour n’a de sens que s’il dure.
En fin d’après-midi, ma future ex a débarqué, toute auréolée de son importance nouvelle. Ce soir, elle monte sur une scène prestigieuse dans une ville de la proche banlieue. Et pour garder une trace de cet exploit phénoménal, elle a convié tout le monde – à ma notoire exception – à aller l’applaudir. Est-ce qu’elle fait exprès de se déshabiller devant moi pour enfiler son costume de scène histoire de mieux l’habiter le moment venu ? Est-ce qu’elle avait prévu de l’enlever dix minutes plus tard sous prétexte qu’il ne fait pas assez chaud ? Même pas… Elle est dans sa vie et je ne suis plus dans la sienne. Heureusement sans doute car je la trouve épaissie, fade et sans saveur. Sa vie… Et son corps aussi… Ce qu’elle me raconte, elle ne sait plus très bien si elle me l’a déjà dit ou pas. Je passe mon temps à l’arrêter pour éviter qu’elle fatigue sa voix. Des fois qu’elle l’aurait perdue avant d’entrer en scène ; ce serait encore de ma faute. La situation est pathétique : elle fait semblant de me considérer encore tandis que je n’ai plus pour elle qu’une tendre indifférence. Je n’arrive pourtant pas à me défaire de l’idée que cette lumière qu’elle diffusait depuis si longtemps m’était plus vitale que celle du soleil. Lorsqu’elle repart, j’ai toujours l’impression que l’hiver vient d’arriver.
Il faut une bonne heure avant que la marmaille soit rassemblée et prête à partir. J’ignore encore que se prépare une douce revanche, le genre de petit plaisir cruel qui vous fait tout oublier. La fin du monde comme votre dernière gueule de bois. Une heure après le départ, toujours pas de texto pour me signaler une arrivée à bon port (il a fallu que – es qualités – je rédige un petit plan pour trouver la fameuse salle de spectacle). Intrigué, je pianote un message pour demander ce qu’il se passe. Réponse de ma fifille : « Maman s’est trompée… On a pris l’autoroute. Là on est en train de revenir avec le GPS ». L’autoroute ?!… Pour aller dans une commune voisine ? A ce niveau de bêtise pratique, on ne peut que rire tout son saoul. Je ne m’en prive pas pendant dix bonnes minutes et en reprend une tranche supplémentaire avec la nouvelle défaite du PSG à Nice.
Putain ! Ce monde a bien des travers et des imperfections… Mais on dira ce qu’on veut, il nous offre ponctuellement des perles qui, pour être ni de cristal, ni de rosée, n’en sont pas moins des bijoux éclatants. On a les vengeances qu’on veut ou celles qu’on mérite. Celles de ce soir me feraient presque regretter que tout doive s’arrêter bientôt.



Dernière édition par MBS le Lun 24 Déc 2012 - 23:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Dim 2 Déc 2012 - 16:13

Et il ose nous dire qu'il ne déprime pas ! mdr mdr
En voila un au moins, qui lavé de toute son amertume pourra imploser en toute sérénité dans le cosmos à l'heure H AngeR thumleft
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Dim 2 Déc 2012 - 19:37

Aura-t-on droit au 2 Décembre ?

Non parce que si les 19 qui nous restent sont aussi constellés de ces perles, je veux bien en faire ma lecture de fin de vie.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Dim 2 Déc 2012 - 19:41

C'est une thérapie pour reprendre l'habitude d'écrire régulièrement. Ca m'est venu hier... M'obliger à écrire un truc tous les jours. J'ai trouvé que ce compte-à-rebours c'était un bon moyen de le faire tout en promenant un regard sur la vie du monde (un peu la mienne aussi mais vous ne saurez jamais ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas).
Et pour une fois, en plus, je sais comment ça va finir...

AngeR
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Dim 2 Déc 2012 - 19:44

T'auras pas l'air con, le 22 au matin...

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Lun 3 Déc 2012 - 1:48

2 décembre


Le visage lumineux de Bérénice Bujo dans The Artist suffirait à remplacer l’éclat d’une lune absente pour cause de nuages. Pourtant, ce soir, ça ne marche pas.
Foutu changement d’heure ! La nuit est plus noire que noire et je n’ai toujours pas réussi à me caler sur les nouvelles normes internationales. Si encore le changement d’heure avait eu pour effet de nous faire échapper à l’apocalypse annoncée. Même pas ! C’est juste des tonnes d’emmerdements, des bâillements irrésistibles, des repas décalés et des repères perdus pour rien. Des clopinettes qui vous font coucher avec les poules ou réveiller aux aurores.
J’ai beau guetter dans le ciel tristement lourd, aucune trace de la menace sournoise qui fonce vers nous. Tant mieux ou tant pis. Cela nous permet d’avoir de longs répits qui nous font oublier l’inéluctable. Parfois, on arrive presque à vivre normalement. Comme si de rien était. On échange des blagues, on fait des projets d’avenir. C’est dingue mais il y a une ribambelle d’optimistes autour de moi. Pour eux, la fin du monde c’est une foutaise, un truc inventé par des débiles en mal de sensation. Qu’ils continuent donc à rêver à leur miracle si ça leur chante… Pour ma part, je me suis fait une raison mais pas question de céder sur l’essentiel : on ne me prendra pas en flagrant délit de panique et on ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir fait mon boulot jusqu’au bout. Sur le Titanic j’aurais été le tuba du dernier rang cherchant à tirer une ultime note d’un pavillon déjà inondé par l’eau glacée. Plus prosaïquement, mon naufrage est celui de mes élèves et si je continue à jouer, c’est la symphonie pour désillusions et sales notes que j’interprète. En six mineurs. Parfois sept.
Fin du monde ou pas, je sais bien qu’ils seront là mercredi avec leur bec enfariné à pleurer une note qui ne changera rien à leur moyenne du premier trimestre et qui ne fera qu’entamer celle d’un second exercice à l’issue déjà compromise. On ne se refait pas. Il doit y avoir une malédiction qui pèse sur ces cerveaux juvéniles : aux belles lettres ils préfèrent les sales chiffres.
Au bout de trois heures d’efforts vains pour canaliser ma frustration de correcteur-pédagogue, je me suis rendu compte que le frigo était vide. Enfin, vide… Pas tout à fait… Vide pour moi. Comme souvent j’ai fait les courses avec la liste préparée par ma fille. Une liste qui ne comporte que ses besoins à elle. Parfois, si j’y pense, je lui demande d’y ajouter un produit d’entretien ou une bricole de second ordre, mais de petites choses pour moi jamais. Ce n’est que trop tard, lorsque les centres commerciaux ont éteint leurs kilomètres de néons, que je me rends compte que le frigo et les placards sont pleins d’une bouffe mexicaine aussi épicée qu’indigérable pour mon estomac. Déjà que le gars gargouille sec depuis que je sais qu’on va tous y passer, je ne vais pas lui ajouter de nouvelles raisons de se faire entendre. Ce ne serait ni raisonnable ni délicat pour mon entourage qui doit subir en permanence les récriminations agressives de ce gaster déchaîné. J’ai la tuyauterie qui déconne mais, comme toujours, le plombier des artères et des intestins est surchargé de demandes… Et en plus il ne consulte plus le samedi matin.
