Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La louve et l'auxiliaire

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: La louve et l'auxiliaire   Lun 9 Mar 2015 - 1:16

Votre personnage se retrouve face à un inconnu. Quelque chose attire son attention : cet inconnu est habillé à la mode d’un autre temps et votre personnage a l’étrange impression de faire face à un miroir. En réalité, cet inconnu est un de ses ancêtres.
Décrivez cette rencontre atypique en 2000 mots maximum et en utilisant l’ensemble des mots suivants : quérir, ouïr, se languir, choir, outrecuidance, fi, nenni."


LA LOUVE ET L’AUXILIAIRE

Si on m’avait envoyé quérir la clé de la piste d’aviation, je ne me serais pas sentie aussi stupide. Qu’est-ce que j’étais venue faire dans ce hangar de la base de Biggin Hill, moi la WAAF, l’auxiliaire affectée à la transmission des informations collectées par les grandes oreilles des radars ? Peut-être bien que je cherchais un homme pour me réchauffer ce soir, un beau pilote encore trempé de la sueur de la peur et du courage ? J’aurais fait fi de ma timidité et de ma superbe, il m’aurait lutinée dans un coin sombre et, puis, il m’aurait laissée choir quelques jours plus tard. Et je ne lui en aurais même pas voulu. Quand on a la mort pour seul horizon prévisible en ce mois d’août 1940, on se dépêche de prendre ce qu’on peut extraire de la vie. Peut-être bien que c’était cette terreur primale de finir vieille fille qui me taraudait finalement ?
Mais les choses n’ont pas tourné ainsi. Point d’homme en face de moi mais une femme, l’air sévère, les lèvres pincées, la chevelure rousse flamboyante cascadant sur ses épaules comme une crinière de feu. Elle me regarde avec dans ses yeux mauves une sévérité que je n’ai connue que dans le regard de ma mère, feue lady Camilla of Bosworth. Ce va-et-vient incessant des pupilles dilatées est lourd de reproches encore muets.
C’est à en devenir dingue ! Et puis d’abord, d’où elle sort avec son ample tunique verte, sa drôle de coiffe en pointe et ce blason ridicule brodé sur le cœur ? Une Française ayant quitté son pays pendant ce carnaval de Nice auquel j’avais eu le plaisir d’assister en 1933 lors d’un voyage avec mes parents sur la Côte d’Azur ? Ou alors une dingue échappée d’un asile placé sous la protection d’une des grandes familles du royaume ?
Non ! C’est impossible ! Dès mon jeune âge, on m’a appris l’héraldique et les armoiries des princes, ducs, comtes et simples hobereaux de Grande-Bretagne. J’en connais les mystères et les étrangetés. Pourquoi faut-il donc que cette tour écarlate sur fond azur et argent me mette aussi mal à l’aise… Non ! Non ! Ce n’est pas le blason qui m’indispose mais celle qui le porte.
- Que faites-vous ici ? La base est interdite aux civils.
L’étrange femme aux cheveux de flammes me toise toujours, faisant fi de la petite supériorité que me donnent mes maigres galons.
- Vous me comprenez au moins ?
Elle ne répond toujours rien et se contente, avec le même air supérieur et fâché, de rapprocher l’énigmatique blason de mes yeux. Comme s’il était la clé d’un code qu’on ne m’aurait jamais appris à déchiffrer.
- Il suffit !... Je vais appeler et on va vous jeter en prison !... C’est cela que vous cherchez ?
- Que nenni, Nelly !
Je reste ébahie de tant d’outrecuidance. Elle ose m’appeler par mon prénom. Personne à Biggin Hill ne s’aventure à pareille familiarité. La duchesse Nelly of Bosworth, dixième détentrice du titre, se mélange sans barguigner avec le tout-venant de la base mais chacun sait rester à sa place quant à la manière de la nommer. C’est duchesse, c’est milady, c’est aspirant Bosworth mais ce n’est jamais Nelly.
- Par saint George, ne reconnais-tu point ce blason ?
Je secoue la tête avec tout le désespoir d’un expert pris en faute par le premier quidam venu. Sans pitié pour mon désarroi, la mystérieuse apparition m’assène la réponse en fronçant davantage ses sourcils épais qui dessinent deux arcs de feu au-dessus de son regard froid.
- Ce sont les armes des seigneurs de Watisglenn…
Ce simple mot m’ouvre soudain les yeux en même temps qu’il libère ce maudit tiroir coincé dans ma mémoire. Mère descendait par les femmes des seigneurs de Watisglenn, une vieille famille de Cornouailles éteinte dans sa branche principale lorsqu’une lointaine ancêtre s’était mise en tête d’abandonner ses domaines pour suivre la croisade prêchée par Bernard de Clairvaux. Cela devait être au milieu du XIIème siècle…
Et en la regardant mieux, je vois alors ces petites choses. Cette fossette au menton, cette ovale régulier du visage, ce port altier. Toutes ces petites choses que je rencontre tous les matins lorsque je peigne ma longue chevelure avant de la torsader sous un chignon austère.
- Seriez-vous ?...
Je prononce ces simples mots en tremblant qu’elles les entendent, qu’elles les comprennent… Qu’elle y réponde…
- Lady Constance of Watisglenn, la louve de Cornouailles ?
- Ah, enfin ! s’exclame-t-elle. Je craignais de ne point t’ouïr prononcer mon nom.
- Mais vous… vous êtes ?...
Je bégaye. C’est que même dans les grandes familles d’Albion, dans ces demeures ancestrales remplies de courants d’air et de traditions, on n’a jamais appris à parler aux aïeux. On en connait la geste, les hauts faits, les légendes noires et dorées mais on ne vous dit pas ce qu’il convient de faire si l’un d’entre eux vient à vous surprendre dans un coin sombre de hangar en pleine bataille d’Angleterre.
- Je suis morte, répond lady Constance en souriant devant ma terreur de petite souris coincée face à une escouade de gros matous… Oui, je suis morte… Et depuis longtemps… Frappée sur la route de Damas. Comme saint Paul en son temps mais point de la même façon. Frappée dans le dos, traitreusement, haineusement… Et même pas par un de ces païens du prophète Mohammed. Non, par un seigneur du Limousin dont j’avais repoussé les avances. Il devait se languir de ses vilaines pour oser ainsi tenter d’avoir commerce de chair avec moi.
Je dois reconnaître avoir reçu un bon enseignement et j’ai entendu parler il y a peu des travaux de ce monsieur Einstein qui assure que le temps est un élément qui peut se tordre et se dilater comme les galaxies dans les cieux. Serait-ce un pli, une boursouflure de cet espace d’apparence si peu malléable, qui aurait mis feue lady Constance sur ma route ? Ou alors il faut admettre que les fées, les magiciens et les sorciers existent ?
Comme si elle lisait dans mes pensées, elle me détrompe.
- Il n’y a point de sorcellerie en tout cela. C’est la volonté de notre Seigneur. Alors que j’agonisais sur la route de Damas, il m’est apparu. « Tu erreras dans les méandres du Temps jusqu’au jour où tu trouveras la fille de ton sang qui poursuivra ton combat ».
J’ai dû me frotter les yeux, me pincer les oreilles pour être bien certaine que je ne rêvais pas ce que j’entendais. Moi qui, en dépit des bonnes leçons d’un chapelain personnel, doutais des choses de la religion, je me trouvais face à une créature qui m’assurais qu’elle avait rencontré Dieu et que celui-ci lui avait commandé de rester à l’état d’esprit pour guider une autre femme jusqu’à ce qu’elle prenne sa place…
Et cette autre femme c’était moi !
- Moi, combattre ?...
- Tel est ton destin et je suis venue te l’annoncer !
- Mais je suis aussi peureuse qu’une souris…
- Qui sait vraiment ce qu’est la peur avant que de l’avoir éprouvée ?
Je me suis permis de me mettre en colère, ce qui n’était peut-être pas très malin mais avait l’avantage de me donner l’impression de reprendre le dessus.
- Je ne sais dans quelles contrées vous avez erré ces derniers temps mais depuis quinze jours, le pays est écrasé par des attaques aériennes incessantes. Cette base a été bombardée six fois en une semaine. A chaque fois, je me suis ruée la première aux abris en bousculant ceux qui pouvaient me devancer. J’étais terrorisée, livide, prête aux pires vilénies pour ne pas mourir.
- Et tu en déduis que tu es incapable de combattre parce que tu as peur ?... Allons, ceci n’est point sérieux. Ce sont deux choses différentes que la peur et le courage. J’ai en ma remembrance moult situations au cours desquelles j’ai tiré l’épée ou la lance en ayant la sensation que j’allais faire sous moi.
- Et ?
- J’ai fini de tirer l’épée et j’ai chargé l’ennemi.
Lady Constance fait un pas de plus vers moi, me tend la main. Moi, sottement, je m’en empare. Quelque chose d’étrange passe de son corps jusqu’au fond du mien. Elle accueille ce transfert avec un sourire confiant et doux qui contraste avec sa sévérité initiale.
- Voilà qui est fait, fait-elle.
- Qu’est-ce qui est fait ?
- Je n’ai point à te le dire… Tu sauras désormais ce que tu as à faire pour honorer ton nom et ton sang !
- Je le saurais ?... Pour combattre ?...
- Oui.
- Mais les femmes ne se battent pas… Elles défilent en uniforme dans les rues de Londres mais sans fusil. Nos armes, ce sont des écouteurs, des volants de voitures officielles. Pas des chars ou des avions de chasse.
- Tu sauras quoi faire, tu sauras qui voir… Comme moi en mon temps.
- Et je mourrais comme vous ?
- Cela, ma douce, je ne puis te le dire. Rien n’est écrit… Ou si c’est écrit, le royaume des cieux n’a pas pris la peine de m’en informer.
C’est là que la porte du hangar s’est ouverte. Le capitaine Smith, leader du deuxième esacdron. Un dur à cuire de première que ma noblesse ancestrale n’impressionne pas plus que deux Messerschmitt 109 aux fesses.
- Aspirante Bosworth ? Que faites-vous ici ? Vous parlez à haute voix…
- C’est que, capitaine, je me demandais si la Royal Air Force voudrait bien d’une pauvre duchesse désemparée comme gardienne de ses cieux. Je veux voler ! Je veux me battre !...

Le 17 janvier 1942, je prenais pour la première fois en solo les commandes d’un Spitfire Mk II. Le mécano de la base avait bien voulu lui peindre un signe distinctif. Une tour écarlate sur fond d’azur et d’argent.
Mais ceci est une autre histoire.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
 
La louve et l'auxiliaire
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Recette auxiliaire
» [Loevenbruck, Henri] La Moira - Tome 1: Le chemin de la louve
» Nolwenn ... Femme louve du Brocéliande
» Nummus à la Louve pour Lyon
» [Sylvie Wolfs] La légende de la femme-louve tome 2 : Traque Sauvage

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: