Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Costaud ? Copies !!!

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Costaud ? Copies !!!   Mar 26 Jan 2016 - 16:40

Au moment où j’écris ces lignes, j’ai une bouillotte bien chaude dans le dos… Enfin, sur une partie bien précise de mon dos, ce qui rend jalouses les autres qui estiment en avoir besoin tout autant. C’est que dans tous les sens du terme, j’en ai plein le dos.
J’aimerais être aérien, être ailé de force et de courage comme l’était le divin Fausto Coppi avalant pour la première fois en 1952 les lacets non goudronnés de l’Alpe d’Huez. Las ! Je ne suis qu’une sorte de débris qui ne se sent même plus capable de prendre un stylo rouge pour se mettre à corriger… Par peur (panique) d’aggraver encore le mal… Pourtant, dès que l’état de ma musculature dorsale et des nerfs qui l’animent le permettra, dès que je me sentirai assez costaud, il faudra bien que je me penche à nouveau sur ces copies qui sont, je le crains, la cause principale de ces douleurs récurrentes (avec des dispositions héréditaires également, je ne vais pas m’exonérer de mes propres responsabilités).
Alors, question… Pourquoi les copies sont-elles cette plaie (ouverte) qui fait souffrir la majeure partie des professeurs, même ceux (et peut-être encore plus ceux) qui sont considérés comme les « meilleurs » ? On peut en effet s’étonner d’une telle unanimité dans la détestation de l’activité… Y aurait-il une arnaque à l’embauche ? Découvrirait-on trop tard un entrefilet, en arial 6 au bas de notre contrat professionnel, assurant que nous aurons des tas de copies à corriger durant toutes nos années d’enseignement ? Aurait-on omis d’évoquer la chose aux cours de l’année de stage suivant la réussite aux concours ?
Je crois qu’en fait, c’est une chose dont on ne prend pas véritablement conscience tout de suite. Quand on est élève (les réactions des miens, année après année, tendent à valider mon hypothèse), on ne pense qu’à SA copie, à celles de SA classe si on a l’esprit un peu plus attentif aux choses. Que le professeur ait plusieurs tas de copies à corriger, souvent en même temps, n’est pas une réalité qui frappe l’élève, voire l’étudiant. Ce n’est que lorsqu’on se retrouve avec trois ou quatre paquets sur son bureau et qu’on commence à savoir combien de temps on devra passer sur chaque copie qu’on prend véritablement la mesure du nombre d’heures qu’on va y passer. L’élève ne comprendra pas pourquoi il n’a pas sa copie corrigée dès le lendemain ; vous, vous saurez assez vite pourquoi vous ne pourrez pas la lui rendre avant une bonne semaine, voire deux.
Bouffeuse de temps, la copie est aussi terriblement destructrice au plan moral. C’est à travers elle que vous vérifiez ce que vos élèves ont appris, compris, su faire… Bref, vous auscultez tout autant la performance d’un élève donné que la vôtre. Que deux ou trois élèves de suite fassent la même erreur et vous vous direz que vous avez raté un truc dans votre explication. Que deux ou trois élèves peinent à présenter correctement le document et vous vous reprocherez d’être passé un peu vite sur cette étape, la dernière fois en cours… Ce n’est pas tant qu’on cherche à excuser les erreurs des élèves mais on cherche à les comprendre, à les expliquer (spéciale dédicace à notre Premier Ministre pour la nuance), pour améliorer son travail… Pour ne plus retrouver de telles erreurs, de tels problèmes, dans les futures copies. Enfin, bon, ça c’est bien sûr pour ceux qui donnent à la correction de copies une autre finalité que la seule détermination d’une note, royalement irrévocable et d’une pertinence forgée aux certitudes bien établies de celui/celle qui la décerne (je reste personnellement effaré de voir à quel point la notion de docimologie est inconnue de la majorité de mes collègues… alors que le correcteur orthographique de Word, lui, connait le mot… ce qui est rare dans le domaine de la pédagogie). Quand on part du principe bien arrêté que l’erreur de l’élève n’est explicable que par un travail insuffisant, les choses sont évidemment un peu plus faciles à digérer.
Dans mon cas, corriger des copies revient à essayer de saisir le comment du pourquoi, à chercher de nouvelles stratégies pour bien faire comprendre telle méthode ou telle notion. Si plusieurs élèves ont failli, c’est que mon enseignement a failli (surtout si, quand vous connaissez vos ouailles, vous constatez que parmi les « incomprenants » se trouvent des élèves du tiers supérieur en matière de résultats). Je couvre donc les copies de rouge mais également une feuille où je note remarques, idées, références de réponses à problème pouvant servir à faire faire un travail actif durant la correction ou après celle-ci. Cela rajoute donc encore au temps global de correction. Après, bien sûr, à tête reposée (si tant est que la tête se repose jamais), on se rend compte que telle idée est inapplicable, que telle erreur est surtout due à un manque de maîtrise du vocabulaire de base, que telle méthode n’est pas acquise parce qu’on n’en connait tout simplement pas l’alpha et l’oméga.
Mais pendant que vous corrigez, d’autres petites voix vous causent à l’oreille come pour parasiter celle qui vous conduit à traquer le progrès de l’élève, la faute incongrue ou l’idée devant permettre d’améliorer le tout la fois d’après. Il y en a une parfaitement sournoise qui vous susurre que vous faites tout cela pour rien… puisque vous savez bien que l’élève ne regardera que sa note (et le détail des points si vous l’indiquez), éventuellement l’appréciation et survolera toutes les indications en marge. D’ailleurs, vous rappelle-t-elle, « La dernière fois que tu as fait un exercice de correction d’une copie virtuelle, qu’as-tu constaté ?... Qu’ils pensent d’abord à mettre une note et que leur appréciation dépasse rarement les quatre-cinq mots ! Bref, ils reproduisent ce qu’ils trouvent le plus souvent sur leurs copies ! Arrête donc de faire le guignol avec tes grilles de correction, tes symboles graphiques qui permettent de visualiser la fréquente des erreurs et des appréciations de dix lignes !… ». Soyons honnête, on n’y échappe pas et il faut avoir la conscience professionnelle bien chevillée au corps pour ne pas se laisser aller à mettre une note un peu rapidement puisqu’on a déjà compris au bout de quelques phrases à quoi le travail allait ressembler. J’ai toujours été estomaqué par ces élèves qui vous expliquent qu’avec monsieur Machin, ils ont eu 12 ou 13 toute l’année ; jamais une autre note ! Cela donne furieusement à penser…
Autre petite voix, celle qui vous interpelle sur le fait que ce sont toujours les mêmes erreurs, année après année. Que vous ne pourrez jamais rien changer, que c’est toujours pareil (quand la petite voix ne vous dit pas que c’est de pire en pire). Ben, oui, quand les élèves s’améliorent vraiment, vous le voyez rarement sur les copies d’une même année parce que cela est rarement spectaculaire. Donc, vous vous engluez dans ce sentiment d’une implacable incapacité à les faire progresser. Bien sûr, de temps en temps, il y a l’élève qui se débloque et qui passe de 7 à 14 (j’ai fait ça en Anglais en Terminale… Le prof a cru… que j’avais triché… Sympa…). Mais là encore, vous allez prendre du recul par rapport à la satisfaction enregistrée : « Oui, lui, il progresse… mais pas les autres ». Voilà pourquoi, corriger des copies est si déprimant. On y cherche des progrès qu’on ne constate pas…
Et comme votre oreille est aussi assaillie de murmures que celle de Jeanne d’Arc gardant ses moutons, vous avez également la désagréable petite voix (qui forcit avec le temps) qui vient pointer l’inanité de vos efforts face à la concurrence du monde ambiant. Vous avez bien démonté le fait que la Révolution ce n’est pas LE 14 juillet 1789, les élèves se sont étonnés, ont demandé des explications, ont eu besoin d’être convaincus. Voua avez vérifié ensuite que c’était compris, posant incidemment une question pour les faire réagir. Et paf ! Vous constatez, dans la copie, que la représentation collective a repris le dessus : 14 juillet = Révolution ! Vous aurez beau faire, la Première Guerre mondiale s’arrêtera en 1918, la Chine et le Japon ce sera pareil, on confondra allègrement métropole, mégapole et mégalopole… Et vous aurez cette tentation, qui vous rendra amer, de bâcler pour ne pas laisser un gros bout de votre âme dans ce travail de longue haleine.
Alors bien sûr, il y aura les perles… Mais les perles, montées en collier, en sautoir ou en tweets, ce n’est qu’une forme de délocalisation du problème. On le refile aux autres avec l’attente de réponses apaisantes allant de « pfff » à « quels cons ces élèves ! » en passant par « ils laissent passer n’importe qui maintenant au lycée ». On s’échange des certitudes rassurantes mais qui ne change rien au problème. Il y en a encore pour… 3 heures, 4 heures, 6 heures… Le tas ne diminue pas… ou pas vite… Et on compte déjà combien on va en récupérer la semaine prochaine. On essaye de planifier les corrections, tout en sachant que, si la vie ne se charge pas de désorganiser vos beaux plans, vous serez le premier à le faire pour de très bonnes raisons. Sauvegarder votre équilibre psychique. Ou votre dos…
En fait, depuis longtemps, je milite pour une idée qui pourrait résoudre une partie des états d’âme… Mais une idée qui ne séduit personne, tant elle expose à mettre à nu son propre enseignement devant un collègue : ne jamais corriger ses propres élèves. Alors peut-être que, tel Fausto Coppi dans l’Alpe d’Huez, on pourrait s’envoler, fort, léger et aérien…

Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
Tryskel
Miserere mei
avatar

Nombre de messages : 9740
Age : 69
Localisation : A l'Ouest d'Avalon
Date d'inscription : 25/09/2007

MessageSujet: Re: Costaud ? Copies !!!   Mer 27 Jan 2016 - 14:55

Mère Trisquelle qui a beaucoup souffert sur des copies vous comprend et vous accorde toute sa sympathie Messire le Correcteur! Quelle corvée pour qui ne note pas à la ligne ou ne saque pas si l'élève n'a pas reproduit sa parole d'évangile!

Ne pas corriger ses propres élèves, nous le faisions lors des devoirs communs ou des examens blancs, et régulièrement, un collègue outré venait t'engueuler parce que tu avais été trop sévère, ou trop indulgent. je me souviens d'une collègue qui m'a accusé d'avoir "traumatisé" un de ses élèves, le cher petit ayant affirmé que ce sont les russes qui ont occupé la France pendant la 2ème GM, et n'ayant péniblement écrit que quelques lignes sans valeur pour la question de géographie, j'avais mis 01...
Comme on dit "ça paye le papier et l'encre", ben j'étais trop sévère! mdr J'ai répondu qu'elle n'avait qu'à m'envoyer le "traumatisé" pour qu'on s'explique, et que ça questionnait quand même un peu sur sa façon de faire les cours, et/ou sur la présence physique ou mentale de l'élève en question...
Jamais vu le traumatisé, et va savoir pourquoi, la collègue m'a fait plus ou moins la gueule à partir de ce moment! AngeR
Même réaction, un peu moins virulente mais tout aussi perturbée si tu te montres trop "indulgent" selon le prof habituel... Sans compter les collègues qui ayant (à tort ou à raison) une dent contre toi, se vengent en saquant tes élèves.
J'ai travaillé dernièrement avec une de mes élèves sur le commentaire d'un passage des "Liaisons Dangereuses", incontournable depuis des décennies, et toujours aussi chiant! Travail partagé, je fais pas le boulot des élèves, et ben, la prof a mis 09, en lui disant qu'elle est "brillante" mais qu'elle ne pouvait pas mettre plus parce qu'elle n'était pas d'accord avec son analyse! Or, on doit être capable d'apprécier une réflexion, si elle est pertinente et bien construite, même si on ne la partage pas! J'ajoute qu'après coup, (et avant de connaître sa note) j'ai eu des doutes, est ce que je ne l'avais pas fourvoyée, est ce qu'il ne fallait pas tout reprendre par un autre bout? Bref, ce questionnement permanent qui doit être le notre!

Nous savons que la parole du prof n'est plus la seule, ni la mieux écoutée, que l'immédiat est la règle alors qu'un travail demande réflexion sur ce que nous savons, que pour les élèves (et les parents, et la hiérarchie qui pensent "résultats") seule au final compte la note, au point qu'ils ne cherchent même plus à savoir comment en obtenir "bonne" autrement qu'en appliquant quelques "trucs". Parce que les "résultats" vont s'additionner et déterminer le "passage" au moins à partir de la Première parce qu'il y a exams et dossiers à constituer pour l'après BAC, donc une sanction alors qu'ils sont passés quasi automatiquement depuis la 6ème (si ce n'est avant).
Nous savons que les programmes sont absurdes, en français particulièrement, Molière "Ne fait pas rire", c'est quasi de l'hébreu, mais les textes plus contemporains ne passent pas mieux! Qu'ils perdent les repères chronologiques, et qu'ils se noient dans le flux d'une géographie mondialisée...
Nous avons qu'à part quelques spécimens qui deviennent de plus en plus rares, ils veulent surtout en faire le moins possible, parce que la société ne récompense plus le travail...

De tout coeur avec toi... écrit
Revenir en haut Aller en bas
 
Costaud ? Copies !!!
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Une tonne de copies
» Copies etrangeres des Norev Micros Transporteur autos de Hong Kong
» Copies ou authentiques?
» Honda c'est du costaud!
» Petit mais costaud ! ^^

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: