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 Cake News

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MBS

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MessageSujet: Cake News   Lun 28 Aoû 2017 - 23:37

A 11h43, vendredi 1er septembre, l’école Arthur Schopenhauer de Fliquesheim-le-Haut dans le département du Rhin-Moyen apprend que l’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire pour les non-intimes) de la classe de CP-CM2 de madame Odile Ringenbershauer n’est pas reconduite. Le directeur, monsieur Durand, étranger notoirement connu dans la commune pour son refus de sacrifier au rite païen de la tarte flambée, est immédiatement suspecté d’avoir œuvré auprès des services compétents pour bien se faire voir rue de Grenelle. A 11h46, madame Odile Ringenbershauer, poussée à bout par les dénégations en patois francilien de monsieur Durant, se saisit du pot de fleur offert à la précédente sortie de juin le 5 juillet et l’écrase sur la tête puis sur le gros orteil de son directeur, collègue et néanmoins pas ami.
Il est 12h03 lorsque le gendarme Ripiloffen descend de son estafette de location pour intervenir sur les lieux de la baston. Courageusement, monsieur Durand s’est retranché dans l’armoire à tablettes informatiques, fort heureusement vide, des CM1 et repousse avec vaillance et circonspection les assauts des trois maîtresses, comme dirait le ministre, dont une de sexe masculin. Constatant qu’il a dépassé de trois minutes la fin de son service, le gendarme Ripiloffen se contente d’une admonestation générale que n’aurait pas renié Charlemagne dans ses grands jours et se retire vers l’auberge de la mère Bertha pour prendre l’apéro de midi cinq.
Soudain, à l’intérieur de l’école Arthur Schopenhauer, c’est le drame. Alors qu’il tentait une sortie pour se placer sous la protection bienveillante, et pas encore zigzagante, du pandore assoiffé, monsieur Durand a glissé sur un reste d’encaustique à la cire d’abeille protégée abandonné là par Josette Grilledugarden, employée communale, chargée du nettoyage des classes avant la rentrée. Violemment tabassé à coup d’équerres, de compas et de calculatrice programmable, il sombre dans un coma proche de celui du gendarme Ripiloffen après sa quinzième bière.
A 12h17, prévenu par un courageux délateur remettant en vigueur les saines pratiques de l’époque de la Seconde Guerre mondiale, le Ministre de l’Education Nationale apparaît successivement et simultanément sur toutes les chaînes d’information, sur France 2, TF1, M6, Gulli et Equidia (qui avait justement un défaut de programmation à cette heure-là.
- La rentrée des enseignants se passe d’une excellente manière. Je tiens à féliciter toutes les équipes qui luttent avec un héroïsme digne de leurs longues traditions trinitaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par leur magnifique résistance elles ont rempli leur devoir vis-à-vis de nos alliés du MEDEF, sûr de l'appui des anciens cons battants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
Il n’y eut semble-t-il qu’un journaliste pigiste de France 3 Auvergne pour trouver un air de déjà entendu à ce discours qui multipliait les sous-entendus sans que personne put vraiment les entendre. Pour le reste, Jean-Pierre Raffarin salua une déclaration remarquable et sans ambages, Aurélie Filippetti pointa le manque de culture de l’intervenant et Stéphane Bern interrompit son émission en différé du vendredi sur RTL pour lancer un « Suivez-moi » qui parut fort énigmatique aux auditeurs.
Du coup, à 12h32, le Ministre de l’Education Nationale put se passer un coup de Karcher portatif sur le crâne en s’exclamant : « Pfffiou ! On a eu chaud ! ». Il n’évoquait pas, bien sûr, la canicule qui avait repris derechef son travail de sape contre des corps promenés tout l’été entre automne et climat équatorial. Il ne pensait pas davantage à la recrue d’essence pyromane à qui on devait 18 départs de feux depuis une semaine en Haute-Corse-du-Sud. Non, le Ministre savait que, assis sur un volcan comme il l’était, lui, l’ancien de l’ETNA (Ecole Tranquille des Néophytes Administratifs) était passé à deux doigts (et encore le pouce et l’auriculaire) d’une catastrophe.
Ce en quoi il s’avançait de beaucoup…

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MessageSujet: Re: Cake News   Mar 29 Aoû 2017 - 14:37

mdr La suite, j'adore!

D'autant que notre vaillant chauve prétend réformer en faisant reluire les vieilles lunes!
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MBS

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MessageSujet: Re: Cake News   Mar 29 Aoû 2017 - 23:23

Allons-y donc pour une nouvelle tranche...

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MessageSujet: Re: Cake News   Mar 29 Aoû 2017 - 23:54

A 12h38, Sandrine Bordeau, journaliste free lance et chained maillart, recevait un appel de Jocelyne Muller (sans tréma s’il vous plait, elle y tient), proviseure du lycée Albert Schweitzer de Fliquesheim-le-Haut. Mise au courant des événements de l’école Schopenhauer par sa fille qui y suivait le cours double de madame Odile Ringenbershauer à ses heures perdues, elle était en mesure de conter à la journaliste les différents faits intervenus depuis 11h43 avec une précision du détail que n’aurait jamais un seul envoyé spécial de BFMTV.
- C’est comme je te le dit… Une révolte suite à la suppression du poste de l’AVS… Il parait que c’est sanglant et que le directeur de l’école n’aura plus jamais une vie sexuelle épanouie à moins d’une greffe d’oreilles dans les 36 heures.
Sandrine Bordeau activa alors ses réseaux twitter, linkedin, facebook, instagram, polygram, bourre et bourre et ratatam afin de voir si le phénomène était généralisé.
Il lui apparut très vite que c’était le cas. Et cette apparition, bien plus lumineuse que celle de la Vierge à un camionneur bourré sur une aire d’autoroute à la hauteur de Lourdes, était riche de sens.
A Sens justement, à l’école maternelle Petit Ours Brun, deux professeurs des écoles de sexe indéterminé s’étaient rués (avec un « e » en plus dans le cas non vérifié où il s’agirait de deux professeures des écoles) sur un inspecteur les menaçant de sanctions si elles persistaient (ah oui, c’était bien deux professeures !) continuaient à apprendre à leurs élèves que P et A et P et A ça faisait MAMAN dans certains cas qu’on leur expliquerait plus tard.
Au collège George Harrison de Cécon-sur-Yvette, la révolte avait pris une bien plus grande ampleur encore. Ce n’était pas moins de 17 professeurs, de disciplines diverses et variées, qui avaient pris en otage la principale-adjointe, Hélène Lagrèque, à propos des nouveaux emplois du temps. Il apparaissait en effet sur les feuilles crachées au plus profond de la nuit par l’imprimante Epson délavée du collège que les 17 profs avaient cours en même temps dans la salle de sport Emil Zatopek le dimanche matin entre 8 heures et 10 heures. Lorsque Hélène Lagrèque avait argué du fait qu’elle souhaitait au moins leur permettre d’aller à la messe, ils s’étaient tous rués contre son bureau qu’elle avait fort heureusement pour elle fait protéger par une cloison hermétique en polyuréthane bifluoré translucide. Du coup, après avoir fermé sa porte-fenêtre de l’extérieur, les 17 irascibles avaient entamé un blocus du bureau auprès duquel Berlin-Ouest en 1948-1949 était un véritable plaisir.
A Saint-Ramvier-sur-Semouse, c’est le jeune Kevin Müller (avec tréma, il y tient aussi) qui pétait les plombs soudainement en fin de matinée. On l’avait prévenu par MMS que ses bouquins étaient arrivés. Ok, c’était six jours avant… Mais il était à ce moment-là dans un trip hallucinogène pour essayer d’écrire une série mélangeant des personnages de Game of Thrones et de la Petite maison dans la prairie. Lorsqu’il avait découvert que ses manuels avaient été remis à Elsa Triaulait, la fille de l’éleveur de vaches du village, il était entré dans une colère noire qu’aucune lessive, même avec additifs issus des technologies de 6ème génération, n’avait été capable de ravoir. Il s’était donc enfermé dans le foyer des élèves Henri Désiré Landru en menaçant de descendre une canette de Coca zéro du distributeur toutes les heures si on ne lui rendait pas SES livres.
- C’est une révolte, Sandrine ?
- Non, c’est une révolution.

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Romane
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MessageSujet: Re: Cake News   Mer 30 Aoû 2017 - 17:58

mdr Trop bon, de retrouver ton écriture ! mdr

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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MBS

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MessageSujet: Re: Cake News   Mer 30 Aoû 2017 - 18:36

Trop bon de la retrouver aussi... mdr

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MessageSujet: Re: Cake News   Mer 30 Aoû 2017 - 19:03

Celle qui venait d’interpeler ainsi Sandrine Bordeau était sa collègue de la chaîne d’informations en discontinu BFCNEWINFO, chaîne créée deux jours avant ; il faut dire que les actionnaires des chaines ayant fusionné pour créer ce nouveau network avaient été frappés d’un seul coup en se rendant compte que celles-ci diffusaient les mêmes images, proposaient les mêmes titres et recevaient les mêmes invités en permanence.
- C’est très con de se tirer dans les pattes, avait dit l’un d’entre eux avant d’attaquer son chevreuil sauce chamallow dans un restaurant branché des bords de Seine.
Avant qu’ils en arrivent au fromage, le principe d’une fusion avait été acquis avec taux de dégraissage du personnel fixé à 62 % partout. Elisabeth Macflaïchou avait échappé au grand rasoir économique en raison de sa double capacité à maîtriser le mandarin et à préparer comme personne le café irlandais pendant les longues nuits d’édition spéciale. Elle ne deviendrait donc pas comme son amie journaliste free lance, ni même journaliste free arc et encore journaliste free mitrailleuse Hotckiss.
- Faut faire une édition spéciale ! s’écria-t-elle en dégainant son Iphone 12 de fonction.
- Pas encore, rétorqua Sandrine Bordeau. Rien ne dit que ça va durer…
Pourtant dix minutes plus tard, face à l’arrivée de cinq nouveaux cas de violences générées par l’approche de la rentrée scolaire, la conviction de Sandrine Bordeau se transforma insensiblement en certitude forte en béton.
- Là, il se passe vraiment quelque chose.
- On appelle le cabinet du ministre pour avoir un démenti ?
- Ca ne va pas… C’est justement ce qu’ils attendent qu’on fasse… Non, on va prendre une initiative, on va aller sur le terrain.
- Sur le terrain ?!... Tu veux dire qu’on va aller parler à de vrais gens ?...
- Oui… Et à des vrais Kevin ou des vraies Leïla s’il le faut.
Elisabeth Macflaïchou n’avait jamais quitté l’intérieur du périphérique parisien (sauf pour parti en vacances à l’étranger bien sûr), la perspective de devoir aller approcher ceux qu’elles tenaient pour des sous-êtres humains lui parut proprement impensable.
- Ben, sans moi… Je vais retourner à la rédaction et suivre l’évolution de la situation avec les dépêches d’agence. Et puis, notre chroniqueur éducation, il doit bien savoir lui ce qu’il faut penser de tout ça…
Elle s’envola avec la même grâce qu’un Rafale Marine depuis le pont du Charles-de-Gaulle en mission. Sandrine Bordeau resta seule en contemplant tristement sa salade au varech normand ; il y avait vraiment un truc qu’elle avait du mal à comprendre dans les nouvelles générations.
Elle tira de la poche de son cardigan jaune fluo son vieux téléphone Nokia muni d’une balise Argos intégrée et, après avoir vérifié que personne ne regardait par-dessus son épaule, elle composa un numéro que jamais au grand jamais elle n’aurait eu idée de faire entrer dans son répertoire, entre les noms de quatre présentateurs à perruque du JT et d’une ancienne comédienne qui attendait toujours d’effectuer son septième retour sur les planches.
- Allo ?... Ma mère ?... C’est moi… Oui, c’est pour une urgence.

