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 La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 0:43

En ce point du récit, le narrateur se doit de confesser qu’une grande inquiétude l’étreint. Les éléments qui dessineront la vérité au milieu du labyrinthe des complots et des tourments sont déjà semés. Saura-t-il pour autant les assembler suffisamment clairement pour que ses lecteurs puissent en saisir toute la profondeur et les nuances ? Ne les jugeront-ils pas trop évidents, pas assez opaques ? Au contraire, ne les trouveront-ils pas nébuleux au point de décrocher et de reprendre tout depuis le début ? Car enfin, tout ceci fleure bon le mystère. Sous la couche glacée des sentiments se dissimule le cœur meringué des intrigues, craquant, monolithique mais friable.
Par exemple, le lecteur s’étonnera-t-il de ce que Melba de Turin, apprenant de la bouche du pontife romain sa filiation supposée avec la Prophétesse de Zeus, ne se soit pas effondrée ou au contraire exaltée devant pareille affirmation ? Pourtant, c’est bien avec une froideur digne du pôle quelle accueillit la douloureuse révélation. De tout autre personnage que ce pape-là, elle aurait douté… Mais puisqu’il était pur au point que son sang puissant mêlé à celui d’une vierge innocente pourrait rédempter l’univers, il ne pouvait mentir. Il ne servait à rien de contester sa parole pas plus qu’il n’était utile, quelles que fussent les questions qui lui brûlaient les lèvres, de lui demander de trahir les secrets de la confession.
- Je voudrais vous entendre répéter ceci devant elle, lâcha Melba de Turin d’une voix dont sa pugnacité habituelle n’avait point fui.
- Mettons-nous en route alors…
- Vous partiriez sur l’heure ?... Avant même d’avoir paru pour rassurer ceux qui s’inquiètent pour vous.
- Ils n’auront pas bien longtemps à m’attendre… Je reviendrai avant que quiconque ne se soit rendu compte de mon départ.
Les regards de Cathy et de Melba se croisèrent avec la même violence que ceux d’un supporter du PSG et d’un abonné d’OM-TV se rencontrant dans un bar. Et pourtant, pour la première fois, elles se comprirent. Le vieux pontife avait été chamboulé par les événements et son esprit commençait à battre la campagne.
Insensible à cette double supposition, Gilbert IV s’était levé pour extirper d’une malle un récipient hermétiquement scellé…
- Quelques instants sur le feu et nous partirons.
Melba de Turin qui avait galopé plus de dix journées entre Bretagne et Etats de l’Eglise n’apprit pas de gaité de cœur la nécessité de se remettre en selle. Cathy, au contraire, décoda parfaitement les intentions du pape. Preuve que quand elle voulait bien se donner la peine de suivre ce qu’il se disait…
- Un bond dans le temps…
- … mais aussi dans l’espace, compléta Gilbert IV. Peut-être est-ce dans les couloirs du temps que je me suis perdu et non sous le couteau d’une meurtrière ?

La prière terminée, frère Grignotons fut bien obligé d’en arriver à la prestation des serments nuptiaux. Une nouvelle fois, il tenta de gagner du temps en revenant sur le caractère néfaste du jour mais le seigneur des lieux repoussa avec intransigeance l’idée d’un report des consentements.
- Moi, Gui de Miche-Lin, seigneur des Troisétoiles, prieur laïc de Sainte-Rustine et recteur de la Chambre à Aire, je déclare prendre pour épouse la princesse Podane de Grime.
Tout en parlant, il se saisit de la main de Podane laquelle se laissa faire avant de se rendre compte que se faisant elle se condamnait à ne pouvoir se saisir du poignard plaqué contre sa cuisse.
- A vous, ma fille…
Le regard de frère Grignotons paraissait démentir cette invitation. Il voulait qu’à son tour elle fît trainer les événements.
Podane l’aurait bien voulu mais elle se sentait prise au piège. Personne n’arrivait pour la secourir, la forte pince formée par la main du sire de Miche-Lin l’empêchait d’agir à son gré et, comble de malheur, elle savait qu’en ouvrant la bouche elle déchaînerait des effluves nauséabondes qui pourraient compromettre sa survie.
- Ma fille… répéta le clerc.
Elle secoua la tête de haut en bas comme pour chasser de manière énergique toutes les frustrations qui la paralysaient. Frère Grignotons, à l’habitude plutôt balourd, s’empara de ce geste et se tournant vers le seigneur l’apostropha en des termes assez virulents.
- M’auriez-vous caché quelque empêchement chez l’épousée ?
- Empêchement ? Quel empêchement ?
- Serait-elle donc muette ?...
- Muette ?!
Si elle l’avait pu, Podane se serait jetée au cou de frère Grignotons. Il avait avec sa simplicité habituelle trouvé le bon moyen de lui sauver la mise. Elle envisageait soudain la suite des événements avec optimisme : Miche-Lin, comprenant qu’il n’avait gagné dans l’aventure qu’une épouse au rabais, allait la flanquer dehors après avoir mis fin à ce mariage improvisé. La route de Malauzat s’ouvrirait devant elle et, suprême inconscience, elle envisageait de s’y lancer sans attendre ses compagnons. Juste histoire de se prouver qu’elle pouvait se débrouiller toute seule.
Le seigneur se frotta nerveusement le nez comme si la moutarde du doute était venue le lui piquer. Ses yeux allaient du prêtre à son épousée dans un balancement nerveux qui devait refléter celui en train de s’opérer dans son âme.
- Eh ! s’exclama-t-il. Que me chaut qu’elle soit muette ! Pour ce qu’une femme peut bien dire de passionnant ! Et, de toutes les manières, on verra bien si à défaut de la faire parler je ne la fais pas crier… Procède, curé… Procède !
Frère Grignotons reposa donc la question rituelle à Podane qui, sans trop lever les yeux, y répondit d’un nouveau hochement de la tête.
- Les anneaux ! commanda le sire de Miche-Lin.
Son homme de confiance et bras droit, un ancien soldat anglais, Peter Bridgestone, lui tendit un carré de tissu dans lequel se trouvaient deux bagues magnifiques. Un anneau serti d’un rubis rutilant, un autre en or injecté de deux saphirs. Podane retint à grand peine un cri d’étonnement devant une telle magnificence qui contrastait avec l’apparent déclassement social du seigneur des Troisétoiles.
Gui de Miche-Lin se rendit compte de cet étonnement et expliqua.
- Je les ai achetées tout spécialement pour vous auprès d’un cavalier qui a surgi de la nuit tandis que nous guettions votre venue. Il a longuement hésité avant de se présenter, a finalement donné un nom qui n’est sans doute qu’un masque mais qu’importe. Pour une somme somme toute dérisoire et la promesse de le laisser aller se faire lyncher ailleurs, j’ai pu acquérir ces deux anneaux auprès de ce sire du Budegé. Voilà… Le cercle est peut-être bien trop large pour vos doigts si fins mais nous ferons arranger cela par le forgeron de Vitrac.
Avant d’avoir pu réagir, Podane vit sa main gauche ornée de la bague aux deux saphirs. La lâchant enfin, Miche-Lin glissa l’anneau au rubis à son propre doigt.
Ils étaient mariés !

