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 ANTHOLOGIE de la CRUAUTE

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Aristarque

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MessageSujet: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 0:23

La cruauté n'a jamais été comprise...elle doit être endurée.

Au fil de nos lectures, nous avons rencontré beaucoup de relations de scènes de cruauté. Peu de romanciers y ont échappé. elle accompagne la vie des hommes depuis qu'ils sont sur terre.
Il serait curieux (j'allais dire amusant , ce qui serait un comble en matière de cruauté) d'en faire une anthologie. Chiche !

Je commencerai par FLAUBERT

Les Carthaginois entraînent les Barbares révoltés dans un défilé entre la Montagne d’Argent et la Montagne de Plomb et les y enferment en bouchant les deux issues par des blocs énormes d’un côté et une herse hérissée de pointes acérées, haute de quarante coudées et faite à la mesure exacte de l’intervalle de l’autre côté Quatre mille hommes étaient pris au piège.
Les Mercenaires ne possédaient de vivres que pour deux jours. Ils tuèrent les taureaux que les Carthaginois avaient lâché dans le défilé pour les attirer. Ils égorgèrent les mulets puis on racla les peaux, on fil bouillir les entrailles, on pila leurs ossements. Le soir du neuvième jour trois Ibères moururent. Alors les Garamandes se mirent à rôder tout au tour.(…) ils se baissèrent et en prirent des lanières de chair, puis ils mangèrent (…) Au milieu de la nuit ce fût un foule qui se pressait autour des restes macabres. Ils faisaient cuire les morceaux à la pointe de l’épée, on les salait avec de la poussière.
Puis comme il fallait vivre, comme le goût de cette nourriture s’était développé, comme on se mourrait, on égorgea les captifs, les porteurs d’eau, le palefreniers, tous les valets des Mercenaires. Puis les blessés et les malades. Des gens évanouis de réveillaient au contact d’une lame ébréchée qui leur sciait un membre. (….) La soif les tourmentait depuis le neuvième jour où les outres furent complètement taries.
Pour tromper le besoin, ils s’appliquaient su la langue les écailles métalliques des ceinturons, les pommeaux en ivoire, les fers des glaives. D’autres suçaient un caillou. On buvait l’urine refroidie dans des casques d’airain. G.Flaubert SALAMMBO……Le défilé de la Hache


Mais dame nature aussi sait se montrer cruelle:

Sur la neige croûtée, l'orignal et le caribou qui n'avaient pas émigré trottaient à la recherche d'une source où arracher quelques lichens. Si la surface sonore craquait sous un sabot, une patte enfonçait jusqu'à l'épaule. Dans l'effort que déployait la bête affolée pour se tirer de là, une deuxième patte crevait l'écorce blanche qui s'étoilait en craquant comme une coquille d'oeuf. Alors les autres pattes tapaient avec rage. Le corps en déséquilibre se tordait. Le souffle devenait sourd, brutal avec des toux rauques et des plaintes déchirantes. Très vite les deux autres pattes s'enfonçaient. Pris au piège le plus traitre, posé sur le ventre, fou d'impuissance, le grand cervidé grattait du bois de toutes ses forces sur cette route glissante, sa route depuis des millénaires, qui venait de le trahir.Des éclats blancs giclaient autour de lui comme le granit sous le ciseau du sculpteur. La bête beuglait sa détresse, bramait sa peur de la mort. L'arbre sec planté sur son front et qui lui donnait l'air de porter à longueur d'année l'hiver en triomphe, sonnait sourd......Captif de la saison dure, l'animal pouvait tenir tout le jour. La nuit venue, des larmes coulaient de ses grands yeux effrayés, tout de suite transformées en perles dures accrochées aux poils raides... Mille drames par nuit pour ces forêts immenses............
Harricana par Bernard Clavel.

Qui veut continuer ?.... Rolling Eyes
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Dona

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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de le CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 7:46

Ca c'est un sujet. Merci Aristarque! Wink


J'aurais rajouté, dans "Salammbô", chapitre I je crois bien, "Le Festin", l'épisode où les mercenaires font bouillir les poissons sacrés pour les manger, empalent les tigres royaux et tranchent la trompe des éléphants du palais. Je manque de temps aujourd'hui pour ce faire mais j'apporterai quelques détails ultérieurement.
Je pense à "La Joueuse de go" notamment, dans l'enfer des geôles chinoises.
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de le CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 9:26

Dona a écrit:
Ca c'est un sujet. Merci Aristarque! Wink

je dirais même plus ! bonne idée(rire)

je pense a villiers de l'isle adam et a ses "contes cruels". L'un d'eux, "le bonheur dans le crime", titre evocateur, met dans un episode face a face une femme et une panthère....
"Vera" est une hstoire de revenant(e)
je pense aussi a "notre dame de paris" de hugo où il y a au debut du livre une description des supplices réels endurés par les prisonniers : l'ecartèlement, l'estrapade, le gibet etc..
victor hugo a assisté a plusieurs reprises a des executions publiques avec david d'angers, le sculpteur. Il en parle mais pour les denoncer vigoureusement.


Dernière édition par le Jeu 17 Juin 2004 - 12:05, édité 1 fois
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 14:27

Vaste champ que celui de la cruauté !
il y a le supplice lui-même, mais pire, l'attente du supplice ; cf le puits et le pendule d'Edgar Poe.
La cruauté peut aussi devenir institutionnelle, cf "la colonie pénitentiaire" de Kafka ; voir aussi "En attendant les barbares" sur le fil JM Coetzee.

Sans parler d'actualités récentes où l'humiliation et les souffrances de l'adversaire prisonnier sont programmées, planifiées.
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Dona

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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 18:24

"Le docteur serrait avec force la barre du lit où gémissait l'enfant. Il ne quittait pas des yeux le petit malade qui se raidit brusquement et, les dents de nouveau serrées, se creusa un peu au niveau de la taille, écartant lentement les bras et les jambes. Du petit corps, nu sous la couverture militaire, montait une odeur de laine et d'aigre sueur. L'enfant se détendit peu à peu, ramena bras et jambes vers le centre du lit et, toujours aveugle et muet, parut respirer plus vite. Rieux rencontra le regard de Tarrou qui détourna les yeux. Ils avaient déjà vu mourir des enfants, puisque la terreur, depuis des mois, ne choisissait pas, mais ils n'avaient jamais encore suivi leurs souffrances, minute après minute, comme ils le faisaient depuis le matin."


Albert Camus "La Peste"
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Jeu 17 Juin 2004 - 18:37

Avec "la peste", c'est la cruauté metaphysique, un univers de souffrance où Dieu se tait.
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Ven 18 Juin 2004 - 17:35

La torture en Argentine

Novembre 1984
"[...]L'homme avait les yeux bandés.
Comme toujours, les coudes, les poignets et les chevilles étaient étroitement attachés par des sangles, sans doute en cuir. Les liens tiraient les membres vers l'arrière du siége, accentuant l'inconfort de la posture, obligeant surtout à un écart maximum des cuisses. D es fils couraient, à partir de la zone d'ombre du sexe. Je savais qu'en approchant un peu on distinguait des pinces crocodiles attachées aux testicules. D'autres, de la même sorte, étaient fixés aux mamelons de la poitrine, aux lèvres de la bouche inerte. Je connaissais bien cet homme."

Incipit de "Bastille Tango" de jean francois Vilar, Babel noir.
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Ven 18 Juin 2004 - 18:09

demandez à Bush le journal des interrogatoires de la prison d’Abou Ghraib
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invite/
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Ven 18 Juin 2004 - 21:51

[quote="Guardian"]demandez à Bush le journal des interrogatoires de la prison d’Abou Ghraib
pour info et à toutes fins utiles
Monsieur Bush, la torture ne se justifie jamais !

A l’approche du 26 juin,
Journée internationale des Nations unies pour le soutien aux victimes de la torture,
Amnesty International vous propose d’écrire, de toute urgence,
au président américain, George W. Bush, à propos de l’Irak, de l’Afghanistan et de Guantanàmo.


Depuis le mois d’avril 2004, des photos montrant des soldats américains en train de torturer des détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraib ou d'abuser d'eux ont été publiées. Depuis la publication de ces photos, qui sont désormais connues dans le monde entier, cette réalité ne peut plus être niée.


Depuis plus d'un an déjà, Amnesty International avait fait état d'allégations de torture et d'abus concernant des personnes détenues par les Etats-Unis ou la Grande Bretagne. Lors de leur arrestation, certains détenus ont été maintenus de force face au sol, menottés, aveuglés par des cagoules ou des bandeaux. Durant les interrogatoires, ils ont été battus ou contraints à rester longtemps dans des positions douloureuses. Certains ont été privés de sommeil, forcés à rester debout, ou exposés à de la musique très forte ou de la lumière violente dans le but de les désorienter. Quelques-uns d'entre eux sont morts en détention suite à des tortures. De façon répétée, Amnesty International a fait part de ses inquiétudes à l'Autorité provisoire de la coalition (APC), ainsi qu’aux gouvernements des Etats-Unis et du Royaume Uni. Les membres d'Amnesty International dans le monde entier ont demandé instamment à l'APC, au Conseil du gouvernement irakien (CGI) et aux autorités des Etats-Unis et du Royaume Uni de veiller au traitement équitable des détenus, d'autoriser les contacts avec les avocats et les familles, de révéler le lieu de détention des prisonniers, de garantir la mise en place de procès équitables, de protéger tous les détenus contre la torture et les mauvais traitements, et de procéder à des enquêtes impartiales et indépendantes sur les allégations de torture, afin de traduire en justice les auteurs de ces actes.

Le 7 mai 2004, Amnesty International a envoyé au président américain George W. Bush une lettre ouverte dénonçant les abus commis par les agents américains à la prison d'Abou Ghraib comme étant des crimes de guerre. L'Organisation a appelé l'administration américaine à conduire une enquête approfondie sur ces abus et à prendre les dispositions nécessaires afin que toute personne reconnue responsable de tels actes soit punie, quel que soit son grade ou sa fonction.


