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 De John Maxwell Coetzee : Vers l'âge d'homme

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yugcib

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MessageSujet: De John Maxwell Coetzee : Vers l'âge d'homme   Mer 22 Juil 2015 - 22:42

John Maxwell Coetzee est un écrivain Sud Africain né le 9 février 1940 au Cap...
Un écrivain sans parti pris qui ne suit pas de courant idéologique ni de mode, et ne verse pas dans le manichéisme (opposition entre le bien et le mal)...
Le cadre historique et l'environnement où évoluent personnages et situations, n'apparaissent dans ses récits qu'en toile de fond et ne constituent pas l'élément fondamental ou principal... Et encore moins, la réflexion dialectique...
L'auteur transpose les problèmes qu'il traite, à la manière d'un artiste peintre composant un tableau. Mais un tableau réaliste, dont les images sont pures, dures et d'une cruelle ou tragique lucidité... Et en même temps l'on perçoit bien dans l'écriture de l'auteur, de la candeur et de la pudeur, et de la discrétion...
"Vers l'âge d'homme" c'est l'histoire d'un homme alors âgé de vingt à vingt-quatre ans (en fait l'auteur lui-même) pris dans les engrenages d'un système dont il est en même temps victime et complice... Un homme fébrile, questionnant et au destin particulier...

... Voici quelques extraits de "Vers l'âge d'homme"... qui ont particulièrement retenu mon attention :

..."La poésie ne consiste pas à lâcher la bonde aux émotions, mais à échapper à l'émotion", dit Eliot dans une phrase qu'il a recopiée dans son journal. "La poésie n'est pas l'expression de la personnalité, mais un moyen d'échapper à la personnalité". Puis après coup, Eliot ajoute amèrement : "Mais seuls ceux qui ont de la personnalité et des émotions savent ce que c'est que d'y échapper".
Il a horreur de déverser sur la page un simple flot d'émotions. Une fois ce flot lâché, il ne saurait comment l'arrêter. Cela serait comme si l'on sectionnait une artère et qu'on regarderait le sang jaillir et couler. La prose, heureusement, n'exige pas d'émotions : il faut lui reconnaître ça. La prose est comme une étendue d'eau calme et plate sur laquelle on peut tirer des bords à loisir, en laissant le dessin du sillage sur la surface.

... Danser n'a de sens que lorsque l'on peut l'interpréter comme symbole d'autre chose, fait que les gens préfèrent ne pas admettre. C'est l'autre chose qui est réelle : la danse n'est qu'un camouflage. Inviter une fille à danser, cela veut dire qu'on l'invite à coucher ; accepter l'invitation, cela veut dire qu'on accepte de coucher ; danser, c'est mimer l'acte sexuel, l'anticiper. Ces correspondances sont si évidentes qu'il s'étonne qu'on prenne même la peine de danser. Pourquoi tout le harnachement, pourquoi les mouvements rituels, pourquoi cette comédie ?

... Pourtant, avant de pouvoir oublier, il faudra qu'il sache quoi oublier ; avant d'en savoir moins, il faudra qu'il en sache plus. Où va-t-il trouver ce qu'il lui faut savoir? Il n'a aucune formation d'historien, et de toute façon ce qu'il cherche ne se trouvera pas dans les livres d'histoire, puisque cela appartient au quotidien banal, aussi banal que l'air qu'on respire. Où va-t-il trouver ce savoir ordinaire d'un monde disparu, un savoir trop humble pour même savoir que c'est un savoir ?

... Lui et Ganapathy sont les deux faces d'une même pièce : Ganapathy qui meurt de faim, non parcequ'il est coupé de sa mère patrie, l'Inde, mais parce qu'il ne mange pas comme il faut, parce que, malgré son diplôme de maîtrise en informatique, il ne sait rien des vitamines, des sels minéraux et autres acides aminés ; et lui, pris dans une fin de partie débilitante, où chaque coup l'accule davantage et le rapproche de la défaite. Un jour ou l'autre une ambulance va arriver devant l'immeuble de Ganapathy, et les ambulanciers le sortiront de son appartement sur une civière, avec un drap qui lui couvrira le visage. Quand ils seront venus chercher Ganapathy, ils n'auront plus qu'à venir le chercher aussi."


John Maxwell Coetzee a reçu pour l'ensemble de son oeuvre, le prix Nobel de littérature en 2003...
De tous les prix littéraires qui existent et sont chaque année décernés en France et dans le monde, le Nobel de littérature est le seul pour lequel j'ai, disons, "une certaine considération" (et qui pour moi a du sens)... Car il qualifie l'ensemble de l'oeuvre de l'écrivain, et non pas seulement, comme par exemple pour le prix Goncourt ou le prix Renaudot, un ouvrage de l'auteur...
D'ailleurs, il y a à mon sens, beaucoup trop de prix littéraires... Cela va des plus "prestigieux" (en fait des tous premiers qui ont existé dans le passé) jusqu'aux plus "impossibles" (comme par exemple ces si nombreux "petits prix" de diverses associations d'écriture ou clubs ou différentes sociétés d'édition et de littérature/poésie)...
C'est au salon du livre du Festival International de Géographie à Saint Dié dans les Vosges, que j'ai acheté ce livre "Vers l'âge d'homme", de JM Coetzee... J'avais déjà lu "Scènes de la vie d'un jeune garçon" ... Et après coup, ayant lu dans les deux jours qui suivirent le festival, "Vers l'âge d'homme", j'ai regretté de ne pas avoir aussi acheté les autres livres (dans la collection poche "Points") de JM Coetzee...
Je peux dire que "Vers l'âge d'homme" m'a vraiment bouleversé, marqué, et que tout ce qu' exprime l'auteur dans ce livre, rejoint d'une certaine manière le regard que je porte moi-même sur tout ce que j'observe des gens, du monde, des évènements, des situations... Tout cela, oui, n'est bien que "le fond général du tableau" (et non pas l'essentiel, et encore moins le "définitif" du tableau)... L'essentiel est dans ce qui ne se voit pas, dans ce qui n'est pas exprimé, dans ce qui se fait à l'intérieur d'un être, dans ce qui surgit sous la forme d'un questionnement (j'ai aimé toutes ces phrases en questionnement, dans le livre de JM Coetzee)...

... Quand on sait quel destin fut en réalité celui de JM Coetzee, (il poursuivit ses études, devint professeur de littérature américaine, écrivain et prix Nobel)... l'on peut en effet s'étonner de lire (dernière page de "vers l'âge d'homme") :

"Un jour ou l'autre une ambulance va arriver devant l'immeuble de Ganapathy, et les ambulanciers le sortiront de son appartement sur une civière, avec un drap qui lui couvrira le visage. Quand ils seront venus chercher Ganapathy, ils n'auront plus qu'à venir le chercher aussi."...

Phrase effectivement, d'une noirceur absolue... Car c'est ainsi que le "John" du livre, le personnage central, ("il") entrevoit son destin... (il vient de passer trois années en Angleterre, en jeune homme pris dans un système , un "ordre des choses", dont il est à la fois victime et complice... Et sans cependant s'être trouvé dans le dénuement, n'en a pas moins "mangé de la vache enragée" (surtout sur le plan relationnel et environnemental et moral) jusqu'au jour où il fut confronté au dénuement de son ami Ganapathy, un "exilé" comme lui (mais venu du continent Indien alors que lui, John, venait d'Afrique du Sud)...

Toute la "problématique" si je puis dire, d'une "vision pessimiste" et d'une lucidité aussi tragique... réside peut-être dans le questionnement sur la nécessité (comme dans l'instinct de survie) et sur la difficulté qu'il y a, à se libérer peu à peu, de cette "vision aussi pessimiste et aussi empreinte de réalité tragique"...

Il y a là, à mon sens, un pessimisme absolument "moteur" (et d'autant plus "moteur" qu'il se révèle soutenu par une forme d'humilité, de "remise en question de soi"... et, au fond, de cette lucidité pure et dure comme à l'intérieur d'un creuset avant le travail de l'alchimiste...
Il ne manquerait peut-être là, dans cette dernière phrase du livre, qu'une petite note d'humour (il y a déjà une petite note de dérision)... Mais, à bien "creuser" tout au long du livre, elle s'y trouve bel et bien, la petite note d'humour)...

... Un "très grand livre" donc, que "Vers l'âge d'homme" de JM Coetzee...
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MessageSujet: L'enfance de Jésus, de John Maxwell Coetze   Mer 22 Juil 2015 - 22:45

Le livre, tel que je le résume :

David, un jeune garçon âgé de cinq ans, et Simon, un homme d'environ 45 ans qui est le protecteur de David, arrivent d'on ne sait où après une longue traversée en bateau, dans un camp de "nouveaux arrivants", Belstar...
David sur le bateau durant la traversée, avait une lettre dans laquelle se trouvait le nom de sa mère, et qui disait d'où il venait, mais cette lettre a été perdue...
Au camp de Belstar, les Autorités attribuent au jeune garçon le nom de David et à l'homme le nom de Simon, et leur donnent une date de naissance en fonction de l'âge qu'ils paraissent avoir, David cinq ans, et Simon 45 ans. Ils apprennent l'Espagnol, la langue parlée dans le pays, et on leur dit qu'ils commencent une vie nouvelle, une vie dans laquelle les souvenirs sont "lavés"...
Simon et David quittent le camp, traversent un désert et parviennent à Novilla, une ville située au nord de Belstar, où ils sont accueillis et hébergés dans un Centre pour Nouveaux Arrivants. Les services publics de la ville leur fournissent un logement sans loyer dans "les barres Est", une allocation de 400 "réaux" et aident Simon à trouver un travail, un emploi de docker sur le quai numéro 2, là où l'on décharge des sacs de grains des cales des cargos.
Se sentant âgé, Simon craint de ne pas pouvoir exercer longtemps durant de longues journées, un travail aussi éreintant. Mais il y parvient, et Alvaro, le contre maître, devient son ami...
La grande préoccupation de Simon est de retrouver la mère de David, qui, selon lui, Simon, a dû elle aussi, comme tous les "nouveaux arrivants", passer par le camp de Belstar et peut-être parvenir à Novilla, puisque dans cette ville portuaire, et relativement importante, il y a du travail...
A la "Résidencia" un lieu où vivent des gens "prospères et policés", Simon rencontre Inès, une jeune femme d'une trentaine d'années, et, par "intuition" comme il dit, déclare qu'Inès est la mère naturelle de David. Simon confie David à Inès qui accepte de le prendre chez elle, mais suite à un désaccord avec Diégo, l'un des frères d'Inès ; Inès et David s'installent dans le petit logement de Simon, des "Barres Est", logement que cède Simon pour aller s'installer ailleurs, sous un abri de fortune le long des quais... Mais en fait, Simon vient souvent voir Inès et David et, à eux trois, ils forment comme une famille...
L'éducation de David pose problème : David ne veut en faire qu'à sa tête, il apprend à lire dans un livre "Don Quichotte", il écrit des signes et des traits à sa manière, déconcerte le Senior Léon son instituteur... L'administration veut l'envoyer dans un centre éducatif spécialisé qui ressemble à une prison ; Simon et Inès refusent et décident de partir ensemble avec David pour fuir les Autorités... Ils empruntent la voiture de Diégo, le frère d'Inès, traversent de nouveau un autre désert, mais un désert moins aride, suivant une route très longue qui mène au nord du pays...

Réflexion personnelle :

L'un des meilleurs livres, à mon avis, de John Maxwell Coetzee... Mais à la vérité, quels autres des livres de cet écrivain Sud Africain né au Cap en 1940, seraint "moins meilleurs" ?
L'on y retrouve ici, dans Une enfance de Jésus, la même densité, la même profondeur et richesse de pensée, peut-être ici accentuée, renforcée par un questionnement quasi permament tout au long du livre, un questionnement sur le sens, sur le "non sens" aussi, des choses, de l'existence, de la relation...
L'on y retrouve également, comme dans ses autres romans, les mêmes thèmes évoqués, à savoir tout ce qui tourne autour d'un malentendu, ce qui a trait au langage, à la filiation, à ce que l'on appelle "l'identité", à la détresse, à la solitude, à la fragilité de l'être, au destin, à la marginalité...
En somme ce roman Une enfance de Jésus, déposé en Août 2014, éditions du Seuil, en collection poche "Points" ; est "d'une très grande actualité"...
La Résidencia, les Barres Est et les camps, sont bien la représentation des trois types d'habitat -ou de lieux de vie- principaux, dans le monde d'aujourd'hui...
La Résidencia, avec ses lotissements de maisons individuelles des "zones rurales urbanisées" ou péri-urbaines, ses bâtiments entourés de carrés de verdure et d'arbres d'agrément, où l'on entre par une porte sécurisée avec un digicode, où vivent des gens "prospères et policés"...
Les Barres Est, qui sont ces bâtiments de type HLM où vivent des gens qui ont des emplois peu payés, ou se trouvent au chômage ou reçoivent des allocations, des aides sociales...
Les camps, où vivent les réfugiés, les gens "venus d'un pays en guerre", les "nouveaux arrivants" qui ont traversé des déserts et des mers, fuyant la misère, la famine, les fronts de guerre et les bombardements, les viols et le pillage ; et aussi les réfugiés des catastrophes climatiques... Soit dit en passant, ce sont les pays les plus limitrophes des zones de guerre et de combats, qui ont les camps les plus immenses, où s'entassent dans des conditions d'hygiène et de vie, sous des tentes, des abris de fortune, des dizaines de milliers de gens...
Si ces pays là, tels que le Liban, la Jordanie entre autres, arrivent à concevoir l'existence de ces camps sur leur territoire alors qu'ils n'ont pas les moyens matériels, l'argent nécessaire et les équipements qu'il faut... Alors comment se fait-il que dans la "riche Europe" on n' arrive qu'à concevoir que de tous petits camps en nombre limité pour n'accueillir que quelques uns de tous ces "nouveaux arrivants" ?

Extraits :

Chapitre 11 page 119 :

Rester décent et propre pose problème. Il se rend au gymnase dans les Barres Est pour se doucher ; il lave ses vêtements à la main et les fait sécher sur les cordes à linge des Barres Est. Il n'a aucun scrupule à le faire -après tout, il est encore sur la liste des résidents-, mais par prudence, et ne voulant pas tomber sur Inès, il ne vient qu'après la nuit tombée.

Chapitre 27, page 316 :

Le senior Daga me fait des cadeaux. Toi et Inès, vous ne me faites jamais de cadeaux.
Ce n'est pas vrai, mon garçon, pas vrai et pas gentil. Inès t'aime et s'occupe de toi, et moi aussi. Alors qu'au fond de son coeur, le senior Daga n'a aucun amour pour toi.
Si, il m'aime! Il veut que je vienne habiter avec lui! Il l'a dit à Inès et Inès me l'a dit.
Je suis sûr qu'elle ne le permettra jamais. Ta place est avec ta mère. C'est pour ça qu'on s'est battus tout ce temps. Le senior Daga peut t'éblouir, il peut te fasciner, mais, quand tu sera plus vieux, tu te rendras compte que les gens éblouissants et fascinants ne sont pas forcément des gens bien.

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MessageSujet: Re: De John Maxwell Coetzee : Vers l'âge d'homme   Ven 24 Juil 2015 - 9:30

La Résidencia (à la suite de "Une enfance de Jésus, de JM Coetzee)

Parmi les gens de la Résidencia, il en est certains d'entre eux qui, avant d'être à la Résidencia, ont été -un temps- au début de leur "vie active", dans les Barres Est voire même mais plus rarement, dans les camps... Ils ont par la force des choses bon gré ou mal gré... "adhéré au Système"... Et sont donc devenus "prospères" sinon "relativement à l'aise" et "policés", et se sont en quelque sorte "désolidarisés" des gens des Barres Est et des gens des camps... Ils disent d'ailleurs à propos des gens des camps : "les Cacalis", les "Romanichels", les "voleurs de poules"...
Cependant, et c'est là une vérité éternelle, éternelle et intemporelle, la bonté est de toutes les Résidencia, de toutes les Barres Est, de tous les camps... Mais la bonté est comme un drôle de gosse qui fait et dit des choses pas comme les autres ; qui, aux yeux des gens, de la plupart des gens de la Résidencia, des Barres Est, et des camps.. Est comme "une fille cacali juchée sur un vieux vélo avec des cartons à dessin sur son porte bagage", à la quelle on largue au passage, avec une certaine condescendance, un petit sourire...

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