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 Aimable Bovary

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MBS

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Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Aimable Bovary   Ven 5 Déc 2014 - 1:26

Acte I – Scène 1
(Charline – Dubec – Le père Bovary – Mme Rouault)

(A la droite de la scène, Charline Bovary est assise derrière son bureau en train de remplir une ordonnance pour son père… A gauche, dans un lit, Mme Rouault souffre)

Charline
- Voilà !... Avec ça, ça devrait passer…
Le père Bovary
- Combien je te dois ?
Charline
- T’es pas fou, papa… Tu crois que je te ferais payer à toi ? Alors que si je suis devenue médecin, c’est parce que tu m’as poussée de toutes tes forces… Pour que je ne sois pas une médiocre comme toi… Oh pardon, je ne voulais pas dire ça…
Le père Bovary
- Non, non, je paye… J’y tiens !... Ma fille est médecin (il prend l’ordonnance, jette un œil dessus)… Oh oui, alors, là c’est clair, ma fille est médecin… Qu’est-ce qui est écrit là ?
Charline
- C’est du Dérinostaphyloxicaminasime 500 en ampoules buvables…
Le père Bovary
- Et là ?... Mais où est passée la belle écriture que tu avais en classe ?
Charline
- Tu exagères, c’est tout à fait lisible… C’est du Colompathissaminique 12… Deux par mois pendant cinq ans… Tu vas voir, ça va te donner un coup de fouet…
Le père Bovary
- Ca fait pas mal au moins ?... Alors 20 euros… (il sort un billet, le tend à Charline qui s’en saisit avidement et l’enferme immédiatement dans son porte-monnaie.)… Eh bien pour quelqu’un qui ne voulait pas de mon argent…
Charline
- J’en peux plus, papa… Si tu savais… Pourquoi tu m’as obligé à épouser ce Dubec ? Pourquoi ?
Le père Bovary
- C’est un homme riche… C’est quelqu’un qui pouvait t’apporter la stabilité financière afin que tu puisses terminer tes années de médecine en faisant ta spécialité…
Charline
- Ah ça, oui ! Il est riche !... Mais il ne les lâche pas facilement… (entre Dubec dans le dos de Charline) Et en plus, il est vieux et pas beau…
Le père Bovary
- Hummmm Hummmm
Charline
- Tu as mal à la gorge aussi… Attends, je vais te marquer aussi des pastilles d’Oralissimaxylomanine 184… Oui, franchement, tu n’imagines pas à quel point il me pue Dubec… Je peux pas le sentir… Si je m’écoutais, je me prescrirais des gouttes nasales de Derhinoflumissimisalase 250b…
Dubec
- Bonjour chérie…
Charline
- Ah oh… Bonjour… Tu as bien dormi ?
Dubec
- Seul comme d’habitude…

Charline
- Oh oui… Excuse-moi… Je me suis endormie sur le canapé en lisant « le Quotidien du médecin »… Il y avait un intéressant article sur la fièvre bleue chez les Schtroumpfs… et je n’ai pas vu le temps passer…
Dubec
- Charline, tu ne m’aimes pas, je le sais… Tout le monde le sait… Même le public le sait maintenant… J’en ai pris mon parti… Mais arrête de me prendre pour un con, d’accord…
Charline
- Mais je… (le téléphone sonne ; Charline décroche) Allo, oui… Oui, je suis bien le docteur Charline Bovary-Dubec… Oui, oui… Une urgence… Monsieur et madame Rouault… 44 chemin Louise Bonadio à Montfousillon-les-Tartinettes… J’arrive tout de suite… (elle raccroche) On reprendra cette discussion plus tard, là il faut que j’y aille… (bise rapide sur la joue de Dubec… gros bisou sur la joue de son père) Tu prends bien tes gouttes, t’en fais pas on va la soigner cette migraine du genou…

(Charline sort de scène… Son père la suit quelques instants plus tard… Seul Dubec reste et s’assoie au bureau)

Acte I – Scène 2
(Dubec – Charline – Monsieur Rouault – Madame Rouault – Aimable)

(Monsieur Rouault entre avec Aimable)

Monsieur Rouault
- (à Aimable) Assieds-toi là et tiens-toi tranquille en attendant que la docteur arrive… (à sa femme) Comment vas-tu ma chérie ? Ne t’impatiente pas… La docteur arrive… Elle est sur la route là… J’aurais peut-être dû lui dire pour la vache ?… Bah elle se débrouillera… Tu te sens mieux ?…
Madame Rouault
- J’ai mal… Beaucoup, beaucoup, beaucoup mal… Ca me prend là et ça remonte jusque là…
Monsieur Rouault
- Allons, allons, ça va aller… Rappelle-toi la Noiraude, elle aussi elle avait mal… Ben, à l’abattoir, ils avaient jamais vu une vache en si bonne forme…

(On entend un grand bruit de freins, puis le bruit d’une carrosserie de voiture qui se désintègre… enfin, Charline entre)

Charline (qui passe juste la tête par le rideau du fond)
- Euh… Bonjour, pardon… C’est normal cette vache au milieu du chemin-là ?
Monsieur Rouault
- Oh, j’aurais dû vous prévenir… C’est la Blanchette, c’est notre vache de garde… Elle est un peu trop affectueuse… Elle vous a pas sauté dessus au moins ?
Charline
- Non mais là… Elle est sur le dos avec les quatre pattes en l’air…
Monsieur Rouault
- Vous inquiétez pas, madame la docteur… Elle fait souvent ça pour qu’on la caresse…
Charline
- Ah… Et votre femme ?
Monsieur Rouault
- Ca lui arrive aussi… mais jamais en dehors de la chambre…
Charline
- Non, je voulais dire qu’est-ce qui lui arrive ?
Monsieur Rouault
- Ben, en fait, elle a… comment vous dire ?… oh c’est pas simple, vous savez… C’est des problèmes de femmes tout ça… Ecoutez, elle vous expliquera elle-même… Finissez d’entrer…

(Charline entre sur scène et est conduite jusqu’au lit)

Monsieur Rouault
- Aimable, dis bonjour à madame la docteur…

(Aimable lève la tête de sa revue sur les voitures de sport)

Aimable
- Bonjour madame la docteur…
Charline
- Pardon, mais si je me puis me permettre car ça m’accroche les oreilles à chaque fois… On ne dit pas « madame la docteur »… Vous pouvez dire « madame le docteur » ou « madame la doctoresse » si vous voulez…
Monsieur Rouault
- Comme vous voulez, madame la docteur… esse…
Charline (qui s’assoie sur le lit)
- Alors, madame Rouault, racontez-moi vos malheurs…
Madame Rouault
- Ben déjà, je suis née dans une famille pauvre… A la maison, on ne mangeait pas tous les jours… Moi je mangeais que le lundi et le jeudi… Et puis j’ai pas été à l’école longtemps aussi… Parce qu’on m’envoyait des cailloux sur la tête et que ça me faisait des bosses qui saignaient tout le temps et…
Charline
- Je voulais dire… Qu’est-ce qui vous fait mal ?
Madame Rouault
- Ce qui me fait mal c’est que Kevin il va quitter Patricia pour aller avec Alicia… Mais Alicia c’est pas une fille pour lui… D’abord, elle est droguée…
Charline (qui se retourne vers monsieur Rouault)
- Qu’est-ce qu’elle a ?
Monsieur Rouault
- C’est dans le feuilleton… « Amour, frustration et MST »… Vous regardez pas, madame la docteur… esse ?... (à son fils) Pourquoi elle veut que je mette un « s » à docteur ? Elle est toute seule… Tu comprends toi ? (Aimable secoue la tête)
Charline
- Où avez-vous mal ?
Madame Rouault
- Ca part de là et ça va jusque là…
Charline
- Mais c’est quoi comme douleur ? Ca brûle, ça démange, ça lance, ça irradie, ça tire ?
Madame Rouault (paniquée car elle ne comprend pas…)
- Euh… Ca fait mal…
Charline
- Et depuis quand ?
Monsieur Rouault
- Ca a commencé l’autre jour quand elle a déplacé le tas de fumier, hein la Sylvie… D’habitude, ça la dérange pas plus que ça… Trois tonnes à la fourche… Mais là, elle a commencé à se plaindre au bout d’un moment…
Charline
- Bon, je vais vous ausculter…
Monsieur Rouault
- Oh eh, madame, pas de cochonneries chez nous… C’est pas parce qu’on fait dans l’élevage de porcs qu’il faut faire ce que vous dîtes…
Charline
- Faire quoi ? Je ne comprends pas…
Monsieur Rouault
- Aller palper les os du cul… On a vu un reportage sur ça au « Droit de savoir »… Les médecins qui abusent de leurs malades il y en a beaucoup plus qu’on le dit…
Aimable
- Papa, elle a dit « ausculter »… Ca veut dire « examiner »…
Madame Rouault
- Moi je veux pas passer un examen… J’ai pas été à l’école assez longtemps… Je vais encore rater…
Charline
- Détendez-vous… Ca va bien se passer…

(Elle examine madame Rouault – Silence tendu – Mimiques inquiètes du mari – Impassibilité du fils)

Charline
- Bon, je crois que finalement ce ne sera rien…
Monsieur Rouault
- Comment ça rien ? Vous voulez dire que ma femme n’a rien… Qu’elle a fait la flemmarde pour pas bosser à l’épandage du lisier des porcs…
Charline
- Madame Rouault s’est plantée la fourche à purin dans le mollet gauche… Et vous ne vous en êtes pas rendu compte ?
Madame Rouault
- Si… J’ai bin vu que j’avais perdu la fourche…
Monsieur Rouault
- Comment ?! Tu avais perdu la fourche et tu ne me l’as pas dit…
Charline
- Et vous n’avez pas vu qu’elle était toujours plantée dans votre mollet ?
Madame Rouault
- Non, non…
Charline
- Serrez les dents… Je l’enlève… (elle arrache la fourche et la donne à monsieur Rouault)
Monsieur Rouault
- Tiens Aimable, va la ranger avant qu’elle rouille…
Charline
- Il est timide votre fils…
Madame Rouault
- Il est un peu rêveur… Il a jamais accepté que ses parents soient des éleveurs de porcs… Lui, il aurait voulu faire des études et devenir quelqu’un…
Monsieur Rouault
- S’il avait voulu, il aurait pu devenir un génie à Grenoble… Mais monsieur Aimable c’est une tête de lard… Toujours en train de faire du boudin dans son coin… Les gens bons, il s’en méfie… Alors, on peut pas en faire grand-chose… Il est trop bouché…
Charline
- Voilà c’est fait… Je repasserai pour surveiller l’évolution de la plaie…
Monsieur Rouault
- Si vous pouviez éviter de passer pendant « Combien ça coûte ? »… Y a déjà pas beaucoup d’émissions instrucatives à la télé, alors si on rate celle-là…

(il raccompagne Charline à la porte)

Monsieur Rouault
- Merci madame la docteur… esse… Combien je vous dois ?
Charline
- Trente euros… Mais vous me payerez quand je reviendrai… Parce que je vais revenir… Ne vous en faites pas, votre femme va rapidement se remettre…
Monsieur Rouault
- Se remettre à travailler, j’espère bien… Y a dix tonnes de farines animales à enterrer au fond de l’étang…

(Charline sort)

Acte I – Scène 3
(Dubec – Monsieur Rouault – Madame Rouault - Aimable)

Aimable (qui revient)
- Elle est partie la dame ?…
Monsieur Rouault (qui lui flanque une tape derrière la tête)
- On dit pas la dame… On dit la docteur… esse…
Madame Rouault
- Pourquoi on dit pas la docteuse… ou… ou la médecine d’ailleurs ?
Aimable
- Je l’aime bien, moi… Je la trouve jolie… Et elle est intelligente… Et puis elle sent bon…
Madame Rouault
- Qu’est-ce que ça veut dire ? Que tes parents ils puent ?!
Monsieur Rouault
- Attends, la Sylvie… Tu vois pas ?...
Madame Rouault
- Quoi ?
Monsieur Rouault
- Le petit, il est amoureux.
Madame Rouault
- Amoureux ?!... Comme Jerry dans « Les Feux de broussailles » ?
Monsieur Rouault
- Je crois, oui…

Acte I – Scène 4
(Dubec – Monsieur Rouault – Madame Rouault – Aimable – Charline)

(Retour de Charline dans son bureau)

Dubec
- C’est à cette heure-ci que tu rentres ?
Charline
- C’est mon travail d’aller soigner les gens… Quelle que soit l’heure !
Dubec
- Et moi je veux que tu restes à la maison… Si tu sors faire des visites, tu peux être attaquée par des loubards… Tiens, ce soir, par exemple…
Charline
- Ce soir, j’étais chez des gens simples… très simples même… genre devinette Carambar quoi… il y avait leur fils et c’était pas un loubard… Au contraire, il était calme, silencieux, gentil, attentionné…
Dubec
- C’est ça, vas-y… Commence à rêver à un autre qu’à ton mari !
Charline
- Qu’est-ce que tu imagines ?!
Dubec
- Tu le sais très bien… Tes soi-disant visites, tu les fais auprès de tes amants…
Charline
- Oh ben ! Ca alors ! Non mais tu ne manques pas de toupet… Enfin si, parce que t’as plus beaucoup de cheveux !... Puisque c’est ça, je repars… Et en plus, je prends ta voiture, la mienne a croisé la route d’une vache tout à l’heure… (et elle sort)

Aimable
- Tu crois qu’elle reviendra vraiment…
Madame Rouault
- Mais oui… Elle l’a promis…

(grand bruit de freins, puis de choc… beuglement d’une vache)

Monsieur Rouault
- Tiens, v’la du monde… Oh déjà vous, madame la docteuse…
Charline
- Je suis venue vérifier que tout allait bien… Euh, la vache, c’est normal qu’elle ne bouge plus du tout ?
Monsieur Rouault
- Mais oui… C’est un de ces petits jeux préférés… Elle fait la morte, vous vous approchez et hop un grand coup de langue qu’après c’est plus la peine de prendre de douche pendant deux mois…

(Charline s’approche du lit)

Charline
- Ca va, madame Rouault ? Pas de complications ?
Madame Rouault
- Si… Alicia, elle s’est fait faire un enfant par Kevin…
Charline
- Ah !
Monsieur Rouault
- C’est normal, ça quand on est marié… Et vous ? Vous êtes mariée ?
Charline
- Oui…

(Aimable s’effondre de sur sa chaise)

Charline
- Qu’est-ce qu’il se passe ?

Monsieur Rouault
- C’est mon fils… Vous inquiétez pas… Ca lui arrive tout le temps… C’est que c’est un tombeur, mon fils…
Aimable (qui remonte sur sa chaise)
- Oui, oui, ça va… Un petit malaise… C’est pas méchant…
Charline
- Bon, eh bien, si tout va bien… Je rentre… Mais s’il y a le moindre problème, n’hésitez pas à m’appeler… Je connais bien la route maintenant… Et je sais où est la vache en plus…

(Elle sort – Aimable retombe à nouveau – Son père l’entraîne vers sa chambre)

Acte I – Scène 5
(Dubec – Charline – La notaire)

La notaire
- C’est bien ici monsieur Dubec ?
Dubec
- Oui… C’est le cabinet médical de ma femme, mais je suis monsieur Dubec…
La notaire
- Je suis maître Georgette Moustaki, notaire à Montargis…
Dubec
- Et bien, à mon plus grand regret, pas moi…
La notaire
- Vous aviez bien investi 5 millions d’euros dans la société « La subatlantique de transports » ?
Dubec
- Tout à fait… Un projet très intéressant de TGV sous-marin… Paris - New York en 10 heures…
La notaire
- Cette société était une escroquerie… Vous êtes ruiné, monsieur…
Dubec
- Ruiné ?! (il s’effondre)
La notaire (après s’être penchée et avoir tâté le pouls de Dubec)
- Ben zut alors… J’y suis peut-être allée un peu fort…

(Entre Charline)

Charline
- Qui êtes-vous et que faîtes-vous dans mon cabinet ?
La notaire
- Madame veuve Dubec, je présume ?
Charline
- Pourquoi vous dîtes ça ?... Oh, qu’est-ce qu’il fait là ?
La notaire
- Il y a eu un petit accident… Quand je lui ai dit qu’il était ruiné…
Charline
- Ruiné… Il est ruiné…
La notaire
- Et il est un peu mort aussi…
Charline
- Oh mais il faut que je vous embrasse… C’est vraiment gentil ce que vous avez fait pour moi, très gentil…
La notaire
- Mais je…
Charline
- Attendez, il faut que je prenne une photo pour immortaliser ce moment… Là, prenez la pause… Souriez… Je vous dois combien ?
La notaire
- Rien, je…
Charline
- Ecoutez, vous me sauvez la vie, il faut bien que je marque le coup… Tenez, je vous donne 10 boites d’Aspelinissinime 800… Et vous avez des enfants ? Alors, voilà vingt boites de Grugnonzan bi-fluoré… Ca calme bien les rhumes l’hiver et les insolations l’été… Allez, au revoir, madame… Et maintenant, demain matin, le petit blond, je vais aller me le faire…

Acte I – Scène 6
(Charline – Aimable – Monsieur Rouault – Madame Rouault – des invités)

(Coup de freins mais pas de choc)

Charline (qui entre)
- Il n’y a personne ?... Bizarre ! Plus de vache au milieu du chemin, personne dans la maison…
Monsieur Rouault
- Oh c’est vous ! Entrez, entrez… On a bien du malheur, vous savez !...
Charline
- Il est arrivé quelque chose à votre femme… Oh il aurait peut-être fallu que je désinfecte mieux la plaie…
Monsieur Rouault
- C’est pas ça !... Y a un salaud qui nous a crevé la Blanchette pendant la nuit…
Aimable (qui entre)
- Elle bouge toujours pas… Ca marche pas le bouche à bouche… Oh vous êtes là ! (et il tombe à nouveau dans les pommes)
Charline
- C’est quand même bizarre cette manie qu’il a votre fils de tomber dans les pommes tout le temps…
Monsieur Rouault
- C’est qu’il vous aime bien, je crois… Vous lui faites de l’effet…
Charline
- Moi aussi, je l’aime bien… C’est pour cela que je viens vous demander sa main…
Monsieur Rouault
- Et qu’est-ce que vous en ferez de sa main toute seule ? Moi, mon fils, je le donne entier… Je ne le débite pas à la demande…
Charline
- Je vous demande de pouvoir l’épouser…
Monsieur Rouault
- Oh, Aimable ! Y a la docteur qui veut te marier… Qu’est-ce que tu dis ?
Aimable (qui émerge)
- Euh, oui… Je dis oui (et il se jette dans les bras de Charline)

(A ce moment-là, des invités sortent de partout – Danser… puis noir)

Acte I – Scène 7
(Aimable)

Aimable
- C’est bien joli le mariage… Ah je ne vis plus à la ferme de mes parents entre le fumier et les cochons… Maintenant, je suis le mari du docteur… (un silence) J’ai une femme… et je ne la vois pas de la journée… Et à peine plus la nuit… Oh il y a bien eu un mois de voyage de noces… Très bien… Vous voulez que je vous raconte ?... Non, non, pas possible, y a des enfants dans la salle… Et puis, depuis le retour, je m’emmerde (répéter un grand nombre de fois « je m’emmerde » dans des situations et des tons très différents)

Acte I – Scène 8
(Aimable – Charline)

Charline
- Qu’est-ce que tu dis ? On t’entend crier depuis le bout de la rue…
Aimable
- Oh, euh… non, non, je dis rien…
Charline
- Ca va pas ? Tu es pas heureux avec moi ?
Aimable
- C’est pas ça mais…
Charline
- Je sais que ça doit pas être très drôle de m’attendre tout le temps…
Aimable
- C’est que je ne sais pas quoi faire de toute la journée… Je voudrais m’amuser un peu… Sortir avec des copains… Aller bouffer au resto… Visiter des expos… Acheter une Ferrari…
Charline
- Je sais, je sais… Mais je n’ai pas beaucoup de patients… Alors, je suis obligée de travailler tard pour au moins avoir les urgences… Mais je te promets qu’un jour, ça ira mieux… D’ailleurs, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer… Je voulais attendre ton anniversaire pour te le dire mais bon… J’ai été acceptée en médecine spécialisée à l’hôpital de Yonville…
Aimable
- Thionville, tu veux dire Thionville…
Charline
- Non… Yonville…
Aimable
- T’es sûre ?
Charline
- Oui…
Aimable
- Faudra vérifier si ça existe dans « le dictionnaire des trous perdus que personne ne connaît pas même le guide Michelin »… Moi aussi, j’ai une nouvelle à t’annoncer… Approche, je vais pas le dire devant tout le monde (il chuchote à son oreille)
Charline
- Non !...
Aimable
- Si !...

