Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 A l'impossible les mules sont tenues...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8144
Age : 53
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: A l'impossible les mules sont tenues...   Sam 27 Mai 2017 - 16:11

L’arrivée d’un nouveau ministre de l’Education, quand bien même celui-ci va partout pour dire qu’il ne veut pas faire de loi à son nom, est synonyme de réorientation de la politique éducative dans le pays. D’aucuns ont réclamé, avec justesse, qu’il soit laissé du temps pour vérifier l’efficacité des actions mises en œuvre au cours des dernières années (comme le fameux principe du Plus de maîtres que de classes). Une telle attente a bien sûr suscité des réactions du côté de ceux qui estiment que la précédente ministre n’a rien fait de bon, soit qu’ils pensent qu’elle a conduit l’Ecole vers des pratiques managériales indignes, soit qu’ils estiment que ce n’est pas allé assez loin dans cette direction.
Mais bon, si on essaye de faire un pas de côté – le fameux pas de côté de l’historien -, que voit-on ?
Dans les faits, tout le monde – au moins dans les discours - assigne à l’enseignant les mêmes priorités : donner à l’élève les bases indispensables pour toute étude et vie sociale futures, à savoir les fameux fondamentaux ; lui donner une culture lui permettant de comprendre le monde dans lequel il vit (et, pour certains, de bien aimer surtout son pays) ; en faire un bon citoyen, « éthique et responsable » comme on dit dans l’Education nationale pour les futurs enseignants (ce qu’on oublie visiblement de recommandr aux futurs hommes et femmes politiques). On a donc 13 ans (en gros la durée de la scolarité obligatoire) pour parvenir à ça. Treize années et, à la louche, une petite quarantaine de maîtres, profs des écoles et puis du secondaire. Voilà des chiffres qui feront peut-être parler. Quoi ? Autant de personnes mobilisées pour des résultats si maigres : mauvais classements aux enquêtes PISA ; sentiment (médiatiquement affirmé mais sans que cela repose sur des faits avérés) que les jeunes n’aiment pas leur pays ; perte du sens de la chronologie (là encore, sentiment mesuré au doigt mouillé) ; façon de parler et d’écrire très éloignée des classiques littéraires etc…
Mais qui se pose vraiment la bonne question qui vaille (en dehors de moi, je veux dire) ?
Si on demande à Superman de sauver dix groupes de personnes en danger un peu partout dans le monde, il peut le faire parce qu’il est Superman. Si on demande à un prof de faire passer à cinq classes de 35 élèves tout le contenu du programme de l’année plus les méthodes associées tout en veillant à ce que l’élève communique de manière parfaitement efficace à l’écrit comme à l’oral, ben là on se rend compte qu’il n’est pas Superman… Et plus on avance dans la scolarité, plus la possibilité de parvenir à remplir cette mission impossible (vous remarquerez que Tom Cruise a choisi de faire l’acteur plutôt que de passer un CAPES) s’affaiblit. Il nous faut reconnaître avec effroi que nous ne sommes que des personnes seulement aptes à faire le moins mal possible. Nos ambitions peuvent être élevées, elles n’en seront que plus déraisonnables. Même si nous avons des discours de façade dans les conseils de classe, les réunions parents-professeurs ou dans les repas de famille, nous ne sommes pas dupes : même en y mettant tout notre cœur, notre âme et nos compétences, nous ne pouvons pas « sauver » tout le monde. Nous échouerons pour une partie des élèves qui nous sont confiés et ce pour de nombreuses raisons qui nous dépassent : de la lourdeur des programmes au manque de bases de certains jeunes, de l’inadaptation des locaux et du matériel disponibles à la pression démesurée d’une administration. Nous échouerons d’autant plus que nous aurons laissé s’instaurer cette idée que le résultat final, proclamé par les textes et intériorisé par les médias et l’opinion, est atteignable. Et parce que nous aurons cette pression permanente, nous nous épuiserons à chercher à l’atteindre, nous reprochant vertement de ne pas y parvenir, sombrant pour certains dans des phases de dépression plus ou moins forte… ou nous disputant sans aménité aucune sur les stratégies à employer pour réussir (et faire réussir).
Nous voici donc, année après année, conduisant notre troupeau vers le sommet d’une colline en sachant fort bien que seuls quelques éléments y parviendront, mais refusant le plus souvent de l’admettre publiquement. Nos buts sont louables et je n’ai aucune envie de les minorer : chaque petit quelque chose qui passa dans une heure de cours est un petit quelque chose utile et qui valait les efforts consentis. Il reste qu’i faudrait que la vanité des espoirs d’une réussite totale (serait-elle d’ailleurs « bonne » et bien vécue par la société ?) soit plus souvent rappelée. Sous peine de conduire à terme à une explosion bien plus destructrice que celles des ambitions déçues.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
Tryskel
Miserere mei
avatar

Nombre de messages : 9703
Age : 69
Localisation : A l'Ouest d'Avalon
Date d'inscription : 25/09/2007

MessageSujet: Re: A l'impossible les mules sont tenues...   Dim 28 Mai 2017 - 13:54

Lu et approuvé!

C'est quoi une réussite "totale"? Quels sont les "objectifs", qui changent avec chaque ministre? Quelles sont les attentes de la "société" laquelle est multiple? Je ne parle pas des attentes des élèves, ils passent et sauf quelques produits de "l'élite" qui visent les "Grandes Ecoles" n'ont guère de desseins tracés.

La réussite "totale" ce serait peut être que chaque jeune passant par l'école y trouve sa "voie", découvre ce qui lui convient, ce qu'il a envie de faire. Pousser tout le monde vers le Bac et le supérieur est une connerie doublée d'une imposture, dangereuse pour l'équilibre de la société parce que ça créé des attentes qu'on ne peut remplir, des espoirs déçus, des exigences; par ailleurs mal définies et variables; que les enseignants ne peuvent satisfaire, coincés qu'ils sont entre les demandes (elles aussi variables) de leur hiérarchie, des parents, des employeurs potentiels, et des élèves quand ils en ont!

Rappeler la "vanité des espoirs d'une réussite totale" serait certes salutaire, mais tu sais très bien comment ça serait interprété: trahison, défaitisme, mépris des élèves etc. On entretient une illusion, quoi qu'on pense de PISA par ailleurs, il a eu au moins le mérite de révéler une part de l'imposture française, une école profondément inégalitaire qui fait comme si, et sélectionne férocement sous couvert du "tous peuvent réussir". Alors peut être, encore que certains n'en ont rien à cirer, mais de quelle "réussite" parle t-on? Et au bout du compte, le fautif, c'est l'enseignant Bouc Emissaire idéal des frustrations...

Bien du plaisir avec le nouveau ministre, à moins que... ce gouvernement ne soit que provisoire en attendant des législatives aux résultats fort incertains.
Revenir en haut Aller en bas
 
A l'impossible les mules sont tenues...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [RESOLU] MMS piece jointes, ou sont elles ???
» [Paramount] Mission Impossible - Protocole Fantôme (2011)
» [INFO]Où sont stockés les cookies dans Opera ?
» Des petites tenues pour faire de jolis rêves.....
» L'amour et la haine sont-ils liés?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Présentation & Débats :: Paroles et débats :: Coup de Gueule!-
Sauter vers: