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 le docteur qui n'avait pas d'amis

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: le docteur qui n'avait pas d'amis   Mar 11 Déc 2012 - 13:24

C'est l'histoire d'un médecin qui n'avait pas d'amis. Une histoire triste car c'était un bon médecin. Du fait de ses nombreuses années d'exercice, il avait acquis la reconnaissance d'un nombre inestimable de patients pour qui il se dévouait corps et âme ; son cabinet ne désemplissait pas avant dix heures du soir. Ces collègues avaient également une haute opinion de ce confrère au jugement si sûr et n'hésitaient jamais à lui adresser des cas difficiles. Aussi, la médecine était-elle devenue pour lui une maîtresse si exigeante que sa femme avait fini par le quitter. Il rentrait chez lui vers onze heures du soir, réchauffait au micro-onde un plat surgelé pêché au hasard dans le congélateur, et dinait en tête à tête avec quelques revues médicales auxquelles il était abonné depuis son internat. Il se couchait du sommeil du juste sur les coups de minuit et pour un généraliste de cinquante ans passés, on pouvait honnêtement déclaré qu'il était établi.

Seulement, (et vous connaissez tout comme moi le danger des revues médicales), si vous n'y prenez garde, elles finissent toujours par vous découvrir une pathologie que votre nature hypocondriaque ne vous avait bizarrement jusqu'alors pas encore diagnostiquée.

Cet article, ce soir-là, sur le bilan de la cinquantaine, insistait sur l'isolement affectif particulièrement pathogène des seniors et les courbes statistiques démontraient la nécessité d'une prévention précoce. Ce soir-là, devant une coquille Saint Jacques à la fleur de sel de chez Vivagel fort déprimante, notre bon médecin voulut compter ses amis. Pas ses patients qui ne lui témoignaient de l'admiration que lorsqu'ils étaient malades, encore moins ses collègues dont les flatteries dissimulaient mal l'hypocrisie d'un milieu cherchant constamment à se décharger sur le plus dévoué. Non, les vrais amis, ceux qui n'attendent de vous que le plaisir de votre compagnie. Il fallut alors se rendre à l'évidence : le gentil docteur n'en possédait pas l'ombre d'un seul. Son métier, son apostolat, l'avait paradoxalement isolé du monde.

Il lui fallait donc réagir dans les plus brefs délais. Le remède se présenta tout à coup sous ses yeux sous la forme d'un autre article, dans le quotidien local, cette fois-ci. Ce samedi soir, (nous étions le Vendredi) la ville inaugurait son nouveau musée d'art moderne et tout un chacun était convié à ce qui devait être une réception mémorable. Le médecin calcula que la date tombait exactement sur le seul week-end où il n'était pas de garde à l’hôpital durant ce trimestre, aussi n'avait-il plus la moindre excuse pour sortir de ce milieu qu'il affectionnait tant, mais qui, s'il n'avait été alerté à temps par cette lecture, pourrait très bientôt devenir sa prison.

Bien sûr, il arriva en retard. Heureusement, la cérémonie avait traîné en longueur, et les discours des politiques se congratulant les uns les autres de ce chef d’œuvre architectural finissaient d'anesthésier une foule immense d'électeurs promus tout à coup et magiquement critiques d'art. Le médecin fut alors pris d'effroi. Non par les paroles des politiques qu'il connaissait très bien pour avoir si souvent pris soin de leurs carences narcissiques personnelles, mais plus en reconnaissant dans cet électorat moutonnier la quasi-totalité de sa patientèle. Aussi quand, à l'issue de tout ce boniment, la foule se précipita, avide de culture, vers les salles d'exposition précédemment vantées, notre prudent docteur opéra un repli stratégique vers une arrière-salle où était, pour l'heure, dissimulé un gigantesque buffet et dont la fonction serait de convaincre à l'issue de ce raout hyper-classieux les plus sceptiques quant à la politique culturelle du maire.

Des garçons en tenue blanche s'affairaient à entasser artistiquement toutes sortes de victuailles sur des tables à tréteaux sous les ordres de leur formateur maître d’hôtel, et qui ce soir-là devait composé le buffet chef d’œuvre de sa carrière. Notre médecin s'approcha, curieux des teneurs en graisse de toutes ces charcuteries quand il fut abordé par un homme de son âge qui n'avait en rien l'apparence d'un personnel de restauration à voir la façon dont il dégustait sa cuisse de poulet et sirotait son verre de vin rouge.

Prenez sans hésiter de ce jambon de Parme ! Puis, comme s'il avait deviné les pensées de son vis à vis :
- Avec cette merveille, vous n'aurez rien à craindre pour votre cholestérol !

Avant que le médecin puisse se défendre, ce généreux inconnu lui servait une pleine assiette de jambon, de pâtés, de cornichons, de confiture spéciale charcuterie, tout en lui vantant le mariage d'un cabernet subtilisé tout aussi prestement des mains d'un jeune homme déguisé en sommelier.
- Vous aussi, vous vous méfiez de toute cette hypocrisie prétendument culturelle ?
- Je ne sais pas. Je n'y connais pas grand chose en peinture. Non, je suis venu me réfugier ici car, étant docteur, j'ai reconnu quelques patients dans le hall et je préférerais les éviter. L'inconvénient de mon métier, c'est que tout le monde veut me parler de ses problèmes de santé. Qui de son ulcère, qui de ses hémorroïdes, qui de la dépression de la belle-mère ! Ils ont tous quelque chose. Ce n'est pas très facile de sortir.

- Ah ? Vous pensez ? Vous me rappelez mon beau-frère. Il avait à l'époque le même problème que vous. Il est plombier. Vous n'imaginez pas le nombre de gens qui ont des histoires de plomberie à vous raconter. Vous allez me gouter ce poulet de Gascogne avec du Haut-Brion 1996. Georges, tu peux nous sortir une des bouteilles que le maire réserve pour le Préfet... Mais, vous savez, à ce qu'ils me disent, mes amis mécaniciens, dentistes et curés ont les mêmes problèmes que vous !

Le maître d’hôtel leur servit cérémonieusement à chacun un verre du précieux vin et proposa pour la suite un fromage extraordinaire tout aussi réservé à la table des huiles politiques.
- Je vois que vous connaissez beaucoup de monde, vous êtes sans doute conseiller municipal ? On dirait que les gens vous apprécient ?
- Georges est un copain. On se rend des services. Mais non, je ne suis pas de la mairie. Conseiller, c'est un métier de bénévole vous savez ? Je suis sûr qu'eux aussi tout le monde leur court après ! -
- Non, je suis avocat !
- Avocat !

Le médecin pensa aussitôt à son ex qui n'arrêtait pas de lui faire des procès. Mais, il se retint :
- Mais, vous aussi, les gens doivent vous assaillir de leurs problèmes de litiges, qui avec leur divorce, leurs voisins, leurs employeurs...
- Non ! De ce côté, je suis plutôt tranquille. Vous savez, je connais un peu mon droit. A la ville, avec les gens, je suis plutôt à tu et à toi. D'ailleurs, c'est quoi ton prénom, Moi, c'est Robert !
- Jacques ! C'est vrai ça, tu as raison, qu'est qui nous empêche de nous tutoyer ?


Robert qui avait gardé la bouteille, resservit Jacques en Haut-Brion. Le vin possède certes quelques inconvénients pour la santé, pensa notre docteur, mais, pour tisser l'amitié, il n'y a pas mieux. Ils goutèrent le fromage sur du Corbières. Obligés : c'était du Roquefort .
-T'es formidable Robert ! Mais comment tu fais pour devenir si facilement copain ! Tu ne me connais pas, tu n'as absolument pas peur que je profite de tes compétences d'avocat ! Les gens doivent bien t'embêter avec ça pourtant ?
-Je te l'ai déjà dit : j'ai étudié mon droit. A chaque fois, que quelqu'un me demande un conseil, je le lui facture mille euros. Ça dissuade. Tu devrais essayer...

C'est juste à ce moment-là que la foule gavée d'émotions artistiques mais néanmoins affamée, surgit et sépara dans tout un brouhaha les deux amis. Heureusement, notre médecin n'avait plus peur. Il put bavarder avec toute la ville, désormais à la moindre allusion médicale, il sortirait le tarif de ses consultations.

L'histoire pourrait s'arrêter là car le docteur était guéri. Cependant, le soir, devant son plat surgelé, il se mit à regretter ce copain dont il ne connaissait que le prénom. Il se dit que, s'il le retrouvait, ils pourraient se faire des bons restaurants. Ils auraient sans doute des tas de choses à partager. Mais comment le retrouver ? Téléphoner aux nombreux cabinets d'avocats de la ville, les secrétaires le prendraient tous pour un plaignant... Sans doute, Robert lui-même, qui étaient copain avec tant de gens ne le reconnaîtrait plus. Non, maintenant, c'était trop tard... Et, plus la semaine avança, plus notre médecin se mit à déprimer.

Aussi, quelle n'est pas sa surprise et sa joie quand le lundi suivant, il reçut une lettre du cabinet de maître Robert Lagrange, avocat du barreau. Elle disait ceci :

Cher ami,
Quelle soirée ! Quel plaisir de vous avoir enfin rencontré alors que nous travaillions tous deux dans cette ville depuis si longtemps ! Et quel dommage de s'être quittés si rapidement ! Aussi, veuillez trouver ci-joint, afin de rétribuer honnêtement mes modestes conseils, ma facture de mille euros!
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Romane
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MessageSujet: Re: le docteur qui n'avait pas d'amis   Mar 11 Déc 2012 - 14:27

On te doit combien, pour avoir lu ton post ? What the fuck ?!?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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blue note

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MessageSujet: Re: le docteur qui n'avait pas d'amis   Jeu 13 Déc 2012 - 1:35

Fort sympathique histoire. Je vais tarifer, moi aussi...
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Vilain
Nain de Jourdain
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MessageSujet: Re: le docteur qui n'avait pas d'amis   Jeu 13 Déc 2012 - 10:17

Moi, j'ai remarqué 2 choses. L'association Corbières -Roquefort qui est du meilleur aloi et ensuite que curieusement Vic nous raconte une folle d'histoires sur les Docteurs....Aurait-il un médecin dans ses fréquentation ?
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MessageSujet: Re: le docteur qui n'avait pas d'amis   

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