Devant le lycée professionnel Rika Zaraï de Merlosse-les-Fugitives, le chanteur Caletonzéro entamait pour la troisième fois le refrain particulièrement entrainant et recherché de sa chanson « La musique c’est beaucoup mieux avec des notes ». Il avait tenu à être là depuis que le Ministre, dans son infinie sagesse communicante, avait annoncé que la rentrée se ferait en musique dans tous les établissements de France et de Navarre. Le proviseur, monsieur Raymond Durasselle, se souvenait fort bien de cet ancien élève à énergie électrique mais il n’avait pas fait le rapprochement entre Caletonzéro et François Taurel qui détenait au lycée le triste record du plus grand nombre de corvées de chiottes en un an. Autant dire qu’il s’était senti honoré que celui-ci, passant sur les brumes puantes de son passé de lycéen, vienne proposer ce mini-concert en s’accompagnant lui-même au bandonéon diachronique.
A 13h56, il devait s’en souvenir parfaitement bien après les faits car le TER pour Fliquesheim-Courneuve venait de passer en faisant trépider l’ensemble du bâtiment construit en placoplâtre de troisième catégorie, une violente détonation se fit entendre non loin de la salle des professeurs. 30 secondes plus tard, Gilberte Le Graou, sa secrétaire surgissait couverte d’une poudre blanche qui n’était pas de même nature que celle qui s’échangeait dans les toilettes du bahut.
- Monsieur ! Monsieur ! On a fait sauter la machine à café de la salle des professeurs !...

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MessageSujet: Re: Cake News   Jeu 31 Aoû 2017 - 0:29

De ses études dans une institution religieuse normande, Notre-Dame-Des-Champs-De-Coton-Dans-Ma-Mémoire, Sandrine Bordeau avait gardé deux souvenirs forts. Le premier, c’était le jour où elle avait pu brandir sous le nez de ses parents son Bac littéraire avec mention hyper-bien alors qu’ils avaient tenté pendant des années de lui faire avoir un bac pseudo-scientifique pour lequel, elle le savait déjà à l’époque, elle n’avait aucun goût. Le second, c’était la rencontre avec la mère très supérieure de l’institution normande où elle avait passé quinze mois (une année scolaire complète plus trois mois de vacances à briquer les parquets pour finir de payer son inscription). Cette mère supérieure l’avait marquée par sa capacité à comprendre l’air du temps plus sûrement qu’un sociologue ingénieur chez Météo France. Aussi, chaque fois que quelque chose la dépassait, à la notable exception des poids-lourds sur l’autoroute, elle appelait à l’aide sœur Trisquelle, la plus bretonne des normandes.
- On dirait que vous avez traversé les âges, lui avait-elle avoué un jour. Votre connaissance de l’âme humaine est si fine…
- Tu parles, avait rétorqué sieur Trisquelle en mâchonnant son bâton de réglisse (elle essayait d’arrêter de fumer à cette époque-l). Je ne connais rien, petiote… Je regarde juste autour de moi et je vois des gens avec deux bras, deux jambes et un cerveau trop con pour vraiment aimer son prochain. Tout découle de ça.
Sandrine Bordeau dégringola les cinq étages de son immeuble sans escalier et se jeta au volant de sa Peugeot Lamborghini d’occasion. Il était 14h08 et quelque chose lui disait que deux ou trois radars l’attendaient déjà en frétillant du flash le long de l’A.13. Au fond d’elle, elle se foutait totalement des amendes et du retrait de permis ; la voiture était immatriculée au nom de son beau-frère, le bras droit du ministre de l’Intérieur.

Rue de Grenelle, il existait une cellule ultra secrète chargée de planifier la communication du ministre. Par enthousiasme peut-être, par incompétence sûrement, celle-ci avait programmé bien plus de rendez-vous qu’un seul homme pouvait en assurer et en assumer. La cellule avait donc dû dégoter en urgence un sosie qui soit parfaitement crédible pour intervenir sur quelques manifestations publiques ou parler à la presse écrite.
Pierre Letampon était son nom. Agrégé de comédie au conservatoire de Montpellier, professeur de théâtre de marionnettes à la Maison des Jeunes et de l’Inculture de Lyon-Parilly, il avait dû faire le sacrifice de sa barbe, de sa moustache et de sa crinière de soixante-huitard attardé pour être crédible dans le rôle du ministre que tout le monde s’arrachait. Le plus difficile avait été d’imiter le regard un peu globuleux de son modèle ; on avait trouvé un subterfuge en lui collant des lentilles très épaisses dans les yeux. Quelques répétitions au cours du dernier week-end du mois d’août et Letampon avait été déclaré bon pour le feu.
Pendant que le vrai ministre se passait la calvitie au Karcher, lui se trouvait dans les locaux du Journal de la Marne libérée à Reims pour répondre aux questions qui seraient livrées au regard vitreux des octogénaires qui achetaient encore ce quotidien d’un autre temps. Pierre Letampon avait été sensible à la promesse que sa plus jeune sœur serait engagée comme attachée parlementaire du député de sa circonscription de l’est lyonnais ; il avait accepté avec une joie bien dissimulée les 10 000 euros qui allaient payer son studio à Villeurbanne pendant au moins trois mois. En revanche, il avait eu beaucoup de mal à saisir toute la portée de ce qu’on lui demandait de répéter : ces questions d’éducation le dépassaient et de loin ! S’il avait eu dans sa vie deux chiens, un chat, une perruche et une tribu de morpions, il n’avait jamais eu d’enfant. Il ne comprenait rien à ces histoires de méthode de lecture ou d’auxiliaires de vie scolaire. On lui avait fait les gros yeux au Ministère lorsqu’il avait affirmé que son budget allait être largement augmenté. On lui avait quasiment tiré les oreilles quand il avait parlé d’augmenter les professeurs à la hauteur de leur investissement.
- Mais ce sont de bonnes nouvelles ! s’était-il défendu face au directeur de la cellule de communication. C’est bien ça qui peut faire croître et prospérer la popularité du ministre.
- Ca, ce serait si on voulait que le ministre soit populaire chez les profs. Mais, ça, on s’en tamponne le coquillard ! Jamais, le ministre ne sera aimé des enseignants, ils sont bien trop sournois pour ça… Non, ce qu’on veut c’est que l’opinion l’aime… Comme ça, quand les profs vont se mettre en grève, on pourra répéter à l’envi que ce sont des privilégiés hostiles au changement.
Pierre Letampon avait hoché la tête. Au vrai, il ne comprenait rien à ce cinéma… Il faut dire que pour lui, la place d’un acteur était sur la scène. Comme là, dans ce bureau poussiéreux du Journal de la Marne libérée, face à ces deux journalistes qui avaient dû applaudir les premières émissions de Jean-Pierre Elkabbach sur la TSF.
- Monsieur le ministre, que faut-il faire selon vous pour que la rentrée soit bonne.
- La repousser jusqu’aux vacances de novembre…


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MessageSujet: Re: Cake News   Jeu 31 Aoû 2017 - 1:22

mdr mdr mdr
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MessageSujet: Re: Cake News   Mer 6 Sep 2017 - 17:30

mdr mdr mdr mdr Tu crois qu'ils sauraient lire, au ministère de l'EN ?

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