J’ai tourné dans la ville à la recherche d’une supérette ouverte le dimanche. Il paraît qu’elles se multiplient vu que beaucoup se disent qu’ils n’auront pas le temps d’être alpagués par les services du Ministère du travail avant le crash ultime. Pas d’amendes salées à craindre, juste des noisettes à rentrer en attendant l’hiver. Preuve qu’il n’y a pas que moi pour voir dans une hyperactivité insouciante un moyen de ne pas voir s’écouler les derniers grains du sablier fatal. Mais eux ils y trouvent leur compte sous forme de rentrées d’argent plus importantes, un fric qu’ils vont dépenser sans doute en plaisirs extrêmes et coûteux. Une fois le rideau de fer retombé sur le misérable spectacle de leurs journées mercantiles, ils vont se bourrer la gueule dans le resto le plus chic de la ville et se finissent avec un harem de nanas pas farouches. Bah ! Il faut bien que le statut de fonctionnaire ait quelques inconvénients. Même à l’approche du dernier jour, on ne vous revalorisera pas plus que ce que prévoit le dernier point d’indice âprement négocié. Mais à quoi ça sert franchement de crever avec la sécurité de l’emploi ?
J’ai déjà un peu de mal à me souvenir de ce que j’ai fait après avoir dévalisé en bouffe le Spar du coin. Je crois bien que j’ai lu un livre… Enfin quelques pages d’un livre. Plus que ce que certains liront dans toute une vie mais, à mon échelle, c’était ridiculement peu. Ce que la nuit ne m’offre pas, l’après-midi semblait prête à me l’accorder. Un peu de repos… J’ai secoué les moutons qui s’amusaient à sauter par-dessus la barrière de mon ennui mortel et j’ai ouvert la fenêtre. Le vent était glacial et une petite pluie fine faisait presque briller le pourtour de la grande piscine des voisins. Une petite pépite d’hiver passant sur nous avant la chaleur extrême de la fin des temps. La météo a de ces caprices…
J’ai dû me perdre sur le net. Quelques sites ici ou là, des échanges plus ou moins spirituels. Des mots qui viennent, s’échappent par mes doigts et réapparaissent sous mes yeux. Le genre de dialogues qu’on peut encore avoir aujourd’hui si on n’a pas accepté de se fondre dans la norme du « moi je pense que… » et du « je suis en train de faire ». J’ai discuté avec une éleveuse de poules de Franche-Comté qui trouvaient que ses volatiles devenaient chaque jour plus nerveux. Pauvres bêtes ! Elles n’ont même pas la chance de pouvoir évacuer leurs terreurs par tweet. Puis je suis tombé sur un collègue – il y en a partout sur la toile ; à croire qu’ils n’ont que ça à faire ! – qui défendait une théorie selon laquelle la fin du monde n’était qu’un hoax lancé par les démographes de l’ONU pour faire diminuer de manière radicale la population de la planète et éviter le surpeuplement et l’épuisement des ressources. Séduisante idée mais ô combien fallacieuse ! Lesdits fonctionnaires des Nations Unies se seraient rendus compte bien vite que seuls les gens des pays du Nord, les plus riches, les plus instruits, ceux qui avaient vraiment quelque chose à perdre, se seraient désespérés au point de préférer en finir avant la date et l’heure du grand carnage. Ramener l’humanité à l’âge de l’araire ce n’était pas non plus la panacée.
Je lui ai dit d’aller se faire voir avec ses idées à la con. Il l’a très mal pris… Comme à chaque fois qu’on ne se montre pas confraternel dans cette profession. Même à la dernière extrémité, on ne se refait pas.
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lison

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Lun 3 Déc 2012 - 1:54

Une histoire pour chaque soir, avant la fin du monde. Pas mal comme idée!

Je suis prenante et encore plus, si ça doit continuer ainsi jusqu'à la prochaine fin annoncée!
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Lun 3 Déc 2012 - 2:16

Je dois dire que le passage de l'inventaire du frigo me plaît bien. Non que je sois moqueuse, loin de là. Il me rappelle que nous, parents, vivons des similitudes frappantes.

Demain, nous serons le 3 décembre.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 0:32

3 décembre


Elle pleure à chaudes larmes au-dessus de sa copie. Sans pouvoir s’arrêter. Deux paquets de mouchoirs en papier à l’heure.
Dans un premier temps, je n’ai pas compris que c’était bien des pleurs. Dans le silence d’une classe penchée jusqu’au vertige sur ses documents, il était bien difficile d’identifier la provenance des reniflements qui montaient à intervalles réguliers. C’est dans le balai des kleenex que j’ai trouvé la preuve que j’attendais. Oui c’était bien elle qui était en larmes. En larmes et même plus que ça.
Allons, me dis-je, ce n’est que le début. Pour le moment, tout le montre traite par une sorte de mépris fataliste l’issue fatale du 21 décembre. Oui mais, au fur et à mesure que les jours vont se succéder, la peur va prendre le dessus. Marie n’est peut-être que la première. Il est à craindre que d’autres ne suivent dans la semaine à venir.
Près d’elle, il y a Kevin, son indéfectible copain. Copain et même plus que ça comme j’ai pu m’en rendre compte la semaine dernière en surprenant dans le couloir des gestes sans équivoque. Pour Kevin, le contrôle est devenu tridimensionnel : un coup d’œil sur sa copie, un coup d’œil sur sa copine et un coup d’œil vers moi. Comme pour me demander de trouver une solution…
De solution il n’y en a pas bien évidemment. On nous a demandé de continuer à agir en fonctionnaire responsable, cette belle phrase qui figure en premier dans les grilles d’évaluation des professeurs stagiaires. Comme si, par définition, un professeur ne l’était pas et qu’il faille à toute force le contraindre à le devenir. Là, le fonctionnaire responsable, il doit aller pêcher une note de plus et l’accrocher à la guirlande de celles qui sont déjà là. Surtout ne pas se demander pourquoi, si ça a un sens en pareilles circonstances et si demain les résultats n’auraient pas été meilleurs. Faire sans réfléchir. Comment s’étonner que les élèves fassent comme nous ?
Les minutes deviennent pesantes. Une élève arrive avec 25 minutes de retard après être passée par l’infirmerie. Aucun sourire en entrant, aucune question. J’ai l’habitude, elle n’a jamais le moindre sourire et c’est la troisième année que je la pratique. Visage fermé en permanence, regard noir, lèvres serrées, impression de perdre son temps entre les trois murs et demi d’une classe. Elle jette un œil sur le sujet, tente de s’y accrocher un moment, puis, la tête trop lourde, s’affaisse sur sa copie.
C’est le moment d’essayer de reprendre l’initiative. Je fais la tournée des mal en point. La pleureuse me regarde à peine. Pas une explication, pas un début de commencement de justification. Elle ne réagit même pas lorsque je lui demande si c’est à cause du devoir qu’elle se met dans cet état-là. « Ca n’en vaudrait pas la peine » dis-je sans parvenir à tirer quoique ce soit d’autres qu’une nouvelle éruption humide sur ses joues. Elle n’avouera rien et son copain, de l’autre côté du couloir de circulation, n’en dira pas plus ; j’ai en fait l’impression qu’il ne comprend pas davantage ce qu’il se passe mais qu’il est en train de foirer consciencieusement son propre devoir. Je me retire précipitamment vers la comateuse. Elle me murmure un « merci » désincarné lorsque je lui indique que je n’attends pas qu’elle fasse l’interro et replonge la tête contre sa table. Coup d’œil périphérique sur la classe. Ca tient des pontonniers de l’armée impériale à la Bérézina. Teints pâles, gestes nerveux, mâchoires crispées. Mon Dieu ! C’est donc ça mon rôle ?… Tortionnaire de plusieurs générations ?
Je me sens terriblement mal à l’aise moi aussi. J’étouffe comme si ma chemise avait pris deux tailles de moins. Même mon pull pourtant large me semble avoir rétréci pour épouser les courbes trop généreuses de mon corps avachi. Dans quelque direction que mon esprit aille, il y a des larmes, des têtes lourdes, des fantômes d’adolescents, des lambeaux de grimaces.
Je n’ai jamais été si heureux, je crois, de savoir que tout cela finira bientôt.

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 2:20

Le troisième jour traînait la lourdeur du pourquoi.

Peut-être le quatrième donnera la légèreté du comment ?

Je ne manquerais ces rendez-vous pour rien au monde. Que n'as-tu pas commencé il y a cinq ans !

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 2:24

Non, pas demain... Je ne travaille pas (façon de parler bien sûr)... En fait, j'aurais pu décalquer d'autres trucs de la journée...

Et, sur cinq ans, pas sûr que j'aurais gardé des lecteurs... Déjà que les présidents ont du mal à garder ceux qui les ont élu...

AngeR
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 2:27

Oui mais regarde. Les fous des Nike sont toujours aussi fidèles. Sois un Nike et écris.

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 2:30

Justement, je marche à côté de mes pompes...

Sur ce, au dodo... Tout à l'heure est un autre jour.
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 2:58

Bon dodo, missié, et n'oublie pas d'attraper ton clavier au réveil.

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Tryskel
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mar 4 Déc 2012 - 3:30


Le calendrier Maya prédit que tu seras prof jusqu'à la Fin du Monde! mdr
Quoi qu'il advienne de ce monde, je lirai jusqu'au bout!
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mer 5 Déc 2012 - 2:12

4 décembre

A la Météo, pas loin d’ici pourtant, ils ont dû lire leurs cartes à l’envers. Ce ne sont pas les averses qui sont passagères mais bien les éclaircies. Quand il ne pleut pas à grosses gouttes façon Déluge biblique, il bruine ou il crachine en abondance. On peut bien trouver ça et là quelques trouées de ciel bleu mais c’est toujours à l’opposé des masses grises menaçantes et gorgées de pluies qui pesamment s’avancent.
Ce bilan météo étant fait, il sera inutile de préciser que tout ce que j’ai pu effectuer au cours de cette journée l’aura été dans ces conditions humides. Aller chez le médecin, la flotte. Sortir de chez le médecin, sous l’ondée. Se traîner à la pharmacie, entre les gouttes. Rentrer entre la voiture et la maison, avec la plège comme on dit par ici. Foutus Mayas ! Pas capables de vous prévoir une fin du monde en été, sous un ciel bleu étincelant et dans une chaleur sèche parfumée des senteurs de Provence.
- Transit compliqué, a tranché l’homme de l’art après m’avoir palpé d’autorité le ventre. Avec ce temps, on pourrait s’attendre à des rhino-pharyngites en série ou à des angines. Même pas !… Maux de ventre, tensions nerveuses exacerbées, digestions difficiles.
- C’est normal, ai-je lâché. Avec la fin du monde qui approche !…
Il a éclaté de rire sans prendre en compte le moins du monde ma fierté. En clair, il se foutait de ma fiole.
- Ne me dites pas que vous croyez à ces balivernes !… Pas vous !
Je lui ferais bien remarquer qu’il vaut mieux croire encore à ça plutôt qu’aux effets miraculeux de petites pastilles blanchâtres supposées remplies des bienfaits de la Nature. Je me contente de hausser les épaules. Considérant que j’ai passé mon tour de parole, le toubib enchaîne :
- Ce n’est pas les déprimés qui manquent en ce moment. Pas besoin de rajouter ça pour surcharger mes journées.
Je ne lui ferais pas le plaisir d’essayer de le convaincre. Il a ses sources, peut-être même ses ordres ; j’ai les miennes et elles ne vont pas dans le même sens. En attendant, j’aimerais bien qu’il m’accorde quelques jours pour souffler. Un dernier arrêt maladie, le temps de mettre mes affaires en ordre avant le grand départ.
Il refuse obstinément comme si le trou de la Sécu allait avoir encore un sens dans trois semaines. Le trou qu’on attend sera plus profond que prévu. De la taille d’une planète…
Mais ça, il ne veut pas l’entendre on plus.

C’est ma future ex qui insiste. Il faut que je trouve un point de chute d’urgence avant que la maison ne soit définitivement vendue. Un point de chute, elle a de ses expressions quand même !
Je pourrais bien acheter en promettant de mettre sur la table un argent que je n’ai pas. Qu’est-ce que ça changerait ? Au dernier carat, il me faudra déménager mi-janvier et mi-janvier je serai déjà en train de me disperser entre la Lune et Mars. Si, du moins, ces deux astres n’ont pas subi eux-mêmes le contrecoup de la déflagration fatale à notre bonne vieille Terre.
Internet a terriblement changé la donne en matière d’immobilier locatif. Avant, je veux dire il y a une éternité, quand j’étais étudiant, il fallait pousser les portes de verre d’agences dispersées un peu partout dans la ville, après avoir attrapé une migraine carabinée à essayer de déchiffrer des bristols plus ou moins bien rédigés. Le genre « Part. loue appt 34 m² cent.vil. cuis. chmbr. 1er ». Aujourd’hui, il existe toute une litanie de sites spécialisés qui compilent toutes les annonces, les présentent sous un jour clair et agréable, avec photos, détails nombreux et localisations incertaines. On se dit qu’on ne peut rien rater de fondamental. Ce n’est pas faux mais on est encore loin de la panacée.
Lorsqu’on trouve la perle rare – une maison en ville, pas trop loin d’une station de métro, pas mitoyenne, avec trois chambres et pas à plus de 900 euros par mois – on se dépêche de laisser un message avec mail perso et numéro de téléphone. On guette ensuite l’appel, le message qui vont vous proposer un rendez-vous, une visite, tout au moins une première approche. Bien fol est celui qui s’y fie !… Un jour, deux jours, trois jours passent sans que rien ne vienne troubler votre attente morne. Diable ! Ce n’est pas la fin du monde tous les jours… Sauf apparemment pour les agents immobiliers. On pourrait presque croire qu’ils ont déjà pris les devants et loué une concession à perpétuité dans un luxueux et prestigieux cimetière du centre-ville. Pas de réponse ! Jamais ! Alors, passablement irrité – étonnez-vous d’avoir ensuite les intestins qui jouent une rhapsodie pour tuyaux déglingués -, vous vous forcez à passer par la voie classique dite du coup de téléphone à une agence. Pas trop tôt bien sûr, ni au-delà de 17 heures. Evitez la pause déjeuner dont les limites horaires varie selon les jours, les personnes et l’activité, de 11 heures à 14 heures 30… Et si vous réussissez enfin à obtenir un correspondant, ne perdez pas de vue que – même si les temps sont difficiles – vous n’êtes qu’une proie comme les autres. On ne vous fera pas de cadeau si quelqu’un est plus pressé, visiblement plus plein aux as ou tout simplement plus agressif en affaires. Attendez-vous également à subir le désagrément dit de l’attente de la réponse du propriétaire lequel veut absolument tout savoir sur votre compte (un salaire de trois fois le loyer sinon pas la peine de rêver, mon cher monsieur) avant de décider s’il vous autorise à pointer votre museau curieux sur place. Bref, d’attentes en reports de dernière minute, il a fallu que cette visite tombe aujourd’hui. A 17 jours de la fin du monde et sous une pluie battante.

On a bien dû rester quinze minutes face à face dans nos voitures. La faute à l’averse qui suivait une période pluvieuse. On n’allait quand même pas passer un quart d’heure sous la flotte juste parce que elle et moi étions arrivés en avance.
Elle c’est Natacha, une sorte de grande fille d’apparence pas futée qui vous raconte tout ce qu’elle fait depuis qu’elle est arrivée comme si elle n’avait pas remarqué que notre dialogue avait déjà commencé depuis un peu plus de dix minutes par essuie-glaces interposés. On comprend mieux en la regardant pourquoi les agences immobilières n’ont pas une redoutable efficacité lorsqu’il s’agit de rebondir sur les demandes de renseignements envoyés par le net ou laissées sur répondeur. Pour la moindre chose, il faut qu’elle consulte son téléphone portable, sorte de Bible embarquée du monde de l’immobilier local.
- Je ne me souviens plus très bien de l’agencement des pièces, explique-t-elle en préalable.
Ah bon ?!… Je repense à mon élève pleureuse de la veille. Elle au moins avait dû réviser avant l’épreuve.
- Mais ça va me revenir…
Ah, tant mieux ! Parce que j’avais peur de me perdre dans cette maison mitoyenne par le garage de 82 m² avec ses trois chambres et sa cuisine en forme de grand placard aménagé.
- Il faut que je retrouve le code pour le portail.
Là encore, elle n’aurait pas pu y penser avant… Et admettons que le portable ait pris la flotte et refuse de livrer ses secrets, on fait quoi ? On reste là comme deux cons à attendre que Sésame veuille bien s’ouvrir ?
En voilà une dont la perte pour l’univers ne sera pas dramatique !… A moins qu’elle ait dans son i-phone les codes secrets de lancement des trois vaisseaux type Arche de Noé qui doivent permettre la perpétuation de l’espèce… Ou, suprême horreur, qu’elle ait été tirée au sort par les services compétents au titre de la diversité professionnelle.
Elle tape les cinq chiffres sur le clavier inox encastré dans le pilier de briques. Sésame daigne bien vouloir s’ouvrir. Mais juste ce qu’il faut. Un grand « clang » métallique dans mon dos m’indique que pour ressortir il faudra à nouveau compter sur l’endurance du portable de Natacha.

La grosse vingtaine de maisons de ce lotissement privé est aujourd’hui aux mains de propriétaires et il en reste peu à la location. Raison de plus pour presser le pas ?… Non c’est juste qu’on est dans une phase sans pluie et qu’on sait très bien que cela ne va pas durer plus de deux-trois minutes.
- Il est là votre chat ?
C’est la question la plus étrange que j’ai jamais entendue sur un pas de porte. Il ne manquerait plus que ce soit le minet qui fasse la visite et le délire serait complet.
- Non, je l’ai mis dehors, répond le locataire.
- Alors, on rentre.
Petite conclusion personnelle, Natacha est dérangée. Elle est tout simplement catophobe. Peut-être que les ondes de son i-phone lui sont montées à la tête finalement. La voilà qui avance pas à pas dans la petite entrée comme si elle ne faisait pas confiance au locataire. Ce n’est qu’en apercevant le matou dans le jardin, de l’autre côté de la bienveillante baie vitrée, qu’elle se lance.
- Le salon est grand…
Tu parles ! Il y a un canapé au tissu cramoisi… En face, à deux mètres, un meuble bas sombre et un écran de télé – ok ! énorme ! – qui trône… Et c’est tout. Moi j’ai une table et des chaises à caser aussi. Et une télé d’une autre époque avec un vrai tube cathodique à l’intérieur.
- La cuisine est pratique…
Ben oui ! C’est tellement étroit que tu n’as pas beaucoup de pas – aucun en fait ! – à effectuer pour aller du frigo aux plaques de cuisson. Il suffit d’être souple au niveau des hanches et ça peut se faire dans le mouvement.
- Bien sûr, les placards restent…
Ah zut ! C’est ce qu’il y a de pire question mobilier dans la pièce. Blancs, plus très bien alignés, avec une partie du placage qui a sauté. Le locataire en profite pour essayer de me fourguer son combi plaques de cuisson vitrocéramique / four / lave-vaisselle. S’il croît que je vais dépenser tout de suite l’argent que je compte bien utiliser pour me péter la gueule avant l’heure H, il se goure. D’abord je n’ai pas de casseroles pour ce type de plaque et en plus j’aurais trop peur de mettre le poulet à laver le dimanche sur le coup de 11 heures.
- Nous passons à la partie nuit…
Déjà ?!… Ca ne doit pas être bien passionnant la vie ici pour qu’on ait si peu de place pour la journée. Métro – boulot – dodo n’est-ce pas ?
- Les WC…
Sans fenêtre. Ok, ce n’est pas par là qu’on aura envie de s’enfuir en cas d’incendie. D’autant qu’en temps normal, il y a des barreaux à scier avant de pouvoir s’en extirper en loucedé. Passons.
- La salle de bains…
Presque aussi grande que la cuisine. Double vasque et baignoire. A quoi cela me servira-t-il puisque je n’aurais plus de délicieuse gazelle à couver du regard au robinet d’à-côté le matin et le soir ? Avançons.
- La première chambre…
Le petit couloir ouvre sur les trois « pépites » du coin nuit. Je réalise soudain qu’en suivant la description de Natacha, il faudra attendre le soir avant de pouvoir se rendre au petit coin. Pas pratique… C’est dans ces cas-là qu’on se dit qu’il vaut mieux être un chat avec sa litière sous l’escalier… Sauf que là il n’y a même pas de litière.
- La seconde chambre…
Anecdotique comme un roman d’Amélie Nothomb.
- La troisième chambre…
Si, comme les mousquetaires, ces chambres n’étaient pas trois mais quatre… Mais non, même pas !… Trois elles sont et trois elles restent, la troisième étant à coup sûr la plus grande, la plus agréable et celle qu’il me faudra refiler à ma fille pour qu’elle accepte de venir s’enterrer à quatre arrêts de bus du terminus du métro.
- L’extérieur… Vous pouvez faire rentrer votre chat ?
Sauf que le minou il devait en avoir plein les moustaches (et surtout les pattes) de l’humidité de l’herbe du jardin. A peine la porte-fenêtre ouverte, il se précipite à l’intérieur… rendant inéluctable le repli stratégique de Natacha vers l’auvent de l’entrée.
Bref, me voilà toujours aussi peu avancé. C’est petit, à rafraîchir et je ne pense pas pouvoir trouver mieux avant la fin des temps. Même sur internet.
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mer 5 Déc 2012 - 2:30

Je savais bien que tu ne pourrais pas louper le 4.

Si tu veux, je te fais visiter mon chez moi. Simple : tu entres, tu as la place de tourner la tête à droite, puis à gauche, et même de regarder droit devant. Si t'es myope, tu dois ôter tes lunettes : on ne peut voir que de près.

P'tain, flippant le canapé machin du monsieur Shocked

et alors : La faute à l’averse qui suivait une période pluvieuse. Excellent ! On doit habiter dans le même quartier.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Mer 5 Déc 2012 - 22:39

