Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 La visiteuse

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: La visiteuse   Sam 6 Juin 2015 - 2:52

Aux antipodes, il doit bien y avoir une autre vérité que celle de notre monde. Peut-être que la tête à l’envers, ils voient les choses différemment. Peut-être qu’ils aiment ce qui ici n’est pas dans les normes.
Ce soir, j’ai envie d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’îles perdues dans le Pacifique. De ces îles où la pluie se perd dans les souvenirs. De ces terres gorgées de légendes mystérieuses et de chants tribaux.
Ce soir, j’ai envie de partir là-bas. Partir sans valise, partir sans mémoire. N’amener que les guenilles qui me tiennent vaguement chaud et le cœur fatigué qui s’acharne à battre encore.
Plus je serai loin de toi, plus la vie me paraîtra belle. Enfin, je crois. J’ai encore au bout des doigts la forme de ton épaule quand je la serrais doucement pour essayer de t’attirer contre moi. J’ai encore dans les yeux les reflets du soleil couchant sur ton visage de miel. Et dans mon sac à dos toutes ces lettres qu’on a échangé pendant des années. Comme un trésor de papier qui brillerait plus que des milliers de louis d’or. Je devrais songer à enterrer tout ça, à le laisser quelque part comme un témoignage de ce que tu as représenté pour moi. Pour qu’un jour quelqu’un me comprenne enfin et me plaigne…
Tu as une façon très étrange de traiter les hommes. Comme s’ils te faisaient peur. Moi j’ai cru connement t’avoir un peu amadouée. Tu venais fréquemment me voir dans ma cage, dans ma prison grise. Tu étais toujours du bon côté des barreaux, du côté de la liberté. Et moi dans le rôle du méchant, je comptais les jours qui me séparaient du franchissement de cette limite d’acier qui écartelait nos corps, qui empêchait nos émotions de naître avec toute la force que je lisais dans ton regard.
Pendant cinq ans, tu es venue toutes les semaines… Parfois plusieurs fois… Au début, tu venais pour ton frère mais ce con il a cherché à jouer avec la clôture électrifiée une nuit. Trois balles dans la peau sans sommation. Et puis tu es revenue pour moi, parce que je savais te parler de lui… Parce que j’avais déjà passé trois ans dans la même cellule… Parce que j’avais essayé de l’empêcher de faire cette connerie. Tes larmes ont fini par virer au sourire… Et Dieu qu’il était bon ce sourire par-delà la vitre de l’hygiaphone. Comme une porte ouverte sur demain, une promesse bleutée dans un univers noir.
Je suis sorti hier… et ta dernière lettre, reçue le matin même, a été pour me dire que tu ne viendrais pas m’attendre. J’avais cru… J’avais espéré… Ca m’avait aidé les nuits de déprime… Imaginer nos deux corps qui, enfin, peuvent s’étreindre, connaître au plus près les courbes de l’autre. Et là, soudain, ça ne voulait plus rien dire… Tout s’effondrait.
J’avais ton adresse. J’ai marché, pris un bus puis un train. J’ai galéré pour trouver ta rue sous un soleil de plomb. Et quand enfin, j’ai atteint le numéro 1486 du boulevard des vagues, je me suis heurté à une sorte de cerbère, les crocs en avant et les muscles chargés de dynamite.
J’ai jamais trop aimé les clebs… Et ceux qui gardaient la prison ont fini par me dégoûter à jamais de l’espèce canine. Bave et crocs menaçants… J’ai battu en retraite… C’est con quand même… Quand on avait braqué la banque avec ton frangin, j’avais pas tremblé… Mais là devant ton molosse et le bouton de ta sonnette tendu comme une promesse impossible, je me suis dégonflé.
Depuis je marche… Je marche et je rêve de bout du monde… Là-bas, je pourrais tout recommencer, montrer que je ne suis pas la brute inculte qui, peut-être, te faisait rêver de l’autre côté de la barrière mais que tu n’imaginais pas coucher dans ton lit. Là-bas, aux antipodes, quand le soleil descendra, je penserai à tes épaules qui me tournent le dos, à ton visage où brillent des larmes fragiles. Et rien ne pourra m’empêcher… Non, rien ne pourra m’empêcher de t’envoyer tous les mois un billet d’avion… Jusqu’à ce que tu effaces les fuseaux horaires et les océans…
Un jour viendra où à nouveau tu me rendras visite… où tu pousseras la petite porte du fond en me souriant. Un jour viendra à nouveau… Mais ma main sera libre de te saisir vraiment pour t’amener contre moi… Pour faire le dernier mètre… Celui que tu n’as pas osé faire… Celui que je n’ai pas voulu faire à ta place… Je prends de la distance mais ce n’est qu’une ruse. Pour te donner envie de revenir vers moi, toi ma visiteuse de présent.
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
 
La visiteuse
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» une visiteuse venue d'ailleurs ohhhh

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: