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 Et l'autre dans tout ça ?

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MBS

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MessageSujet: Et l'autre dans tout ça ?   Et l'autre dans tout ça ? EmptyMar 29 Jan 2019 - 18:53

Ce billet de blog devait s’intituler « Ce que je crois finalement savoir sur l’éducation des élèves » ou un truc dans le genre… et, au moment où j’ai ouvert la page du traitement de texte, ce titre s’est imposé à la vue de nouveaux tweets. Car, finalement, quoi de commun entre l’attitude d’un ministre fermé au dialogue et sûr de son projet et des enseignants qui s’opposent à lui au nom de certitudes qu’ils peinent parfois à remettre en cause ? Quoi de commun entre un président se présentant comme omniscient au point de vouloir répondre seul à 700 maires rassemblés et des Gilets jaunes estimant qu’ils sont le peuple ce que peuvent légitimement refuser des centaines de milliers de leurs concitoyens ? Quoi de commun encore entre ceux qui s’extasient sur les désordres, les tags sur les murs ou la destruction du mobilier urbain de nos centres-villes et ceux qui flippent de voir ce qu’ils possèdent être dégradé de manière irréversible ?
C’est justement cette part commune qui a disparu, ce sentiment d’appartenir à un même monde, cette envie de projets à mener ensemble, dans un grand moment d’individualisme comme peut-être la planète n’en a jamais connu. N’allons pas pour autant idéaliser le passé et imaginer, comme le firent naguère quelques philosophes des Lumières, qu’il a existé un état de bonheur dans l’histoire humaine. Force est pourtant de constater qu’hormis quelques catastrophes humanitaires, et encore bien davantage les attentats frappant notre pays ou quelque pays voisin (ailleurs dans le monde, il faut reconnaître que l’opinion publique dans sa très grande majorité s’en fiche totalement), on n’a plus guère de considération pour son prochain sous prétexte que justement il n’est pas si proche que ça de nous. Il faut ici nuancer bien évidemment les choses : beaucoup de personnes, par charité issue d’un enseignement religieux ou par pure philanthropie laïque, s’investissent dans l’aide aux exclus que notre société, soi-disant avancée, pose sur le bord de la route avec la même régularité qu’une moissonneuse-batteuse crachant ses gerbes. Mais ces belles âmes s’épuisent à devoir lutter dans un vide de plus en plus abyssal d’aides de la part des pouvoirs publics. Alors, de plus en plus, tout le monde ferme les yeux, regarde ailleurs, oublie que la générosité est peut-être le sentiment le plus noble… à défaut d’être, au sens premier de l’étymologie, le plus humain.
Ce rapport positif et généreux à l’autre, c’est par l’éducation qu’on doit l’acquérir puisqu’il semble bien qu’il ne soit pas dans nos gênes d’hominidés… ou, s’il y est, soit véritablement bien mal implanté chez certains. Que fait donc notre Ecole pour permettre cette éducation à l’autre, cet altruisme qui devrait permettre de se regarder dans la glace avec plus de satisfaction que lorsqu’on vérifie la qualité de son rasage ou la perfection de son maquillage ?
Ce qu’elle fait ?… Elle le proclame ! Oui, oui, depuis les plus petites classes, on doit apprendre le vivre ensemble, la fraternité, la curiosité de l’autre. C’est écrit dans les textes, qu’il s’agisse des programmes ou des règlements intérieurs. Et chaque occasion un peu grave le rappelle et permet de tancer ces professeurs qui ne font pas ce travail indispensable d’éducation à la fraternité (et à la liberté et à l’égalité, tant qu’on y est).
Et après ?…