Aux termes de l'article 4 de la 4ème Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre, l'APC et chacune des parties qui la composent sont tenues, en tant que puissances occupantes, au respect des droits des populations civiles des territoires qu'elles occupent. Les articles 71 et 76 de cette même convention prévoient que les détenus doivent pouvoir contacter l'extérieur, ne pas être soumis à des actes de torture et pouvoir recevoir la visite de représentants du Comité international de la Croix-Rouge.

Bien que les forces américaines, présentes en Irak, aient interdit le recours à des techniques de « pression et d’intimidation éprouvantes » lors des interrogatoires, leur utilisation n'a toujours pas été abandonnée durant les interrogatoires menés en Afghanistan, à Guantanàmo ou en d'autres lieux non connus, dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme ». Des preuves de plus en plus nombreuses indiquent que ces abus ont été autorisés par la hiérarchie, et qu'ils ne sont pas, comme on nous l'assure, le fait d'individus isolés. Ces constatations sont en contradiction évidente avec les affirmations publiques faites par les Etats-Unis au sujet de leur respect des conventions internationales qui interdisent la torture et les autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants.


D'anciens détenus des prisons de Guantanàmo, de Bagram, de Kandahar ou dans d’autres lieux encore ont décrit à Amnesty International le traitement qu'ils ont subi. Un ressortissant yéménite déclare au sujet de sa détention dans un lieu secret à Kaboul : « Ils ont découpé nos vêtements aux ciseaux, nous ont


laissés nus et nous ont pris en photo... Ils m'ont menacé de mort. ». Le New York Times a publié des preuves selon lesquelles la torture - en particulier la méthode de la "baignoire" - a été utilisée à l'encontre de certains détenus de "grande valeur" dans des lieux secrets.


Un soldat américain a été traduit devant une cour martiale à Baghdad, qui l'a condamné à la peine maximale de un an d'emprisonnement, après qu'il a reconnu son implication dans la torture de détenus irakiens. Plusieurs autres militaires sont en attente de jugement.


Mais pour établir les réelles responsabilités, à tous les échelons de la chaîne de commandement, et identifier les responsables ayant autorisé, choisi d'ignorer ou commis des crimes de guerre et des atteintes aux droits humains en Irak, en Afghanistan, à Guantanàmo ou ailleurs dans le monde, pour confirmer ou infirmer que ces atteintes sont le résultat d'une politique des Etats-Unis, la constitution d'une commission d'enquête, pouvant s'appuyer sur l'avis d'experts internationaux, est la meilleure solution.
Aussi Amnesty International demande-t-elle la constitution par le Congrès américain d'une commission d'enquête impartiale et indépendante destinée :
- à conduire une inspection détaillée des centres de détention mis

en place dans le monde entier par les Etats-Unis dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme »,
- à étudier les pratiques de l'administration américaine dans la « lutte contre le terrorisme »,
- à mettre en place des procédures de recours au plus haut niveau,
- et à garantir que les procédures futures se conformeront aux lois et aux normes internationales.
Les Etats-Unis doivent également accorder à des observateurs indépendants l'accès à tous les centres de détention situés en Irak, en Afghanistan, à Guantanàmo ainsi qu’à tous les autres centres secrets. Cette démarche concerne aussi bien les visites des rapporteurs spéciaux des Nations unies que l'accès d'observateurs indépendants des droits humains comme Amnesty International.


La torture et les mauvais traitements ne doivent jamais être encouragés,
passés sous silence ou ignorés. Les Etats-Unis doivent respecter et promouvoir le droit international humanitaire et les droits humains fondamentaux, en toutes circonstances.
Merci d’agir avec nous !
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Ven 18 Juin 2004 - 22:54

c'est vrai que certains rapprochements s'imposent, et qu'on ne peut échapper a ces questions.
bienvenue à Ideuc, deja familier du forum cinema, si je ne me trompe o))
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Aristarque

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MessageSujet: en guise de remerciements.....en attendant la suite   Dim 20 Juin 2004 - 0:22

Merci à tous ceux et à toutes celles (les plus passionnées) qui collaborent à cette anthologie. Et avec quels auteurs !...Hugo- Kafka- Camus- Pearl Buck- Zola- rien que des grands. Je n'aurais jamais espéré une telle qualité de choix pour les morceaux choisis.
Une mention spéciale à " ideuc " Il fallait dénoncer la torture qui est toujours associée à la cruauté. Pour engendrer la peur et la soumission de ceux que l'on avilit. C'est chose faite. Son exposé a donc bien sa place dans notre rubrique.

La cruauté du monde enfantin est un thème cher à BRADBURY. Il a choisi Vénus la planète d’eau pour le traiter.

