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 Chinoiseries

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MBS

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MessageSujet: Chinoiseries   Dim 25 Juin 2017 - 20:41

La Chine est à la mode. Quand Xi Jinping ne va pas se faire remarquer dans le temple du capitalisme libéral qu’est le Forum de Davos, quand le même ne se propose pas de prendre la tête de la défense des accords de Paris contre l’irresponsable Trump, c’est l’Education Nationale en France qui met l’Empire du Milieu et ses descendants au programme du Bac. Déjà tombée il y a deux ans, la Chine est revenue en force cette année. Sujet de compo pour le concours de métropole dans les trois séries générales, plus dans quelques autres centres d’examens dispersés dans le monde. Pendant ce temps, on attend toujours que les Etats-Unis tombent en géographie… Signe des temps…
Or donc, me voilà confronté à une flopée de compositions supposées présenter au lecteur que je suis, théoriquement niais et innocent, l’évolution des relations entre la Chine et le monde depuis 1949. Sujet classique (puisque défini, via eduscol, comme étant un des deux sujets de composition pouvant tomber sur ledit chapitre), moins repoussant à bien y réfléchir que le fameux « Socialisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1945 », il a été on s’en doute bien accueilli par beaucoup de lycéens… Et ce pour une raison assez banale, il y a de bonnes chances que ce sujet ait déjà été révisé, voire traité, au moment du Bac blanc.
Inscrit dans un chapitre très lourd d’apparence, puisqu’infaisable si on le prenait au pied de la lettre, intitulé « Puissances et conflits dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale », ce sujet pose cependant un véritable problème lorsqu’on l’aborde avec des lycéens de Terminales. A quel moment, dans leur scolarité, ont-ils abordé l’histoire de la Chine ?… En 6ème ? En Seconde ?… Ce sont les deux moments où la chose est possible, mais est loin d’être assurée… Et, de toutes façons, il s’agit de périodes anciennes ; de la Chine récente, ils ne savent rien et, on s’en rend compte assez vite, même le nom de Mao est pour eux quelque chose de peu parlant. Nous voilà donc partant de zéro – ou pas loin – pour aborder, en 3 heures, les chemins de la puissance chinoise.
Trois heures ?! Quatre, si vous comptez une évaluation… Vous vous rendez compte ?!… C’est un peu comme parler du temps qu’il faut à une voiture de sport pour passer de 0 à 100 km/h. Un temps réduit pour réaliser une vraie performance. Si on estime à deux heures le temps à consacrer à la réalisation de la composition tombée cette année, cela veut dire faire entrer les 2/3 d’un cours, dont on peut espérer qu’il n’a pas été que magistral et a vu quelques activités l’égayer, dans une copie à petits carreaux. Tous les gens qui pensent qu’on donne le Bac devraient peut-être mettre leur « vaste » culture à cette épreuve du « je ne sais rien mais dans six mois, il faudra que je puisse en causer pendant deux heures tout en ayant appris aussi plein de choses nouvelles en maths, anglais, sciences éco, géographie etc… ». Ca calme, non ?
Je peux vous avouer que, du moins pour mon jury, la chose ne semble poser aucun problème. Ce sont sans aucun doute des élèves de lycées prestigieux de centre-ville qui ont deux ou trois cerveaux, fait quatre fois le tour de la planète depuis leurs naissance et regardent Arte tout en jouant sur leur Playstation… Ou alors, ils ont de super profs… Parce que, franchement, arriver à savoir autant de choses sur la Chine depuis 1949, moi ça me laisse pantois… Et, pour tout dire, cela m’effraie un peu… Non, pas un peu… Beaucoup… Vous savez, vous, quel pays a décidé de suivre la volonté chinoise à la conférence de Bandung en 1955 ? Vous avez déjà entendu parler du « programme commun » de Mao après sa prise du pouvoir ? Vous seriez capables d’expliquer ce qu’a été la campagne des Cent fleurs en 1957 ou, tiens, plus facile, de préciser le rôle de Zhou Enlaï dans la remise en ordre du pays après l’échec du Grand Bond en avant ? Et ne me dites pas que, sans réfléchir, vous ne pouvez pas donner le nom chinois de l’équivalent du goulag ?
Alors, je vais jouer cartes sur table. 80 % de ces choses-là, je ne les ai jamais croisées. Jamais au grand jamais… Je ne suis pas un sinophile distingué, je le reconnais, mais pour écrire mes deux bouquins d’aide aux élèves de Terminales l’année dernière, j’ai quand même fait deux-trois lectures (chez Alain Roux, notamment), ces choses-là ne me disent rien (sauf les Cent fleurs et, dans une moindre mesure, Zhou Enlaï). Ce sont donc des élèves de TS qui n’ont eu que trois-quatre heures de cours sur la question (si on se fie aux textes) qui viennent apprendre des choses au professeur agrégé d’Histoire-Géographie, formateur, ayant 30 ans de bons et loyaux services et une bibliothèque de plus de 900 bouquins ?
Gné ?!…
Et, pour tout dire, j’ai tenté sur des collègues (merci Caroline, merci Sandra…), c’est pareil… Et pour tout dire (again), je ne vous parle pas d’autres trucs aussi précis que ceux cités. On est à des années-lumière de ce que les textes disent qu’un élève de Terminale S doit avoir maîtrisé pour le Bac. Alors j’entends déjà certains récriminer : « Mais enfin, c’est quoi ces remarques ?! Il faudrait donc se contenter d’un enseignement au rabais, ne plus apprendre que quelques bricoles sous prétexte de donner des chances égales à tous ? C’est encore une idée des pédagogistes… ». Allez, je suis sûr que vous les entendez vous aussi, ou bien, et pourquoi pas ?, que vous les pensez.
Sauf que…
Sauf que ça me rappelle furieusement cette « tutrice » d’un grand lycée toulousain disant à un stagiaire qu’il aurait dû relire Soboul pour préparer son cours de Seconde… Non mais franchement !… Soboul !… Et Furet, et Godechot, et Jaurès tant qu’elle y était ?…
Sauf que ce cours que j’ai l’impression de relire en plusieurs exemplaires autocarbonnés, il ne cadre pas vraiment avec les consignes de correction. Plan en deux parties : la Chine de Mao, la Chine de Deng Xiaoping… Oui, oui, tout ce qui est après 1978, c’est la Chine de Deng Xiaoping et ne cherchez pas de toutes manières à savoir si ça va vraiment jusqu’à nous… La première partie fait trois ou quatre pages, la seconde un peu plus d’une (par manque de temps ou parce que plaisir de l’enseignant à parler, enfin, d’un sujet qu’il affectionne ? Mao Zedong…). Des limites de la puissance chinoise, pouvant constituer la troisième partie selon les consignes nationales de correction, il ne sera pas question sauf de manière elliptique en conclusion.
Sauf que l’introduction raconte sur vingt lignes l’histoire de la Chine du début de la guerre civile à la proclamation de 1949 et bascule soudain, sans grande logique, sur la problématique de l’évolution du pays depuis cette date.
Sauf que la première partie (sur Mao) évoque surtout des questions de politique intérieure chinoise (et de manière détournée parfois certains faits internationaux… Bandung oui… La participation de la Chine dans la guerre de Corée ou l’aide au Vietminh non). Est-ce que le/la prof n’en a pas parlé ? On peut en douter (la preuve, dans les excellentes copies, ça y est…) ; c’est juste que dans cette masse d’informations, les élèves ont pioché (faute de temps) dans ce qui les avait le plus marqué. Et il faut croire que la Tanzanie qui suit la Chine à Bandung, c’est plus marquant que d’expliquer précisément ce qu’était cette conférence et le destin ultérieur du non-alignement.
Sauf que la seconde partie ne cause que d’économie au sens large. Ah, ça, on le sait que la Chine va devenir l’atelier du monde ! La seule note politico-diplomatique, venant un peu étoffer l’idée de puissance, qui est au cœur de la question quand même, c’est l’entrée de la Chine à l’ONU… qui ne se produit pas du tout après 1978 mais avant (gros fail chronologique !). Ah pardon ! Dans les très très bonnes copies, il est question des deux « Printemps de Pékin »… Oui, deux… Comment ? Vous ne connaissiez pas celui de 1979 ?…
Sauf que… gloups !… Ce prof/cette prof va peut-être corriger « mes » élèves. Mes élèves qui ont trouvé, même les meilleurs, qu’il y avait trop de choses dans mes cours, qu’ils ne pouvaient pas tout mémoriser. Alors que j’étais dans un juste dosage (à mon sens, évidemment) entre ce que je sais et ce qu’un élève de 17 ans peut retenir sur un sujet dont il ne connaissait rien 3 heures de cours avant. Alors que la version difficile à avaler était la version « enrichie », « boostée », du cours rédigé mis en ligne. Dites-moi comment, même de super bons élèves, peuvent emmagasiner autant d’infos sur la Chine ? Dites-moi surtout ce que le correcteur/la correctrice va penser de mes élèves et comment il/elle va les noter ?… Qui sait c’est peut-être la même personne qui, lorsque l’Histoire-Géo a été en option en série S, demandait à tous les candidats d’un jury de leur donner le nom des présidents des Etats-Unis pendant la guerre froide ?… Dans l’ordre évidemment !…
Je ne sais pas vous, mais moi cela me met terriblement mal à l’aise. Parce que je pense à ce que me dit une ancienne stagiaire qui corrige des copies ariégeoises où il n’y a rien. Rien de construit, rien d’exact, où tout se mélange et se confond dans cette Chine depuis 1949. Il est où ce beau Bac égalitaire qu’on nous vend chaque année ? Elles sont vraiment égales les chances du petit lycéen ariégeois et celles du lycéen de centre-ville toulousain ? Egales pendant l’année lorsque les cours sont faits et – on l’espère – expliqués ? Egales lorsque la fin juin venue, on corrige les copies de l’examen ?
Terriblement mal à l’aise… Parce que derrière la reproduction mécanique d’un cours, par ailleurs imparfait et se moquant semble-t-il des indications sur les programmes, se cache –même pas bien d’ailleurs – une reproduction sociale contre laquelle nous ne pouvons finalement pas grand-chose. Visiblement, c’est nous qui nous adaptons à nos élèves et pas l’inverse. Loi de l’offre et de la demande en quelque sorte. Une vague éducation nationale socialiste de marché qui fracture. Comme l’autre. Celle qui permet à des Chinois de se faire construire aujourd’hui une réplique du château de Versailles dans leur parc. Oui, oui, vous avez bien compris. C’était aussi dans ces copies…
Make China great again !…

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MessageSujet: Re: Chinoiseries   Lun 26 Juin 2017 - 16:24


" Terriblement mal à l’aise… Parce que derrière la reproduction mécanique d’un cours, par ailleurs imparfait et se moquant semble-t-il des indications sur les programmes, se cache –même pas bien d’ailleurs – une reproduction sociale contre laquelle nous ne pouvons finalement pas grand-chose. Visiblement, c’est nous qui nous adaptons à nos élèves et pas l’inverse. Loi de l’offre et de la demande en quelque sorte. Une vague éducation nationale socialiste de marché qui fracture. Comme l’autre. Celle qui permet à des Chinois de se faire construire aujourd’hui une réplique du château de Versailles dans leur parc. Oui, oui, vous avez bien compris. C’était aussi dans ces copies…"

Mère Trisquelle est contente! Contente de ne pas être la seule à galérer pour intégrer un chapitre avec lequel elle n'est pas très à l'aise par méconnaissance du sujet, avant de le servir en cours. ce qui fait qu'elle savait pour les Cent Fleurs (mais pas pour le Versailles chinois AngeR ). Elle a axé le cours (en 2heures) sur la Chine maoïste, avec définition du Grand Bond en avant et de la Révolution Culturelle, que les élèves connaissaient mais sans plus avec tendance à les confondre, le rôle de la Chine pendant la Guerre Froide (laquelle est une toile de fond à ne jamais perdre de vue même si le sujet ne la mentionne pas), son rôle auprès des "Non Alignés" qui ont du finir peu ou prou par s'aligner... Et l'après Mao, en insistant sur le fait que la Chine est un pays très ancien, avec une forte tradition marchande, une civilisation solide (ce qui explique en grande partie l'échec de la colonisation), son antagonisme non moins ancien avec le Japon, et sa place actuelle tant économique que politique, son impérialisme notamment en mer de Chine et les inquiétudes que son comportement suscite... Ca lui a pris du temps, et ça lui a beaucoup appris!

C'était face à des candidats à Sciences Po, dont l'une apprend le chinois et bien sûr est déjà allée en Chine! La prépa Sciences Po, c'est 3000€ pour l'année, ça filtre!
Contente et même plus de voir reconnue cette reproduction sociale qu'elle ne cesse de dénoncer! Et que l'institution, tout en l'entretenant, refuse d'admettre.
Mais là, ce n'est pas du ressort des profs, enfin, pas complétement. car j'ai pu constater que les élèves même "moyens" sont capables de recevoir un enseignement de "haut" niveau, entre guillemets "haut" parce que c'est pas exactement le terme adéquat, mais j'en ai pas d'autres sous le clavier. Suffit de pas les considérer au départ comme médiocre, ou moyens, de pas postuler a priori qu'ils "ne comprendront pas" parce que c'est trop difficile pour eux. J'ai réussi à faire passer le Moyen Orient "compliqué" auprès de terminales tout à fait "ordinaires", en créant un lexique des termes (ayatholas, molas, imam... les différents groupes terroristes, et en distinguant bien le conflit israélo/ arabe des conflits plus récents liés aux "Printemps " et à l'intervention américaine en Irak, beaucoup de boulot en amont, je n'ai pas "simplifié", j'ai éclairci... Il n'est évidement pas question de planer dans les très hautes sphères dignes d'un 3ème cycle d'université, juste dire juste et clair.
L'Education Nationale pourrait (ce serait vraiment pas facile mais c'est possible) cesser d'entretenir les lycées rolls de centre ville auxquels va tout le meilleur des élèves, des profs, du matériel... aux dépends des périphériques qui sont même en ville (très géographique ça AngeR ). Mais l'EN n'est pas (revoir les premiers articles de "Pourquoi l'Ecole") là pour réformer la société, elle la reproduit, le peuple a voulu que ses rejetons accèdent au secondaire, puis au supérieur? Refuser ouvertement aurait provoqué des émeutes, alors, on laisse passer, mais en filtrant pour que les élites continuent à s'auto reproduire en barrant de façon sournoise mais fort efficace le passage à la masse!
Mère Trisquelle comprend les scrupules et inquiétudes de Messire l'Auteur...

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