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 Le martyr de Mère Trisquelle

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Tryskel
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MessageSujet: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 31 Aoû 2017 - 22:57

I) Mère Trisquelle jouissait d’un repos bien mérité au calme de son monastère des bords de Loire.
Entre ses voyages d’étude inter cathédrales qui l’avaient conduite en Touraine, puis en Aquitaine, puis en Bretagne, puis en Bourgogne, et les aventures horrifiques que Messire l’Auteur lui infligeait. Fort heureusement, celui-ci l’avait doté pour affronter le Mal à l’état pur, d’une équipe un peu désordonnée, mais efficace. Elle demeurait en relation par le Ternet, auquel chacun des membres avait été (non sans mal) initié, assez à tout le moins pour être capable d’envoyer un message et de répondre. Elle revenait justement du baptême de la fille de Podane et Aignan, seconde enfant du couple, prénommée MeBeSe dont elle était la marraine. Elle avait eu la surprise d’y trouver Anne Charlotte Romane, baronne de Saint Dieu en ordonnatrice de la cérémonie, qui fut fort joyeuse.

La Mère Supérieure profitait de cet intermède pour continuer à apprivoiser le Chosephone, initier les sœurs au Ternet, et les convaincre que celui-ci était une « technologie numérique » et non une nouvelle religion. En effet, le monastère n’était pas clos, et les sœurs pouvaient se promener dans la ville, où elles croisaient de plus en plus d’adeptes qui avançaient les yeux fixés sur l’écran, comme si le salut de leur âme dépendait des réponses qui s’affichaient.
Elle préparait aussi la « Rentrée des Classes », un temps fort de l’Année liturgique, car le monastère avait ouvert une école. Celle ci était placée sous le patronage de La Ike, une des multiples saintes bretonnes non répertoriées dans l’annuaire du Vatican.

Elle en profitait aussi pour parfaire ses connaissances en botaniques auprès du nouvel apothicaire du couvent qui était également le prêtre confesseur, le seul mâle habilité à approcher les sœurs dans l’enceinte, et ma foi, plutôt bel homme. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes d’estuaire, quand soudain…
Alors que l’abbesse faisait élégamment glisser son doigt sur l’écran du Chosephone, pour monter aux sœurs comment faire (et, péché d’orgueil, étaler sa toute fraîche virtuosité), soudain…
Le ciel bleu radieux de la Cité des Ducs fut fracassé par un violent éclair, la lumière disparut, plongeant le monastère dans l’obscurité.
Un doigt gigantesque plaqua la Supérieure contre le mur de pierre, sans souci pour son arthrose

II) Bien qu’elle eut le souffle coupé, Mère Trisquelle trouva l’énergie de s’exclamer : « Mais c’est quoi ce bordel ? » Son vocabulaire s’était enrichi, encore que de termes peu orthodoxes pour une abbesse, au contact de certains nobles guerriers.
Une voix tonna : « Je suis Jupiter ! ».
« Nom de Dieu », bien sûr, elle avait voulu dire « AU Nom de Dieu », mais l’émotion et la fréquentation de certains guerriers évoquée précédemment, lui avaient fait omettre la préposition. La religieuse brandit un crucifix d’or orné de pierres précieuses, cadeau de l’Emir de Grenade pour le couvent. Et Rappelant ses souvenirs des cours d’exorcisme, s’écria.
« Va de retro Jupimacras ! Le paganisme n’a point cours céans, comment oses tu ?
- J’ose tout, c’est à cela que l’on me reconnaît ! As-tu payé une taxe pour cet objet ?
-Taxe, quelle taxe ? Nous vivons dans la pauvreté et en sommes dispensées.
-Tu devrais suivre les médias, ce sont les pauvres qui sont taxés depuis que mon règne est arrivé.
Hermés Damné de Bercy, note d’envoyer au plus vite une escouade de gabelous dans ce couvent, nous verrons ce qu’elles y cachent ! »
Une voix, rendue chuintante par les canines ambitieuses qui dépassaient de la mâchoire (cela mère Trisquelle ne pouvait le voir, mais son ouïe affûtée lui révélait) répondit :
« Ta volonté sera faite Maître des Dieux. Mais, si je puis…
- Puis, puis…
- Nous devrions saisir cet objet qui, outre sa grande valeur manifeste, me paraît suspect.
- Suspect, en quoi ?
- Il est manifestement de facture arabe ancienne, et je m’y connais.
- Arabe, une croix ?
- Ces gens là travaillaient pour le plus offrant, ce n’est pas pour rien qu’ils sont devenus riches. Donc arabe= islam= terrorisme, au moins soupçon de collusion. Nous devrions demander à Colombe Intérieure de nous adjoindre quelques limiers de ses brigades.
- J’envoie mon Porte Parole porter ma parole, sous escorte, car ma parole est d’or !

Mère Trisquelle fournissait des efforts prodigieux pour surmonter son désarroi, enfin, elle en avait vécu de plus rudes, avait affronté Satan en personne, et pire, fait face à Blanche de Castille.
- Une fouille ? Sacrilège, tu violerais notre retraite !
Malheureuse ! Elle ignorait (malgré son immense culture) que le dernier mot qu’elle venait de prononcer, avait le don de mettre Jupimacras dans une telle rage qu’il ne se contrôlait plus.

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MBS

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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 31 Aoû 2017 - 23:55

mdr mdr mdr

Encore ! C'est trop bon !...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Ven 1 Sep 2017 - 15:01

III) Un rire sardonique vrilla les tympans des sœurs, bien qu’elles aient, dés les premiers mots de la voix, plaqué leurs mains sur leurs oreilles.
Le doigt pressa la supérieure plus fort contre le mur. Elle aurait suffoqué si elle n’avait pratiqué un exercice de « Yoga respire » appris lors d’une retraite dans un monastère bouddhiste, situé dans une vallée de l’Himalaya.
Seuls ceux qui ne connaissent pas Mère Trisquelle, s’étonneront qu’elle ait pu se rendre dans un lieu aussi retiré et surtout où est pratiqué une autre religion. Sa curiosité du monde est insatiable, et un certain Messire qui avait croisé sa route, l’envoyait régulièrement sur des chemins improbables. Elle râlait parce que c’est son tempérament, mais au fond, elle adorait ça.
Bref, cette connaissance lui permis de ne plus manquer d’air, et de repousser quelque peu le doigt vengeur.

Cependant, l’ire jovienne ne faisait que croître.
« Retraite, l’unique objet de mon ressentiment,
Retraite pour qui la France gaspille son bel argent !
Retraite qui engraisse trop de vieux bien nantis,
Retraite que je hais, et que j’anéantis !
J’ai déjà lâché la Némésis contre elle, lancé sur ses traces les Erinyes, les Harpies. J’ai déclenché la vindicte populaire contre les retraités, ces vampires qui sucent le sang de notre jeunesse.
Si tu veux avoir de quoi te payer un costard, tu dois bosser ! L’âge n’est pas une excuse, d’ailleurs, nous allons reculer, reculer, reculer… celui de la fin du travail.
« Nous entreront dans la carrière, quand nos aînés n’y seront plus ! »
Ils barrent le chemin à l’avenir glorieux de notre jeunesse, qui sous la direction de Saint MEDEF, marche vers une vie de bonheur flexible.
J’ai lancé le programme « CGS »XXL puissance 10, plus de contributions, plus d’effort, plus de taxes, plus de ponctions…
La France souffre de ne pas vouloir se réformer, elle est saignée aux quatre veines par cette horde de Baby Boomers égoïstes. Ce sont eux qui prêchent le conservatisme, parlent de « Droits », de quel droit parlent –ils de droits, le Droit, c’est moi ! »

L’abbesse hésitait, devait elle tenter de raisonner ce forcené ?
Lui expliquer que la « Retraite » en question n’était pas celle des travailleurs (car elles n’avaient jamais connu le travail salarié), que les sœurs ne touchaient aucune pension en vertu de la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Que leurs ressources venaient de la vente des produits de leur artisanat, l’artisanat monastique étant fort prisé. Surtout depuis qu’elles vendaient sur le Ternet. Et des sommes que leur allouaient des donateurs d’autant plus généreux qu’ils pouvaient les déduire de leurs impôts ?
Bien qu’elle soit fort habile à la casuistique apprise des Jésuites, Mère Trisquelle sentait que ce n’était pas la bonne méthode.
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre que sa parole complexe !
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Sam 2 Sep 2017 - 14:10