5 décembre

En sortant du lycée, j’ai décidé qu’il était temps de se faire un peu plaisir. Non pas que la matinée eut été désagréable. Juste ordinaire… Avec son lot d’élèves qui n’ont pas compris qu’il y aurait une interro de connaissances aujourd’hui et qui râlent comme des putois. Avec deux ou trois moments de bravoure où on pense qu’on a révolutionné la pédagogie. Avec trois fois plus d’occasions de se convaincre que non et dix fois plus de se dire qu’on aurait mieux fait de fermer sa gueule.
Non, j’avais toujours en travers du gosier la visite de la veille. Cette maison à louer qu’il faut prendre telle qu’elle est aujourd’hui, tout en sachant que le propriétaire pourra – ou pas – faire des travaux pour la rafraîchir. Quand on joue à pile ou face à l’habitude, c’est avec une seule pièce. Avec 900 euros, on peut être sérieusement regardant sur la manière dont ce magot mensuel va retomber au sol.
Donc quand quelque chose m’étouffe au point de m’empêcher de marronner en paix, je ne connais qu’une solution : débloquer le bouchon avec une douceur sucrée. Mon Destop à moi…
Mon médecin m’a dit un jour que le meilleur moyen pour lutter contre un embonpoint rebelle et disgracieux c’était de chercher la cause profonde de la boulimie, de ce besoin de se goinfrer quand bien même l’estomac demanderait grâce. Cette cause, ça fait longtemps que je la connais et, loin de me calmer, le fait de pouvoir la nommer aurait plutôt tendance à me faciliter les choses. Quand il y a un truc qui m’agace, m’indispose, me révolte, cap sur une pâtisserie et bonjour les petits gâteaux. Flan, tartelettes, éclairs sont mes dérivatifs favoris mais, là, depuis que je sais de manière certaine que tout s’arrêtera le 21, j’ai abusé de leur saveur et je commence à en être saturé. Ras le bol alimentaire !
Qu’à cela ne tienne ! Depuis deux jours, j’ai une nouvelle envie qui me fait saliver : un chou à la crème ! Au risque de rouvrir une querelle entre puristes de la gastronomie, je précise que depuis mon enfance ce dessert dominical se compose d’un chou – en pâte du même métal – fourré d’une crème pâtissière à la vanille, le tout étant recouvert d’un nuage délicat de sucre glace. Toute autre recette, ou taille de chou, ne serait à mes yeux qu’une vulgaire imitation et, en aucun cas, digne de mon palais anciennement délicat et devenu par la force des choses le guichetier d’un appétit pantagruélique.
Bilan de mes pérégrinations entre boulangers, pâtissiers et même rayons des supermarchés du coin ? Chou blanc !…
Comme si la fin du monde avait sonné plus tôt pour cette douceur – parfois un peu lourde – de mon enfance.
La chantilly est en train de tout tuer aussi sûrement qu’un litre de désherbant dispersé par erreur sur votre carré de pelouse. Les torsades blanches émergent des choux planqués dans les vitrines comme serrés dans des petites boites de plastique dur et transparent. Point de jaune sous la fraîche coquille de pâte dorée, que du blanc ! De la crème en tourbillon à s’en donner la nausée. Allons, il faut bien se faire une raison ! Les temps de l’enfance sont révolus.
Je me suis rabattu sur les multiples épaisseurs d’un millefeuille. Ou plutôt de deux… Couche de pâte, couche de crème. Couche de pâte, couche de crème. Ad libitum et jusqu’à la nausée. Comme une métaphore de ce temps inexorable qui passe et qui me voit traîner encore sur mes dernières copies. Le stylo triste et l’estomac dolent.
En attendant…
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Jeu 6 Déc 2012 - 0:34

Au point où tu en es, ça ne risque plus rien. Tu devrais essayer le gâteau russe. Une petite merveille d'entre toutes les merveilles, à défaut de pastis gascon (j'ai pas dit "landais" note bien) Faim

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Jeu 6 Déc 2012 - 23:45

Trop crevé, trop de boulot... On essayera de renouer les fils ce week-end...
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Ven 7 Déc 2012 - 0:49

Eh oh, le repos est aussi à privilégier. Zen quand tu peux, si tu peux. Essaie. Wink

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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Ven 7 Déc 2012 - 1:00

Mais, c'est quand la fin du monde? Le 21 ou le 22? Mince alors, parce que le 22 c'est mon jour aniv. eh oui, j'suis née un 22 décembre, et selon le calendrier chinois je suis un animal impossible, je suis un dragon! Alors, en plus si c'est la fin du monde alors... Je vais aller consulter le Chilam Balam, une sorte de "bible" des Mayas et je vous tiens au courant. Okay?
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Ven 7 Déc 2012 - 9:35

J'adore la visite de l'appart ! mdr
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Lun 24 Déc 2012 - 23:18

22 décembre

Je ne comprends plus rien. A qui se fier ?... Je suis allé chez mon revendeur habituel. Il était là. Posé sur son présentoir habituel. Noir et blanc avec un soupçon de bleu. Et le dessin de Plantu à sa place.

Je ne comprends vraiment pas. Quel est le con qui a annoncé la fin du Monde ?
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MessageSujet: Re: Chroniques de ma fin du Monde   Lun 24 Déc 2012 - 23:22

Ben oui, c'est con, paske si ça se trouve, tu serais célèbre, aujourd'hui. pffff

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