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 Top chef

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MBS

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MessageSujet: Top chef   Mer 13 Sep 2017 - 0:12

Attention, c'est interminable...

S’il y en a pour qui les trois dernières semaines (au moins) n’ont pas été de tout repos, ce sont bien les chefs d’établissement du secondaire. Bien sûr, ils bossent toute l’année eux-aussi (la notion de vacances étant, on devrait le savoir à force, relative dans l’Education Nationale) mais la préparation de la rentrée et la rentrée elle-même, c’est l’équivalent de l’étape de l’Angliru sur le Tour d’Espagne cycliste…
On ne le dira jamais assez, la grâce ou le désastre de ce moment fondateur de l’année scolaire incombent en grande partie aux « chefs » comme nous disons, nous les profs, et aux perdirs, comme ils se baptisent eux-mêmes (terme que je n’ai découvert qu’il y a quelques semaines). Bien sûr, il y a des profs grincheux par nature et d’autres que rien, pas même un emploi du temps sur neuf demi-journées, ne peut altérer, mais pour l’essentiel du corps enseignant, une bonne rentrée c’est déjà un jalon important de posé pour la relation entre la salle des profs et « l’administration ». Cela peut même venir contrebalancer les premières remarques que les anciens du bahut n’auront pas manqué de te faire dès que tu te seras présenté, toi le nouveau. Oui, oui, tout nouveau prof qui arrive dans un établissement du secondaire, on ne lui cause pas de la qualité des repas à la cantine, de l’équipement des salles de cours, du pourcentage de jours de panne de la photocopieuse. Non, les premiers commentaires sont pour définir comment est le/la chef.fe ! Et ça va de « On a vraiment quelqu’un de très bien » à « C’est une grande malade »…

Alors, vous pensez bien qu’en 30 ans de vadrouille dans le paysage du secondaire français et sur le territoire national qui l’accompagne, j’en ai vu des cas. De toutes les sortes et de tous les degrés. Donc, petite revue d’effectif (typologie si vous êtes géographe et que vous me lisez).

Tout en bas de l’échelle, il y a l’OVNI. Le chef dont tu te demandes bien comment il est arrivé là tant il semble n’avoir aucune appétence pour le boulot. Alors, évidemment, tu finis par découvrir que certains arrivent là par un biais politique (je ne sais plus si c’est toujours le cas mais je le crains) et qu’on leur confie de gros bahuts parce que c’est là que ça paye le plus. J’ai connu un duo infernal avec un chef qui ne pouvait jamais rien faire à moins que tu ne lui apportes la solution (solution aux bêtises faites par lui d’ailleurs comme soutenir le projet d’une « classe théâtre », rassembler les élèves dans une seule classe mais… ne pas y mettre les profs gérant le projet ; nota : il devait également oublier de faire la réservation de la salle pour le spectacle). Autre élément du duo, un adjoint, qui avait eu des (gros) problèmes dans un poste précédent, qu’on avait casé là, qui en faisait le moins possible mais qu’on voyait toute la journée sur son ordinateur (il jouait bien sûr). Ces deux-là croyaient si fort aux possibilités pédagogiques de l’informatique (ok, c’était au milieu des années 90) que le premier disait préférer le pigeon voyageur à internet pour communiquer car on pouvait manger le pigeon ensuite… tandis que le second distribuait des emplois du temps (très moches) faits par ordinateur en juin pour désamorcer les critiques de septembre sur l’aspect gruyère des emplois du temps définitifs. Avec des gens comme ça, l’établissement est quasiment en autogestion et ne tient finalement que parce que les profs se serrent les coudes au milieu du néant, que la vie scolaire rame pour maintenir la barraque et que le secrétariat rattrape toutes les âneries.

Dans un genre différent mais avec des résultats en partie comparables pour l’ambiance locale, il y a le malade mental. Oui, je sais, ce n’est pas très politiquement correct comme terminologie mais je cherche depuis un quart d’heure et je ne trouve pas mieux. Pourquoi malade mental ?... Tout simplement parce qu’on un/une chef.fe qui n’est pas en capacité d’exercer correctement son métier et de faire face aux exigences minimales d’un poste à responsabilité. Comme si quelque chose avait disjoncté à un moment dans sa tête (parce que, bien sûr, on n’ose imaginer qu’il/elle ait été recruté.e dans cet état). C’est l’adjointe qui, face aux demandes des professeurs pour améliorer l’emploi du temps d’une classe, les vire de son bureau et s’y enferme à clé en disant que « c’est l’heure de mon café ». C’est la même qui, en conseil de classe, interdit aux profs de répondre à une question des parents sur la date de l’épreuve de français du bac sous prétexte que l’information sera distribuée le lendemain en classe. C’est la boss qui se met tout le monde à dos à force de fliquer tout le monde par peur d’être débordée par la masse, qui multiplie les agressions gratuites pendant toutes les réunions (et ça, dès la pré-rentrée) et s’étonne de ne pas voir son travail reconnu à sa juste valeur. Elle veut tout savoir de ce que vous faites parce que « vous comprenez, je ne fais de chèque en blanc à MES enseignants »… alors que dans la réalité, elle se moque éperdument de la pédagogie. Tellement à côté de le plaque qu’elle ne fait pas savoir aux professeurs qu’il y a une exposition sur la déportation montée par des élèves ; il y a donc six personnes en tout au vernissage dont un représentant du rectorat qui en conclura que les profs du bahut ne sont pas impliqués dans la vie du lycée. Le problème avec ces cas-là, c’est que trop souvent ils restent dans le circuit. Quand ils arrivent dans un établissement, leur réputation les a précédés et il n’y a aucune chance que la greffe prenne… Mais, dernier exemple de trouble mental grave, ils arrivent en affirmant qu’on a beaucoup regretté leur départ sur leur précédent poste. Ce qui est faux et tout le monde le sait. La rentrée part donc sur des bases on ne peut plus problématique.

Beaucoup plus positif dans son attitude (et peut-être même trop parfois), il y a le chef / la cheffe paternaliste. De sa position d’autorité, il/elle fait une sorte de balcon sur son établissement et en particuliers ses enseignants. Sa porte est toujours ouverte, il est toujours prêt à soutenir vos idées, il vous accompagnera quoi qu’il arrive. Oui, il sera là et vous pourrez compter sur lui… Jusqu’au jour où il se rendra compte que vous prenez un peu trop de la lumière qu’il entend voir réservée essentiellement à lui. Là, tout d’un coup, il y aura des trous dans le soutien : des choses possibles en juin ne le seront plus en septembre ; la « grande influence » qu’on a au rectorat se révélera incapable de vous maintenir un an de plus dans le bahut ; la participation à un mouvement de grève sera perçue comme une trahison et on saura vous le dire. On est là dans la grande tradition du patronat français du XIXe siècle : je vous aime bien tant que ça permet qu’il n’y ait pas de problèmes mais si vous bougez ou si vous prenez le pas sur moi en quelconque manière, vous irez voir ailleurs.

Le paternaliste a beaucoup de points communs avec le médiatique… A tel point que j’ai imaginé un moment les fondre dans la même catégorie. On dira pour les différencier que si le paternaliste flirte résolument avec la mentalité XIXe siècle, le médiatique est de plein pied dans son époque, celle du buzz, du tape-à-l’œil et du si je n’existe pas c’est que je suis mort.
Pour le/la médiatique, ce qui importe c’est que ça se sache. Pour le reste, l’intendance suivra. C’est donc la cheffe qui organise de grandes réunions avec les parents qui sont de véritables one woman show d’une heure trente ; même un simple passage de présentation en début d’année a des airs de mini récital parfaitement réglé et ne pouvant souffrir la contestation tant il exhale de positif et de belles idées. La moindre victoire d’une équipe du bahut, le moindre projet abouti, une sortie au-delà de l’agglomération et ce sera immédiatement un article dans le quotidien local, article qu’on retrouvera ensuite punaisé un peu partout dans l’établissement en format A3 et couleur (comme quoi, il y a des moyens !). Et cette communication, elle est vitale pour eux ! Je me souviens de l’angoisse de cette agente (à deux ans de la retraite) parce que la photocopieuse couleur de l’administration étant subitement tombée en pannée, elle ne pouvait faire de grandes affiches A3 pour annoncer un « événement ». Car oui, il faut qu’il se passe des choses dans le collège, dans le lycée. Pas seulement des portes ouvertes, c’est d’un banal… Non, des trucs qui ne se font pas ailleurs… ou qui se font ailleurs (mais loin) ce qui permettra de laisser penser que c’est une idée locale. L’occasion de faire venir les maires du secteur, le recteur ou la rectrice ou toute autre personne du rectorat les approchant régulièrement, la presse, une radio locale. Faut que ça se sache ! On a fait ça ! Vous voyez comme c’est bien, comme c’est tendance, comme c’est ce qui faut au pays pour qu’il aille mieux ?… Vous voyez comme, nous, on est dynamique ?… (sous-entendu, à peine voilé, pas comme les autres dont on parle tout le temps dans les médias). Bien évidemment, les profs sont fortement incités à pousser les notes et les appréciations dans le sens du positif. Dynamique ET avec des élèves qui réussissent bien !!!
Le médiatique chef d’établissement vit, qu’il le sache ou non, dans un rêve éveillé. Très souvent, il n’a aucun sens des réalités matérielles des choses. Pour lui, pour elle, un projet mené par des élèves de Terminales sur une semaine, ce ne sont pas des heures de cours qui disparaissent sans avoir aucune chance d’être rattrapée avant l’examen. Pour lui, pour elle, afficher régulièrement les élèves du lycée dans des manifestations, cela ne risque pas de fatiguer lesdits élèves, ni même les profs qui les encadrent. Pour lui, pour elle, une sortie où les élèves et les profs se sont perdus, c’est une mésaventure qui forme et donne du relief à l’autonomie… et pas le sentiment d’être passé à côté d’un grave problème dix jours avant le Bac. Pour lui, pour elle, il suffit de dire et ça se fera : comme faire entrer tous les élèves d’un niveau dans une salle ne pouvant en accueillir que la moitié et s’en étonner… tous les ans. Autant vous dire que lorsqu’on est dirigé par un.e médiatique, on n’est même pas surpris de voir surgir son visage au journal de 20 heures, sur le plateau d’une émission de débats ou même dans un article du web. C’est même l’inverse qui étonnerait.
Pourtant son rêve est très souvent nimbé d’un soleil trompeur. L’existence de ces villages Potemkine pédagogiques est connue et finit très vite par ne plus tromper grand monde dans le milieu de l’éducation.

Pour le/la médiatique, tout est toujours merveilleux, fort, puissant. Le coup de gueule, s’il existe, se fait bien à l’abri, entre quatre yeux, dans un bureau, et se fonde essentiellement sur ce qui est vu comme un acte de nature à nuire à la réputation du bahut. Rien de tout cela avec le/la psychorigide. Avec lui, avec elle, le coup de gueule, qu’il soit tonitruant ou simplement agacé, est monnaie courante. Contre les secrétaires, pendant les conseils de classe, lors d’interventions dans les classes, face aux professeurs en réunion. Même dans les périodes de grand calme, le ton est sec, cassant, presque insultant. C’est que pour un chef de cet acabit, il faut que tout file droit : les profs, les élèves, les agents et même les faits. Tout doit être parfaitement dans les clous des textes. Eh oui, sauf rares exceptions d’un type évoqué plus haut, le/la psychorigide est quelqu’un qui ne veut surtout pas être pris en faute par ses supérieurs ou par les parents (les seconds pouvant être ceux qui ont prévenu les premiers). Il s’agit donc que tout soit parfait dans la vie du bahut !... Il va donc s’énerver pour inciter un professeur principal à durcir une appréciation de synthèse pour un élève qui ne bosse pas. Il va engueuler un parterre de profs lors d’une après-midi banalisée en constatant que seuls 4 se sont inscrits dans le groupe de travail sur la réussite des Secondes. Il va se foutre en rogne auprès d’une secrétaire parce qu’elle est debout dans le couloir à parler à un prof au lieu d’être à son bureau. Autant dire que sur de jeunes profs, ça a un effet terrifiant quand ils s’imaginent passer 40 ans à subir de telles foudres jupitériennes. Sur les profs plus aguerris, ça fait bizarre de se sentir ainsi totalement infantilisé et ça peut conduire à des rejets épidermiques, le départ du/de la psychorigide étant accueilli avec des cris de joie.
Cependant, on pourra peut-être nuancer l’analyse typologique car souvent le caractère psychorigide n’est qu’une manifestation jouée, voire surjouée, d’une simple et réelle conscience professionnelle. Contrairement à un boss médiatique qui oubliera tous les services rendus par une personne au moment de lui faire part de sa colère, le psychorigide se trompe rarement dans ses énervements. Sans avoir fayoté le moins du monde, certaines personnes traversent les années sans jamais avoir subi la moindre agression ; elles s’en étonnent d’abord avant de comprendre, lorsque le psychorigide baisse la garde, qu’elles sont jugées dignes de confiance et estimées dans leur travail. Il y a dès lors un vrai petit côté jouissif à voir certains collègues se faire justement remettre à leur place…

Terminons par le Top chef (vous vous en doutiez, vu le titre). On peut le trouver qualifié par de nombreux vocables, ceux-ci étant souvent plus ou moins intensément positifs selon la nature du prédécesseur. Il/elle est « un bon », « super », « une perle », « un type bien » ou « quelqu’un de bien » (oui, le « une nana bien » n’a pas vraiment cours), « extraordinaire », « génial », « efficace », « toujours là »… Il y en a même pour aller jusqu’à « un amour », c’est dire…
Alors qu’a-t-il de plus que les autres cet « amour » ? Qu’a-t-elle de plus cette « perle » ?
En fait, on pourrait s’en tirer par une pirouette en disant qu’il ou elle possède tout ce que les types exposés précédemment n’ont pas. Ce serait évidemment réducteur et faux. Le chef d’établissement dont rêvent les profs (une majorité en tous cas, car il y a aussi ceux qui refusent toute idée d’autorité) offre d’abord une cohérence totale, le genre d’attitude morale qui te fait penser qu’il a été un très bon prof, adoré par ses élèves et bien noté par ses inspecteurs (même si ce n’est bien sûr pas obligatoire).
Cohérence parce qu’il n’y a jamais de mauvaises surprises. Ce qui a été dit est immédiatement considéré comme une promesse et sera tenu quoiqu’il en coûte en efforts, en temps (de discussion avec le rectorat par exemple), en coût financier. Et si quelque chose est impossible à faire, on le saura dès le départ et on saura pourquoi : pas de profs (et/ou d’élèves) se lançant dans un projet, y bossant avec énergie pour finir par découvrir que finalement, cela ne se fera pas. Le top chef n’a aucun mal à savoir l’impact terrible de ces situations (il y a d’ailleurs fort à parier qu’il les a connues lui-même quand il enseignait).
Cohérence aussi parce qu’il n’oublie pas que l’établissement qu’il dirige est un lieu d’enseignement et pas une machine administrative. Ce qu’il attend c’est la réussite des élèves qui lui sont confiés et pour ça, il/elle est prêt.e à mettre le paquet. On évoquait hier (et c’est ce qui est à l’origine immédiate de ce billet de blog) un chef d’établissement affirmant que « l’argent ce n’est jamais le problème » lorsqu’il faut accompagner un projet. Autant dire que ce discours-là, on l’entend plutôt rarement (du moins de manière aussi tranchée). J’ai connu pour ma part un chef d’établissement qui venait quémander de l’argent auprès du Foyer Socio-Educatif en mettant dans la balance la non-tenue de sorties scolaires obligatoires (qui auraient donc dues être financées par le budget propre de l’établissement). Et combien de collèges dans lesquels l’administration refuse de changer, voire de fournir, des manuels scolaires « parce qu’on n’a pas d’argent pour le faire ». Le top chef va donc être partie prenante de tous les projets, de toutes les actions se faisant dans son établissement, que celles-ci aient une « portée extérieure » (monter une expo ; organiser un événement au lycée etc…) ou qu’elle reste strictement interne (développer un atelier d’écriture ; améliorer les questions d’orientation ; rendre le foyer plus accueillant etc…). Vous le reconnaitrez quand, après que, tremblants de votre propre hardiesse, vous ayez déposé un projet par écrit, il/elle vous fera venir dans son bureau. Attention ! S’il/elle vous demande « de quoi avez-vous besoin ? », méfiez-vous : il y a de fortes chances que ce ne soit pas la « perle » espérée, c’est qu’il/elle n’a pas lu votre projet ou qu’il/elle veut savoir comment s’en tirer à moindre coût sans faire de vous des personnes lui étant désormais hostile. Le Top chef, lui/elle, va vous dire tout de suite ce qu’il peut faire, ce qu’il ne peut pas faire mais qu’il va essayer de faire quand même par un moyen détourné (il connait une personne qui… il connait un fond de financement qui… etc) ; il va aussi vous demander si vous avez besoin d’aménagements pour mieux travailler (salles, horaires…) ; il va même - mais vous vous en moquez n’est-ce pas ? – vous dire qu’il aura des HSE pour vous payer le temps passé sur le projet (et vous aurez l’occasion de constater, quelques mois plus tard, que ce n’était pas là paroles en l’air). Bref, le Top chef est un facilitateur…
Et s’il est un facilitateur, c’est aussi, et surtout, parce qu’il sait se rendre abordable. Sa porte est ouverte, oui, comme celle de nombreux autres chefs d’établissement (une minorité « résistante » ayant plutôt choisi de se claquemurer telle une île des Antilles face à un ouragan)… mais cette porte ouverte l’est à la fois physiquement et intellectuellement. On peut toujours entrer facilement dans un bureau de direction mais si c’est pour en ressortir sans avoir la réponse, le conseil, l’ajustement d’emploi du temps indispensable, l’encouragement qu’on était venu y trouver, la belle affaire !... On n’imagine pas à quel point c’est rassurant et gratifiant pour un enseignant de se sentir exister devant ses supérieurs. Par exister, je ne veux pas dire être connu parce qu’il est là mais reconnu pour ce qu’il fait (bien ou moins bien, ce n’est même pas ça le problème). Les évolutions actuelles tendent à aller vers des pratiques managériales des professions de direction d’établissement (c’est ainsi que sont formés les nouveaux chefs d’établissement comme j’ai pu le constater un jour en explorant un paper board où une réunion de formation venait de se tenir) : gérer la masse avant l’individu. Je voudrais évoquer ici une proviseure-adjointe qui a, année après année, était fidèle à une attitude positive, franche et ouverte. Avec elle, tout devenait possible (dès lors, bien sûr, qu’une solution était techniquement possible). Je lui ai parlé façon différente d’organiser l’année scolaire, gros bloc d’Accompagnement Personnalisé les trois premières semaines de l’année, club écriture, club théâtre, dialogues virtuels, rendez-vous de l’Histoire à Blois, besoin d’une salle de classe unique pour déposer mes affaires et soulager mon dos. On a aussi beaucoup parlé orientation, attitude en classe avec les élèves, moyen d’aider les élèves qui passaient « juste » dans son bureau, défense des séries littéraires, fausses promesses du « vivre ensemble »… Ca ne parait pas mais pouvoir parler, qu’est-ce que c’est riche de possibilités ?!...
En fait le Top chef est un peu schizophrène. Il représente un système mais connait parfaitement les incohérences et les lourdeurs de celui-ci ; alors, avec les gens qui l’entourent mais aussi avec les enseignants et les élèves, il/elle essaye de se rapprocher au plus proche de l’idéal posé par les textes en termes de formation civique, d’ouverture au monde et de développement de l’intelligence. Bien sûr que les pourcentages de réussites au brevet ou au bac comptent mais il est persuadé que cela n’aura de sens que si les diplômes ont ancré en eux les points forts des différents programmes. Il/elle connait les statistiques de son lycée (redoublements, réorientations, pourcentage en S etc…) mais il/elle ne se laisse pas aveugler par leur « vérité » parce qu’il/elle connait les élèves, leur recrutement et d’autres chiffres qui expliquent les premiers mais dont on ne parle jamais (« oui, on a 22 % de redoublants en seconde et c’est bien plus que tous les lycées du secteur… mais on a 10 points de plus que les autres lorsqu’on regarde le passage 3ème/Seconde »). De cette position ambigüe et forcément inconfortable (comment donner une salle dédiée à un prof pour qu’il travaille en ilots quand le taux de remplissage frôle les 100 % ? comment amener des gens d’une équipe à travailler ensemble quand ils se détestent depuis plus de 10 ans ?), le Top chef arrive malgré tout à faire une force. Tout simplement parce qu’il n’oublie pas que son objectif premier est de favoriser l’épanouissement des générations futures à un âge où celles-ci sont grandement fragiles. Tout simplement parce qu’il sait que pour que cela arrive, il faut mettre les enseignants dans les meilleures conditions possibles afin que leur énergie, leur inventivité, leur savoir-faire ne se dissolvent pas dans la colère, la frustration et l’amertume.
Alors, combien sont-ils ces top chefs ? Difficile à dire. Tout le monde a sans doute en lui les éléments pour l’être (tout comme dans un prof d’ailleurs). Après, la combinaison se fait ou ne se fait pas du fait des hasards de l’existence et, hormis pour quelques-uns qui sont des dangers publics pour les élèves, les profs, l’institution et eux-mêmes, tous sont aptes à offrir cette façon d’être et d’agir qu’attendent enseignants, élèves et (souvent) parents. Mais peut-on en vouloir à ces personnes de ne pas y parvenir tant elles sont aujourd’hui bombardées des mêmes injonctions, parfois contradictoires, que les enseignants ? Tant elles se trouvent chahutées par un manque de moyens récurrent, par la gestion des violences et par des visions contradictoires (entre ceux qui veulent pouvoir « choisir » leurs profs et ceux qui restent attachés aux règles traditionnelles de la fonction publique). A deux reprises, on m’a proposé d’aller tenter ce concours. J’ai dit non poliment les deux fois. C’était déjà un métier de dingue, c’est largement devenu un métier de fou. Mais en ayant fait l’inventaire de tout ce qu’il recouvre comme responsabilités, actions et force morale à tenir, on ne peut qu’être admiratif devant ces top chefs qui arrivent à surnager et à être ce dont on a besoin au milieu de tout ça.


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MessageSujet: Re: Top chef   Mer 13 Sep 2017 - 15:40


Inventaire approuvé!

" Mais en ayant fait l’inventaire de tout ce qu’il recouvre comme responsabilités, actions et force morale à tenir, on ne peut qu’être admiratif devant ces top chefs qui arrivent à surnager et à être ce dont on a besoin au milieu de tout ça."
Exact, mais ces "perles" sont rarissimes, pour les raisons que tu évoques, et parce que le recrutement ne se fait pas sur des critères de qualités humaines; c'est bien de ça qu'on parle. Le recrutement se fait sur Liste d'Aptitude, par cooptation, et comme les cooptants ne sont pas tous des perles... Certes, on a maintenu la fiction du Concours (le vrai concours a existé 3 ans), mais on est revenu, sous la pression d'un grand nombre de chefs pas top, à la liste d'in- aptitude.
Et c'est pas avec Blanquer qui veut des chefs à la botte mettant les profs au pas sous couvert d'autonomie, que ça va s'arranger.
La formation "managériale" ne date pas d'hier, c'est celle que j'ai reçue en 1989, appliquée peu ou prou avec le succès qu'on sait.

J'ai connu deux Top Chef, deux! Et ayant débuté avec l'un deux, le retour au chef ordinaire a été ce que peut être quitter une table étoilée pour aboutir dans un Mac Do!
J'ai expérimenté certaines des catégories que tu cites. Leur point commun, hors le Top bien sûr) est de ne pas faire de vague, tout baigne dans le bahut, leur carrière en dépend.

Et vous Messire, quel est le type de votre actuel suzerain?
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MBS

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MessageSujet: Re: Top chef   Mer 13 Sep 2017 - 19:57

Médiatique à donf...

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MessageSujet: Re: Top chef   Jeu 14 Sep 2017 - 3:30


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MessageSujet: Re: Top chef   

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