IV) Tandis que les neurones de la supérieure tournaient à la vitesse d’un ordinateur, afin de trouver une solution pour sauver son cher couvent de la profanation, le doigt se retira de son opulente poitrine.
« Vous avez de la chance ! On me signale un quarteron de retraités, ah, ce mot écorche ma divine bouche, qui touche 1205€, juste 5€ de plus que ce que, dans mon infinie bonté, j’ai fixé comme seuil de taxation. Je dois aller m’en occuper, taxons, taxons… mais je n’en ai pas fini avec vous. »
Hypocrisie, flatterie, diplomatie, n’étaient pas inscrites dans l’ADN de l’abbesse, plutôt réputée pour son verbe direct, et ne pas envoyer dire par d’autres ce qu’elle avait à dire.
Mais, la fréquentation des jésuites lui avait enseigné à tempérer quelque peu son tempérament.
Elle tenta :
« Pourquoi vous en charger vous vous-même, n’est ce point l’occupation du Capitoul de Bercy ?
- L’Edile ? Non, je dois tout faire moi-même, pas de délégation, je suis le Maître, le Maître, pas le Maire ! Je contrôle tout et tous. Ne prétendez pas m’ôtez la jouissance de châtier des manants qui osent dépasser le « Seuil » sacré !
- Loin de moi une telle prétention, je ne suis qu’une humble servante.
- Tu reconnais donc que tu dois me servir ?
- Servante de Dieu.
- Je suis le Roi des Dieux.
- Je ne sers qu’un seul dieu… »
La tentative diplomatique s’enlisait, elle n’allait quand même encourager cet égo dément !
« Attendez la visite de mes gabelous, et ne tentez pas de dissimuler cette croix, ni la moindre petite cuillère. Vous seriez châtiées dans le Tartare, sans espoir de voir un jour l’Elysée ! »
Un grand Ouf de soulagement salua le retour de la lumière et du silence.
La sœur tourière, Cléoporte, qui était aussi la déléguée saintedicale, résuma l’attente collective :
« Et maintenant, ma Mère, que faisons nous ? »
« Ma Mère » sentit le poids de ses responsabilités écraser ses frêles épaules, et se maudit une fois de plus d’avoir cédé à la vanité en acceptant d’être élue abbesse.
Quand tout baignait dans l’huile des saintes ampoules, c’était facile. A chacun de ses retours, les sœurs organisaient une Soirée Crêpes. On dégustait des galettes garnies (la supérieure avait un faible pour l’andouille, de Guéméné bien sûr), en buvant du cidre ou un petit muscadet de leurs vignes. Elle contait ses aventures (enfin, ce que Messire l’autorisait à en dévoiler, car une partie devait demeurer secrète), on chantait (en breton) et on se réjouissait.
Mais quand un méchant grain de sable venait gripper les rouages, c’était une autre paire de manches de la tunique de Jésus !
Et, là, ce n’était pas un grain, c’était un boulet !
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MBS

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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Sam 2 Sep 2017 - 16:54

Y en a un qui va passer un sale quart d'heure...

mdr

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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Sam 2 Sep 2017 - 23:16

Certes, Messire l'Auteur, certes! Mais ne profitez pas du récit des mésaventures de Mère Trisquelle avec Jupimacras, pour délaisser celles de l'Affreux de Grenelle!
Nous attendons la suite des "Cake News" avec impatience,rentré scolaire ou pas!
Et, bon courage! écrit
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Dim 3 Sep 2017 - 14:36

V) « Ho, la Mère,ce n’est point le moment de mollir que Diantre! »
Cette voix dans sa tête, celle du noble guerrier aux manières un peu rudes, la ramena à l’instant présent (bien qu’elle eut préféré être ailleurs).
« Mes filles, commençons par prier Sainte Rita ( la patronne des causes désespérées pour les non initiés) ça mange pas de pain. Et après, on avise, parce qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi même ! Non d’une raffarinade, on va quand même pas se laisser emmerder par ce petit connard ! »
Galvanisées, les filles se groupèrent autour de la Mère.
« Vos suggestions ? »
Sœur Amène, préposée au encensoir (elle avait été championne olympique du lancer de marteau dans une vie antérieure) balança celui qu’elle achevait de remplir quand vinrent les ténèbres.
« On pourrait les accueillir pieusement avec ça ?
- Nenni, ma fille, nenni, point de violence, nous devons faire face à la brutalité libérale par l’intelligence.
- –Nous pourrions…
Sœur Discrète, qui s’exprimait rarement mais toujours avec finesse, n’eut pas le temps d’achever sa phrase. La cloche du portail sonnait à toute volée, signe évident que quelqu’un était impatient d’entrer.
Sœur Cléoporte se précipita, sans même remettre son voile. La supérieure avait décidé qu’il n’était plus obligatoire de le porter dans l’enceinte du couvent. Elle revint rapidement, essoufflée :
« Ma mère, un groupe demande l’asile.
- L’asile ? »
Le monastère avait déjà accueilli (dans la plus grande discrétion) des réfugiés venus de Méditerranée, avant de les diriger vers d’autres refuges.
« Quel asile, politique, économique ?
- Non, ordonancique !
-Ordonancique ? Je n’ai point ouï parler de ce type d’asile, semblent- ils en pleine possession de leurs facultés mentales ?
- Tout à fait, ils sont jeunes, dynamiques et brandissent un document que je n’ai pu lire. Ils veulent parler à la patronne.
- Laquelle ? Notre Dame de Celles qui se Cachent n’en manque guère. Nous en avons une bonne douzaine pour ne pas faire de jalouses parmi les saintes.
- Si j’ai bien compris, c’est vous !
-Moi ? Hé bien ils vont l’entendre causer du pays la « patronne » !

VI) Sœur Cléoporte avait 85 ans (mais toute sa tête), pour elle, toute personne entre 80 et 60 ans était jeune, en dessous, c’était des gamins.
Le groupe était assez composite, des femmes, des hommes entre 60 et 75ans. Leur vêture allait du chic de confection au jean bien propre. Et tous, en effet, brandissaient un, document.
Mère Trisquelle était plutôt de mauvaise humeur, et peu disposée à parlementer.
« Que voulez vous, c’est un couvent ici, pas un moulin, on n’entre pas comme on veut ! - Madame…
Ma Mère, ça se voit pas ? C’est moi qui dirige cette communauté dont vous venez troubler la paix, et vous choisissez bien mal votre moment ! »
Elle désigna une femme en pantalon de lin (elle aimait beaucoup le lin) bleu.
« Vous, vous parlerez pour le groupe, et soyez aussi brève que claire, on a du boulot urgent.
- Ma mère, nous avons entendu parler de votre bonté, vous recevez ceux qui sont persécutés. J’ai un lointain cousin syrien qui est passé entre vos murs.
- C’est un fantôme ?
- Un fantôme ?
- Oui, pour passer entre les murs ! L’humour, ça vous dit quelque chose ?
- Non, oui, enfin, c’est juste que… Nous sommes désespérés.
- Et nous ne sommes pas loin de l’être, mais nous faisons face à l’adversité. Le désespoir est un péché mortel.
Que voulez vous, qu’attendez-vous de nous ? Pour les miracles, faut aller à Lourdes !
- Non, pas de miracle, il y a beau temps que nous n’y croyons plus, mais l’asile contre les persécutions que nous subissons. Nous sommes tous des retraités ! »
L’abbesse poussa un soupir à décoiffer le clocher de l’abbatiale.
« Non, mais c’est pas vrai, qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? Bon, entrez, vite ! »
Elle bouscula le petit groupe (une quinzaine), et cria à Sœur Cléoporte de verrouiller le portail.
« Tout le monde dans la salle du chapitre, et que ça saute. »
Les religieuses regardaient les retraités qui regardaient les religieuses, dans un silence à couper au couteau.
« Bon, on n’est pas à Limoges pour se regarder en chien de porcelaine. Mes soeurs, le droit d’asile est sacré, vous le savez, nous l’exerceront donc envers ces personnes, après nous être assurées que leurs intentions sont pures.
- Douteriez-vous…
- Oui, je doute, figurez vous que juste avant votre arrivée, nous avons reçu une visite extrêmement déplaisante, alors, nous nous posons des questions.
Qui nous a dénoncées ? Parce que Jupimacras n’avait a priori (elle aimait placer son latin) aucune raison de braquer son sale doigt sur notre petite communauté dont peu de gens connaissent l’existence.
Qui vous a conseillé de venir chez nous, dans notre petite communauté dont… » Là, elle se rendit compte qu’elle se répétait…

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Romane
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Mer 6 Sep 2017 - 17:20

mdr mdr mdr Crobon !!! Vous irez au paradis des nonnes, ma mère. Allez en pet. mdr

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 7 Sep 2017 - 2:25

Le scribe décline toute responsabilité, c'est la faute à Messire l'Auteur (qui ne s'en est point encore confessé) il a imaginé Mère Trisquelle (et s'apprête à l'apprêter encore à une autre sauce). Mère Trisquelle a décidé qu'elle pouvait exister par elle même , et avec l'autorisation de Son Créateur, elle vit ses propres aventures nantaises, ce qui ne l'empêche pas d'en vivre d'autres dans d'autres dimensions!

VII) Et elle se répéta :
« Oui, je doute ! Mais j’ai un doute sur les délateurs.
Jadis ce couvent abritait jusqu’à 250 moniales, aujourd’hui, nous sommes 25, moi comprise. Il faut me comprendre ! Les bâtiments sont superbes, vastes ; ce qui nous permet d’accueillir des demandeurs d’asile ; et notre jardin fournit légumes, fleurs et fruits, bios évidement, dont nous vendons le surplus au marché, avec le miel de nos abeilles, tant qu’il reste des abeilles, et le vin de nos vignes, tant que le réchauffement climatique ne les a pas grillées.
Nous travaillons de nos mains pour fabriquer de menus objets fort appréciés des pèlerins du « Voyage à Nantes ». Nous gagnons notre vie, et notre salut, nous contribuons à l’économie locale. Nous ouvrons notre magnifique scriptorium au public, et nous organisons des visites guidées toute l’année, pas seulement pendant les Journées du Patrimoine. Tiens, ça me fait penser que… Non pas de digression (les digressions étaient son péché mignon).
Mais cette ouverture déplaît à certains. »
Elle reprit son souffle déjà malmené par le doigt jovien.
« Sœur Ibis (c’était la cellérière et l’hôtelière du couvent), veillez à faire porter des rafraîchissements et une collation pour nos hôtes et nous-mêmes. J’ai la gorge sèche à force de parler !
Où en étais-je ? Oui, ça déplaît à certains.
D’aucun clabaudent : « Qu’est ce que ce couvent ouvert à tous les vents, où l’on vend ? » Trouvent que les soeurs devraient rester cloîtrées, on n’est pas au Carmel !
D’autres crient haut et fort que c’est un scandale de voir seulement 25 bonnes femmes dans un tel espace. Que nous n’avons pas besoin de tant de mètres carrés, et salivent sur ce que pourrait leur rapporter chacun de ces mètres s’ils pouvaient nous en chasser.
Manque de pot, le couvent et son parc nous appartiennent en pleine propriété depuis le XIIème siècle. Une certaine comtesse Magdeleine, du Porneau, en fit don pour fonder une communauté et racheter sa vie dissolue. Elle y mourut en odeur de sainteté.
Donc, bien que nous n’enquiquinions personne, bien que nous ne devions rien à personne, nous avons des ennemis. Et l’un d’eux (ou plusieurs d’eux) nous a signalées à l’attention du Damné de Bercy, lequel a rapporté à son maître, lequel maître qui joue les omnipotents nous a désormais dans le collimateur !
Bon, on casse une dalle, on boit un coup, ensuite, nous entendrons nos hôtes impromptus nous conter leurs tribulations. »

VIII) Le langage de l’abbesse surprenait les « hôtes impromptus », alors que les sœurs étaient habituées à ces passages sans garde fou, d’un langage très châtié, à un des plus familiers, et vice versa. Elle était comme ça Mère Trisquelle ! Entre elles, les sœurs l’appelaient « MT », en s’imaginant naïvement qu’elle ne le savait pas.

« Bien, mesdames, messieurs, vous nous avez demandé l’asile, nous pouvons vous l’accorder, pour 40 jours maximum, au-delà vous devrez sortir à vos risques et périls. Tant que vous êtres dans cette enceinte, personne ne peut vous porter atteinte.
Excusez ce formalisme, mais c’est la formule consacrée. A présent, veuillez nous exposer ce qui vous a conduit chez nous.
- Merci de nous recevoir, ma Mère, mes sœurs.
Nous sommes un groupe de retraités le CRA (Club des Retraités Actifs), car retraite ne signifie pas oisiveté. Nos vies ont suivi le cours normal : études, mariage et enfants pour certains, travail, achat d’un logement, retraite… Nos enfants sont grands, souvent parents eux-mêmes, nous les avons soutenus tant qu’ils en ont eu besoin. Aujourd’hui, nous souhaitons vivre notre seconde vie en nous faisant un peu plaisir.
Nous organisons des sorties, des voyages ; encore que les voyages depuis quelques années…
- Que voulez vous dire ?
- Et bien, que les voyages coûtent et que nos ressources diminuent. Pensions gelées, prélèvements en hausse qui vont encore augmenter, nous partons moins souvent et moins loin.
- - Mais comment êtes vous arrivés ici ? Et qu’est ce que ce document ?
- C’est ça qui vous préoccupe? C’est le programme de la journée. Nous sommes allés visiter les Chantiers de Saint Nazaire, puis déjeuner à Saint Marc sur Mer, là où Jacques Tati a tourné « Les Vacances de Mr Hulot », vous connaissez ?
- Oui, nous ne sommes pas coupées du monde ! Mais, j’insiste, qu’est ce qui vous amène chez nous ?
- Le car venait juste de nous déposer à Chantiers Navals, quand un éclair a traversé le ciel.
- Et la nuit est tombée ?
- La nuit, non, juste un gros nuage sur le soleil. Et c’est là qu’un groupe de jeunes nous a pris à partie en hurlant : « Des retraités, ce sont des retraités, sus à eux ! »
- Comment le savaient –ils ?
- C’est marqué sur le car, « Car du CRA, Club des …
- Mais ces jeunes ne vous ont pas suivis jusqu’ici ?
- C’est heureux ! Nous avons grimpé à toute vitesse le grand escalier, ils ont dit « même pas mécanique, laissons les vieux se crever tous seuls ! »
- C’est vraisemblable, ainsi nous en sommes là, Némésis…
- Némésis ?
- La Vengeance chez les anciens grecs, Jupiter, le maître des éclairs et de l’Elysée a dit qu’il allait la lâcher contre vous, avec les Erynies et les Harpies, ça n’a pas traîné !
- C’est un jeune homme pressé, il a trouvé son Bouc Emissaire. Mais en quoi votre couvent est-il concerné ? »
Mère Trisquelle résuma l’épisode précédent.
« Donc, si vous êtes encore ici à l’arrivée des gabelous et des limiers, ça risque de compliquer les choses. On peut nous accuser de rétention de retraités, de dissimulation au fisc, de complot, de…
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ! »
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Tryskel
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Dim 10 Sep 2017 - 15:58

IX) « Sœur Anne, montez à la Tour pour voir si des hordes de jeunes assoiffées du sang des retraités ne mettent point le siège devant le couvent.
S’ils n’ont pas repéré que vous êtes céans, vous pourrez sortir en sécurité. La Butte compte de nombreuses issues.
- .Ma Mère, je n’ai rien vu poudroyer ou rougeoyer, ni juniors ni seniors, nul assiégeant.
- Bien, je ne vous chasse pas, mais vous comprenez notre situation. Si vous avez besoin, n’hésitez pas, nous avons un ennemi commun. Voici ma carte de visite. »
- La femme au pantalon de lin, lu :
« Mère Trisquelle, Abbesse du Monastère Notre dame de Celles qui se Cachent.
Erudite et voyageuse.
XIIIéme/ XXIéme Siècles…
Suivaient adresse postale, téléphone fixe, mobile et Mail » Sur le fond de la silhouette du monastère fièrement dressé au dessus de la Loire
- Merci ma Mère, mais, sans indiscrétion, que signifie : XIIIème/ XXIème siècle ?
- C’est une longue, très, très longue histoire, pour l’instant nous devons combattre le mal, tenez nous au courant, dés que Jupimacras se manifeste auprès de vous ! »
Les retraités quittèrent le couvent par un des nombreux chemins qui en partaient.
- Croyez vous que nous puissions leur faire confiance ?
- Oui, au pif, ceux là paraissent honnêtes, et nous avons un ennemi commun.
- Nous sommes tous des retraités, tous des victimes désignées, mais non d’un os de dinosaure, on va pas se laisser bouffer, si longues que soient les dents de ces buveurs d’euros ! Si vaste soient leur appétit, si profond le gouffre de leurs turpitudes, si…
Excusez- moi, mes filles, je me laisse emporter.
Où en étions- nous ?
- A la concertation Ma Mère.
- Concertation en mineure ou majeure ? Ré ou La ? Il ne faut pas faire les choses à demi. »
Les arcanes de la comptabilité et les méandres administratifs n’avaient aucun secret pour Sœur Exel, intendante de l’abbaye, qui avait été comptable pour un ministère dans une vie antérieure.
« Nous devrons présenter nos comptes, un inventaire, nos fiches d’impôts, TVA, CGS nos factures, achats, ventes…
- Depuis quand payons nous des impôts ? » S’exclama Sœur Amène toujours accrochée à son encensoir.
« Depuis 1905, ma sœur, les membres du clergé sont des citoyens comme les autres,
Sur le plan des personnes l'ensemble du "personnel" de l'Église est soumis aux règles et réglementations en vigueur : cotisation sociale et retraite, CSG, RDS... etc.
Sur le plan du fonctionnement, toutes les structures de l'Église s'acquittent des frais et taxes légales : taxes foncières et d'habitation sur les immeubles, loyers et charges, impôts sur les sociétés et produits financiers... quelles que soient les activités qu'elles gèrent".

- Et ben, je croyais qu’on était débarrassées de tout ça en cette retraite !
- Je crois qu’il serait bon d’éviter le mot « Retraite » par les temps qui courent, il est dangereux de s’y référer.
- Mais, on ne va quand même pas laisser ces soudards souiller nos maigres possessions !
- Pas si maigres que ça, murmura Sœur Exel.
- Vous voulez dire que nous sommes riches ?
- Certes non, mais nous sommes préservées de la misère, et il semble que pour ce Jupimacras, sont « riches » donc taillables et corvéables à merci, ceux qui se situent entre 1200 et 300 000€, en deçà, il ne peut rien prendre, on ne tond pas un œuf ; enfin, pas encore ; au-delà on devient intouchables !

X) « Pensez vous Ma Mère qu’ils nous avertiront de leur visite ?
- Je doute qu’ils aient cette courtoisie, aussi, nous devons prendre les devants.
- Cachons tout ce qu’ils pourraient prendre, surtout la Croix de l’Emir. »
La « Croix de l’Emir » était le bien le plus précieux des moniales. L’abbesse était restée assez évasive sur sa provenance exacte, indiquant juste qu’au XIIIème siècle, un émir de Grenade l’avait offerte à une abbesse érudite avec laquelle il aimait débattre.
« Nous ne pouvons pas la cacher, s’exclama sœur Exel, ils l’ont vue.
- Ils ont vu « Une » croix, susurra la supérieure, juste une croix. Sœur Azertie, votre nièce qui bosse dans l’informatique et qui nous conseille, peut on lui accorder entière confiance ?
- Hordie ? J’en réponds comme de moi-même, elle a hésité entre la vocation monastique et l’informatique !
- En ce cas, demandez-lui de venir avec cette nouvelle invention qu’elle nomme « Imprimante 3D ».
- Ma Mère, puis je émettre une remarque ? »
24 soupirs appuyés suivirent cette demande. Sœur Sévaire avait été Inspectrice des Travaux Finis dans une vie antérieure. Elle en avait conservé l’habitude agaçante de pinailler sur le moindre détail, et de trouver en tout prétexte à critique. En outre, elle avait été candidate malheureuse au poste d’abbesse et, des années plus tard, n’acceptait toujours pas son échec.
« Emettez, ma fille, émettez (la supérieure savait qu’elle ne pouvait l’empêcher de s’exprimer, elle avait introduit la gouvernance démocratique dans le monastère.)
- On peut avoir un doute sur son sérieux, si cette jeune fille a « hésité » c’est que la vocation monastique n’était pas sa priorité, elle lui a préféré les futilités du monde. Il n’est que de voir comment elle s’habille. » »
Mère Trisquelle mit fin, avant qu’elle ne commence, à une polémique potentielle, sœur Azertie était en admiration inconditionnelle devant sa nièce.
« Ma fille, l’instant n’est point aux chipotages, n’avez-vous point saisi l’urgence et le critique de la situation ? Nous avons besoin d’Hordie, qui par ailleurs est charmante et drôle.
- Il n’empêche…
- Nous empêcherons plus tard si nous ne sommes pas empêchées nous mêmes par Jupimacras. Souhaiteriez- vous voir notre couvent dépouillé et nous maltraitées, surimposées, surtaxées, qui sait, emprisonnées ?
- Emprisonnées, Grand Dieu, pitié, quelle horreur.
- Alors, émettez en mode silence, et si vous n’avez rien à proposer, laissez nous faire ! »
Elle avait bien conscience de ne guère faire preuve de charité envers sœur Sévaire, mais Dame, elle avait ses limites, que celle-ci franchissait souvent ! La situation exigeait rapidité, vivacité d’esprit et action, pas le moment de se perdre en parlotes stériles. Pourtant la Supérieure était elle-même fort bavarde, mais il y a un temps pour chaque chose, comme disait à peu près l’Ecclésiaste.
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Mar 12 Sep 2017 - 15:16

XI) Le lendemain, dés l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, une camionnette entrait dans le couvent par la porte de service. Celle-ci ayant été installée à une date où les abbesses et quelques uns de leurs illustres visiteurs roulaient carrosse (le début du XVIIIéme siècle, époque de décadence de la spiritualité et de grand laissé aller dans les couvents.) était largement assez large pour le véhicule.
Les sœurs avaient passé la nuit, entre Complies et Laudes à rassembler tous les objets ayant un peu de valeur. Elles reprenaient des forces avec un solide petit déjeuner. La porte du réfectoire s’ouvrit à la volée.
« Salut les filles, y reste du café et des croissants ? J’vous bise ! »
Hordie était vêtue d’un jean, quelque peu délavé et râpé mais propre et non déchiré, d’un T Shirt orné du smiley « Anger » aux ailes vertes et sourire équivoque, d’un piercing au sourcil droit, et d’un tatouage sur le bras gauche. Tenue complétée par un pendentif en forme de croix celtique, cadeau de sa tante.
Sœur Sévaire passa du blême au cramoisi en moins de temps qu’il n’en faut pour le remarquer. Elle se leva en pointant du doigt (bien que ce ne soit pas poli) le tatouage :
« Un… une… c’est… c’est…
- Et bien ma fille, qu’est ce donc ?
- C’est…
- Parlez ou taisez- vous à jamais !
- C’est une idole, elle adore une idole !
- Ca ? Elle bugue la mémé, c’est Androïd ! T’as vu Tatie, je t’avais dit que j’allais me le faire imprimer !
- Androïd ? C’est un nom païen !
- Ma fille, calmez vous ( Mère Trisquelle était très tentée par une bonne paire de baffes pour parvenir à ce résultat, mais elle prêchait la non violence.) Ainsi qu’Hordie nous l’a expliqué, Androïd est le symbole d’un système informatique qui permet aux smartphones de fonctionner, et me demandez pas comment !
- C’est bien Ma Mère, ça fait plaisir de voir qu’il y en a qui suivent. Il est rigolo non ?
- Très, mais finissez votre café, et passons aux choses sérieuses, nous ignorons de combien de répit nous disposons, autant faire vite. »
La jeune informaticienne avait été informée en détails de ce que les sœurs attendaient d’elle. Elle se lançait avec enthousiasme dans l’aventure (bien que n’appartenant pas à l’Education Nationale), et avait proposé, compte tenu du projet, non pas une, mais 3, 3D.
« Je viendrais avec des copains, ça vous embête pas si c’est des mecs Ma Mère ?
- Nous ne sommes pas si prudes, tant qu’ils se conduisent convenablement.
- Avec vous, pas de souci, vous êtes plutôt cool pour une bonne sœur, mais Sœur Inquisition va en faire une crise d’apoplexie. »
Nul besoin de préciser qui était « Sœur Inquisition », l’Abbesse lorsque qu’elle conduisait sa Ford Intérieure, la surnommait Torquemada !
Il n’était pas question de l’avoir dans les pattes, pas question qu’elle sache ce que mijotaient ses sœurs, on lui avait juste parlé d’un inventaire en vue de la perquisition. Et plus d’une craignait qu’elle ne sache pas se contenir devant les gabelous. Mais pas question non plus de l’écarter ouvertement, elle aurait fait un scandale. Inquiétude qui avait cru avec l’incident du tatouage.
C’est Sœur Médoc qui trouva la solution.
Sœur Médoc était née à Bordeaux, et avait été médecin dans une vie antérieure sans frontière.
Comme le lecteur commence à l’entrevoir, toutes les sœurs avaient connu une vie avant la vie monastique. Et la Supérieure n’hésitait pas à faire appel, à chaque opportunité, aux talents ainsi acquis.
« Ma Mère, je crains que Sœur Sévaire n’ait été fortement perturbée, surtout après cette nuit de labeur."
Labeur ! Tu parles, elle avait joué les mouches du coche, toujours sur le dos des sœurs, à vérifier ce qu’elles venaient de faire. Au point que même la très douce Sœur Patience, qui méritait bien son nom, avait failli lui planter dans la fesse une des fourchettes en argent qu’elle lui faisait recompter pour la 3ème fois Bref, « Torquemada » n’en avait pas fichu une ramée, et avait emmerdé tout le monde !

XII) « Vous connaissez le dévouement de Sœur Sévaire pour notre communauté. Je crains que ce dévouement ne l’ai conduite à la limite de ses forces. Autorisez- moi à l’accompagner à l’infirmerie. Après examen, je demanderai à Frère Konte, notre apothicaire, une tisane qui la fera dormir, elle a grand besoin de repos, d’un long repos.
- Faites ma fille, faites, votre charité vous honore. Vous pourrez demeurer auprès d’elle le temps nécessaire, ainsi nous serons rassurées sur son état. »

L’abbesse savait que l’informatique n’était pas la poche de sang de Sœur Médoc, qui ne consultait le Ternet que pour se tenir au courant des progrès de la médecine. Et elle pourrait surveiller l’ex inspectrice.
Sœur Sévaire, totalement imperméable à l’ironie et à l’humour, était ravie de focaliser l’attention. Elle porta la main à son front en un geste qui n’aurait pas déparé une prestation de Sarah Bernard.
« Frère Konte est aussi notre prêtre, il pourra consoler mon âme.
- Je soignerai votre corps, il soignera votre âme, parce que vous le valez bien.
- Ma sœur, vous allez me faire rougir, mais, je me sens mal. Promettez moi de ne pas me faire de piqûres, surtout pas, je déteste les aiguilles.»
- Ouf, une aiguille de moins dans le pied. Mes filles, vous devrez suivre à la lettre les instructions d’Hordie, faites exactement ce qu’elle et ses amis vous demanderont, sans rien vous demander. De toute façon, tout ce qu’on demande c’est de pouvoir répondre à la demande des gabelous sans mettre notre trésor et nous-mêmes en péril. »

Il serait fastidieux pour le lecteur non averti, qui s’en fiche vu qu’il n’y comprendrait rien, et pour le lecteur averti qui s’en tape vu qu’il connaît tout ça sur la pointe des touches, de décrire le processus de reproduction par imprimante 3D.
Simplement, les objets étaient reproduits, au grand émerveillement des soeurs présentes. Les doubles qui s’entassaient dans un grand panier pouvaient passer pour authentiques à un œil non averti.
Bon, ça suffit les avertissements, on n’est pas en conseil de classe !

Il restait à cacher les originaux, et ça, Mère Trisquelle s’en chargeait. Aucune des filles ne devait savoir, non qu’elle ne leur fasse pas confiance, mais le secret engageait bien au-delà de la personne de l’abbesse. Poussant le chariot contenant les objets, elle se rendit dans sa chapelle privée.
Là, elle se livra à quelques manipulations, dont le lecteur comprendra que le scribe ne peut les révéler.
« Melba, Melba de Turin ? C’est Mère Trisquelle !
- Salut ma Mère, où êtes- vous ?
- Dans mon monastère, et vous où et quand êtes- vous ?
- A Rome, en 1208, en train d’essayer de saboter la Croisade d’Innocent III contre les albigeois.
- C’est une noble, et quasi impossible tâche, mais, désolée de vous interrompre, j’ai besoin de vous. »
Si la Supérieure n’appréciait pas trop Melba, elle avait appris au cours de leurs tribulations, à faire confiance aux capacités et à la réactivité de l’aventurière. Après quelques équivoques, celle-ci tombée sous le charme de Podane (et accessoirement d’Aignan) s’était sincèrement (et gratuitement ce qui ne gâche rien) dévouée à l’équipe. Dans les circonstances actuelles, elle seule pouvait assurer une cachette sûre au trésor du couvent. Elle résuma la situation.
« Pas de problème, vous me les envoyez par le portail ils reviendront par le même chemin quand tout sera calmé. Dites, ce Jupimacras, je pourrais m’en occuper ?
- Nenni ma fille, nenni. Je connais vos méthodes, et je les réprouve. Nous voulons la paix, et la disparition prématurée d’un président ne nous l’apporterait guère, d’autant que nous pourrions être accusées.
- Qu’allez- vous penser ? Je ne songeais pas à une telle violence, juste le travailler un peu pour qu’il range sa foudre. Mais vous êtes trop pacifiste. Envoyez, j’accuse réception et je retourne auprès d’Innocent pas innocent, celui là fait la paire avec votre Jupi Toc !
- Comment cela ?
- Et bien, tous deux ne lancent-ils pas une soi disant croisade inique contre des personnes qui n’ont fait de tort à personne et dont le seul tort est de ne pas se plier à leurs dogmes ? Tous deux ne lancent –ils pas l’anathème contre de malheureux boucs émissaires livrés à la vindicte des foules ? Tous deux ne s’en prennent ils pas aux pauvres incapables de se défendre ?
Et Jupi Toc n’aime pas les vieux, il pourrait être votre petit fils ! »
L’abbesse grimaça, elle qui répétait à qui voulait l’entendre (et même à qui ne voulait pas) qu’elle assumait son âge, détestait qu’on le lui rappelle.
« Holà, fillette, mollo ! Fils, ça pourrait, encore que si j’en eusse eut un, je l’aurais voulu fort différent, mais petit fils, faut pas charrier ! »
Un éclat de rire lui répondit.
« Vous trouvez ça drôle ?
- Non, ma mère, enfin si ! C’est votre façon de parler, quand on s’est connues, vous repreniez tout un chacun pour ses « écarts de langage » et maintenant, vous causez comme nous !
- Que voulez vous, il faut savoir évoluer. Bon, vous êtes prête ?
- Parée !
- J’envoie, et mille mercis à vous.
- -Avec plaisir, à votre service, n’hésitez pas. »
Un voyant passa au vert, et les objets disparurent. L’abbesse poussa un soupir (encore un) de soulagement, ça, c’était réglé.

Le scribe ne peut pas révéler grand-chose sur le « portail » ci-dessus mentionné, d’autant moins qu’il en ignore tout, cependant…
Mère Trisquelle qui est à Nantes en 2017, converse en direct avec Melba de Turin qui est à Rome en 1208, au lecteur de tirer ses conclusions …
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Mer 13 Sep 2017 - 0:09

Quelle odyssée ! ô mère Trisquelle !...

mdr

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Mer 13 Sep 2017 - 15:42

Grands dieux, Mère Trisquelle tiendra t-elle 10 ans à ce rythme? écrit
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 14 Sep 2017 - 3:35

INTERLUDE I)



Quelques précisions sur le monastère Notre Dame de Celles qui se Cachent




    A l’issue de ce XIIème chapitre, le scribe laisse les nonnes bien préparées, attendre d’un crucifix ferme la visite des gabelous.
Il s’aperçoit avec contrition, qu’il a précipité le lecteur dans un récit, sans en donner le prologue. Et sans présenter Notre dame de Celles qui se Cachent (NDCC pour les intimes), haut lieu de ces chroniques.
Faute d’autant plus difficilement pardonnable qu’après 5 ans  de hautes études, autant de galère comme, entre autre Assistant Parlementaire n’ayant jamais posé la plume au Parlement, c’est le premier CDI qu’il décroche. Et Mère Trisquelle est intransigeante sur la qualité littéraire. Il se dépêche de se rattraper avant qu’elle ne s’en rendre compte.

  La fondatrice du monastère, Magdeleine du Porneau, était la troisième fille, et le quatrième enfant d’un petit seigneur du Pallet (localité de l’actuelle Loire Atlantique), cousin du célèbre Abélard. Comme  de coutume, on la plaça dans un couvent dés ses 5 ans, en attendant soit de l’y oublier, soit de l’en sortir un jour pour la marier.
Elle arriva à Notre Dame des Landes, hameau perdu dans une zone humide, dont personne à l’époque, hormis ses habitants, ne connaissait l’existence.
Mère Marie des Ailes, la Supérieure, compris vite l’intelligence de la fillette, et l’inutilité de prétendre en faire, dans l’immédiat, une moniale. Magdeleine y reçut une éducation raffinée : lettres, arts, calcul.  A mesure qu’elle grandissait sa beauté s’affirmait, et ses possibilités de s’épanouir dans le monde s’amenuisaient. Mais ses sœurs étant mortes des fièvres (nombreuses à l’époque), son père se souvint d’elle quand il voulut passer un contrat avec un seigneur voisin et riche.
On procéda à l’extraction de Magdeleine qui à tout juste 14 ans, épousa le Comte du Porneau âgé de 35 ans. Celui-ci était un merveilleux amant qui initia rapidement sa jeune épouse. Elle découvrit qu’on peut prendre du plaisir ailleurs que dans l’étude et la prière.
Malgré son âge avancé (on mourrait jeune en ces temps reculés), le comte se croisa, et n’en revint pas. Magdeleine se retrouva donc veuve à 19 ans. Et malgré les multiples prétendants qui ne s’intéressaient pas qu’à sa beauté (le défunt l’avait laissée très fortunée), elle refusa de se remarier, décidée à profiter de toutes les nuances de la vie.
Elle invitait troubadours et trouvères, entretenait une cour de jeunes gens des deux sexes, et recevait avec grâce les hommages, et les cadeaux de seigneurs empressés à parfaire leur culture auprès d’elle.
Mais la jeunesse passe vite, et comme on l’a dit, on était vite vieux à l’époque. Magdeleine était lucide, à 30 ans, elle décida qu’il était temps pour elle de changer de vie, d’autant que ces amants se montraient moins empressés, et, quoiqu’elle demeura fort belle, lui préféraient des tendrons.
Elle serait bien retournée à Notre Dame des Landes, mais depuis quelques années, le monastère se trouvait déchiré entre la secte des Zadistes, opposée à toutes transformations du site, et celle des Toutavion qui prêchait une transformation radicale. Elle décida donc de fonder son propre couvent, et choisit un terrain hérité de son époux, à quelques lieues de Nantes (aujourd’hui la ville a absorbé cette banlieue).
Pour assurer l’avenir de son monastère, celle qui était devenue Mère Magdeleine de la Butte, sollicita sans vergogne ses anciens galants de mettre la main à la bourse (elle qui avait souvent porté la main aux leurs).
Certains, en souvenir du bon vieux temps, s’exécutèrent volontiers, d’autant qu’ils avaient la promesse d’être cités comme donateurs, ce qui leur valait allégement d’impôts. D’autres  se montrèrent plus réticents. Avec ceux-ci, l’abbesse n’hésita pas, elle usa de la fermeté et même d’une forme de chantage :
« Mon ami, j’envisage, afin d’entrer en religion lavée de tous péchés, une confession publique, et bien sûr, je devrais dire avec qui, et comment, j’ai péché, ce qui pourrait être fort gênant  pour vous, compte tenu de la position qui est la vôtre. Mais Dieu a ses exigences pour pardonner. »
C’est depuis cette date que les évêques de Nantes gardent une crosse affûtée contre les moniales de Notre Dame de Celles qui se Cachent.
« Mais votre générosité désintéressée vous vaudra une plaque commémorative, et la reconnaissance de générations de sœurs. »

   Comme on n’avait pas lésiné sur les moyens, faisant appel aux meilleurs maîtres d’œuvre et compagnons, la construction du monastère avançait vite.
En peu de temps, les principaux bâtiments furent opérationnels : Les chambres des religieuses, l’appartement de l’abbesse, le réfectoire, les cuisines et bien sûr, l’église. Viendraient ensuite une hôtellerie pour les visiteurs de passage, un scriptorium et une bibliothèque, une infirmerie, une herboristerie, une école pour les filles, et les bâtiments annexes : réserves, écuries, ateliers…
Mère Magdeleine n’avait pas eu de mal à trouver des postulantes qui s’installèrent joyeusement. La supérieure disait que c’est pas parce qu’on choisit d’entrer au couvent qu’on doit faire la gueule, bien au contraire. D’autant que la majorité des filles avaient connu une vie pas toujours drôle, même dans la haute société.
Elle du rapidement mettre fin à un malentendu, certains messieurs s’étant trompés sur la nature de la maison, s’étaient présentés à la porte, et avaient été éconduits avec indignation.
Le nom du monastère : Notre Dame de Celles qui se Cachent peut paraître curieux. Bien que planté sur la butte, il n’est guère visible, et tout en n’étant pas fermé au monde, il assurait la tranquillité aux moniales. Enfin, avant l’ère jupitérienne…


 
INTERLUDE II)

   Refusant de s’inféoder, l’abbesse ne s’était inscrite dans aucun ordre, et avait bricolé sa propre règle en piquant dans celles existantes quand ça lui convenait, en inventant quand ça n’existait pas encore. Ce avec une grande souplesse. La règle, oui, la rigidité, non.
Tout d’abord, forte de sa propre expérience, elle refusait de recevoir les enfants, ces filles surnuméraires des grandes ou petites familles de la noblesse. Les sœurs devaient avoir vécu une vie antérieure, et choisir volontairement la vie monastique.
Ensuite chacune s’engageait à faire profiter le couvent de son expérience, et accomplir les tâches du quotidien avec le sourire. Elles devaient travailler de leurs mains et de leur tête selon les compétences Un monastère est un monde en soi, et tous les talents trouvaient à s’y exprimer.
Comme les sœurs n’étaient pas cloîtrées, la renommée du couvent se répandit rapidement. Les postulantes devinrent si nombreuses que Mère Magdeleine instaura un concours d’entrée.
Il fallait rédiger, à la plume et sans faute, une lettre de motivation, un CV, et répondre à deux Quizz, un sur l’Histoire de Nantes et de la Bretagne, l’autre sur la Bible et les Evangiles. Sous son sage gouvernement, le monastère prospéra rapidement.
Elle rendit son âme à Dieu, chargée d’ans et de sainteté, bien qu’elle ait refusé qu’on la vénère après sa mort.
On peut encore voir son modeste tombeau dans la crypte de l’abbatiale.