« Il pleuvait. Depuis sept années. Milliers de jours tissés de pluie de l'aube à celle du lendemain. Dans les cataractes et les tambours de l'eau, dans la chantante chute cristalline des averses et les roulements des orages.
Les enfants de l'école étaient ceux des hommes et des femmes venus dans des fusées jusqu'au monde où il pleuvait pour y vivre le temps de leur vie. Tous ces enfants étaient âgés de neuf ans. Si un jour, sept ans plus tôt, le soleil était apparu pour une heure à un monde stupéfié, ils n'en conservaient pas le souvenir.
Margot était solitaire. C'était une petite fille au corps frêle qui semblait être restée des années abandonnée sous la pluie. Une pluie qui semblait avoir délavé le bleu de ses yeux, le rose de sa bouche, l'or de ses cheveux. Arrivée depuis cinq ans seulement, elle se rappelait de la forme du Soleil et de la couleur de son enfance au coeur de l'Ohio: c'est comme une grande pièce d'or, comme le feu dans la chaudière.
Jaloux de ses souvenirs qu'ils ne partagent pas, ils la traitent de menteuse…. C'est presque l'heure annoncée par les savants. Aussi pour la punir, ils s'en saisissent, ils l'emportent malgré ses cris, malgré ses larmes, malgré ses prières, jusqu'à un placard où ils l'enferment à clé.
Alors le Soleil surgit !!........ Il était couleur de bronze en fusion. Il était énorme. Et tout le ciel autour de lui, brillait d'un feu flambant et minéral. Ils couraient, la figure levée au ciel, sentant le Soleil sur leurs joues comme la chaleur d'une forge.
Puis, ils s'arrêtèrent tous. Une fillette eut un gémissement. Montrant dans sa paume une goutte de pluie. En un éclair, le ciel fut sombre comme à minuit. Pour sept nouvelles années.
Ils se souviennent alors de Margot. Ils déverrouillent la porte, plus lentement que jamais et la laissent sortir.
Elle qui avait dit: Le Soleil est une fleur-- Qui ne dure qu'une heure...
Extrait de « Tout l’été en un jour » Sad
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rotko
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MessageSujet: Re: en guise de remerciements.....en attendant la suite   Dim 20 Juin 2004 - 8:42

Aristarque a écrit:
Hugo- Kafka- Camus- Pearl Buck- Zola- rien que des grands. Je n'aurais jamais espéré une telle qualité de choix pour les morceaux choisis.(

Ce fil permet de revoir nos lectures sous un jour différent. Merci a toi pour ta bonne idée.
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Aristarque

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MessageSujet: cruauté et avilissement   Sam 26 Juin 2004 - 0:46

Des esclaves pour le profit

Nous sommes au XVIIIème siècle et le commerce du * Bois d’ébène * bat son plein
« Kounta est prisonnier sur le voilier qui l’amènera vers un nouveau pays, entassé dans la cale des jours et des jours, avec d’autres malheureux. Les jours de grand nettoyage, deux par deux, les hommes descendaient l’allée de la cale en hurlant de douleur sous la morsure des lanières, oscillant sous les coups qui les cinglaient. Toujours enchaîné à son compagnon d’infortune. Des mains leur saisirent brutalement les chevilles, les tirèrent dans la fange gluante de leurs déjections sur les planches, et ils se retrouvèrent debout dans la foule des autres. Les fouets des * toubabs * sifflaient, les hommes hurlaient. Se tordant en tous sens pour essayer d’esquiver les coups, Kounta aperçut des silhouettes qui attendaient dans le rectangle éclairé du panneau d’écoutille. Les * toubabs* poussaient les hommes deux par deux dans l’escalier. Kounta avançait en titubant comme si ses jambes ne lui appartenaient pas. Nu ;couvert de plaques d’ordure, terrorisé à l’idée qu’on allait le manger…. Extrait de << Racines >> par Alex Haley Shocked

Des esclaves pour l'extermination

Le ghetto. D’abord, les SS ont rassemblé tous les Juifs pour une corvée de travail . Ils les ont forcé à creuser des fosses à une trentaine de kilomètres de la ville . Ensuite, la police lituanienne a encerclé le ghetto. Personne n’avait plus le droit d’y entrer ni d’en sortir. Si vous tentiez de résister vous étiez exécuté. Il ont alors obligé tous les Juifs à sortir. A coups de gourdin ou de fouets. Ils ont une technique : les Juifs sont obligés de se déshabiller et d’attendre. Puis on les envoie vars les fosses par petits groupes, et, on les tue ; soit individuellement d’une balle dans la nuque, soit tous ensemble d’une rafale de mitrailleuse. Il n’y a pas d’exceptions. En cas d’atermoiement, le Conseil Juif est forcé de dresser des listes de personnes, puis ses membres sont eux-mêmes exécutés.
Tous les ghettos sont vidés les uns après les autres : Riga, Kouno, Lodz, Dwinsk, Rowno.
Extrait de «Holocauste » Gérald Green Shocked




Shocked
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Aristarque

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MessageSujet: La cruauté dans l'AncienTestament   Mar 6 Juil 2004 - 23:33

Marek HALTER est le chantre de l'Ancien Testament. Il n'hésite pas, à l'occasion, de dénoncer les cruautés de l'intransigeance religieuse lorsque c'est le cas, comme il nous le prouve dans ce passage extrait de Lilah le troisième volet de la "Bible au Féminin"

<<Esdras se leva et dit:: Vous avez péché en établissant chez vous des femmes étrangères mettant ainsi le comble à la faute d'Israël.
Et maintenant rendez gloire à Yhwh, le Dieu de vos pères et faites sa volonté : séparez-vous des peuples du pays et des femmes étrangères.
Tous les hommes qui avaient pris des femmes étrangères, ils les renvoyèrent avec leurs enfants...(livre d'Esdras 10/10 et 44/10>>

***Les épouses, les fiancées, les veuves, les fis et les filles, on les poussa vers les murs des enceintes. Rue par rue. Avec des bâtons on les poussa (.....) Vers le soir du deuxième jour, quelques garçons et filles revinrent en courant sur la route de Jéricho. Ils couraient tous vers Jérusalem en criant le nom de leur père. Des enfants de 8 ans, de 10 ou 12 ans, parfois plus. Une centaine d'enfants. Filles et garçons.
Alors, sur les murs de Jérusalem des mains ont ramassé des pierres...Des mains ont levé ces pierres et les ont jetées....Ils ont lapidé ces enfants jusqu'à ce que leurs mères les agrippent et les entraînent au loin......
Et les hommes de Guershème (des pillards et des brigands) qui galopent sur nous un jour de ciel gris. Oh! quelle aubaine pour eux que ces femmes sans époux et sans défenseurs...Ils ne se gênent pas.....Ils prennent....Ils ouvrent des cuisses...ils prennent.....Ils ouvrent des ventres, ils forcent des sexes encore immaculés. Ils violent .....Ils violent à tours de reins. Ils tuent celles qui résistent.....Les vieilles qui leur tirent les cheveux pendant qu'ils prennent leurs filles comme ils prendraient des chèvres, ils les éventrent.....Ils rient et hurlent " A nous le festin des répudiées de Jérusalem "....Ils entravent les plus belles, les plus jeunes. Ils les entravent comme un troupeau de chamelles et ils les tirent derrière eux jusque dans leur désert.
Dans Jérusalem, ils savaient que cela se passerait ainsi....En répudiant ils savaient. Et Yhwh leur Dieu le savait.....***
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rotko
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Mer 7 Juil 2004 - 9:10

C'est ainsi que Joseph vit se lever une aube olivâtre sur la plaine d'Ypres. Dieu ce matin-là était avec eux. Le vent complice poussait la brume verte en direction des légions francaises, pesamment plaquée au sol, grand corps épousant les moindres aspérités du terrain, s'engouffrant dans les cratères [...]

Le premier réflexe est d'enfouir le nez dans la vareuse, mais la provision d'oxygène y est si réduite qu'elle s'épuise en trois inspirations. Il faut ressortir la tête, et après de longues secondes d'apnée, inhaler l'horrible mixture. Nous n'avons jamais vraiment écouté ces vieillards de vingt ans dont le témoignage nous aiderait à remonter les chemins de l'horreur : l'intolérable brûlure aux yeux, au nez, à la gorge,, de suffocantes douleurs dans la poitrine, une toux violente qui déchire la plèvre et les bronches, amène une bave de sang aux lèvres, le corps plié en deux secoué d'âpres vomissements, écroulés recroquevillés que la mort rammassera bientôt, piétinés par les plus vaillants qui tentent, mains au re bord de la tranchée, de se hisser dehors, de s'extraire de ce grouillement de vers humains, mais les pieds s'emmêlent dans les fils téléphoniques..." pp 156 sq

Tout ce passage, et la suite, est très éprouvant. On conçoit que Rouaud termine son livre sur ces mots
"oh, arrêtez tout."
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Aristarque

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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Ven 16 Juil 2004 - 23:42

La poésie rend la cruauté plus insoutenable ce style d'écriture s'adaptant mieux à la douceur et à la beauté qu'à l'horreur et la violence.

Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux
Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux.
Un homme qui passait vit la hideuse bête ;
Et frémissant lui mit son talon sur la tête.

C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva les yeux du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux et la femme était belle

Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
_J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ;_
Et crièrent « Tuons ce vilain animal,
Et puisqu’il est si laid, faisons lui bien du mal.
Et chacun d’eux riant –l’enfant rit quand il tue—
Se mit à le piquer d’une branche pointue,
Elargissant le trou de l’œil crevé, blessant
Les blessures, ravis, applaudis du passant.
Car les passants riaient, et l’ombre sépulcrale
Couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle,
Et le sang, sang affreux de toutes parts coulait
Sur ce pauvre être ayant pour crime d’être laid ;
Il fuyait ; il avait une patte arrachée
Un enfant le frappait d’une pelle ébréchée ;
Et chaque coup faisait écumer ce proscrit…….
La Légende des Siècles : Le crapaud ;
Victor HUGO
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Kyoko



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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Sam 17 Juil 2004 - 0:12

Aristarque, cela me fait penser à un autre poème :

" Qui a vu le crapaud traverser une rue ? C'est un tout petit homme : une poupée n'est pas plus minuscule. Il se traîne sur les genoux : il a honte , on dirait ? Non ! il est rhumatisant. Une jambe reste en arrrière , il la ramène ! Où va t-il ainsi ? Il sort de l'égout, pauvre clown. Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud ! tu n'as pas l'étoile jaune. "

C'est de Max Jacob, poète qui dût porter l'étoile jaune pendant l'occupation allemande avant de mourir déporté au camp de Drancy.
Ce poème s'intitule "Amour du prochain" dans les derniers poèmes en vers et en prose
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Aristarque

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MessageSujet: Cruauté dans la Science-Fiction   Lun 9 Aoû 2004 - 23:42

** Sept jolies filles assises alignées en rang. Sept adolescentes en salopette qui papotent. A l’intérieur du Centre de Jeunes Filles de la Ville. La plus âgée tout juste seize ans. Des boucles, des franges, des nattes. De petites lèvres souriantes, boudeuses, renfrognées.**
**Une armée de soldats informes, laids, pataugeant dans la boue, s’étirant le long de la route fangeuse dans une obscurité de poix. La pause :des hommes qui s’abattent dans la boue, la tête sur leur paquetage. Un coup de sifflet. Des hommes morts qui ressuscitent. Des bottes qui s’arrachent à la boue qui aspire.**
** Dans le Centre de J.F. arrive un message signalant que l’ennemi est en vue. L’officier commandant dit aux jouvencelles : << Vous pouvez y aller !>>. Elles s’immobilisent sur leur chaise, inspirent profondément, entrelacent leurs doigts fragiles. Sept paires d’yeux brillants se ferment ; sept petits cerveaux innocents commencent à imaginer, à visualiser, à transporter. Sept petites filles font la guerre **
** Les soldats atteignaient le sommet d’une colline lorsque l’attaque se développa. Ils n’eurent pas le temps de crier. Leurs fusils tombèrent dans la boue, leurs yeux fondirent sous l’effet de la chaleur. Ils s’abattirent la face en avant carbonisés .L’un après l’autre les hommes s’embrasaient. Des jaillissements de flammes trouèrent l’obscurité humide. Des masses charbonneuses couraient, grésillaient mouraient. Des camions brûlaient .Des chars explosaient*
**Un rocher s’arracha à la terre, remonta, s’abattit à nouveau écrasant un camion en flammes. Dans la lueur projetée par des soldats qui flambaient, une énorme vague frangée d’écume s’abattit en grondant éteignant puis noyant une centaine de soldats dans son moutonnement blanc**
**Un énorme lion tuait avec griffes et crocs acérés. Un éléphant écrasait tout sur son passage. Un rhinocéros lancé à pleine vitesse écrasa sa corne contre un char en flammes faisant voler en l’air tourelles et chenilles dans un fracas du tonnerre. Du Ciel des serpents se mirent à pleuvoir**
***La bataille est finie. Pas de survivants. Partout des morts. Les filles s’étirent languissamment. Elles se regardent et ont des petits rires embarrassés. Certaines rougissent. D’autres prennent un air coupable. Puis elles se mettent toutes à rire aux éclats : « Ne sommes nous pas terribles !!… » Tout à l’heure elles descendront à l’étage inférieur où le petit déjeuner
va leur être servi **……Tiré de « La Guerre des Sorcières » de Richard Matheson.

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Pierre Bachy

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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Mar 10 Aoû 2004 - 12:28

J'ajouterai :

T O X I N E de Cook Robin


Ce thriller médical en rappelle fâcheusement d'autres de sinistre mémoire : la dissimulation des risques d'irridiation après la catastrophe de Tchernobyl, l'affaire du sang contaminé, celle de la vache folle, de la dioxine en Belgique (le gouvernement de l'époque est d'ailleurs tombé suite à cette affaire!) Dans tous les cas, l'opacité a été la règle.L'information et la vérité ont dû être arrachées au forceps, à la manière de Kim Reggis. Les questions financières, les intérêts des grands groupes, l'ont emporté sur les questions de santé publique.

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L'information et la vérité ont dû être arrachées au forceps, à la manière de Kim Reggis. Les questions financières, les intérêts des grands groupes, l'ont emporté sur les questions de santé publique.

Pierre Sad
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Aristarque

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MessageSujet: La cruauté au nom de la loi   Mer 18 Aoû 2004 - 0:21

La religion elle aussi a malheureusement ses pages de cruauté

La crucifixion….la seule vraie, celle du corps…..
La coutume était de flageller le condamné. Ensuite, on le forçait à porter et à traîner la traverse de sa croix, de l’atelier où elle était fabriquée jusqu’au lieu du châtiment définitif, où se dressait déjà une poutre verticale, plantée dans le sol aussi solidement qu’un arbre. Le criminel, bras ouverts, était cloué par les poignets ou les paumes de la main à la traverse, que l’on attachait ensuite à la poutre, à une hauteur de quelque dix ou douze pieds au-dessus du sol. Puis à l’aide d’un seul clou étampé, on clouait à leur tour les pieds au montant ou poutre verticale. Parfois on intercalait un coin de bois entre ce montant et les fesses nues du crucifié, plus ou moins en guise de support. Le nom du criminel et la nature du crime étaient inscrits sur une planchette blanchie à la chaux que l’on fixait à l’extrémité du montant ou, plus souvent, pour la facilité et la commodité, sous les pieds, de sorte que tous ceux que cela intéressait pussent ce qui ne tarderait pas à devenir l’unique épitaphe du condamné. La mort résultait de l’épuisement et de l’arrêt du muscle cardiaque. Mais il y avait des acharnés ; dans ce cas on pouvait la hâter, soit en rompant les jambes à la barre à mine, soit en perçant le flanc avec une lance de soldat.
Peut-être devrais-je ajouter que le criminel était complètement dénudé avant d’être cloué à sa croix, toute indécence dehors, ce qui rendait le châtiment aussi obscène que cruel.(…)
L’ingéniosité d’un fonctionnaire, inventa une variante à ce mode de trépas. Dans le sol du lieu de l’exécution, l ‘on ménageait des cavités étroites mais très profondes….dans lesquelles on insérait en permanence une sorte de gaine en bois, ouverte aux deux extrémités de façon qu’elle pût recevoir le montant de la croix, la structure entière étant alors d’une robustesse à toute épreuve. Mis cela signifiait que le malfaiteur devait porter la croix au complet montant et traverse cloués ensemble ou emmortaisés (…) Cela signifiait également que l’on pouvait le clouer lui-même sur la croix alors qu’il gisait par terre, sur la colline (endroit habituel de la crucifixion (…) Ce triple clouement achevé, l’on traînait la croix avec son fardeau gémissant jusqu’à la cavité qui l’attendait dans le sol, puis on la dressait au son de joyeux « ho hisse ! » et la faisait glisser dans la gaine de bois de la cavité, où elle demeurait plantée pour de bon, solide au poste, même si’ par grand vent, elle se balançait en grinçant comme un mât de navire.
Cicéron est mon homme quand il tient qu’il s’agit là d’un forme de mort des plus horribles, indigne d’une civilisation de progrès.
Extrait de « L’Homme de Nazareth » par Anthony Burgess.
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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Dim 22 Aoû 2004 - 18:54

La Douleur de Marguerite Duras: récit de l'attente du retour de son mari: Robert Antelme, à l'issue des fronts de libération en Europe obtenus par les Alliés. L'horreur...Au départ on ne sait trop si elle attend un fils ou un époux. On ressent une déroute intérieure telle, une souffrance si forte, exprimées par un style litanique ininterrompu qu'il est très difficile d'aller au bout de la lecture. Le pire est pourtant à venir. Au bout de quelques semaines, son mari revient, famélique, décharné à l'extrême, agonisant, soutenu par deux amis qui sont allés le chercher à Dachau et même dérobé du mouroir où l'avaient entreposé les américains, "intransportable" donc. Le récit narre les 17 jours qui ont suivi ce retour et c'est l'un des plus douloureux que j'ai pu lire. L'atrocité des camps est intarissable et n'est pas mieux raconté par Duras qu'un autre témoin moins célèbre mais pour La Douleur, ce qui est si fort c'est qu'il est aussi le cri et la souffrance d'une épouse. Terrible à lire, quelques pages...mais vraiment difficiles.
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Aristarque

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MessageSujet: Il était un petit navire   Sam 11 Sep 2004 - 22:48

La Francis Spaight, dématée, ne flottant que grâce à sa cargaison de bois, erre désemparée au milieu du Pacifique depuis seize longues journées. La faim et la soif ont effacé toute compassion des membres de l'équipage qui ont décidé de tirer au sort lequel des trois mousses sera sacrifié pour permettra aux autres de survivre.
Le sort a désigné (avec l'aide vindicative du bosco) le jeune O'Brien. Que Gorman le cuisinier menacé de mort lui aussi s'apprête à sacrifier.
<< Gorman fit un effort. Le couteau manquait de fil et l'homme de force....Le malheureux coq, dans un spasme de détermination, se mit à scier le poignet d'O'Brien avec son couteau. Les veines furent tranchées. Sullivan tenait le couvercle de la soupière au-dessous tout près. Les veines ouvertes baillaient, mais aucun flot rouge ne s'en échappait, pas même une goutte de sang :elles demeuraient vides et sèches.(....)
<<--Maintenant que ses veines sont ouvertes, intervint le capitaine rien ne sert de le laisser souffrir. Faites vite et finissons -en!. Il firent un geste pour saisir O'Brien, mais celui-ci recula.
<<Ce sera votre mort! cria t'il .Ne me touchez pas Sullivan! Je reviendrai vous hanter ! Eveillé ou endormi, je vous poursuivrai jusqu'à la mort. Sullivan bondit et saisit le malheureux garçon par les cheveux. Les autres matelots le suivirent. O'Brien se débattait, lançait des coups de pied, grondait et mordait les mains qui le saississaient de toute part.
<<-- Fais ton devoir, fais ton devoir hurlaient les hommes au cuisinier. Gorman se laissa pousser en avant. Il regarda le gamin, ferma les yeux et marmotta une prière. Puis, sans rouvrir les yeux, il accomplit la tâche qu'on lui avait assignée. O'Brien poussa un hurlement qui ne tarda pas à dégénérer en gargouillement. Les hommes continuèrent à le tenir jusqu'à ce qu'il cessa de se débattre, puis il le déposèrent sur le pont. Avides et impatients, ils poussèrent Gorman, avec force, jurons et menaces, à leur préparer l'horrible repas......
<<-- Laissez tomber tout cela ignobles bouchers déclara posément Mahoney (qui n'avait pas pris part à la tuerie). Laissez tout cela vous dis-je!. Je vous avertis que la mort de ce pauvre gamin ne profitera à aucun d'entre vous ! >> Celui qui tenait encore à deux mains le couvercle de la soupière, regarda du côté du vent, puis marcha vers la lisse et envoya par dessus bord contenant et contenu.
<< Un navire toutes voiles dehors, arrivait sur eux à moins d'un mille de distance. John Gorman se prit à rire : doucement d'abord, puis avec un gaité spasmodique et croissante.....Ce fut ce rire de folie qui accueillit le bateau de sauvetage quand il accosta le navire..>>
Extrait de " Il était un navire" nouvelle tirée du reccueil "Les pirates de SanFrancisco" par Jack LONDON Sad
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Aristarque