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MBS

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MessageSujet: Re: Aimable Bovary   Sam 6 Déc 2014 - 0:45

Acte II – Scène 1
(Charline – Aimable – Homaise – Léonie – Binette – Bournisienne)

Binette
- Madame, en tant que directrice de l’hôpital Mylène Farmer de Yonville, je suis heureuse de vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Tout le personnel aurait bien aimé être là pour vous accueillir mais que voulez-vous, nous avons des malades à soigner, des opérations à effectuer et des parties de fléchettes à terminer… Sans compter que le budget réception a été réduit considérablement depuis deux ans… Réductions budgétaires… Et en plus en ce moment, on délocalise le secteur appendicectomie en Roumanie pour gagner en compétitivité…
Charline
- Je comprends… Je comprends…
Binette
- Permettez-moi de vous présenter quelques personnes importantes au sein de cet établissement… D’abord, madame Evelyne Homaise qui est la responsable de notre pharmacie…
Homaise
- Je suis diplômée des facultés de Dijon, Genève, Bordeaux, Lille, San Francisco et New Delhi… Nous sommes ouverts 24 heures sur 24 et à toutes les propositions…
Binette
- Mademoiselle Léonie Dupuis qui est responsable de tout le secteur juridique dans notre hôpital…
Léonie
- Pas facile tous les jours ! Les gens ne pensent plus qu’à se plaindre… Ils vous font un procès pour un oui pour un non… Rien qu’aujourd’hui, j’ai dû traiter trois plaintes pour maladies mycosomiales et une pour de la viande avariée sur un plateau repas…
Charline
- Et ça s’est terminé comment ?
Léonie
- On dédommage les gens qui ont attrapé des maladies chez nous en leur offrant plusieurs kilos de steack. Ca résout deux problèmes en un…
Binette
- Et enfin, notre aumonière qui aide nos patients en souffrance à quitter notre monde sans avoir à craindre les mêmes retards qu’à la SNCF… madame l’abbesse Bournisienne…
Bournisienne
- Que le Soigneur soit avec vous…
Charline
- Vous voulez dire le Seigneur…
Bournisienne
- C’est le même, ma fille… C’est le même… Il se tient dans le coin du ring où se déroule le combat de votre vie…
Charline
- Je comptais vous présenter mon mari mais il a disparu je ne sais où…
Aimable (voix off)
- Je suis là… J’arrive… (Aimable entre… Où on découvre qu’il est enceinte) J’ai eu envie de fraises tout d’un coup…
Binette
- Comment ?! Vous attendez un heureux événement et vous ne nous le disiez pas…
Charline
- Mon mari est assez réservé et il ne savait pas comment vous prendriez cette nouvelle… Et puis c’est vrai que se présenter à vous avec ce corps tout boursouflé…
Léonie
- Mais enfin, voyons, quels scrupules idiots, nous savons reconnaître un beau mec quand on en croise un…
Homaise
- Tout à fait ! Ah il est canon !...
Bournisienne
- Allons, mes filles, un peu de décence je vous prie… Nous n’avons pas à considérer les êtres humains à la lumière de nos appétits les plus impurs… Mais enfin s’il disait oui, je dirai pas non…
Binette
- C’est une fille ou un garçon ?…
Charline
- On ne sait pas… et on ne veut pas savoir…
Homaise (qui commence à palper Aimable)
- « Ventre joufflu, bébé fendu »…
Léonie (qui s’y met aussi)
- Certes, certes… Mais ne dit-on pas aussi « Panse en avant, garçon dedans » ?
Binette
- Vous n’y connaissez rien… J’ai été gynécologue-vétérinaire pendant des années et je peux vous dire qu’avec une telle forme ventrale, c’est une jolie petite poule qui naîtra…
Homaise
- Mais dîtes donc, chère Charline, vous permettez que je vous appelle Charline, merci… C’est vraiment une drôle de spécialité que la vôtre… Podologue nasale… Concrètement, vous vous occupez de quoi ?
Charline
- De tout ce qui est entre les pieds et le nez…
Homaise
- Et alors, quelle est la différence avec la médecine générale ?
Charline
- Je ne m’occupe que du corps, pas de l’âme… Que les problèmes physiques, pas les problèmes cérébraux.
Homaise
- Et c’est quoi le rapport entre les pieds et le nez ?
Charline
- Oh je crois que c’est assez simple à comprendre… Si vous me cassez les uns, je vous casse l’autre…
Homaise
- Et vous avez étudié où la podologie nasale ?
Charline
- Au CHU Cyrano de Bergerac… Et j’avais comme professeur Berthe Ogranpié.
Homais
- Ah quand même ! Vous vous mouchez pas du pied…
Léonie
- Et vous, vous faites quoi dans la vie ?
Aimable
- Homme au foyer…
Léonie
- Rien quoi !
Aimable
- Pardon, pardon, je ne vous permets pas… J’ai de grands projets… D’abord je vais reprendre mes études pour faire une thèse… J’hésite juste pour savoir si ce sera en géographie sur les grands ports du monde ou en philosophie autour de la question d’autrui… Et puis, j’ai reçu une proposition de la Juventus de Turin, alors peut-être que je vais me remettre au football… Ils me veulent absolument pour la saison prochaine… sauf que je ne sais pas encore si les rayures blanc et noir ça m’ira au teint… Bon, après, évidemment, j’ai trois ou quatre projets de romans… Et puis, comme le disait la mère Denis quand j’étais chez les sœurs, il faut toujours avoir en tête de devenir une vedette… Alors, voilà, j’attends la gloire… J’attends la vie quoi…
Léonie
- Oh… Comme je vous comprends… Ici, ma vie est une longue suite de conflits à résoudre… Il paraît qu’il y a une surmortalité évidente dans cet hôpital… Alors moi je suis bien obligée de mettre ma vie entre parenthèses pour me consacrer à ma tâche… Mais, moi aussi, j’attends autre chose… Je ne sais pas… Un signe… Il suffira d’un signe un matin et j’irai au bout de mes rêves. Et tant pis si je marche seule… Quand la musique est bonne, il y a toujours…
Aimable
- Comme c’est beau ce que vous dîtes, on dirait du Jean-Jacques Goldman…
Léonie
- C’est du Jean-Jacques Goldman…
Aimable
- Oh !... Comme c’est romantique !... (mouvement vers Léonie mais il se reprend et s’assoie sur le lit)
Charline
- Et vous ? Où avez-vous fait vos études de pharmacie ?
Homaise
- Mes études ?... Euh, oh un peu partout… Je vous ai pas donnée la liste tout à l’heure en me présentant… Je croyais… En fait j’avais des parents qui avaient la bougeotte… Alors j’ai fait une année ici, une année là…
Charline
- Mon chéri… Nous allons passer dans mon bureau… Tu veux bien débarrasser s’il te plait… (Elles sortent et laissent Aimable qui débarrasse)

Acte II – Scène 2
(Aimable – Charline – Binette – Justine – la voix de Berthe)

Aimable
- Toujours pareil… Moi je fais la bonniche… Qu’est-ce qu’elle croit ? Que c’est facile de se transformer pendant neuf mois en poussette ? Et en plus, l’autre qui se prend pour Zidane à me filer des coups de pied tout le temps ! Oh… Oh… Oh… Oh, je sens que ça vient ! Charline !... Charline !...

(Charline qui revient, affolée)

Charline
- Que se passe-t-il ?
Aimable
- Le bébé… Il arrive !...
Charline
- Le bébé, il arrive… Le bébé, il arrive… Oh le bébé il arrive… Mais qu’est-ce qu’il faut faire ?
Aimable
- Je sais pas, moi… C’est toi la docteur…
Charline
- Le docteur ou la doctoresse !... Tu comprendras jamais… T’es comme tes parents, toi… T’as rien dans la tête…
Aimable
- Oui mais là j’ai surtout un truc dans le ventre…

Binette (qui entre)
- Laissez, Charline, vous n’êtes pas en état… Je prends les choses en main…
Aimable (qui a un mouvement de recul)
- Euh… Qu’est-ce qu’elle veut dire par « prendre les choses en main » ?
Binette
- Un peu de patience… Je bippe une infirmière…
Aimable (nouveau mouvement de recul)
- Euh… Elle <bip> une infirmière ? Qu’est-ce que ça cache ?
Charline
- Oh, je peux pas voir ça… Oh je peux pas voir ça !...
Binette
- Alors, restez là…
Justine
- Je suis là, madame la directrice…
Binette
- Bien, aidez-moi déjà à installer ce rideau de protection… puis, allez me chercher ma trousse médicale. Normalement, elle doit être sous les dossiers de l’année 98…

(on tend un grand rideau blanc d’où on ne voit que la tête d’Aimable)

Aimable
- J’ai peur… Je veux pas y aller !...
Binette
- Ben, il fallait y penser il y a neuf mois… Maintenant, il est trop tard !... Pardon, chère consoeur, est-ce que vous auriez par hasard dans votre bureau une paire de pinces…
Charline
- Euh oui… Tenez… Ca se présente bien ?
Binette
- Je ne sais pas trop quoi vous dire pour l’instant… (elle disparaît derrière le rideau – Aimable pousse des cris)
Charline
- Oh là là là là… Ca va mal se finir… Ca va mal se finir… Tiens bon mon chéri…
Binette
- Excusez-moi chère collègue mais est-ce que vous n’auriez pas également un tournevis ?
Charline
- Un tournevis !? Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Dîtes-moi…
Binette
- Je ne peux rien vous dire… Secret médical… Merci pour le tournevis, ça va bien nous aider…

(Binette retourne derrière le rideau – Aimable se remet à crier)

Binette
- Ca y est ! Eh ben, ça n’a pas été simple !
Charline
- Ca y est ! Ca y est !
Binette
- Oui, ça y est ! J’ai réussi à ouvrir ma trousse… Le fermoir était coincé dites donc…
Justine
- Madame la directrice, ça commence à venir…

Binette
- Bon, allez beau jeune homme, suffit pas d’avoir une belle gueule… il faut montrer aussi que vous êtes fort… Poussez ! Poussez ! Poussez !
Aimable
- Poussez ! Poussez ! Elle y va fort, elle… J’ai jamais fait de rugby, moi…
Binette
- Allez, un dernier effort… Voilà, ça y est !...
Charline
- Ca y est ?!
Binette (qui sort de derrière le drap)
- Qu’est-ce que je vous avais dit… Une jolie poulette ! (et elle brandit Cot-Cot)
Charline
- Aimable !... Avec qui tu as couché pour qu’on ait une gosse pareille ?
Binette
- Nais non, je rigole… Voilà le bébé !... Une jolie petite fille…
Voix de Berthe
- Non mais qui tu es toi pour me frapper comme ça… T’as vu ta gueule ? T’as jamais pensé à faire un procès à tes parents ?
Charline
- On va l’appeler Berthe… Comme ma prof de podologie nasale…
Aimable
- On avait dit qu’on l’appellerait Patricia…
Charline
- On l’appellera Berthe !...
Aimable
- Et pourquoi pas Patricia comme dans « Le pont de la rivière Kwaï sifflera trois fois » ?
Justine
- Voilà votre fille !...
Voix de Berthe (quand on la donne à Charline)
- J’veux pas rester avec elle… J’veux pas rester avec elle… Je veux papa… Elle, elle m’aime pas. Elle pense qu’à son boulot…
Justine
- Ok, c’est bon… Le voilà ton père !
Voix de Berthe
- Et, même si je t’aime beaucoup, ne crois pas que tu vas me changer… J’ai bien l’intention de continuer à dire tout ce que j’ai envie de dire…

Acte II – Scène 3
(Aimable – Charline – Homaise – la voix de Berthe)

Homaise
- Alors, il est né le divin enfant…
Charline (désabusée et montrant le lit)
- Ouais…
Aimable
- Gouzi… gouzi… gouzi
La voix de Berthe
- Gouzi toi-même… T’as rien de plus intelligent à me dire ?
Charline
- Ca va être comme ça toute ma vie, vous vous rendez compte… J’ai un bébé qui a le syndrome Marc-Olivier Fogiel… Bavard et méchant… Une personne sur 200 millions et il faut que ce soit pour moi… Oh, je savais bien que j’étais une ratée…
Homaise
- Allons, allons, vous n’êtes pas une ratée… Vous inaugurez la spécialisation de podologie nasale dans cet hôpital, c’est pas rien…
Charline
- Pfff… A quoi ça me sert ? J’ai pas un rendez-vous… Ma salle d’attente c’est le Sahara entre deux éditions du Paris-Dakar…
Homaise
- Ne vous en faites pas… Je vais la faire connaître votre spécialité, moi…
Charline
- Oh ! Ce serait gentil !...
Homaise
- Mais entre collègues il faut se serrer les coudes… Pas vrai ?
La voix de Berthe
- Je te dis qu’elle est intéressée, la pharmacienne… Elle doit avoir un truc pas net à cacher pour être sympa comme ça…
Aimable (à lui-même)
- Oh cet enfant va donner un sens à ma vie… Je ne serai plus jamais seul. Finis les rêves de vie grandiose… J’ai une bonne raison de ne plus m’ennuyer… (vers le bébé) Gouzi… Gouzi… Gouzi…
La voix de Berthe
- T’es vraiment très con, toi… Tu veux que je te récite la réciproque du théorème de Thalès pour que tu comprennes à quel point t’es qu’une tâche !...
Aimable
- Charline ! Charline ! Elle m’énerve… Je peux plus la supporter… Faut qu’on m’en débarrasse là, sinon je vais péter un câble…
Homaise
- Ne vous en faîtes pas… On va trouver un baby-brother… C’est pas ce qui manque les petits jeunes sans emploi dans notre pays… Je vais vous amener ça, moi… Et de la qualité ! Du robuste ! Du pas con !... (avec un clin d’œil à Charline) Et du bien foutu…

Acte II – Scène 4
(Aimable – Charline – Léonie – Le nourricier – Justine – Voix de Berthe)

Léonie (qui entre)
- Alors, ça y est ! On l’a pondue !
Charline
- Il y a des mots qu’il faut éviter de prononcer en ma présence d’accord…
Léonie
- Bon d’accord… J’ai compris… Je vais marcher sur des œufs…
Charline
- Léonie…
Léonie
- Ok, ok… Je me tais, je me tais… Mais on ne m’empêchera pas de trouver bizarre la manière dont tu te dresses sur tes ergots… Genre maman poule…
Charline
- Maman poule… Maman poule… C’est plutôt papa moule qu’il faudrait dire… Avec une fichue tendance à s’accrocher à sa gosse…
Aimable
- J’y peux rien… Elle veut pas me lâcher…
Le nourricier (qui entre)
- C’est bien ici qu’on recherche un baby-brother…
Aimable
- Oui… C’est bien ici…
Justine (qui entre)
- Madame Charline, madame Charline… On a une urgence pour vous…
Charline
- Une urgence pour moi… Mais c’est quoi ?
Justine
- Une urgence c’est quand il y a quelqu’un qui arrive dans un sale état et qu’il faut le sauver très vite…
Charline
- Je veux dire… Qu’est-ce qui se passe ?
Justine
- C’est un type… Il a eu un accident dans une salle de bains… Il a glissé et il s’est planté le pied dans le nez…
Charline
- Le pied dans le nez ?!… Mais c’est un truc pour moi ça…
Le nourricier
- Bon, qu’est-ce que je deviens moi dans tout ça ?
Charline
- Voyez avec mon mari… Puisque de toute façon, c’est sa fifille… (Elle sort avec Justine)
Aimable
- Mademoiselle Léonie, vous voulez bien m’aider… J’ai peur de pas savoir comment faire…
Léonie (en lui prenant la main)
- Avec plaisir… Alors, jeune homme, présentez-vous…
Le nourricier
- Je m’appelle David Bernard… Je suis en 4è année de médecine…
Aimable
- Quatrième année, c’est bien…
Léonie
- Et combien de fois avez-vous fait votre première année ?
Le nourricier
- Ben là c’est la quatrième fois…
Léonie
- Ok… Ensuite ?
Le nourricier
- J’ai 22 ans…
Aimable
- Pile comme moi !...
Le nourricier
- J’aime les belles voitures, les jolies filles et la choucroute..
Aimable
- Pile comme moi !...
Le nourricier
- Et j’ai pas assez d’argent !...
Aimable
- Pile comme moi !... Sauf que j’arrive encore à manger quelques choucroutes de temps en temps quand on est invité chez mes parents… Ma maman, elle fait une choucroute délicieuse… Elle remplace le chou par du gâteau de Savoie et les saucisses par un nappage de chocolat… Je mangerai ça à tous les repas tellement c’est bon…
Léonie
- Et vous aimez les enfants ?
Le nourricier
- J’adooooore les enfants… Surtout ceux qui sont sages et qui ne pleurent pas toutes les cinq minutes… Comme la vôtre…
Léonie
- Oui, c’est même bizarre… Ca fait un moment qu’elle ne dit rien…
Le nourricier
- Elle doit dormir… Ca leur arrive de temps en temps… Moi j’utilise la Morphédryne 200 en gouttes dans le biberon… 15 heures de sommeil garanties…
La voix de Berthe
- Si je dis rien c’est que j’écoute… C’est fou la quantité de conneries qu’on peut dire en si peu de temps…
Aimable
- Allez, il est engagé… Tenez ! Voilà Berthe !...
Voix de Berthe (pendant que le nourricier sort en la tenant dans les bras)
- Non mais tu vas me lâcher petit con !...

Acte II – Scène 5
(Léonie – Aimable)

(Grand silence)

Léonie
- C’est un peu mort, hein ?
Aimable
- Oui… On dirait un congrès de croque-morts…
Léonie
- Vous vous ennuyez ?
Aimable
- Un peu… Quand j’ai marié la Charline, je croyais que j’allais avoir une vie comme dans « Amours, frustrations et MST »… Une voiture de course, de l’argent pour aller faire des folies dans les grands magasins, des grandes fêtes à la maison… Ben rien… Ma voiture de course, c’est un petit caddie pour aller acheter à manger chez Lidl… Et cet hôpital c’est pas plus folichon…
Léonie (qui se rapproche de plus en plus)
- Allons, allons… Ca viendra un jour… Vous jouez au loto au moins ?
Aimable
- Bien sûr mais on n’a jamais les numéros dans le bon ordre…

(Grand silence)

Léonie
- C’est un peu mort, hein ?
Aimable
- Oui… On dirait le pc de campagne du parti socialiste un soir d’élections
Léonie
- Vous vous ennuyez ?

Aimable
- Beaucoup… Quand j’ai marié la Charline, je croyais que j’allais avoir une vie comme dans « Sous le soleil de Las Vegas »… Un hors-bord pour fendre la mer, une grande forêt pour fendre du bois, une cave pleine de bons vins… Ben rien… Et cet hôpital c’est pas plus folichon…
Léonie (qui se rapproche de plus en plus)
- Allons, allons… Ca viendra un jour… Vous jouez au keno au moins ?
Aimable
- Bien sûr mais on n’a jamais les numéros dans le bon ordre…

(Grand silence)

Léonie
- C’est un peu mort, hein ?
Aimable
- Oui… On dirait un concert de Jean-Pierre Raffarin…
Léonie
- Vous vous ennuyez ?
Aimable
- A la folie… Quand j’ai marié la Charline…

Acte II – Scène 6
(Léonie – Aimable – Bournisienne)

Bournisienne (qui entre)
- Mademoiselle Léonie ? Mais on vous cherche partout… Il y a un client qui veut partir sans payer…
Léonie
- Encore ! C’est le troisième cette semaine… Ils ne savent donc pas qu’il y a la Sécurité sociale et la Couverture Médicalisée Universelle ?…
Bournisienne
- Non, celui-là c’est les pompes funèbres qu’il ne veut pas payer…

(Léonie sort)

Aimable
- Oh, madame l’abbesse, pouvez-vous quelque chose pour une pauvre âme à la dérive ?
Bournisienne
- Je peux lui fournir l’amarrage à l’ancre du Seigneur avant de lui permettre de regagner un bon port.
Aimable
- C’est tout juste ce qu’il me faudrait… Voilà, madame l’abbesse, je m’em… je veux dire que je m’ennuie.
Bournisienne
- Ce n’est pas un pêché…
Aimable
- Ah ?!... Ben tant mieux… Mais, en fait, j’ai des envies de richesse…
Bournisienne
- Envies de luxure ?
Aimable
- Oh oui, des envies de produits de luxe… J’ai vu une ceinture Gucci en cuir jaune très très jolie et je voudrais bien me l’acheter…

Bournisienne
- Et ?...
Aimable
- Et j’ai pas d’argent… Alors je voudrais savoir si c’est bien de voler quand on a envie très fort de quelque chose ?
Bournisienne
- Voler ! Mais enfin, mon fils, vous n’y songez pas… L’homme ne peut pas voler… L’Airbus A.380 oui, mais pas l’homme…
Aimable
- Mais alors comment on fait pour avoir ce que les autres ont… C’est vrai quoi ? Il y a des gens qui ont de belles voitures, de belles vies avec des jolies filles au bras qui sont pas habillées toute la journée avec une grande blouse blanche mas avec des dessous qui me rendent tout excité et puis elles commencent à se déshabiller avec des mouvements très lents et de la musique qui vous émoustille de partout et…
Bournisienne
- Stop ! Stop ! Stop ! Je ne veux pas en entendre plus… Vous avez des pensées impures !... Cela n’existe pas, cela ne peut pas exister…
Aimable
- Mais si, ça existe… Je l’ai vu à la télé…
Bournisienne
- Cela n’existe pas, c’est tout… C’est l’œuvre du Malin…
Aimable
- Je connais pas d’Alain…
Bournisienne
- Je n’ai pas dit Alain, mais Malin… Je vous donne des synonymes pour que vous compreniez mieux mon fils… Le démon, le diable, Satan, TF1…
Aimable
- Ah !... C’est ça le Malin… Et si je vous dis que tout à l’heure j’ai eu envie d’embrasser madame Léonie, c’est aussi de la faute du Malin…
Bournisienne
- Non, ça c’est pas malin…
Aimable
- Ah !
Léonie (qui revient)
- Madame l’abbesse, l’affaire est réglée… Le patient est à vous… Il a même donné au denier du culte…
Bournisienne
- Le brave enfant…
Léonie
- Oh pas grand-chose… Il ne lui restait que quelques euros qu’on a trouvés dans ses poches quand on a donné ses vêtements à Emmaüs…
Bournisienne
- Brave enfant quand même…
Léonie
- Par contre, il a absolument refusé de donner son cœur, son foie et sa jambe droite… Il y a des gens qui sont d’un égoïsme quand même…
Bournisienne
- Je m’en vais quand même le réconforter pour son dernier voyage…
Léonie
- Son dernier voyage ?... Il est bien parti pour le faire en sacs poubelle…

(Bournisienne sort)

Acte II – Scène 7
(Aimable – Léonie)

Léonie
- Je suis venue vous faire mes adieux… La discussion que nous avons eue tout à l’heure m’a ouvert les yeux… Vous avez raison… Quand on s’ennuie dans sa vie et qu’on n’arrive à gagner ni au loto, ni au keno, ni au tiercé, ni aux différents jeux de grattage, il n’y a qu’une solution… Partir…
Aimable
- Vous partez ?
Léonie
- Je pars…
Aimable
- Oh ben mince alors… Moi qui avais envie de vous embrasser…
Léonie
- Vous avez raison… Ce n’est vraiment pas de chance…
Aimable
- Non, vous avez raison… De toute façon, je n’ai pas de chance…
Léonie
- Je pense, oui… Et moi non plus… C’est pour ça… Il vaut mieux qu’on se quitte bons amis…

(Elle sort)

Aimable
- Je m’emmerde…
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MessageSujet: Re: Aimable Bovary   Sam 6 Déc 2014 - 11:43

Acte III – Scène 1
(Aimable – Mme Lheureuse)

Voix off
- Cinq ans ont passé…

Aimable (à madame Lheureuse qui est couchée sur le lit)
- Bonjour madame… Qu’est-ce qu’il vous arrive ?
Mme Lheureuse
- Je suis venue pour me faire faire un lifting des mollets…
Aimable
- Ah, c’est ma femme qui va vous faire ça alors…
Mme Lheureuse
- Le docteur Charline Bovary ?... Vous êtes le mari du docteur Charline Bovary… Vous pouvz être fier… Quelle bosseuse ! Elle a toujours quelque chose à faire… Elle court à droite, elle court à gauche…
Aimable
- Hélas !...
Mme Lheureuse
- Mais c’est quoi ce gros soupir ? C’est quoi ce gros chagrin ?
Aimable
- Je m’ennuis… Regardez Paula dans « Des jours et des histoires d’amour »… Elle au moins, elle s’occupe de son mari. Elle l’amène en week-end dans des palaces, à 200 km/h sur l’autoroute. Wroooooarrrrr… Ca décoiffe !... Elle lui fait faire les magasins… Elle dépense, elle dépense sans compter parce qu’elle l’aime… Charline, elle pense d’abord à ses malades et après, éventuellement, s’il lui reste un peu de temps, elle pense à moi…
Mme Lheureuse
- Mais un spécialiste en podologie nasale, ça doit bien gagner sa vie…
Aimable
- Rien… Que dalle !… Si vous regardiez un peu « Combien ça coûte ? », vous le sauriez… Avec tous les impôts qu’il y a dans ce pays… Vous savez, Jean-Pierre Pernaut il faudrait lui construire une statue tellement il a fait beaucoup pour les Français… Et au lieu de ça, c’est l’autre pétasse, celle de C’est mon choix, qu’ils ont mis dans les mairies alors qu’elle y est même pas depuis un an à « Combien ça coûte ?»
Mme Lheureuse
- Vous savez, je suis aussi dans le commerce… Alors je m’y connais… Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?
Aimable
- Je sais pas… Un truc…
Mme Lheureuse (qui bondit du lit)
- Un truc… Je dois avoir ça…
Aimable
- Mais vous ne devriez pas bouger… Il ne faut pas bouger après un lifting de mollets…
Mme Lheureuse
- Pas grave !... On ne m’opère que demain… Alors, là, regardez, j’ai un super catalogue informatique… C’est tout ce que vous pouvez acheter au Center…
Aimable
- C’est quoi le Center ?
Mme Lheureuse
- Vous connaissez pas le Center ?... Il connaît pas le Center ?… Pfff… C’est bien un homme ça… Ca n’a aucune culture… Et alors le cerveau… Un œuf de colibri… Alors, le Center c’est un magasin pour lequel j’ai travaillé quelques temps avant de me faire virer…
Aimable
- Mademoiselle Aurélie ! Je savais bien que votre tête me disait quelque chose… Ah non, zut, je me trompe de rôle… Entre parenthèses, je préférais l’autre rôle… C’était plus amusant et moins chiant… Au moins, j’allais souvent à l’hôtel du Gai Renard…
Mme Lheureuse
- C’est très simple… Tout ce que vous voulez est dans mon ordinateur portable… Et s’il n’y est pas, c’est que…
Aimable
- Ce sont des Petits Lu, je sais…

Acte III – Scène 2
(Aimable – Mme Lheureuse – Charline – Homaise)

(Mme Lheureuse allonge la liste des commandes d’Aimable côté lit… Charline et Homaise entrent côté bureau)

Charline
- Il m’inquiète Evelyne, il m’inquiète…
Homaise
- Je t’avais bien dit de ne pas t’emballer, ce mec c’est pas un cadeau… Ce ne sont pas forcément les plus beaux mecs qui font les meilleurs maris…
Charline
- Je ne sais plus quoi faire pour Aimable… Il déprime sans arrêt, il ne sait pas quoi faire… Madame Binette a été assez gentille pour l’engager à l’hôpital pour visiter les malades… Au bout d’une semaine, le nombre des suicides a augmenté de 600 %. Il y en a même un qui a mangé tout ce qu’il y avait dans son plateau repas pour en finir plus vite… Quand je vais lui dire qu’il ne peut plus continuer, qu’est-ce qu’il va dire ? Qu’est-ce qu’il va penser ?
Homaise
- Comme d’habitude, il va avoir envie d’autre chose… Il a voulu écrire une thèse, ça a duré trois jours… Son premier roman, il faisait 18 pages… Le second 14…
Charline
- Il en a écrit un nouveau tu sais…
Homaise
- Eh bien, te voilà sauvée… Pas besoin de racheter du papier toilette…
Charline
- Tu es dur avec Aimable…
Homaise
- Et toi tu es aveugle… Tu bosses comme une malade et c’est lui qui déprime… Quelles petites natures que ces hommes d’aujourd’hui ! Il faut que tu lui parles une bonne fois pour toute et que tu le secoues…
Charline
- Et je lui dis quoi ?
Homaise
- Que c’est fini !... (et il sort)
Mme Lheureuse
- Vous êtes sûr que ça suffit ?
Aimable
- Oh oui ! J’y suis même peut-être allé un peu fort…
Mme Lheureuse
- Mais non… Regardez-vous ! Vous resplendissez de bonheur… Ca c’est l’effet magique de la shoppingothérapie…
Aimable
- C’est vrai que je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps… Avec ma nouvelle encyclopédie informatique en 20 cd-rom, j’aurais toutes les infos pour écrire mes bouquins… Et puis ça fait des années que j’avais envie d’apprendre l’italien, alors avec cette méthode multimédia en cassettes ça va aller tout seul… Et puis, c’est une bonne idée d’acheter des pâtes avec… Et alors, les plus grands buts du football italien, ça je vais me régaler pendant des heures devant le home-cinéma numérique… Oh merci ! merci !
Mme Lheureuse
- Pas de quoi… Ca fait 15243 euros la consultation…
Aimable
- Vous prenez les tickets restaurant ?
Mme Lheureuse
- Carte bleue uniquement.
Aimable
- Ah… Attendez ! Il faut que j’aille chercher celle de ma femme… (il sort)

Acte III – Scène 3
(Mme Lheureuse – Rodolphine)

Rodolphine
- Coucou !
Mme Lheureuse
- Hey, Rodolphine, quelle bonne surprise ! Ca faisait longtemps… Qu’est-ce que tu deviens ?
Rodolphine
- Ben je vieillis… Mais non, je déconne… Grâce au masque Anti-rides des laboratoires Peaudouce, je resplendis et je fais moitié moins que mon âge… Alors toi, pas encore passée sur le billard ?…
Mme Lheureuse
- Demain… J’ai hâte d’y être… Et surtout de me regarder avec ma nouvelle silhouette…
Rodolphine
- Un lifting des mollets, quelle idée !…
Mme Lheureuse
- Ecoute, c’était en cadeau dans un pack complet « Relift your life »… J’ai déjà eu les yeux, ça s’est super bien passé… Le nez, une merveille… La bouche, une réserve à botox maintenant… Y a pas de raison que ça se passe mal… Je vais avoir des jambes de déesse… Et comme un plaisir n’arrive jamais seul, regarde le petit plaisir que je me suis fait (elle montre la facture)
Rodolphine
- Tu ne t’arrêtes jamais, toi ! Faut que tu vendes, faut que tu vendes…
Mme Lheureuse
- Je viens d’inventer un nouveau truc… La shoppingothérapie… Mon premier gogo, je veux dire client, c’est le mari de ma chirurgienne… Un beau gars mais complètement paumé… Genre, même avec une boussole, il est déboussolé… Je suis sûre qu’il te plairait… T’es pas pressée ? Attends un peu, il va revenir…
Rodolphine
- Pressée ? Non… J’ai largué mon ex hier soir…
Mme Lheureuse
- Ah bon ?!
Rodolphine
- Oui je l’ai largué depuis son avion privé au-dessus de l’Atlantique en rentrant d’Acapulco…