La crème ocre fut répartie en quatre petits bols de céramique le temps de refroidir un peu. Ils avalèrent chacun une grande cuillère de la mixture au goût si particulier puis à l’invitation de Gilbert IV, chacun écrivit la date du lendemain et le lieu où ils voulaient se matérialiser à nouveau. 5 février 1221, Malauzat en Auvergne.
Plusieurs lumières bleues s’allumèrent simultanément autour de leurs doigts. Avant de disparaître dans le grand couloir du temps, Gilbert IV eut le temps d’entendre Cathy murmurer ce qui ressemblait à une prière intime :
- Pourvu que je ne me sois pas trompée de jour cette fois…

On attendait toujours dans la grande salle du palais du Latran. L’ambiance d’abord calme après qu’on eût affirmé que le pape était bel et bien vivant se tendait peu à peu. On réclamait le souverain pontife tant, pareil à saint Thomas, tous attendait de le voir pour y croire. Ces saints Thomas d’opérette étaient volontiers taquins dans leur privé mais là ils n’avaient plus envie de plaisanter. Surtout Ribaud de Bazétage dont l’abbé de Mozarella avait fait le fer de lance de son opération de la dernière chance : en lui confiant que le pape voulait le destituer de son diocèse en raison de ses mœurs murines, il l’avait proprement conditionné à commettre le geste irréparable que Melba de Turin, pour des raisons qu’il ignorait toujours, n’avait su accomplir. Toutefois, constatant que rien ne venait et trouvant dans la vacance du siège apostolique des raisons d’espérer pour lui-même, Alfredo de Mozarella força sa voix pour demander le silence et s’adressant aux clercs présents dans la salle leur déclara que la comédie avait assez duré, qu’on cherchait à leur cacher la vérité et que si le pape était mort dans les conditions qu’on murmurait il fallait procéder le plus rapidement possible à une nouvelle élection.
- En de telles circonstances, termina-t-il en contrefaisant la lassitude, je veux bien être candidat, sachant que Dieu ne me prêtera pas vie plus de quelques mois et qu’il faudra alors la tenue d’un conclave véritable.
L’atmosphère électrique de la salle se transforma en vociférations d’approbation. Vox populi, vox Dei. Il n’en fallut pas davantage pour qu’Alfredo de Mozarella se trouvât porté sur le trône de saint Pierre sous le nom de pape Nectaire. Une heure plus tard, il donnait l’ordre de faire étrangler dans l’ergastule où on l’avait jeté son ancien complice Scapinnochio de la Plancha. Sa marche vers la puissance absolue commençait…

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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 0:51

- Et maintenant comment on entre dans le château ? demanda Bibor que l’imminence d’un assaut transportait d’allégresse.
Killian de Grime considéra avec une totale absence de mansuétude celui qui aspirait à devenir son écuyer permanent. Souvent, Bibor parlait sans réfléchir. Parfois même il ne prenait même pas la peine de parler et agissait sans aucune réflexion préalable. La jeunesse de ce début de siècle était-elle donc intégralement corrompue par les temps nouveaux et une éducation ratée ?
- Il y a un souterrain qui permet d’entrer dans le château. Il part de ce bosquet, court jusqu’au pied de la tour Sud où il émerge derrière un placard à hallebardes désaffecté.
- Comment savez-vous cela, mon fils ? demanda sœur Trisquelle. Une connaissance si précise de ce château est proprement impensable… N’avez-vous pas affirmé hier que vous n’aviez jamais traversé ce coin de l’Auvergne ?
- Je l’ai dit, confirma Killian de Grime. Et je le maintiens.
- Et ce n’est pas la première fois que vous montrez de telles presciences… C’est de la sorcellerie… Ou bien, vous nous cachez quelque chose depuis le début de cette quête… Ce qui n’est point charitable et donc chrétien.
- Nous avons tous nos parts de secrets, ma mère, répliqua le chevalier. Si vous ne voulez pas que j’essaye de percer les vôtres, ne venez point essayer de fouiller les miens.
- Je pense que nous serions plus efficaces dans cette opération de secours pour délivrer notre chère princesse si nous évitions désormais de garder de par-devers nous ces petites connaissances qui ne nous rendent pas transparents les uns aux autres. Alors, levons ces secrets une fois pour toute.
La proposition de sœur Trisquelle ne suscita pas un enthousiasme délirant.
- Je n’ai plus rien à cacher, fit Philippa… Tout ce que je suis, vous le connaissez. La complexité de mes origines et les talents qui me distinguent de mes semblables ne vous sont pas davantage inconnus.
- Mais seriez-vous prête, mon enfant, à épouser le chevalier ici présent plutôt qu’avoir avec lui des relations condamnables par notre Seigneur ?
- Vous oubliez ma mère qu’il n’est point libre de contracter une union ayant déjà femme et enfant à Chypre…
Sœur Trisquelle balaya un peu rapidement l’objection. La famille chypriote n’était à ses yeux de chrétienne romaine une famille recevable, l’union ayant été célébrée selon les rites de la mauvaise foi orientale.
- Mais s’il voulait de moi, reprit Philippa…
Killian bougonna quelque chose et cracha la tige d’herbe qu’il mâchouillait depuis un moment.
- Puisqu’il faut parler…
Katy-Sang-Fing tortilla entre ses doigts les plis de sa côte avant de poursuivre.
- Sachez que mon cœur a été mis en miette par les hommes et que seule la princesse m’a été tendre et douce. J’en viens à douter d’éprouver un jour la joie d’être véritablement aimée. Je serai mariée par mon père, ou par notre seigneur, contre mes sentiments et j’en mourrai… Voilà pourquoi, bien que j’aime ma princesse d’une amitié fidèle et souhaite son bonheur, je souhaiterais que cette quête ne prit jamais fin…
Il va de soi que cette proposition souleva une certaine indignation chez les aventuriers qui commençaient tous à aspirer – tout comme le narrateur – à passer à autre chose.
Mi-Mai et Justin Bibor n’avaient aucun secret à révéler. Tout le monde connaissait leur ambition de prendre des routes les éloignant de Grime et les jetant pour toujours sur les chemins de l’aventure. Une aventure dans laquelle les femmes n’auraient de place que lorsque le repos du guerrier serait nécessaire. L’un comme l’autre souffraient d’avoir dû renoncer aux souris de monseigneur Ribaud de Bazétage alors qu’ils passaient toutes leurs journées auprès de gentes dames d’un rang inaccessibles pour eux.
- Et vous, seigneur Killian ? Vous voyez que tout le monde a quelque chose à dire et que la franchise gagnant chacun de nous, les choses deviennent plus claires.
Après avoir à nouveau ronchonné, le chevalier se redressa, partit fouiller dans les fontes de sa monture et en revint avec un objet que personne ne lui avait jamais vu utiliser.
- Qu’est-ce que cela ? demanda Philippa.
- Le ternet…
- Le ternet ?... Cela ne signifie rien…
- C’est un objet que j’ai acheté dans une vallée en Orient où on trouve un sable particulier qu’ils appellent siliciome. Ce sable a des propriétés extraordinaires que cette petite table exploite à merveille. Il faut d’abord lui donner une atmosphère particulière, chaude et humide… Le sable blanc alors se contracte et on peut du bout du doigt écrire des questions. En quelques instants votre question disparaît et les cristaux se repositionnent sous la pression de la chaleur et de l’humidité pour vous donner une réponse. On appelle ça une moiteur de recherche.
- C’est satanique ! s’exclama la mère supérieure…
- C’est pratique, riposta le chevalier. C’est grâce à cela que j’ai pu connaître les meilleures routes pour notre voyage. C’ets grâce à cela que j’ai pu retrouver l’ascendance prestigieuse de Philippa. C’est grâce à cela que je connais l’existence du souterrain qui nous permettra de libérer Podane… C’est grâce à cela aussi que je sais ce que mère Trisquelle a toujours voulu nous cacher…

Devant la chapelle, malgré le crachin qui s’était mis à tomber comme un écho aux larmes intérieures de Podane, les « vassaux » de Gui de Miche-Lin lui rendaient un hommage qui n’avait rien de solennel. Ce n’était que plaisanteries grivoises et salaces. Visiblement, ces hommes-là avaient fait les cochons ensemble à défaut des avoir gardés.
- Princesse, il ne faut point vous désespérer…
- Frère Grignotons, comment ne le serais-je pas ? Me voici mariée avec un être répugnant dont les qualités sont si bien cachées que je n’en ai point encore deviné une seule. Il va se goinfrer, s’emplir la panse et ensuite il me couchera sur son lit comme il l’eût fait d’une quelconque servante.
- Il ne doit pas le faire, affirma le clerc avec un sérieux qui était rare chez lui.
- Il ne le fera pas ! fit la princesse en portant la main à sa cuisse.
- Qu’avez-vous là ?...
- Un couteau que Mi-Mai m’a confié.
- Et vous en useriez pour tuer le seigneur ?... Malheureuse ! Surtout ne faites pas cela !
Podane ne put pas poser immédiatement la question qui lui brûlait les lèvres. Guy de Miche-Lin s’était rapproché pour intimer à sa nouvelle épouse et au curé l’ordre de gagner la salle commune où les réjouissances devaient commencer sans tarder. Ce n’est que quelques instants plus tard, entre un jongleur maladroit et une dresseuse d’ourson, que la princesse put obtenir un semblant d’explication de la part de frère Grignotons.
- Votre pureté d’âme est essentielle… Vous ne devez point la corrompre en commettant un quelconque pêché. Pêché de chair ou meurtrerie c’est du pareil au même.
- Mais comment éviter l’un sans avoir recours à l’autre ?
- En priant pour qu’un miracle s’opère sans tarder, princesse. Qui sait si nos prières jointes n’auront pas assez de force pour que le Seigneur nous entende.

A la question muette posée sans douceur aucune par Killian de Grime, sœur Trisquelle répondit d’un seul geste ; elle dégrafa sa pèlerine de voyage que trempaient déjà les larmes du ciel, remonta la manche de son bras et exhiba une sorte de dessin étrange formé d’un grand triangle violacé et de deux lettres : E.N.
- Qu’est-ce que cela signifie ? questionna Katy-Sang-Fing.
- Rien qui ne soit connu de vous, répliqua la sœur.
- Si vous jugez que ce signe n’est rien c’est que vous avez oublié les conditions dans lesquelles il vous fut infligé…
- Eh quoi ! s’emporta la mère supérieure… Il y a vingt ans, on m’arracha à mon couvent et on me traîna devant un tribunal de clercs. Mon tort ? M’être posée beaucoup trop de questions sur la foi et la vie du monde. Avoir osé questionner les meilleurs esprits et, à partir de leur réponse, avoir cherché à changer la vie de milliers de personnes en leur apportant le bonheur par le savoir. Où est le mal en tout ceci ? Je vous le demande, où est le mal ?...
- Il n’est nulle part, ma mère, l’apaisa Philippa… C’est au contraire une tâche noble et propre à vous ouvrir les saintes voies du Paradis.
- Sauf que sœur Trisquelle fut alors réputée irrécupérable car ne voulant pas renoncer à ses ambitions. Elle fut donc condamnée à être marquée ainsi au fer rouge… E et N pour Erudite Nuisible. Ce simple dessin sur son avant-bras lui ferma une bonne partie des scriptoria…
- Raison pour laquelle j’ai toujours voulu aller en terre païenne où un tel ostracisme ne pourra se manifester à mon égard. Raison pour laquelle il faut que je voyage beaucoup pour continuer à apprendre. Raison pour laquelle je me fais véhémente dès qu’on ose interdire à quelqu’un d’accéder au savoir et pour laquelle je ne cesse de reprendre les uns et les autres sur leurs faiblesses. Voilà… Rien là-dedans n’est honteux… Au contraire, c’est une souffrance intime dont j’ai toujours refusé de parler.
- Pourtant quelqu’un était au courant puisque le ternet le savait…
- C’est pour cela que je vous dis, seigneur Killian, que cette tablette est une œuvre du diable.
- C’est pour cela que je crois pouvoir affirmer que vous êtes comme nous victime de vengeances qui nous dépassent. Il y a bien eu quelqu’un pour connaître les raisons de votre déchéance il y a vingt ans et les colporter ainsi à tous les vents. Si vous gêniez autant c’est que vous possédiez quelque valeur, quelque idée ou quelque chose que d’autres auraient voulu voir disparaître avec vous. A vous donc de chercher pour savoir quoi !
- Seigneur Killian, cela fait vingt ans que je cherche et je l’ignore toujours…
- Mais moi je me dis que ceux qui ont voulu que nous allions à votre rencontre savait bien pourquoi…
Sur cette conclusion plusieurs riens énigmatiques, Killian de Grime se saisit de Rafarinade et, frappant avec violence et précision sur une tête de nœud qui reliait eux cordes, ouvrit le passage vers le souterrain.


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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 1:00

Il y eut une grande secousse. Les murs du château se mirent à trembler, les flammes des bougies vacillèrent, quelques cris s’élevèrent.
- Qu’est-ce ? questionna le seigneur à la ronde.
Les gardes qui étaient sur le chemin en question répondirent qu’ils n’en savaient rien, moyennant quoi l’événement fut rangé au rang des bizarreries dont la province savait être coutumière. Ne se trouvait-il pas à quelques lieues d’ici un territoire dans lequel nul ne pouvait entrer ?
Podane consulta du regard frère Grignotons qui mordait sans la moindre inquiétude dans un cuissot doré à merveille.
- Ca commence, répondit-il.
- Qu’est-ce qui commence ?...
- Les temps nouveaux…

Dans le souterrain, la secousse avait produit plus de dégâts que dans la grande salle du château. Un étai (en bois et non en porcelaine comme des ignorants tentèrent il y a quelques années d’en accréditer l’idée à travers une chanson) céda coupant le groupe en deux. Seuls Killian, Mi-Mai et sœur Trisquelle purent continuer à avancer, leurs compagnons devant rebrousser chemin pour retrouver l’air libre.
- Qu’était-ce ? demanda Killian
- Un début de colère de la Terre, répondit sœur Trisquelle… Mon maître, Gaston de Nurvie, disait que lorsque la Terre tremble c’est que l’humanité doit prendre peur…

Chaque gobelet de vin, chaque pièce de volaille déchiquetée avec férocité, rapprochait Podane du moment où Gui de Miche-Lin viendrait la chercher pour l’amener sur sa couche. Les usages du temps étaient bien moins intimes que de nos jours ; la défloraison des charmes de Podane se ferait au vu et au su de tout le monde. Non seulement, elle n’était point prête à cela mais, en plus, frère Grignotons l’avait mise en garde contre les conséquences terribles et irréversibles du premier moment d’abandon.
- Mon Dieu ! supplia-t-elle. Faites que mon oncle arrive.

Il fallut écarter le réseau inextricable de hallebardes rouillées pour parvenir à s’extirper du souterrain. Cela ne se fit pas sans bruit et lorsque, enfin, Killian émergea de l’amas de tiges coupantes, un comité d’accueil doté de nouveaux modèles se dressait devant lui. Pas disposé à transiger sur les conditions de sa reddition.

La démarche était incertaine, le regard vague mais la main était ferme et lorsqu’elle se referma sur le poignet fin de la princesse, celle-ci sentit son cœur s’arrêter.
Elle secoua nerveusement le bras en espérant que le sire de Miche-Lin lâcherait prise. L’effet fut diamétralement opposé, la pince se fit plus sévère meurtrissant les chairs et l’articulation de la princesse.
- Lâchez-moi ! hurla la princesse.
Le cri venant d’une gorge qu’il croyait éteinte depuis toujours conjugué à l’odeur de soufre purulent qui l’accompagna laissa le seigneur des Troisétoiles interdit. Un coup porté en plein visage termina de mettre son esprit en hibernation. Frère Grignotons avait abattu le cuissot sur le nez du seigneur.
- Quel dommage ! murmura-t-il… Une si bonne viande…

Un nouveau tremblement ébranla à nouveau le château. Une explosion retentit au loin et parsema le ciel d’éclairs rougeoyants.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda dame Katy. J’ai peur…
- C’est ce que nous pouvons craindre de pire, Katy-Sang-Fing… La fin de tout, le chaos absolu, l’arrivée sur Terre des puissances infernales jaillies de leur antre.
- Mais pourquoi maintenant ?...
- Parce que quelque chose s’est passé dans ce château, j’en ai peur…

Profitant de la désorganisation provoquée par la nouvelle secousse, Killian de Grime avait soumis à la double lame de Rafarinade les poitrails des quatre gardes qui l’avaient pincé à la sortie du placard. En sortant dans la cour, il avait reconnu Podane, suivie d’un clerc au visage cramoisi de sueur, qui courrait vers le pont-levis. Il fut tenté de l’appeler mais se rendit compte que c’était plutôt à lui de la rejoindre. Il se mit à courir lui aussi, suivi par Mi-Mai, mais sans que sœur Trisquelle pût les accompagner au même rythme. Claudication oblige.
Fort heureusement, les moyens financiers dont disposait le sire de Miche-Lin ne lui permettaient pas d’entretenir une garde pléthorique. Ils ne furent qu’une demi-douzaine à surgir derrière leur maître pour tenter de barrer la route aux fugitifs.
- Mi-Mai, fit Killian, il faut faire tomber la herse…
- Et la sœur ?
- Tant pis pour elle !...
- Seigneur, nous ne pouvons l’abandonner…
- C’est Podane qui compte…
- Alors, faites tomber la herse et laissez-moi sauver la sœur.
Sans laisser à son maître le temps de lui donner un contrordre, Mi-Mai se jeta au devant des gardes pour donner le temps à sœur Trisquelle de gagner le pont-levis.
- Tête de mule ! jura le chevalier en se jetant à son tour dans la mêlée.

Les deux soudaines secousses telluriques avaient frappé de stupeur les terres de la Prophétesse de Zeus. Ici, depuis des années, rien de fâcheux ne se produisait jamais. On n’avait enterré personne depuis longtemps, les enfants grandissaient en parfaite harmonie sans jamais se chamailler et leur santé était resplendissante. Les pluies n’étaient jamais abondantes, les chaleurs restaient sans excès et, si l’hiver existait, c’était sur une durée tout juste suffisante pour que s’opère ensuite le miracle du printemps. Ce bonheur, laboratoire de ce que la Prophétesse, frère Vilain et leurs affidés voulaient voire s’étendre à toute la chrétienté, était sans nuages… Le premier à venir depuis longtemps tromper la quiétude de tous était noir, rempli d’étincelles rougeoyantes et montait sur l’horizon avec la puissance d’une tempête.
- Il est arrivé quelque chose… Quelque chose d’horrible… lança frère Vilain en faisant une intrusion dans les appartements de la Prophétesse.
- Crois-tu que je ne le sais, rétorqua celle-ci dont le visage toujours avenant présentait des signes manifestes de nervosité. Les fureurs des entrailles de la Terre ne relèvent point de mes pouvoirs, elles ne sont apaisées que par l’équilibre instable créé par les pôles de la puissance et de la bonté. Cet équilibre a été rompu. Comment et par qui ? J’avais supposé que le trépas du pape aurait quelques conséquences ponctuelles le temps que son sang parvienne jusqu’à nous pour la cérémonie finale… De telles déflagrations ne peuvent s’expliquer que par l’effondrement de la bonté de la princesse… N’avais-tu pas dépêché frère Grignotons sur place pour parer au plus pressé ?
- Si fait, madame… Mais vous connaissez ce frère ? De la volonté et du courage mais de cervelle bien peu lorsqu’un bon repas et un bon vin se présentent près de son palais. S’il avait relâché sa surveillance et que…
- Ce serait terrible… Vingt années perdues… Et au bout de tout ce temps, l’échec… Je ne veux pas cet échec, m’entends-tu ? Je le refuse… Je ne suis pas comme la Saint-Dieu taillée pour vivre l’éternité entière… Je veux quitter ce monde en y laissant le bonheur et la quiétude dont j’ai été privée.
- J’entends parfaitement cela, madame. Je me mets en route immédiatement.

Frappant de taille et d’estoc, Killian de Grime repoussait les assauts des trois gaillards dressés devant lui. Dans son dos, se tenait sœur Trisquelle dont les exhortations lui étaient plus pénibles que profitables.
- Ne les tuez point, mon fils ! Ne les tuez point ! Au milieu de ce chambard, Dieu aurait du mal à reconnaître les siens.
Sans ces recommandations permanentes, l’affaire eut été réglée depuis longtemps. Il fallut donc taillader du jarret plutôt que transpercer, défoncer une cage thoracique à coups d’écu plutôt que de fendre un crâne. Autant de choses qu’on pouvait concevoir près des lices du château lorsqu’on s’exerçait avec des épées de bois mais qui n’avaient pas le moindre sens lorsqu’on combattait pour de vrai.
L’arrivée à la rescousse de Justin Bibor se révéla décisive. Serrés les uns contre les autres, les trois combattants purent se protéger mutuellement et s’enfoncer au cœur de la masse adverse. Soudain, Gui de Miche-Lin s’effondra sur les genoux, le visage gris, l’œil vitreux. Une flèche venue d’on ne sait où lui avait traversé le cou. Une seconde, arrivée quasiment dans le même mouvement, lui épingla la main gauche au sol.
C’est alors que Killian vit briller au doigt de feu le seigneur des Troisétoiles l’anneau serti du rubis rutilant.
- Dieu me damne ! Il l’a épousée !...
Il n’y eut dès lors plus de quartier. Poussé par la rage, la colère et un terrible courroux, Killian de Grime coucha un à un les gardes du château dont la résistance se trouvait de plus en plus affectée par les libations vineuses effectuées précédemment.
- Vous serez maudit, Killian ! fit sœur Trisquelle…
- Si Podane a souffert par la main de ce maudit, c’est vous qui le serez, ma mère, pour lui avoir conseillé de suivre la voie de la folie…
Toujours hors de lui (mais toujours dans la cour du château), Killian de Grime se pencha pour arracher la bague.
- Par bonheur, au moins maintenant, elle est veuve !...