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MessageSujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE   Dim 10 Oct 2004 - 0:25

La corrida : Gitanillo tira l’épée du fourreau de cuir, et se dirigea à longues enjambées vers le taureau. Il le laissa venir une fois et passer près de lui pour une « pase de la muerte ». Le taureau se retourna très vite, et Gitanillo pivota avec la muleta pour le faire venir par la gauche ; il éleva la muleta, et alors, il s’éleva lui même en l’air, les jambes écartées les mains tenant encore la muleta, la tête en bas, la corne gauche du taureau dans la cuisse. Le taureau le fit tourner sur sa corne et le jeta contre la barrera. La corne du taureau le retrouva, le reprit encore une fois et le rejeta encore contre la palissade. Comme il y restait étendu, le taureau lui plongea sa corne dans le dos. Tout cela prit moins de trois secondes depuis l’instant où le taureau l’avait soulevé (….)
Gitanillo essaya de se remettre sur ses pieds, mais il ne put, les garçons de l’arène le ramassèrent et l’emportèrent en courant, la tête ballante, vers l’infirmerie. Un banderillero avait été blessé par le premier taureau et il était encore sur la table d’opération quand on apporta Gitanillo. Le médecin vit que le banderillero n’avait pas d’hémorragie terrible, l’artère fémorale n’ayant pas été coupée. Il le laissa et se mit à l’œuvre sur le matador. Il y avait une blessure de corne dans chaque cuisse, et chacune avait complètement déchiré les muscles quadriceps et adducteurs. Mais , dans la blessure du dos, la corne s’était nettement enfoncée dans le pelvis, avait déchiré le nerf sciatique et l’avait extrait par la racine comme un rouge-gorge peut extraire un ver de la pelouse humide.
Gitanillo vécut pendant toutes les chaleurs de juin et de juillet et les deux premières semaines d’août, et alors il mourut finalement d’une méningite causée par par la blessure causée à la base de la moelle. Il pesait cent vingt-huit livres lorsqu’il fut blessé et soixante trois lorsqu’il mourut.
Extrait de « Mort dans l’après-midi) par E.Hemingw
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Aristarque

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MessageSujet: Les animaux victimes de la guerre   Lun 25 Oct 2004 - 23:14

Sur la route de Verdun :
…..Les rangs s’écartent d’eux-mêmes pour ne point bousculer un cheval blessé . C’est une bête splendide, au poil noir brillant, aux formes musclées et fines. Des balles de fusant l’on atteinte au poitrail et dans le haut d’une jambe de devant, qu’elles ont brisée ; du sang coule jusqu’au sabot et tache la poussière de la route ; des ondes de souffrance frémissent le long de ses flancs ; un tremblement continu agite la jambe fracassée. Et nous nous sentons remués comme par une agonie humaine, devant ce bel animal debout et pantelant, qui est en train de mourir, et qui attache sur nous qui passons le regard émouvant et doux de ses grands yeux sombres.
Extrait de "Sous Verdun" de Maurice Genevoix Sad
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rotko
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MessageSujet: Re: Les animaux victimes de la guerre   Mar 26 Oct 2004 - 14:09

Aristarque a écrit:
un cheval blessé .[...]nous nous sentons remués comme par une agonie humaine, devant ce bel animal debout et pantelant, qui est en train de mourir,

Le passage cité par Aristarque me rappelle d'autres textes, de Zola notamment.

Ainsi dans "Germinal", la mort du cheval qui, inlassablement, tourne en rond au fond de la mine. cf dernière partie chapitre V.

Dans la "bête humaine", l'accident de la Locomotive (la Lison) présente un curieux parallèle entre deux agonies : la locomotive "cheval vapeur", et le cheval qui a entrainé le déraillement au passage à niveau.

"Les roues en l'air, semblable à une cavale monstrueuse, décousue par quelque formidable coup de corne, la Lison montrait ses bielles tordues, ses cylindres cassés [..], toute une affreuse plaie baillant en plein air, par où l'âùe continuait de sortir, avec un fracas d'enragé desespoir. Justement, près d'elle, le cheval qui n'était pas mort, gisait lui aussi, les deux pieds de devant emportés, perdant également ses entrailles par une déchirure de son ventre. A sa tête droite, raidie dans un spasme d'atroce douleur, on le voyait râler, d'un hennissmement terrible, dont rien n'arrivait à l'oreille, au milieu du tonnerre de la machine agonisante.

Emile Zola, La bête humaine, chapitre X.
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