Acte III – Scène 4
(Mme Lheureuse – Rodolphine – Aimable - Charline)

Aimable (qui revient)
- Bon, il faut faire vite… Ma femme est partie faire sa tournée des patients… Vu qu’elle en a jamais plus de deux, elle va pas tarder à revenir… A moins qu’elle tombe sur Homaise… Pfff, quelle bavarde celle-là ! Toujours en train de raconter ses souvenirs de quand elle était en fac de médecine à Sydney, à Montpellier ou à Bangkok… Et gna gna gni, et gna gna gna… Et après, on dit que nous les hommes on est bavards ! franchement, nous on parle de trucs intéressants au moins… Alors, elle est où la bouche à cartes bleues ?…

(Pendant qu’il paye, madame Lheureuse et Rodolphine échangent des gestes pour montrer qu’Aimable leur plait bien)

Mme Lheureuse
- Je vous présente une amie… Rodolphine de La Sainte Morée de Crochard…
Rodolphine
- Appelez-moi Rodolphine… C’est plus court… Et beaucoup plus amical…
Aimable
- Moi c’est Aimable Bovary… Et je peux pas faire plus court à moins de me couper un bras… Mais je reviens, il faut que j’aille remettre la carte bleue dans le portefeuille de ma femme… (Il repart)
Mme Lheureuse
- Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?
Rodolphine
- Fragile comme je les aime… Je vais le croquer…

(Entre Charline)

Charline
- Madame Lheureuse, est-ce que vous êtes prête ?
Mme Lheureuse
- Prête pour quoi ?
Charline
- Allons, vous êtes venue ici pour une thérapie très particulière…
Mme Lheureuse
- Ah vous êtes au courant ?
Charline
- C’est quand même un petit peu normal…
Mme Lheureuse
- C’est votre mari qui vous a dit ?
Charline
- Mon mari ? Ah non… Ma secrétaire médicale…
Mme Lheureuse
- Comment elle sait, elle ?... Je l’ai peut-être déjà croisée ?… Ecoutez, je ne veux pas que vous vous fassiez de fausses idées sur moi… C’est pas un vice caché…
Charline
- Mais je comprends très bien… Chacun a ses propres motivations dans la vie…
Mme Lheureuse
- On peut tout annuler si vous voulez…
Charline
- Annuler… Vous avez peur ?
Mme Lheureuse
- Peur non, mais ça me gêne…
Charline
- Ca vous gêne d’avoir des jambes de rêve ?
Mme Lheureuse
- Ah ! Vous parliez de… Moi je croyais que vous parliez de… Ah, d’accord !
Charline
- Je ne comprends pas très bien…
Mme Lheureuse
- Moi si, ça va… Donc vous disiez ?
Charline
- Qu’on peut faire ça dès aujourd’hui… Il y a une place qui s’est libérée au bloc… On y va ?
Mme Lheureuse
- On y va !... Euh… Je ne pars pas sur le lit ?
Charline
- Non, non… Maintenant on a supprimé les roulettes et les lits sont rivés au sol dans les chambres… Rien que le mois dernier, on s’en était fait voler sept…

(Et elles sortent)

Acte III – Scène 5
(Rodolphine – Aimable)

Rodolphine (qui s’exerce)
- Vous savez que vous avez des yeux… Non, non, plus langoureux… Vous savez que vous avez des yeux… Plus sensuel… Vous savez que vous avez des yeux… Il faut le cueillir tout de suite pendant que sa femme est au bloc opératoire… Le problème, c’est que même s’il est niais il doit savoir qu’il a des yeux…
Aimable (qui rentre)
- Oh, elle est partie la dame… Elle a oublié de me dire quand aurait lieu la fin de la séance de shoppingotéhrapie…
Rodolphine
- La fin de la séance de shoppingothérapie ? Ah oui… Dès ce soir, tout sera livré… Je le sais, je commande souvent au Center… Ils sont rapides… Comme toi tu as été rapide à faire fondre mon cœur…
Aimable
- Ah ?!…
Rodolphine
- Dès que je t’ai vu, j’ai su que c’était toi qui viendrais avec moi visiter le Tyrol autrichien à bord de ma Ferrari Testarossa…
Aimable
- Ah ?!...
Rodolphine
- Tu sais que tu as des yeux magnifiques ?
Aimable
- Ah ?!
Rodolphine
- A l’intérieur, on voit des forêts profondes, des lacs irisés et des champs de tournesols sous la pluie…
Aimable
- Ah…
Rodolphine
- T’as pas fini de dire « Ah » à chaque fois ?
Aimable
- Mais c’est que on ne m’avait jamais parlé comme ça avant aujourd’hui…
Rodolphine
- Jamais ?!
Aimable
- Non, non… Jamais… Charline, tout ce qu’elle dit c’est « j’ai lu un article terrible dans le Quotidien du médecin » ou alors « le patient de la chambre 174 il m’inquiète »…
Rodolphine
- Oh… Pauvre petit mari abandonné…
Aimable
- Oui…
Rodolphine
- Oh, je te veux (et elle bascule Aimable sur le lit)

Acte III – Scène 6
(Aimable – Rodolphine – Binette)

Binette (qui entre)
- Aimable ?... Oh pardon !...
Aimable
- Hein ? Quoi ? Qui m’appelle ?... Madame la directrice… oh c’est vous ?
Binette
- Je n’ai rien vu… Je n’ai rien vu…
Rodolphine (au public)
- Ben si elle a rien vu, faut qu’elle demande rapido un rendez-vous chez un ophtalmo…
Aimable
- Je… Je… Je m’occupais de la rééducation de madame…
Rodolphine (au public)
- Et c’est parti pour les excuses bidon…
Binette
- Mais je le vois bien, je le vois bien… Vous êtes très appliqué dans votre travail…
Aimable
- Oui, oui… Et vous me cherchiez pour me dire quoi ?
Binette
- En fait, je voulais vous dire quelque chose… mais ça attendra... Là, ce n’est peut-être pas le moment…
Aimable
- Mais si, mais si… C’est tout à fait le moment…
Binette
- Si vous le dîtes… Alors, voilà… Je ne veux plus que vous parliez aux patients…
Aimable
- Pourquoi ?
Binette
- Parce que vous les déprimez à leur raconter sans arrêt votre mal de vivre, vos petits soucis, vos tracas a deux sous… Ils n’en peuvent plus…
Aimable
- Je vous ai déprimé, madame ?
Rodolphine
- Pas vraiment, non… Au contraire…
Aimable
- Ah, vous voyez !...
Binette
- Ecoutez, n’aggravez pas votre cas…
Aimable
- Pourquoi vous dîtes ça ?...
Binette
- Je sais pas… C’est sorti tout seul… Et d’ailleurs moi aussi je sors toute seule… (Elle sort)

Acte III – Scène 7
(Aimable – Rodolphine)

Aimable
- Oh là là ! Quel malheur ! Elle va tout dire à Charline…
Rodolphine
- Mais non, c’est une péteuse, ça se voit tout de suite… Elle va rien dire du tout… Elle est tellement gênée d’avoir vu ça qu’elle ne dira rien…
Aimable
- Mais vous n’imaginez pas… Pour la réputation de Charline, ça va être terrible… Une fois, Umberto dans « Le pavillon des amours en feu » il s’est fait prendre avec Rafaella… On lui a plus confié une seule opération… Bon d’accord, il buvait aussi… Et il avait fait pipi au lit jusqu’à 11 ans tandis que moi j’étais propre à un an…
Rodolphine
- Viens faire un câlin… Tout va très bien s’arranger…
Aimable
- J’ai une idée pour tout arranger… Si vous m’enleviez ?
Rodolphine
- Oh là, je veux pas d’ennui avec la police…
Aimable
- Pas m’enlever comme ça… Non qu’on parte ensemble pour toujours… Dans votre Ferrari Testarossa…
Rodolphine
- Oui, oui… Bien sûr, on pourrait faire ça… On pourrait…
Aimable
- Allez, on le fait !... Comme ça, Charline elle aurait pas à supporter le propre des autres…
Rodolphine
- Tu veux dire l’opprobre des autres ?
Aimable
- Non, non, le propre… Parce que les gens, ils t’écoutent raconter tes malheurs et après ils disent « Ben c’est du propre ! »… Alors, on part ?... Mais par contre, je peux pas partir sans Berthe…
Rodolphine
- Qui c’est Berthe ?
Aimable
- C’est ma fille… Moi c’est toujours « jamais sans ma fille »… Vous êtes d’accord ?... Vous allez voir, elle est très intelligente pour son âge…
Rodolphine
- J’ai du mal à imaginer que ça soit possible… Les lois de l’hérédité c’est pas rien…
Aimable
- Je la fais venir… (il décroche son téléphone portable) Allo, David, tu peux venir avec la petite ?… Chambre 152.

(Grands regards langoureux en attendant l’arrivée de Berthe)

Acte III – Scène 8
(Rodolphine – Aimable – Berthe – Le nourricier)

Berthe (qui entre, suivie par le nourricier)
- Tu vois… C’était pas compliqué de trouver la chambre 152…
Le nourricier
- Oui mais en passant par le couloir du service de gériatrie, on aurait gagné une minute…
Berthe
- Même pas vrai ! A cette heure-ci, on aurait passé trois minutes à attendre l’ascenseur…
Le nourricier
- Pas sûr !
Berthe
- Puisque je te le dis…
Le nourricier
- Je sais que j’ai raison !
Berthe
- Tu sais surtout que t’es très con…
Rodolphine
- Quel âge elle a déjà ?
Aimable (avec fierté)
- 5 ans !
Berthe
- Qui c’est celle-là ? Une malade ?
Rodolphine
- Je crois pas… J’ai même jamais été enrhumée…
Berthe
- Oh si… Je sens une grande douleur derrière ce visage avenant et ces manières entreprenantes…
Aimable
- Berthe… Avec madame Rodolphine, nous allons partir faire un beau voyage…
Berthe
- Un voyage ? Pour quoi faire ?
Aimable
- Pour découvrir le monde…
Berthe
- Pourquoi tu veux aller découvrir le monde ?... Tu restes devant ton ordinateur, tu vas sur internet et tu es en Australie deux secondes après…
Le nourricier (gêné)
- Berthe va peut-être un peu trop sur le net…
Berthe
- Je fais ce que je veux… Et pourquoi tu le dis pas que tu en as marre de maman et de son boulot ? Ce serait plus clair pour tout le monde…
Rodolphine (au nourricier)
- Elle est toujours comme ça ?
Le nourricier
- Non, là elle est calme… D’habitude, elle crie tout le temps… Dès qu’il y a un truc qui ne va pas, elle se met à hurler comme une sirène…
Rodolphine
- Eh bien, ça promet…
Aimable
- On part en Ferrari Testarossa…
Berthe
- Ah… Et depuis quand est-ce qu’il y a trois places dans une Ferrari ? Moi je le sens bien le truc… Au bout de 10 kilomètres, y en a un de nous deux qui va se retrouver attaché à un arbre sur le bord de la route… N’est-S P A ?

Acte III – Scène 9
(Aimable – Rodolphine – Berthe – Le nourricier – Justine – Mme Lheureuse – Homaise)

Justine
- Aimable, votre femme vous demande dans son bureau… Il y a eu un accident au bloc opératoire… David, écartez la petite, c’est pas beau à voir.

(Justine et Homaise ramènent madame Lheureuse jusqu’à son lit – Le nourricier et Berthe sortent)

Rodolphine
- Qu’est-ce qui est arrivé ?
Justine
- Un coup de malchance…
Rodolphine
- Je suis une amie… Vous pouvez tout me dire…
Justine
- Alors je suis née dans une famille qui n’était pas bien riche… J’ai quand même bien travaillé à l’école ce qui prouve que quand on veut on peut… Et…
Rodolphine
- Qu’est-ce qui est arrivé à mon amie ?
Justine
- Une erreur tragique… On lui a greffé les mollets d’un haltérophile bulgare…
Rodolphine
- Comment est-ce possible ?
Justine
- Ben c’est une erreur, je viens de vous le dire… Pour en savoir plus, faudra attendre le résultat de l’enquête… (Elle sort)

Acte III – Scène 10
(Aimable – Charline – Rodolphine)

(Charline entre côté bureau en regardant ses mains qui tremblent)

Charline
- Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Aimable (qui entre)
- Qu’est-ce qui se passe ?
Charline
- J’ai commis une erreur dans une opération…
Aimable
- Ben, moi aussi, ça m’arrive tout le temps… Si tu avais pris une calculatrice, ça serait jamais arrivé…
Charline
- Je pensais à toi… Je me disais que tu étais tout le temps malheureux, que tu n’avais rien fait de ce que tu voulais faire dans ta vie parce que j’étais toujours là…
Aimable
- Ca va changer maintenant…
Charline
- Que veux-tu dire ?
Aimable
- J’ai décidé de vivre…
Rodolphine
- Cher Aimable, tu es un gentil garçon, très beau et plein de sensibilité…
Aimable
- J’ai rencontré une femme super…
Rodolphine
- Dès que je t’ai vu, j’ai su que tu étais l’homme de mes rêves…
Aimable
- Dès que je l’ai vue, j’ai su qu’elle était la femme de mes rêves…
Rodolphine
- Ca se sent ces choses-là…
Aimable
- C’est vrai que ça se sent…
Rodolphine
- Il n’y a rien de plus beau qu’aimer comme ça…
Aimable
- C’est magique d’être aimé comme ça…
Rodolphine
- Mais quand j’ai vu ta fille, j’ai compris que ce n’était pas possible…
Aimable
- Quoi ?!
Rodolphine
- Elle est chiante… J’ai que 30 ans, j’ai pas envie de me traîner un boulet pareil…
Charline
- Mais qu’est-ce que tu dis ? C’est qui cette femme ?
Rodolphine
- Adieu donc… (elle part)
Aimable
- Euh, ben c’est toi… Alors non seulement je m’emmerde mais en plus je suis lâche…
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MessageSujet: Re: Aimable Bovary   Sam 6 Déc 2014 - 11:50

Acte IV – Scène 1
(Charline – Mme Lheureuse)

Mme Lheureuse
- Vous ne vous en tirerez pas comme ça… J’ai contacté une avocate de grande qualité… Le top niveau… Quatre étoiles au guide Charles Pasqua…
Charline
- Je suis effondrée de ce qui vous est arrivé… Ca fait trois nuits que je ne dors plus…
Mme Lheureuse
- J’étais représentante de commerce… J’avais besoin de ces nouvelles jambes… Dans mon boulot, la représentation ça compte autant que le commerce…
Charline
- Remarquez, avec des mollets d’haltérophile bulgare, ce sera plus facile pour manutentionner les produits… Ok, ok, on admet que j’ai rien dit…
Mme Lheureuse
- L’addition va être salée… Déjà avec ce que vous me devez…
Charline
- Oh mais je ne remets pas en cause la légitimité de votre demande de dommages et intérêts…
Mme Lheureuse
- Je ne vous parle pas de ça… Je vous parle des dépenses de votre mari…
Charline
- Mon mari n’est pas dépensier… Ce n’est pas son genre de faire quelque chose sans m’en parler…
Mme Lheureuse
- Vous n’avez rien remarqué en rentrant chez vous ?
Charline
- Je ne suis pas rentrée chez moi depuis trois jours…
Mme Lheureuse
- Oh… Alors vous n’avez pas vu la piscine avec jacuzzi, le home-cinéma, les billets pour les Seychelles…
Charline
- Mais de quoi me parlez-vous ?
Mme Lheureuse
- Des achats faits par votre mari… avec votre carte bleue…

Acte IV – Scène 2
(Léonie – Charline – Mme Lheureuse)

Léonie (qui entre)
- Bonjour Charline… J’aurais préféré vous revoir dans d’autres circonstances…
Charline
- Quoi ?! C’est vous Léonie qui allait défendre les intérêts de madame Lheureuse…
Mme Lheureuse
- C’est elle, en effet… Madame Léonie Dupuis est aujourd’hui ce qui se fait de mieux dans le domaine de la lutte des victimes d’accidents médicaux contre les hôpitaux… Elle va vous faire cracher un max…
Léonie
- A Cahors, un patient s’étrangle avec un morceau de pain dans sa chambre. Il reste dix minutes avec la bouchée coincée dans le gosier… 30000 euros… A Strasbourg, une pauvre femme, madame Rizzoli, vient se faire opérer des amygdales, elle se retrouve avec le visage de Monica Belluci…
Charline
- Et elle fait un procès ?
Léonie
- Oui… Et je le gagne… 120000 euros… Elle avait mis dix ans à se débarrasser de son accent italien…
Mme Lheureuse
- Alors, apprêtez-vous à payer… A payer cher…

(Charline s’enfuit en pleurant)

Acte IV – Scène 3
(Mme Lheureuse – Léonie – Binette)

Binette (qui entre)
- Qu’est-ce que j’apprends, mademoiselle Léonie… Vous venez plaider contre nous…
Léonie
- Tout à fait… Je suis de retour… Et je ne manque pas de témoignages contre votre établissement, croyez-moi…
Binette
- Combien vous voulez pour oublier tout ça ?
Léonie
- Pas de compromis… La vérité triomphera… A la fin du procès, je suis sûre qu’on vos portera des oranges à la prison la plus proche…
Mme Lheureuse
- Alors, apprêtez-vous à payer… A payer cher…

(Binette s’enfuit en pleurant)

Acte IV – Scène 4
(Mme Lheureuse – Léonie – Bournisienne)

Bournisienne (qui entre)
- Qu’est-ce que j’apprends, ma fille ? Vous revenez parmi nous pour semer la discorde et brandir le flambeau de la vengeance mercantile… Oubliez-vous que le Seigneur a dit « Tu ne chercheras pas à t’enrichir au détriment du pauvre » ?
Léonie
- Ah ?! Il a dit ça le Seigneur… Et qui est-ce qui a dit : « je veux qu’on me reverse 5% des frais d’obsèques sur un compte en Suisse » ?
Bournisienne
- Quoi ?! Vous oseriez ressortir cette vieille affaire ?
Léonie
- Je vais me gêner, tiens…
Mme Lheureuse
- Alors, apprêtez-vous à payer… A payer cher…

(Bournisienne sort)

Acte IV – Scène 5
(Mme Lheureuse – Léonie – Homaise)

Homaise (qui entre)
- Non mais ça va pas, Léonie ? Après toutes ces années passées ici, venir nous poignarder dans le dos. Je m’étais trompée sur toi…
Léonie
- C’est que tu te trompes beaucoup, madame Homaise… Surtout dans les dosages de médicaments… C’est sans doute pour cela qu’on ne t’a jamais donné ton diplôme de pharmacienne et que tu exerces avec un document falsifié…
Homaise
- Qui t’a dit ça ?
Léonie
- Mon petit doigt… Les 725 cas de surdose médicamenteuse en deux ans… Et aussi les listings de toutes les facultés que tu dis avoir fréquentées
Mme Lheureuse
- Alors, apprêtez-vous à payer… A payer cher…

(Homaise sort)

Acte IV – Scène 6
(Mme Lheureuse – Léonie – Aimable)

Aimable (qui entre)
- Léonie… C’est sympa de revenir t’emmerder avec moi… Tu sais, j’ai jamais réussi à commencer les études de droit comme je t’avais dit… Et mes romans ils n’ont pas dépassé quelques pages…
Léonie
- Pas grave… Comment tu vas ?... Tu as l’air fatigué…
Aimable
- C’est cette histoire avec la copine de madame. Elle m’a promis des trucs et puis elle est partie en me laissant une lettre… Je suis retourné…
Léonie
- Pourquoi tu te laisses toujours faire ? Pourquoi tu ne fais pas ce que tu as envie de faire ?... Moi, je suis revenue surtout pour toi, tu sais…
Aimable
- Oui, je viens… Mais non… Je ne peux pas laisser Charline maintenant… Elle est toute perdue… On dirait moi…
Mme Lheureuse
- Alors, apprêtez-vous à payer… A payer cher…
Léonie
- Mais vous avez pas un peu fini de ne penser qu’au fric, vous ! Vous ne voyez pas qu’il souffre mon Aimable ?
Mme Lheureuse
- Il ne m’a toujours pas payé tout ce qu’il a acheté non plus… Solde insuffisant a répondu la banque…
Léonie
- Mais les banques on les connaît ! Vous avez de l’argent, on vous adore… Vous n’avez pas d’argent, on vous en prête… Vous n’avez plus d’argent, c’est de votre faute !...
Mme Lheureuse
- Vous défendez qui au juste ?
Léonie
- Je défendrai toujours mon petit Aimable… Et si ça ne vous plait pas, vous pouvez toujours me renvoyer et perdre votre procès…
Mme Lheureuse
- C’est ce qu’on verra…

(Et elle sort avec une démarche bizarre, façon haltérophile bulgare – Léonie et Aimable restent ensemble main dans la main)

Acte IV – Scène 7
(Léonie – Aimable - Le nourricier – Berthe – Charline)

Charline (qui entre côté bureau)
- Ca ne se passera pas comme ça… Ca ne se passera pas comme ça…
Le nourricier (qui entre à son tour)
- Vous m’avez fait demander ?
Charline
- David, ça fait 5 ans que vous vous occupez de notre fille… Et ça fait cinq ans que je ne suis pas content de votre travail… Cette enfant fait ce qu’elle veut… Vous deviez l’éduquer, lui apprendre la politesse, le goût de l’effort, la sociabilité… Et franchement quand on voit le résultat…
Berthe (qui entre)
- Comment ça se fait que mon goûter ne soit pas prêt ? Hein ? Ca fait deux ans que je goûte tous les jours à 17h15… Et aujourd’hui il n’y a rien… Pourquoi ?
Charline
- D’abord, tu dis « bonjour maman »… Et ensuite, tu me parles sur un autre ton…
Berthe
- Je dis ce que je veux… C’est pas quelqu’un qui confond des mollets de top-model avec des mollets d’haltérophile bulgare qui va me donner des leçons…
Charline
- Tu commences à m’énerver… On n’a plus d’argent ! Plus d’argent tu comprends ? Alors, plus de goûter tous les jours à 17h15, plus de connexion WIFI ADSL 20 giga au web… et plus non plus de baby-brother permanent…
Berthe
- Et sur qui je vais taper alors ?...
Charline
- Comment ? Tu tapais sur David ?
Berthe
- Et comment tu voulais que je tape sur toi, tu n’es jamais là… (Elle sort)
Le nourricier
- Alors, je suis viré…
Charline
- Oui… Laissez-moi seule…
Aimable
- Qu’est-ce que je vais devenir ? Je m’ennuyais et maintenant j’ai plein d’ennuis…
Léonie
- Je suis là. Sois rassuré…
Aimable
- Mais l’autre, elle va revenir…
Léonie
- Ne t’en fais pas… Je serai là… Mais là, il faut que j’y aille… Je reviens dans un petit moment…
Aimable
- Promis ?
Léonie
- Promis…

(Léonie sort… Au même moment, Charline quitte son bureau)

Acte IV – Scène 8
(Aimable – Léonie – Homaise – Mme Lheureuse – L’huissière)

Aimable
- Comment trouver cet argent ? Comment trouver de l’argent ? Je pourrais écrire un roman… Ce serait l’histoire d’une jeune femme qui passe sa vie à s’ennuyer, qui rêve au grand monde et qui ne l’obtient jamais… Je l’appellerai Emma parce que ça ressemble à Aimable… Et son mari serait un médecin raté et je l’appellerai Charles… Elle aurait des tas d’aventures et elle serait mal vue de tout le monde… Oh si j’avais juste un peu de temps !...
Homaise (qui entre dans le bureau)
- Charline ? Charline ?
Léonie (qui entre à sa suite)
- Charline n’est pas là ?
Homaise
- Non, je la cherchais aussi… Madame Binette veut la voir… Mais puisque je te croise, Léonie, je voulais te dire ceci… J’ai des diplômes parfaitement en règle… Seulement, il y a eu un incendie à la faculté l’été après que j’aie réussi mon diplôme et certains dossiers ont disparu dans l’incendie…
Léonie
- Oui, très bien… Maintenant, il faut que j’y aille…
Mme Lheureuse (qui entre avec l’huissière)
- Voilà la personne qui s’est endettée auprès du magasin Center de la somme de 15243 euros…
L’huissière
- Parfait… Je suis maître Georgette Moustaki, huissière de justice à Montargis… oui, oui, c’est encore moi…, et je viens procéder à la saisie de vos biens… Ce lit est à vous ?
Aimable
- Non… Ce lit est à l’hôpital…
Mme Lheureuse
- Et en plus, c’est mon lit… C’est là que je devrais être si cette affaire pressante ne m’avait pas conduite à vous faire appeler, maître… A regarder mes superbes jambes effilées, fuselées…
Homaise
- Et donc, il y a eu ce gros orage et les papiers qui prouvaient que j’avais bien obtenu mon diplôme en pharmacie ont été détrempés et l’encre a coulé… C’était illisible et je n’avais plus rien pour prouver que…
Léonie
- Oui, oui, c’est bon, j’ai compris… Mais là, il faut vraiment que j’y aille…
L’huissière
- Qu’est-ce qu’on peut saisir ici ?
Mme Lheureuse
- Déjà le portefeuille de monsieur…
L’huissière
- Oui, c’est juste… Donnez-moi votre portefeuille…
Aimable
- Mais il y a rien dedans à part quelques photos… C’est sans valeur…
L’huissière
- C’est moi qui décide de ça… Si ça a une valeur sentimentale, ça a une valeur… Donc, je saisis…
Homaise
- Alors, aussi incroyable que ça puisse paraître, le tremblement de terre a englouti une partie des archives du ministère de la Santé… Et parmi les dossiers qui ont disparu happés par le magma, il y avait le mien…
Léonie
- Mais ça suffit… Il faut que j’aille retrouver Aimable…
Homaise
- Parce que mademoiselle en pince pour Aimable… Alors on va se mettre d’accord une fois pour toutes… Tu oublies mes histoires de dossier et moi j’oublie ce que je viens d’entendre…
Léonie
- D’accord, c’est d’accord… (Elle part en courant)
Aimable
- Vous n’allez pas me prendre mes chaussures quand même…
L’huissière
- Et pourquoi pas ? On peut les revendre et en tirer quelque chose…
Mme Lheureuse
- Est-ce que vous pensez à moi ? Je voulais pouvoir porter des talons hauts et de grandes bottes bien moulantes et je vais être contrainte de traîner en basket toute ma vie…
L’huissière
- Bon, je ne vois plus rien à saisir ici…
Aimable
- Tant mieux, je me voyais pas finir en caleçon…
L’huissière
- Oh oui… Le caleçon… Non, non, je déconne… On a beau être huissier, on a quand même le sens de l’humour…
Mme Lheureuse
- Il faut passer au bureau de sa femme… Il y a plein de petits bibelots à prendre… (Elles sortent)

Acte IV – Scène 9
(Aimable – Justine)

Aimable
- Malheureux que je suis… J’ai tout perdu… Ma fille ne m’aime plus ; elle est partie avec son baby-brother… J’ai ruiné la réputation de ma femme… Pendant des années, je n’ai pensé qu’à moi alors qu’elle travaillait pour nous assurer un minimum de confort… Et même Léonie qui disait m’aimer, qui m’avait promis une vie fantastique ne revient pas… Encore de beaux mensonges… De ces mensonges que vous disent les gens… Je t’aime, je t’aime… Et quand il s’agit de le prouver, où sont-ils ? Ailleurs, partis, en vacances… L’ingratitude est la plaie d’aujourd’hui, l’individualisme gangrène les rapports humains. Tu n’as d’intérêt que si tu sers… Hors de ça, point de salut, point d’attentions à attendre… Si chaque être humain est un coffre à bijoux, personne n’a vraiment cherché à ouvrir pour voir ce qu’il y avait dans le mien… Sans doute parce qu’ils ont senti le vide à distance… J’en ai marre de m’ennuyer, j’en ai marre de ne servir à rien, j’en ai marre de n’exister que pour me prendre des claques… Je me plains des autres et pourtant je suis comme eux. Je geins d’être seul, je me désespère de mon manque de réussite. Je voudrais briller, je voudrais plaire, je voudrais juste exister… Laisser une trace de mon passage… Penser que dans 100 ans il y aura encore quelqu’un pour prononcer mon nom avec respect… Je voudrais mais je sais bien que ça ne se fera pas… Qui se souviendra du pauvre Aimable Bovary, fils d’éleveurs de porcs, marié à une spécialiste de podologie nasale c’est-à-dire en fait de la science du pied de nez… Un pied de nez à la vie, je vais en faire un beau…

(il sonne près du lit – quelques instants plus tard, arrive Justine)

Justine
- Aimable, qu’est-ce que tu veux ?
Aimable
- Si tu avais un poison à me conseiller, tu dirais lequel ?
Justine
- Un poison ? Pour quoi faire ?
Aimable
- Pour m’empoisonner, tiens… Pas pour faire pousser les bégonias…
Justine
- Mais je ne peux pas te donner ce renseignement…
Aimable
- Ah bon… Et pourquoi ?
Justine
- C’est contraire au serment d’Hippocrate…
Aimable
- Serment d’hypocrite, oui… Vous feriez mieux d’aider ceux qui veulent vivre à vivre au lieu d’empêcher les autres d’arrêter de souffrir…
Justine (qui réfléchit un moment)
- Tiens alors… Je le garde toujours sur moi au cas où je serais capturée par les Allemands… Faut pas que je parle…
Aimable
- Qu’est-ce que c’est ?
Justine
- Du Bromoxyde de Phénoxazoline bicarbonaté…
Aimable
- C’est radical ?
Justine
- Presque instantané…
Aimable
- Parfait… Allez, laisse-moi maintenant… Tu leur diras que je les aimais un peu quand même mais qu’ils ne m’aimaient pas assez bien…

(Justine sort)

Aimable (qui avale le produit)
- Voilà… (Il se couche sur le lit – Grand silence) Et merde, est-ce que j’ai fermé le gaz ? (et il tombe raide mort)

(La lumière s’éteint, reste éteinte trente secondes puis se rallume)

Aimable (qui s’étire)
- Ah j’ai vraiment bien dormi… Mais quel rêve étrange ! Un cauchemar, oui… J’étais un homme angoissé, déprimé et sans aucun charisme… Et j’étais enceinte… Quelle horreur !

(Il frappe dans ses mains et toutes les filles viennent s’agglutiner contre lui)

Aimable
- Ah quand même !...
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