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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 1:09

Il y avait sur le chemin une grande presse de paysans fuyant les explosions et les remuements lancinants du sol. Un d’entre eux voulut bien décrire au frère Vilain ce qu’il avait vu.
- Au pied de la colline où qu’est le château de not’ maître, Gédéon de Quonflexe, une grande fente s’est ouverte dans la terre. D’au moins vingt coudées. Et pis ça a commencé à sortir… Une sorte de sang brûlant qui a coulé partout et qui a mis le feu. Les forêts brûlent, les champs brûlent, les maisons brûlent…
Frère Vilain fouilla dans la poche de son manteau et donna deux belles pièces au paysan.
- Partez vers Clermont, lui indiqua-t-il, là-bas vous serez en sécurité.
En était-il vraiment certain ?
Tout ce qu’il savait c’est qu’il était impossible d’accueillir une telle foule à Malauzat et qu’il fallait détourner les malheureux du domaine de la Prêtresse de Zeus.

Après avoir rassuré son oncle, Podane regarda briller entre ses doigt la bague de feu le sire de Miche-Lin.
- Pourquoi l’avoir tué ? demanda-t-elle avec un ton de reproche qui n’était point feint.
- Ce n’est pas moi qui lui ai percé le cou d’une flèche… Mais j’ai récupéré cet anneau car il m’est apparu terriblement incongru au doigt d’un seigneur aussi misérable.
- J’ai aussi pensé cela lorsqu’il m’a passé celui-ci au doigt…
Pour une fois, il y avait plus ignoble que les relents venant du gosier putride de la princesse. L’air charriait des odeurs lourdes et chaudes de bois cramé, de chairs roussies.
- Il faut fuir, lança Katy-Sang-Fing.
- Fuir ? répondit Killian de Grime qui trouvait ce genre de proposition totalement absurde à ses yeux de professionnel du combat.
- Il ne faut surtout pas fuir, intervint frère Grignotons. C’est au contraire là d’où vient ce danger qu’il faut que nous allions absolument.
- Malauzat ? demanda Podane.
- Ou ses environs, je ne sais pas… Princesse, nous vous attendions depuis si longtemps que nous ne pouvons imaginer que vous vous dérobiez devant l’ultime obstacle.
- Nous ?...
Frère Grignotons ne répondit pas. Il sauta en selle – et la jument qui l’accueillit sur son dos n’y trouva aucun plaisir.
- Suivez-moi !... Il faudra chevaucher toute la nuit…

La lueur incandescente des brasiers contraignit Anne-Charlotte-Romane de Saint-Dieu à ralentir. Le BOLT était vraiment un produit miraculeux : une vitesse trois fois supérieure à celle d’un cheval au galop, un épuisement qui ne venait jamais tant que durait l’action de la potion et surtout aucune conséquence articulaire quand bien même genoux, chevilles et autres muscles du bras étaient soumis à des mouvements accélérés et cadencés.
C’est alors qu’elle aperçut devant elle une colonne de cavaliers avançant au trot. Il ne lui fallut pas plus d’une minute pour les reconnaître ; il s’agissait bien des aventuriers de la geste.
- Je pourrais oser les rejoindre, se dit-elle. Ils ne peuvent pas me reconnaître.
Elle s’abstint pourtant. L’effet de surprise était un atout dont elle ne voulait pas se priver.

Frère Vilain trouva sur les terres du sire Quonflexe tous les accents du malheur. Des entrailles de la Terre avait surgi un cône noir comme la suie d’où s’échappaient des fumeroles et des gerbes de lumière incandescentes.
- Un volcan…
Il avait lu dans une géographie antique conservée à Saint-Romuald la description d’un tel phénomène qui n’était connu que dans le sud de l’Italie. Ces formes, il les connaissait parfaitement pour les avoir rencontrées à chaque fois qu’il avait fait le chemin entre Grime et Malauzat. Mais elles étaient paisibles, couvertes de forêts et parfois de champs. Là, le triangle noir surgissait à la limite de la plaine dans un espace où la terre était riche et la paysannerie prospère.
Il en voulut à Dieu d’avoir apporté ainsi la désolation juste pour s’opposer au projet de la Prophétesse. Dans la lutte entre les deux puissances, le souverain des Cieux usait d’armes qui n’étaient point honnêtes.
Comme il secouait la tête tristement en observant les restes d’un lièvre finir de se consumer, il entendit sonner les sabots de plusieurs chevaux. Il manqua s’évanouir en reconnaissant la princesse Podane et son si vieil ami Killian de Grime en tête de la colonne.
- Allons, murmura-t-il, rien n’est perdu.

Il n’y avait plus eu de pape autoproclamé à Rome depuis longtemps… Ou du moins tous ceux qui avaient revendiqué la tiare sans élection canonique avaient été poussés par des pouvoirs temporels tels ceux qu’incarnaient l’empereur germanique. Le premier soin du pape Nectaire fut d’écrire à tous les puissants de son temps, qu’ils fussent de possibles rivaux ou d’éventuels soutiens fidèles, pour leur donner à connaître son élévation au trône de saint Pierre.
Il n’en eut pas le temps. A peine s’était-il installé dans le fauteuil de Gilbert IV qu’Annabella, la chatte du pontife disparu, lui sauta au visage et le défigura de ses griffes acérées.
Bien fait, non ?

Le soleil ne se leva pas sur la terre de Malauzat. Du Nord au Sud, tout l’horizon était cerclé d’un anneau de poussières grises formant d’épais nuages qui obscurcissaient le ciel.
- Est-ce donc la fin du monde, frère Vilain ? demanda Katy-Sang-Fing.
- Non, sans aucun doute, répondit l’abbé de Saint-Romuald. Juste une colère de la nature. Quelque chose d’un peu plus impressionnant qu’une tempête ou qu’une invasion de sauterelles mais rien qui ne soit périlleux à terme… Regardez, ajouta-t-il en montrant au loin vers l’ouest la chaîne des puys, les volcans finissent toujours par se figer dans le silence.
Frère Vilain aurait bien aimé être persuadé de la justesse de ce qu’il venait d’affirmer.
- Malauzat est de l’autre côté de cette colline, expliqua-t-il.
- Qui nous attend là-bas ?
Comme lorsqu’elle avait interrogé frère Grignotons, il n’y eut pas de réponse.

Au détour d’un virage, le paysage changea. La baronne de Saint-Dieu, qui n’avait eu aucun mal à suivre le trot des chevaux, ne s’en aperçut pas tout de suite. IL fallut pour qu’elle en prit conscience qu’une barrière invisible se dresse face à elle.
- De quoi ?! s’exclama-t-elle. Une ceinture de force invisible. Qui a donc pu dresser une telle protection et pourquoi ?
Elle essaya de passer sous l’invisible clôture. Sans succès.
Elle se haussa sur ses pieds pour essayer de découvrir une faille dans la muraille transparente. Rien à faire.
Elle escalada un arbre en pensant pouvoir ainsi passer par-dessus. Même à la hauteur des cimes, la clôture était toujours là.
Alors que, d’humeur furieuse, elle redescendait, une nouvelle secousse fit chanceler l’arbre. Le tronc s’inclina lentement puis versa soudain en faisant voler en éclat la protection étendue à travers ses ramures.
- Je suis entrée ! s’écria-t-elle… Je suis entrée !...
Rien ni personne ne pourrait jamais empêcher la baronne de Saint-Dieu d’aller où elle le voulait.

L’entrée dans le château aux murs noirs se fit au milieu des poussières qui désormais volaient à hauteur d’humains. Les manants se terraient chez eux et nulle acclamation ne se fit entendre à l’arrivée de la princesse. Des journées entières avaient été passées à préparer un accueil de reine pour Podane ; l’irruption du volcan avait tout flanqué par terre.
- Princesse, fit frère Vilain… Veuillez me suivre.
- Moi seule ?
- Oui… Vos amis vous rejoindront plus tard.
Elle entendit non sans effroi le grand portail de bois sombre claquer derrière elle, la coupant de ceux qui l’avaient accompagnée jusque là. D’où venait que chaque entrée dans un château lui apparaissait comme le prélude à de grands ennuis ?
- Enfin, frère Vilain, me direz-vous où vous me conduisez ?
- Elle vous attend…
- Elle ?...
- Je ne puis rien vous dire, vous le comprenez bien.
- Me diriez-vous quelque chose de toutes manières que je ne pourrais pas m’enfuir…
- Un vrai Grime ne fuit jamais, laissa tomber frère Vilain d’une vois éteinte. J’ai suffisamment bien connu et votre grand-père et votre oncle pour l’apprendre à mes dépens.
Podane, tout en gravissant les marches d’un grand escalier vert entièrement bâti en malachite, jeta un œil vers l’extérieur par une ouverture d’une taille comme elle n’en avait jamais vue. Dehors, la poussière grise commençait à tout recouvrir. Il neigeait des cendres.
- Frère, encore une fois, où me conduisez-vous ? Qu’est-ce qui vous permet de croire que je peux aider en quoi que ce soit à ce que ce cauchemar prenne fin ?
- La foi que j’ai en votre bonté… Je l’ai éprouvée pendant des années jour après jour et je sais que vous ne penserez jamais à vous en premier. Un oiseau blessé, un manant dans la gêne vous paraîtront toujours prioritaires sur vos besoins propres. C’est un tempérament qui relève de la sainteté…
- Est-ce pour cela que frère Grignotons refusait de me voir commettre un assassinat ? Est-ce pour cela qu’on a protégé ma virginité à tous prix ?
- Personne ne pouvait vous protéger contre vous-même ? Vous êtes incapable de faire le mal et vous le subissez avec sagesse sans en vouloir à ceux qui vous l’auront occasionné…
Podane trouvait ces louanges bien trop appuyées mais, à son corps défendant, devait reconnaître qu’ils reposaient sur des vérités intangibles et incontestables.
Frère Vilain s’arrêta devant une porte immense, faisant plus de deux fois sa taille (qui certes n’était pas bien grande).
- Voici le terme de votre périple, le point final de votre geste… Je vous laisse… Lorsque vous serez prête à assumer votre destin, vous pousserez la porte et vous entrerez…
- Mais cette porte est trop lourde ! s’exclama la princesse.
- Il n’est rien de trop lourd pour qui porte en soi la Grâce…

- Quel est ce prodige ?!
Sœur Trisquelle se rendit compte qu’elle avait perdu ses compagnons au détour d’un couloir. La faute à une porte entrouverte. Une porte qui avait révélé à son regard pourtant si affaibli un rayonnage rempli de grimoires. Le seuil franchi, elle n’en avait pas cru ses yeux. Il y avait dans cette pièce plus d’ouvrages qu’elle n’en avait jamais vus. On disait qu’il y avait au palais du pape plusieurs salles remplies de volumes plus ou moins sulfureux. Ici, il n’y avait qu’une seule salle mais, transformée en réfectoire, elle aurait pu accueillir un bon millier de moniales.


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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 1:13

Au bout de la longue salle, une silhouette menue regardait par la fenêtre… Une fenêtre toute aussi vaste que celle que Podane avait observée dans l’escalier. Le château de Malauzat semblait avoir au plan de l’architecture un siècle d’avance. Il s’y trouvait déjà les techniques qu’on commençait à peine à mettre en œuvre sur les chantiers des grandes cathédrales de la terre de France.
La silhouette entendit à peine les pas délicats de Podane sur les carreaux de marbre rose. Elle était totalement abimée devant le triste spectacle d’un paysage hier encore si gai et pimpant et désormais livré à la poussière grise. Tout cela pour ça ! Tant d’années pour subir un tel échec ! Mais non, rien n’était perdu puisque Podane était là.
La princesse toussa doucement. La femme se retourna.
- Maman ?!...

Après une nuit sans sommeil et une soirée sans repas, une étape dans les cuisines du château s’imposait pour tous. Un seul mot s’imposait pour décrire tout ce qu’elle recélait.
Opulence !

Les traits de la Prophétesse de Zeus étaient bien ceux de cette mère aimante et aimée que Podane avait abandonnée à Grime quelques semaines plus tôt.
- Non, je ne suis pas ta mère… Je suis sa sœur et donc ta tante. Tu sais, celle dont on ne parlait jamais… Lisbeth dit Lily… La jumelle de ta mère…
- Celle dont mon oncle Killian…
- Oui, celle-là même… Pendant tant d’années, ma sœur – ta mère – a vécu avec un homme qu’elle n’aimait pas. Pâle, falot, sans courage, abâtardi par la malédiction jetée contre toi… Tandis que moi j’avais un homme dans mon cœur. Un homme courageux, loyal, sachant être doux et drôle mais toujours prêt à la témérité la plus folle. C’est cette histoire-là que Dieu aurait dû défendre… Moyennant quoi, il a laissé un de ses plus vils représentants sur Terre m’enlever…
- Vous maudissez Dieu, ma tante ?... N’est-ce pas vous qui portiez ce grain de beauté qu’on dit du diable ?
- Je le porte toujours mais ne va pas croire que pour autant je suis du côté de Lucifer. Ce sont l’un et l’autre que je condamne et que je rejette. L’Orient fut pour moi la source de tant de savoirs que je me suis mise en tête de donner à notre monde d’autres cadres, d’autres codes, d’offrir la joie, la santé et le bonheur, choses que Dieu et le Diable ne vous accordent que pour mieux vous les reprendre.
- Contez-moi, je vous prie, tout cela…
- Je ne puis le faire dans le détail car, comme tu le vois, le temps nous presse. Sache qu’à la demande de ton père, je fus enlevée par l’évêque de Limoges, monseigneur Scapinnochio de la Plancha…
- Je le savais…
- Et convoyée jusqu’en Orient…
- Où mon oncle vous chercha pendant des années à en perdre la raison…
- Ce qui ne l’empêcha point de me préférer une créature de Chypre à laquelle il fit un enfant… Une fille pour être exacte que je me suis permise il y a peu de retrouver et de conduire en un lieu connu de moi seule.
- Pourquoi ? C’est cruel ! s’emporta Podane.
Une nouvelle secousse ébranla le château. Des éclairs rougeoyants passèrent devant la fenêtre.
- Un jour, elle sera ce que tu auras été…
- Qu’ai-je été ?
- L’objet de toutes mes attentions pendant tant d’années… Celle que j’attendais et qui a toujours été exacte aux rendez-vous que je lui avais fixés… Jusqu’à aujourd’hui.
- Je ne comprends pas…
- Je ne suis pas certaine que tu aies besoin de comprendre. Contente-toi d’être ce que tu as toujours été et cela suffira pour vaincre Dieu et terrasser ce volcan. Contente-toi d’être bonne, douce et aimante avec tous et cela suffira pour que le bonté, la douceur et l’amour règnent sur les terres chrétiennes. Dans quelques jours, une jeune femme qui m’est soumise corps et âme arrivera ici porteuse d’un sang sacré. Je te dirai alors ce que sera ton rôle exact pour assurer la paix pour toujours et effacer ce Dieu de douleurs et de peines du souvenir de chacun.
La princesse Podane resta interloquée par l’extravagance du projet de sa tante. De son propre sort, elle ne se souciait pas vraiment. Elle avait été instrumentalisée pendant toute sa vie, on ne se souciait pas de lui faire perdre l’odeur putride qui stagnait dans son gosier, mais elle n’en avait cure.
- Il faut cependant comprendre pourquoi la Terre réagit ainsi depuis hier après-midi. Qu’as-tu fait ?
- Rien, ma tante.
- Tu n’as point dérogé à ce que tu es ?
- Je ne crois pas…
- Cette bague ?... Cette bague ?... D’où te vient-elle ?
- Du sire de Miche-Lin qui m’a épousée…
- Epousée ?! s’étrangla Lily… Tu veux dire que tu ?...
- Non point, ma tante… Et je suis d’ailleurs veuve, certes peu éplorée, depuis hier soir…
- Alors, si tu n’as rien commis d’irréparable, c’est que cette bague est source de tout. Ote-la de ton doigt !
Podane posa ses doigts sur la structure dorée et tira. Rien ne se passa. L’anneau restait comme collé.
- As-tu vu un orfèvre ?
- Point, ma tante… Lorsque mon époux glissa l’anneau à mon doigt, il était beaucoup trop grand. J’aurais dû le perdre cent fois depuis hier…
- Alors c’est l’œuvre d’uns sorcière !... Voilà qui éclaire bien des choses… Ta pureté est souillée par la possession à ton doigt d’un tel bijou. Il faut l’ôter sans tarder !
S’approchant pour la première fois de sa nièce, Lily essaya de faire glisser à son tour l’anneau. Faute d’y parvenir, elle mit l’annulaire de Podane dans sa bouche et, par une action dont la princesse ne saisit pas exactement tous les ressorts techniques, réussit à enlever la bague maudite.
- Sortilège ! lança-t-elle avant de précipiter le bijou sur le sol et de l’écraser.

La lave cessa aussitôt de s’écouler du volcan qui avait déjà atteint au bout d’une journée d’activité la taille de cinq de nos mètres actuels. Un dernier éclair illumina l’espace mais celui-ci venait du ciel. Quelques instants plus tard, une pluie drue et apaisante se mit à tomber éteignant les incendies et figeant la lave brûlante.


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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 1:20

La porte de l’appartement de la Prêtresse de Zeus s’ouvrit avec fracas. Avant qu’elle n’ait pu réagir, quatre personnes avançaient vers elle. Une seule la regardait vraiment, mais d’un regard si noir, si profond, si inquisiteur qu’elle ne put que détourner les yeux. Lily entendait venir à elle Melba de Turin dont les bottes ferrées, dissimulées par son aube de moniale, claquaient sur le marbre.
- Vous vouliez le sang du pape ?... Réjouissez-vous, je l’ai conduit jusqu’ici pour que vous puissiez vous servir vous-même.
Melba jeta un couteau aux pieds de la Prêtresse.
- C’est bien elle, ajouta Gilbert IV… Comme en mon souvenir… Belle mais le front plein d’orages et le sourire d’une tristesse infinie.
- Carlo Ancelitto… Que de chemin depuis cette petite église des Pouilles n’est-ce pas ?
- Une femme désorientée, presque repentante, qui vous avoue qu’elle hait Dieu pour tout le mal qu’il a inspiré aux hommes contre elle, qui vous parle de l’enfant qu’elle porte et à qui elle entend transmettre sa haine, cela ne s’oublie pas.
- Vous aviez promis de ne point me dénoncer…
- Je ne l’ai pas fait…
- Raison pour laquelle, j’ai fait en sorte que vous soyez récompensé. J’avais besoin d’un homme comme vous sur le trône de Pierre. Un homme alliant la rectitude et la puissance. Le complément idéal à la princesse Podane… Fragile et bonne… Merci Melba, tu vas me permettre d’en finir au plus vite avec toute cette histoire.
- Pas si vite ! lança Melba de Turin en donnant un grand coup de pied dans le poignard qu’elle envoya voler contre le mur. Le pape Gilbert m’a suggéré très fortement que j’aurais pu être cet enfant qui était le vôtre lorsqu’il vous entendit en confession. J’ai besoin d’une réponse : êtes-vous ma mère ?
- Nous verrons cela plus tard…
- Etes-vous ma mère ? répéta Melba tout en haussant le ton.
- Et qu’est-ce que cela changerait ?
- Cela changerait que vous m’auriez menti pendant des années, que vous m’auriez dressée pour être celle qui effectuerait les sales besognes que votre cœur endurci serait incapable de faire… Cela signifierait que vous avez délibérément choisi de me noircir pour éviter de vous compromettre en faisant couler le sang. Cela changerait tout…
- But !... But !... It’s my ring !...
L’intervention du duc du Safesex offrit le petit dérivatif qui permit à tous les protagonistes de la scène de souffler un peu.
- Il dit que c’est son anneau…
- Just one…
- Oui, juste un… Il en avait plusieurs… Un seigneur, des anneaux…
- Ils étaient ensorcelés ces anneaux, fit la Prophétesse. Un tour sans doute de la baronne de Saint-Dieu.
- Cela se pourrait, oui, fit celle-ci en pénétrant à son tour dans l’appartement de la Prophétesse. Belle malachite ne profite jamais, ma chère… Désolé pour ce mauvais jeu de mot mais votre escalier me l’a inspiré… Il apparaît donc que sont ici réunis tous les protagonistes de cette belle histoire… Sauf le seigneur Killian… Et aussi la vieille bigote boiteuse.
- D’où nous connaissez-vous ? demanda Podane.
- Oh, je suis quelqu’un qui doit rester dans un recoin de ta mémoire… Anne-Charlotte-Romane de Saint-Dieu pour te desservir… C’est moi qui il y a vingt ans étendit sur la terre de Grime une malédiction dont tu fus l’innocente victime. Et pendant vingt ans, sournoisement, une question m’a taraudée. Pourquoi ?... Pourquoi avais-je frappé ce domaine ? Qui m’avait poussée à maudire cette terre ?... Je crains de comprendre aujourd’hui… Je n’ai été que l’instrument d’un projet à très long terme. La Prophétesse de Zeus, s’étant échappée de son monastère d’Orient, avait emporté avec elle quelques secrets anciens…
- Et accessoirement une fille à naître… coupa Melba.
- Dont le père était un pope obscur du mont Athos… Une pour tous qu’il a dit ! Voilà c’est bien cela que tu voulais savoir… Eh bien tu sais !... Alors, va jouer dans ta chambre !...
Melba de Turin, les yeux encore plus noirs qu’à l’habitude, leva la main pour frapper sa mère. Une main ridée la retint.
- Non, ma fille… N’ajoutez pas ce déshonneur aux crimes nombreux que vous avez déjà commis…
Sœur Iselda en religion se dégagea avec la mine fière qu’elle conservait en toutes circonstances. Maintenant qu’elle savait le secret de sa naissance, elle n’avait plus rien à faire avec cette femme.
- Si cela ne vous ennuie pas trop, fit Saint-Dieu, je continue ma petite histoire. Il fallait une méchante pour que l’enfant à naître chez les Grime ne puisse jamais susciter l’intérêt d’un homme et ainsi demeurer vierge longtemps. Il fallait un méchant sort pour qu’elle ait envie un jour de se mettre en quête d’un antidote à la malédiction. Il fallait surtout que le sort ne puisse pas être totalement vaincu sans venir jusqu’ici… Ici où nous avons tous convergé sans en prendre conscience.
- Oui, approuva la Prophétesse… J’ai utilisé ta méchanceté naturelle en me faisant passer pour ma sœur. Tu l’as retrouvée et tu as maudit son ventre, baronne de Saint-Dieu. Et en même temps, tu as lancé sur la terre de Grime la plus épouvantable misère qu’on ait jamais vue, donnant ainsi l’occasion à Podane de se montrer bonne avec tous. Cerise sur le gâteau, plus Grime s’est rabougrie dans le malheur, plus Malauzat a prospéré. A eux, le ciel bas et les tempêtes ; à nous, le ciel bleu et les frais zéphyrs. A eux, la nielle et la boue ; à nous les récoltes abondantes et les terres légères… Vingt années de bonheur pour mes gens. Vingt années qui n’ont jamais réussi à me faire oublier ce que j’avais subi ici et en Orient. Vingt années à attendre ce jour… Ce jour où…
La Prophétesse Lily n’alla pas plus loin dans sa prophétie. Le poignard, ramassé par Melba, vint se ficher dans son dos, entre ses omoplates.
- Crève !...

* * *

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MessageSujet: Re: La geste de la très remarquable Podane de Grime [terminé]   Mar 21 Mai 2013 - 1:27

Le vent avait balayé les cendres et la pluie gonflé les rivières. Près du volcan apaisé, sœur Trisquelle discutait « chiffons » avec la baronne de Saint-Dieu.
- Croyez-vous que la métamorphose se produira ? demandait la baronne.
- L’ouvrage que j’ai trouvé dans la bibliothèque de la Prophétesse dit tout. Podane devra se baigner dans l’eau du volcan lorsque le soleil sera au zénith. La pureté de l’eau et la chaleur du volcan finiront de nettoyer son corps et son âme du maléfice que vous avez lancé.
- J’aurais pu le faire moi-même…
- Pour qu’il reste encore des traces comme dans le sang de ce pauvre chevalier anglais qui est reparti chez lui ce matin avec votre Ker-Ozen dans les veines ? Non, je préfère faire ça proprement. Demain, Podane sera une jeune femme comme les autres.
- Presque comme les autres, corrigea la baronne. Sa bonté ne la quittera pas, elle fait partie d’elle.
- Comme elle fait partie de vous désormais…
- Je ne sais pas… Méfiez-vous de l’eau qui dort… Ce qui est sûr c’est que pour les siècles qu’il me reste à vivre, je prévois de donner toute mon énergie pour les autres. Au lieu de les détruire, je veux les aider à grandir…
- C’est louable… Dommage que de telles pensées ne puissent effleurer l’esprit de Melba de Turin… Dieu seul sait où elle ira désormais commettre ses crimes…
- Mes filles, intervint le pape Gilbert, je crains que nous n’ayons plus rien à redouter d’elle.
- Alors, pourquoi le craignez-vous, votre sainteté ? questionna sœur Trisquelle
- Voyez-vous cette coupe. Elle contenait la crème qui permettait de voyager dans le temps. Son niveau a baissé. J’en conclue que Melba de Turin est partie à une autre époque pour exercer ses « talents » ?
- Et votre dame Cathy ?
- Elle est repartie elle aussi vers son époque… En espérant qu’elle ne se sera pas trompée de date cette fois-ci…
- Et vous ? Repartez-vous pour Rome ?
- Oui… C’est là-bas qu’on m’attend… Même si, selon dame Cathy, je n’aurais laissé aucune trace dans l’Histoire, je me dois de poursuivre ma mission. Voyez-vous, la Prophétesse, par-delà sa folie, avait raison sur un point. Il faut chercher à donner vraiment du bonheur aux autres. Dans mon palais du Latran, je n’ai jamais pu faire cela… je vais donc retourner à Rome mais dans le Rome de l’année 1216… Et je vais faire élire Cencio Savelli qui prendra le nom d’Honorius III… Ceci étant fait, je vais partir faire le bien là où les gens en ont vraiment besoin. Que m’importe que mon nom reste dans l’Histoire. Des papes, il y en a eu tant et il y en aura tant encore… Il serait orgueilleux de prétendre être de ceux dont on retient le nom.
Sœur Trisquelle, oubliant les outrages de l’âge, s’agenouilla devant le pontife et réclama sa bénédiction. Le saint homme sourit, traça plusieurs signes de croix, aida la mère supérieure à se relever de sa position inférieure et ajouta des mots que sœur Trisquelle n’oublierait jamais :
- Vous auriez dû être à ma place, je suis certain que vous auriez fait mieux que moi.
- Je suis femme…
- Et alors ?... Vous n’êtes pas plus une érudite nuisible qu’une femme sans cervelle. Je ferai en sorte que cette infamie ne vous soit point infligée ou du moins soit rapportée. Allez en paix, ma sœur… Et vous aussi, baronne…
A ce moment précis, on vit arriver montée sur une belle jument blanche à la robe immaculée la princesse Podane. Elle sauta à bas de sa monture, laissa choir la tunique qui dissimulait sa nudité et gagna par une rampe spécialement aménagée sur les plans de sœur Trisquelle le sommet du cône volcanique.
- Belle ingéniosité ! s’exclama la baronne de Saint-Dieu. Ca vaut l’Vic !...
L’entrée de la princesse dans le cratère du volcan rempli de l’eau de l’orage s’accompagna du dégagement de fumées blanches et vaporeuses. Insensiblement, un bruit monta, enfla. Des bulles éclataient à l’intérieur du volcan. Explosion après explosion, le cône s’agitait, bougeait sur lui-même. Lorsque le fracas devint assourdissant, l’eau portée sous pression se libéra d’un seul coup et projeta la princesse dans les airs. Sa chute se termina dans les bras d’un jeune homme qui semblait passer par là par hasard …
- Monsieur d’Agnan ?
- Lui-même, princesse… Dites-moi ? N’auriez-vous pas perdu quelque chose ? Je vous regarde, je vous entends parler mais il n’y a pas dans l’air ce je ne sais quoi de très définissable qui annonçait votre présence.
- Un miracle sans doute, répondit Podane en souriant de toutes ses dents.
- Et voilà, soupira sœur Trisquelle, c’est toujours la même chose. Un volcan s’éteint, un être s’éveille…


FIN

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