   Une longue lignée d’abbesses lui succéda, toujours élues au scrutin uninominal à deux tours et à bulletins secrets par les sœurs.
Aucune, jamais, ne manqua à l’esprit de la fondatrice, mais certaines marquèrent davantage Parmi les plus remarquables, on peut    Mère Trisquelle au XIIIème siècle et Mère  Claude au moment de la Révolution.
Les XVIIème et XVIIIème siècles furent un temps de décadence pour presque tous les monastères où ne régnaient plus la foi ni la prière, moines et moniales y menaient souvent une vie fort profane et parfois licencieuse.
   En 1792, quand les propriétés du clergé furent décrétés « Biens Nationaux », l’Abbesse Mère Claude de la Passe, maquilla son couvent en maison close, afin qu’il échappe à des acheteurs avides totalement dépourvus du sens du sacré. Ce choix entraina quelques quiproquos, et contraignit certaines sœurs à faire don de leur personne à la cause du Christ. Mais elles se dévouèrent avec humilité, mirent assez de coeur à l’ouvrage pour que les visiteurs manifestent leur satisfaction en laissant des dons substantiels. Ainsi, NDCC passa sans dommage ces années terribles.

    Une autre règle édictée par la fondatrice, était d’accueillir et d’aider tous les persécutés. Ainsi, passèrent à NDCC, des cathares, des vaudois, des templiers, des protestants, des juifs, des résistants, des femmes battues, des enfants maltraités, des réfugiés hérétiques, politiques, climatiques, économiques… Et derniers en date, comme on l’a vu ordonanciques.
Un réseau  s’était tissé avec d’autres fondations religieuses ou profanes au fil des siècles et à travers le monde. Il fonctionne hélas toujours en 2017. Hélas parce que dés sa création, les sœurs avaient pensé qu’il serait provisoire, que la sagesse, la fraternité et même le simple bon sens triompheraient entre les hommes (et les femmes) et qu’il deviendrait inutile.
Il était plus que jamais exposé avec les nouvelles technologies qui permettaient de ficher et pister tout un chacun. Les divers Etat d’Urgence, plans Vigipirate et antiterroristes, ainsi que les lubies de divers chefs d’états qui vous décrétaient comploteurs contre leur précieuse personne, ou blasphémateurs ou simplement indésirables, le rendait toujours indispensable.
C’est une des raisons pour lesquelles Mère Trisquelle avait décidé d’initier les sœurs à l’informatique, pour ne pas se laisser distancer ou piéger par ignorance. Elle avait l’ignorance en horreur et vouait un culte à la culture.




   Dernière abbesse en exercice, Mère Trisquelle de l’Agrégation, aurait pu, tant au XIIIème qu’au XXIème siècle, couler des jours paisible entre ses voyages d’étude et  la direction du monastère. Celle-ci, en temps ordinaire, ne posait pas vraiment de problème, surtout qu’elle s’était entourée, comme le voulait la fondatrice, de personnes compétentes, ayant vécu une vie antérieure. Ce qui permettait aussi de gérer l’erreur de casting qu’était Soeur Sévaire.

   Elle aurait pu…
Mais en arpentant un forum, elle croisa la trajectoire d’un certain Messire, sérial Auteur de son état. Son MO (mode opératoire) était de s’emparer de vraies personnes dans la vraie vie, pour les transformer en personnages de roman. Romans dans lesquels il leur faisait subir, mêlés à des personnages imaginaires mais « inspirés de »… les pires avanies, les exposant aux caprices  d’odieux pervers, aux aléas de voyages délirants, et au Mal à l’état pur.  Le tout baignant dans les anachronismes les plus osés et les jeux de mots les plus approximatifs.
Mère Trisquelle sortait épuisée de ces histoires à dormir debout. Elle aurait pu se révolter, refuser de prêter sa personnalité au personnage, mais…
Sans doute en proie à une forme littéraire et encore non répertoriée par la médecine officielle de Syndrome de Stockholm, elle y avait pris goût. Elle riait aux larmes en relisant ses aventures avec la fine équipe (bien qu’elle fût au début un personnage secondaire), et en redemandait.

  Messire l’Auteur n’y est cependant pour rien dans le Martyre de Mère Trisquelle tel que l’on m’a prié (et payé pour) d’en tenir la chronique.
Il arrive plus souvent qu’on ne croit que la réalité dépasse la fiction. Si inventif qu’il soit, Messire l’Auteur n’a pas anticipé la calamité qui s’est abattue sur notre belle France en la personne de Jupimacras et sa bande  de bandits ultras libéraux décomplexés qui, n’ayant rien compris à Robin des Bois, volent aux pauvres pour donner aux riches.
Mais, comme elle l’avait clamé haut et fort, Mère Trisquelle n’allait pas « se laisser emmerder par ce petit connard  C’était pas son caractère (et c’est parce que ce n’était pas son caractère que Messire l’Auteur l’avait  choisie) ! Parce que, comme chaque abbesse de NDCC, elle venait de comprendre que l’héritage de sa vocation était rien moins que de sauver le monde !
Ce qui nous le reconnaissons, est un sacré challenge. Heureusement, elle n’était pas seule, parce que c’est pas un boulot qu’on peut faire tout seul. Et Messire l’Auteur l’avait intégrée ( à l’insu de son plein gré la première fois) dans une équipe sur laquelle elle savait, après bien des hésitations,  questionnements, interrogations de ses  grimoires, et maintes aventures vécues ensemble, pouvoir compter.

   Si le lecteur, qui tient maintenant quelques clefs pour comprendre  qui est l’abbesse et comment elle affronte son martyre, veut bien me suivre, nous retournons à Notre Dame de Celles qui se Cachent. Où l’ambiance  est un peu plombée.
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Lun 18 Sep 2017 - 15:27

XIII)
L’ambiance en effet était plutôt morose, au couvent l’inquiétude couvait.
Mère Trisquelle avait pourtant essayé de remonter le moral des troupes lors du chapitre. « Allons mes filles, nos trésors sont à l’abri, nous devons attendre d’un pied et d’un cœur fermes la venue des gabelous. Prions au choix Dieu, Jésus, Notre Dame et tous les saints de Bretagne (qui, comme chacun sait sont fort nombreux) de nous affermir dans cette épreuve éprouvante. Ainsi notre foi est éprouvée.
Et gardons la tête froide, ils ne vont quand même pas nous bouffer. Nous n’avons rien à nous reprocher, aucune de nous n’a un compte dans un paradis fiscal. Encore que ce serait plutôt pour eux, une raison de nous respecter. Aucune de nous ne dissimule des revenus illicites, n’a fictivement employé quelqu’un même dans sa vie antérieure…
Bref, nous sommes d’honnêtes et modestes sœurs, encore que ce soit plutôt un handicap par les temps qui courent.
Continuons nos activités quotidiennes, nous avons des commandes d’Eléphants et de Tours LU à honorer, nos vignes à vendanger, et la Rentrée à préparer. Allez, hop, au boulot ! »
Certaines sœurs s’interrogeaient quand même au sujet du trésor.
« Que dirons nous s’ils nous questionnent sur les objets, devrons nous mentir ?
- Mentir ? Sainte Anne m’en préserve, jamais je ne mettrais en péril votre âme immortelle. Vous direz, ce qui est la stricte vérité, que les seuls objets présents au couvent sont ceux qui leurs sont présentés.
- Mais, s’ils voient que ce sont des copies ?
- Comment le pourraient –ils, ils ne connaissent pas les originaux, et n’ont aucune idée de ce que nous possédons réellement ?
- Mais la Croix de l’Emir, ils l’ont vue !
- Dans l’obscurité, et ils verront bien une croix, ils verront même toutes nos croix, y compris celle que porte chacune d’entre nous. En vérité, en vérité je vous le dis, ne vous cassez pas la cornette, on les aura ! »
L’abbesse en sa Ford Intérieure, se posait des questions, mais pas question de les partager, les filles avaient besoin d’une direction solide comme le roc sur lequel le monastère était bâti.
« NDCC a résisté aux siècles, aux pestes, aux guerres civiles et internationales, aux bombardements, aux Folles Journées et au Renversement par l’Art. Vous ne craignez tout de même pas qu’un petit prétentieux qui se prend pour Dieu le fasse tomber ?
Allons, mes filles, allons, tenez, on se fait une soirée crêpes et je vous raconterai quelques nouveaux épisodes de mes aventures. »
Ca marchait à tous les coups, c’est pourquoi Mère Trisquelle distillait ses récits à doses homéopathiques, afin de maintenir son public en haleine. Pratique qu’elle tenait de Messire l’Auteur qui pouvait laisser ses personnages en rade pendant des mois et ses lecteurs tirer la langue en attendant la suite. Elle eut une pensée émue pour Fiona, toujours coincée à Londres.

Tandis que Sœur Deuxmaigres, qui avait été restauratrice étoilée dans une vie antérieure, préparait pâte et garniture, l’abbesse lui ayant recommandé de ne pas lésiner. Elle savait pourtant sa recommandation inutile, la cuisinière n’était pas radine, la sonnerie du Ternet l’avisa qu’elle avait un appel par Skype interposé.

XIV)
« Indiana, quel plaisir de vous voir ! Où en êtes- vous sur le pog ? »
Indiana Delarche, était un archéologue mondialement renommé, un peu baroudeur. Mère Trisquelle avait fait sa connaissance lors d’un colloque sur l’architecture arabe au Moyen Age.
Il travaillait actuellement sur un chantier de fouilles à Mirande, une petite ville gasconne de 3527 habitants, à 27 Kilomètres d’Auch. La municipalité avait décidé de faire construire un lotissement, et les premiers coups de pelleteuse avaient mis à jour des vestiges. Cette découverte avait entrainé, comme l’exigeait la loi, des fouilles préventives, afin de savoir si ces vestiges présentaient un réel intérêt archéologique.
Indiana Delarche avait été invité par l’INRAP (Institut national d’archéologie préventive) pour diriger le chantier. Il avait alerté la Supérieure dont il connaissait l’intérêt pour le site.
« Nous avons fait stopper les travaux. Je crois qu’ils vont devoir construire leur lotissement ailleurs. Nous allons de découvertes surprenantes en découvertes étonnantes, et même moi, je n’y comprends goutte pour l’instant.
- Qu’avez-vous trouvé ?
- Même vous, que le fantastique n’effraie pas, vous aurez du mal à me croire !
- Dites, vous piquez ma curiosité.
- Et bien, comme vous le savez, la fondation de la bastide de Mirande, date de 1281. Or,ce que nous mettons à jour est antérieur.
- Très antérieur ? Nous savons que le site fut occupé à l’ époque néolithique et probablement gallo romaine.
- Non, pas si antérieur, d’après le terrain et la paléobotanique, les vestiges dateraient du tout début du XIIIème siècle, et nous savons qu’il n’y avait aucune présence humaine à cette date et à cet endroit. Enfin, nous pensions le savoir. Mais ce que nous avons trouve, ce que nous avons trouvé c’est…
- Ne me faites pas languir, de grâce !
- Un périmètre artificiel qui s’apparente à un terrain de football, avec des tribunes et un fossé dont on ne voit pas l’utilité.
- Mais le football a été inventé en Angleterre au milieu du XIXème, n’est ce pas plutôt un terrain de Sioule ?
- Non, la Sioule n’avait pas besoin d’un terrain spécifique, elle se jouait n’importe où et n’importe comment.
- N’importe comment non, il y avait quelques règles quand même, avez vous trouvé un reste de ballon ?
- Une vessie de porc fort bien conservée, mais si on la remplit, elle est sphérique, pas ovale. Et il n’y avait pas de tribunes puisque le jeu se déplaçait sur une grande superficie.
- C’est juste, mais ça n’explique pas vos trouvailles.
- C’est d’autant plus palpitant, quelle énigme pour des archéologues ! Mais ce n’est pas tout.
- Vous avez trouvé des vestiaires ?
- Pas du tout, ça n’a plus aucun rapport avec le foot ou tout autre sport. Nous avons trouvé un très grand grill, rouillé, mais intact.
- C’était pour faire un barbecue pour les joueurs ?
- Non, ce grill ci n’a jamais rien grillé, et il était au milieu d’un petit dépôt de soufre, alors que la géologie du terrain ne s’y prête absolument pas.
- Si vous permettez, je vais me chercher un verre de ce merveilleux whisky irlandais dont vous m’avez envoyé une caisse durant vos recherches pour trouver l’Ile d’Avalon.
- Faites, Ma Mère, faites, je vais en profiter pour m’en griller une ! »

La Supérieure avait grand besoin d’un remontant !
Que n’avaient –ils fait le ménage en quittant le pog, après leur aventure avec Satan. Voilà que tout allait être mis à jour. Depuis qu’Indiana lui avait parlé de Mirande, elle redoutait ce qu’il allait dévoiler. Les progrès de l’archéologie, dus aux progrès de la technologie étaient remarquables.
Hum, ce 18 ans d’âge était vraiment une merveille ! Mère Trisquelle réfléchissait, une fois de plus, comme si elle n’avait pas assez de Jupimacras !
Mais après tout, ils découvraient des artefacts, une configuration inhabituelle de terrain, et alors ? Aucun document graphique, aucune indication de leur origine. Tentée d’alerter l’équipe, elle se dit que ce n’était pas la peine de sonner le branle bas, qu’auraient –ils pu faire ? Retourner là bas, au XIIIème siècle ? Enfin, certains n’en bougeaient pas, pour l’instant seules Melba et elle pouvaient se déplacer dans l’espace temps. Un problème à la fois…

« Excusez-moi, ça fait du bien de boire une gorgée d’Erin.
- C’est vrai, vous avez du sang irlandais.
- Ma grand-mère maternelle, une sacrée bonne femme !
- Vous avez de qui tenir. Je vous ai appelée pour savoir si ça vous dirait de venir faire un petit tour sur le chantier, vos connaissances nous seraient précieuses.
- Ce serait avec un immense plaisir, Indiana, mais en ce moment, j’ai quelques problèmes, ici, à Nantes, je ne peux absolument pas m’absenter du couvent.
- C’est grave ?
- Vous connaissez Jupiter ?
- Le roi des dieux dans l’Antiquité gréco romaine ? Ma Mère, me demander ça à moi ?
- Je ne mets pas votre culture en doute, ce n’est pas de celui là que je parle.
- Ha, oui, ce petit connard qui se prend pour le Maître Souverain, mais qu’est ce qui a pris aux français de voter pour ce rien du tout ? (Indiana était belge).
- Je ne sais pas, mais nous devons nous préparer à une série de contrôles, je dois être présente.
- Vous voulez que je vienne ? Avec mon fouet, je le ferais valser !
- Merci, mais pas de violence (décidément tous ses amis voulaient lui faire la peau au petit connard). Il ne s’agit que d’administration. Continuer vos recherches, tenez- moi au courant. Dés que possible, je viens. Merci Indiana, c’est toujours un plaisir.
- S’il vous plaît, Ma Mère, s’il vous plait. A votre service.

Un son de trompe retentit, signal que les crêpes étaient prêtes. Sœur Deuxmaigres avait trouvé, en cherchant un chaudron dans le grenier, un vieil olifant qui sonnait un peu faux. Elle avait demandé l’autorisation de s’en servir pour appeler aux repas, au lieu de s’époumoner en hurlant « A table, ça va être froid ! »
Autorisation accordée, ça rappelait à l’Abbesse son Moyen Age bien aimé, et ça portait assez loin pour que toutes les sœurs l’entendent.
Après le repas, elle reprit son récit.
Ici, le lecteur cartésien se demande comment les sœurs gobent si facilement que leur supérieure puisse voyager dans des temps reculés.
L’abbesse et Messire avaient résolu le problème, Mère Trisquelle du XXIème était en partie la réincarnation de Mère Trisquelle du XIIIème siècle, ainsi elle se souvenait de ce qu’avait pu vivre son illustre homonyme.
Précision inutile par ailleurs, un lecteur vraiment cartésien aurait abandonné la lecture dés les premières lignes !

« Mes filles, souvenez vous, quand j’ai reçu cette invitation de l’Emir de Grenade…
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 21 Sep 2017 - 15:31

XV) Le lendemain, dès l’aube à l’heure où… les sœurs pouvaient espérer déguster tranquillement leur petit déjeuner (qui est comme chacun sait le repas le plus important de la journée), la cloche du portail retentit avec insistance.
Sœur Anne, qui s’était enrhumée à force de guetter dans les courants d’air, descendit si vite de sa tour qu’elle faillit se prendre les pieds dans sa robe.
« Ma Mère, une horde de gabelous, flanquée de trois hommes en costume noir avec des lunettes de soleil carillonne à la grand porte.
- Nous l’avons toutes ouïe, sœur Cléôporte est allée ouvrir.
Mes filles, êtes vous prêtes ? N’oubliez pas les exercices de respiration, de répondre clairement mais sans détail superflus, et surtout, pas d’affolement, c’est juste une inspection, nous vivons selon la règle, nous sommes en règle, nous n’avons rien à cacher. »

La Supérieure remercia in petto sœur Excel qui avait fait remarquer dès réception, que le whisky envoyé par Indiana Delarche, n’avait pas de certificat de douane. On avait eu recours aux talents des copains d’Hordie pour en confectionner un présentant toutes les marques de l’authenticité.
La « horde » se composait d’une douzaine d’hommes et de femmes en uniforme bleu, accompagnés des trois en noir qu’avait annoncé sœur Anne.
Le chef se reconnaissait à son chef couvert d’un grand bicorne orné d’un plumet, qu’il n’eut même pas la courtoisie d’ôter. Mère Trisquelle était fort sensible à la courtoisie.

« Qui commande ici ?
- C’est moi, Mère Abbesse Trisquelle de l’Agrégation.
- Et c’est moi qui commande cette brigade, Capitaine Lafouille. Vous remarquerez qu’on a eut la délicatesse d’incorporer des femmes pour cette inspection, puisque vous êtes des femmes ! »
Vu la dégaine des femmes en question, et la façon dont elles lorgnaient les moniales, la supérieure avait un gros doute sur leur délicatesse.
« C’est fort aimable à vous capitaine. Par quoi voulez vous commencer ?
- Par tout, nous allons fouiller partout, du sol au plafond, vous ne pourrez rien dérober à notre sagacité, car nous œuvrons pour la gloire de Jupimacras.
Jupimacras est omniscient,
Jupimacras est omnipotent.
Jupimacras, sait tout.
Jupimacras voit tout.
Jupimacras vous regarde !
- Amen ! (Elle s’abstint de lui faire remarquer que dire dans la même phrase: omniscient et sait tout, relevait du pléonasme)
- Je veux la liste du personnel, tout le monde est là ?
- Ici présentes, sœur Médoc notre médecin est à l’infirmerie avec sœur Sévaire qui est souffrante, et frère Konte, notre prêtre et apothicaire.
- Konte ? C’est pas français ça !
- Mais si, il est du Nord, son nom dans le civil est : Lecompte de Lille, et son prénom Rouget.
- On vérifiera, je veux voir toutes vos pièces d’identité, vous en avez ?
- Evidement. Nous sommes des citoyennes comme les autres.
- On sait jamais, c’est ma première dans un couvent ! Mais je vais pas changer pour si peu ma façon de procéder. Avec un nom pareil, vous cachez forcément quelque chose !
Papiers, factures achats, ventes, eau, gaz et électricité, avis d’imposition, avis de paiements des taxes, bulletins de notes, de salaire, de pension de retraite…
- Sœur Excel qui notre intendante mettra tout ceci à votre disposition, mais nous ne sommes pas salariées.
- Mais vous êtes bien des retraitées, cette plaie du pays ! »
C’était reparti ! L’abbesse respira un grand coup, zen, il fallait rester zen, ce qui allait s’avérer plutôt ardu.
« Tout ceci relève des compétences de notre intendante qui y excelle. Sœur Excel, veuillez fournir au capitaine les documents qu’il demande, mes filles, allez chercher vos pièces d’identité. Je vais prendre les miennes.
- Où vous allez comme ça ?
- Chercher mes pièces d’identité !
- Pas si vite, aucune de vous ne va nulle part toute seule, une de nos brigadière va vous accompagner, chacune. Pendant ce temps, les brigadiers commencent l’inspection. Allez messieurs, au travail et retournez le moindre grain de poussière. »
Les trois en noir n’avait pas bougé, ni émis le moindre son.
« Qui sont ces messieurs ?
- Eux ce sont…
- Taisez- vous ! »
Celui là semblait le chef, son costume et ses lunettes étaient encore plus noirs.
- Nous œuvrons pour Jupimacras. Jupimacras est…
- Oui, ça va, on a compris, je vais chercher mes papiers, qui m’accompagne ? »
Une brigadière maussade à la carrure de docker lui emboîta le pas, sans desserrer les dents jusqu’à ses appartements. Ceux-ci étaient composés d’une antichambre, d’une pièce de réception, d’une chambre, d’une salle de bain, d’un salon/ bureau, et de toilettes. Le tout orné de boiseries, décoré de fresques, de tableau et de divers souvenirs rapportés de ses voyages.
« Ben dites donc, vous vous refusez rien ! Tout ça pour vous toute seule ?
- Il en est ainsi depuis la fondation du couvent, une abbesse se doit de tenir son rang, et de recevoir dignement ses visiteurs. Où ai-je fourré mon passeport ? »
Mère Trisquelle avait beau déployer de louables efforts pour maintenir un semblant d’ordre, son immense bureau était un vrai foutoir où s’entassaient documents, feuilles volantes, livres, encriers, pots à crayons, revues, magazines, catalogues d’agences de voyage, et tout ce qui serait à lire dans un plus tard qui tardait à venir. Seul son ordinateur (elle était la seule à en avoir un personnel, comme l’indiquent les initiales PC) avait un coin réservé et préservé, Hordie avait été formelle :
« C’est fragile ces machins, ne posez rien dessus, rien sur le disque dur, rien sur l’imprimante, rien sur le clavier, sinon vous pourrez pas taper, et ça risque de surchauffer. »
« Ca y est, je l’ai, non peut y aller ! »

XVI)
Le Capitaine étudiait avec suspicion le passeport de la Supérieure.
« C’est plein de cachets, vous voyagez vraiment beaucoup. Je croyais que les bonnes sœurs devaient rester dans leur couvent. C’est louche !
- Nous ne sommes point un ordre cloîtré, nous pouvons aller et venir comme bon nous semble.
– Oui, capitaine, y’en une là, qui bouge pas mal aussi.
- On verra ça, mais vous la mère, vous allez devoir vous expliquer.
- MA MERE (on pouvait entendre les majuscules), soyez respectueux !
- Vous avez été au Moyen Orient ?
- On dit « Etes vous allée », et, non, pas depuis longtemps.
- Donc vous y avez été ? »

Zen, zen, zen !

« Il y a longtemps, oui. Longtemps vous dis-je. Je suis une érudite reconnue au niveau international, on m’invite pour des colloques, des conférences, des séminaires, donner des cours. Oui, je suis allée en Syrie, sur les traces des croisés, à Pétra, et en Egypte. Mais c’était bien avant le « Printemps » qui tourne à l’hiver ! Oui, je voyage, ce n’est pas interdit par la loi que je sache ?
- La loi, je suis là pour la faire appliquer, c’est louche tous ces déplacements ! »

Louche toujours, abruti !

- Capitaine, celle là, elle est allée en Russie, et en Amérique.
- La mère aussi ! Et vous avez rapporté quoi en fraude ? On va voir le résultat de l’inspection. »
Des chariots avaient été poussés dans la salle du chapitre où les gabelous retenaient les moniales après avoir pris leurs pièces d’identité. Ils contenaient en vrac tout ce que tous les objets assez légers pour être déplacés trouvés dans le couvent, enfin leurs copies.
Les hommes en noir, qui n’étaient pas encore intervenus, s’intéressaient particulièrement aux objets reproduits, et surtout à la Croix de l’Emir.
Le chef des limiers la jeta devant l’abbesse.

« C’est du toc, où est la vraie croix ?
- La Vraie Croix, voyons ? Vous en trouverez un morceau à la Sainte Chapelle, un autre à Constantinople, un autre à l’Eglise du Saint Sépulcre de Jérusalem, un autre à Saint Basile le Bienheureux à Moscou, un autre à…
- Elle est en morceaux ?
- Et même en mille morceaux. Des scientifiques ont calculé que, vu le nombre de morceaux de la Vraie Croix dispersés dans le monde, il y a de quoi en reconstituer plusieurs dizaines. Alors, je vous souhaite bien du plaisir, d’autant que peu nombreux seront ceux qui céderont volontiers cette inestimable relique !
- Vous vous foutez de moi !
- Veillez à votre langage en présence de religieuses! Vous me demandez où est la « Vraie Croix » je vous réponds.
- Je vous parle de ça, c’est du plastique !
- Non, c’est du laiton et du verre, auriez vous cru qu’elle était d’or et de joyaux ? Je vous rappelle que vous êtes chez d’humbles moniales.
- Mais, le Damné de Bercy l’a vue !
- Il a vu ce qu’il a cru ou voulu voir, aveuglé par son avidité, être aveugle n’est pas la meilleure façon de voir.
- Or ou je ne sais quoi, elle est arabe !
- Les arabes préfèrent les croissants, pourquoi auraient –ils copié une croix ? Les chinois, je dis pas, la contrefaçon ça les connaît, mais les arabes...
- Les chinois ne s’adonnent pas au terrorisme.
- Concedo, c’est une copie !
- Où est l’original, et d’où vient –il ?
- J’ignore où il est (ce qui était vrai, l’abbesse ignorait où Melba avait transporté le trésor) mais je peux vous dire d’où il venait. Il avait été offert par un émir de Grenade à la Supérieure de l’époque.
- Depuis quand les arabes font des cadeaux aux bonnes soeurs ?
- C’était une époque bénie où l’on échangeait entre érudits. Il a voulu la remercier de sa contribution au débat culturel. »
Elle en rajoutait, le XIIIème siècle fut loin d’être idyllique, mais l’autre n’avait pas l’air très au fait de l’Histoire et surtout il était obsédé par son complot.
« Et pourquoi une copie ?
- Parce qu’on n’a plus l’original, les aléas de la vie… »

Le chef limier tendit la croix à son décodeur spécialisé.

« Il y a forcément un code là dedans, trouvez le, et vite, on a d’autres complot et attentats à déjouer.
– Alors, vous devriez aller déjouer ailleurs. Ici, vous ne trouverez rien.
– C’est moi qui décide de ce qu’il ya à trouver ou pas. Plus je trouve, plus j’ai de l’avancement, j’ai une carrière à mener.
- Ce n’est pas céans que vous entrerez dans la carrière ! »
Croyant bien faire, sœur Ibis proposa :
« Voulez vous un café ?
- Vous cherchez à nous corrompre, avec un minable café ?
- Nenni, mon fils (ça lui faisait mal de nommer ainsi ce crétin complet, mais elle devait tenir son rôle et son rang) nenni, c’est notre devoir d’hospitalité de soigner nos hôtes, même s’ils s’imposent et sont indésirables. Et vous avez tort de mépriser le café de Sœur Ibis, c’est un nectar.
- J’en prendrais volontiers un, ma fille, demandez qui en veut.
- Pas question, vous pouvez essayer de nous droguer, j’interdis à tout le monde de boire ou manger quoique ce soit ici ! »
-
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Jeu 21 Sep 2017 - 15:44

Sœur Ibis maintenant ? A-t-elle le droit d'aller à l'autel ?...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
pour vos commentaires : http://liensutiles.forumactif.com/vos-textes-longs-feuilletons-romans-pieces-f5/mbs-commentaires-t13327.htm

pour entrer dans mon univers : http://fiona.toussaint.free.fr
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   Hier à 15:32

De l'hôtel à l'autel, ainsi va la vie! mdr
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MessageSujet: Re: Le martyr de Mère Trisquelle   

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