Après, cela devient plus compliqué. Pour des établissements scolaires dans lesquels enseignants, élèves, équipe administrative s’investissent dans des projets solidaires, combien d’endroits où cela n’est absolument pas au programme et où ce qui domine c’est la satisfaction de besoins individuels (je dois dire que la récente découverte d’un prochain aménagement d’un espace pour la sieste dans mon lycée m’a considérablement stupéfait quant à l’envie d’une partie d’une jeunesse à s’impliquer pour les autres. Fort heureusement, une poignée d’élèves contrebalance cela avec la création d’une association d’aide aux victimes de violences…). Mais quand on regarde bien à l’échelle d’un établissement, c’est toujours la même poignée d’adultes et d’élèves qui font œuvre généreuse envers l’autre. Dans l’acte même d’enseigner, l’altruisme est une chose très diversement partagée ; cela se voit à travers les querelles entre enseignants sur la manière de procéder pendant les cours. Passons sans en dire plus qu’un mot sur ces profs qui zappent l’EMC (Education Morale et Civique) pour se consacrer sur « leur » matière au lieu de se saisir de cette occasion rare de pouvoir apprendre à débattre et à considérer la parole de l’autre, et venons-en à la manière dont l’élève est perçu par le prof ; c’est elle qui, souvent, détermine la façon d’enseigner et la légitimité qu’on y trouve à la posture qu’on dresse face à la classe. Si on a tendance à prendre l’élève pour un autre soi-même, on sera plus enclin à développer un enseignement frontal fait de cours magistral ou de cours pseudo-dialogué. Justification ? C’est ce que j’avais quand j’étais élève, j’adorais ça et c’est ce qui m’a appris tout ce que je sais, et d’ailleurs mes élèves adorent aussi. Pourquoi pas ?… Mais alors il ne faut pas penser qu’on va capter ainsi tous les élèves car tous les élèves ne sont pas un autre soi-même ; c’est l’erreur de débutant la plus classique, on se fait plaisir en croyant les intéresser et, quand on constate que cela ne fonctionne pas, on tombe de haut et on en vient, pour un temps plus ou moins long, à rendre « ces petits cons incultes » responsables de l’ensemble de ses propres échecs. Inversement, si on cherche à prendre en compte la diversité de la trentaine de paires d’yeux dardés sur vous – ou pas -, on se dégage du frontal pour proposer des activités multiples mais qui, là encore, peuvent difficilement satisfaire tout le monde puisque certains, par habitude ou par conviction héritée, considèrent que seule la grande longueur de pages tartinées dans un cahier atteste de la valeur d’un cours reçu. Ce débat est sans fin et peut difficilement trouver de solution tant chacun est persuadé d’être dans le vrai en refusant de voir ceux et celles qui ne sont pas capables de s’adapter à ce qu’on considère comme la panacée.
Les réformes récemment adoptées ont au moins une cohérence, celle de nous plonger pour les années à venir dans quelque chose de très net (même si, tradition d’incohérence bien ancrée de l’Education nationale, cela se fera, selon le principe bien établi des injonctions contradictoires, dans le but de favoriser le « vivre ensemble ») : l’individualisation forcenée des parcours et des pratiques. Le cours se re-magistralise et le niveau de difficulté plus important, conjugué aux effectifs pléthoriques, rend difficilement envisageable d’apporter une forme d’aide suivie aux élèves en difficulté. L’Accompagnement Personnalisé, OVNI hérité de la dernière grande réforme du lycée, disparaît quasiment ainsi pour se limiter à l’aide des plus en difficulté. Or, quand on a vu le faible niveau d’exigence des tests de début de seconde cette année (aucun travail rédactionnel en Français par exemple), on ne peut que se dire que des tas d’élèves mal outillés pour réussir au lycée, vont échapper à ces formes de soutien et se noyer rapidement (encore plus que maintenant, c’est dire). Mais après tout, peu importe aux yeux de ceux pour qui l’Education nationale sert avant tout à dégager une élite (a-t-on besoin d’ailleurs d’examens et de cours pour cela ? il suffit de regarder ces fameux yeux d’élèves pour identifier, quasiment sans risque d’erreur, qui va s’en sortir). Les TPE (Travaux Personnels Encadrés) disparaissent et, avec eux, la seule véritable occasion de réaliser un travail collectif et autonome de toute la scolarité en lycée (autrement dit une grande part de l’apprentissage des modes de travail dans le supérieur). Ne les idéalisons toutefois pas trop… Combien d’enseignants se sont arrachés les cheveux face à l’inertie de groupes n’ayant toujours pas, à la fin décembre, défini clairement leur sujet ou effectué le gros des recherches nécessaires ? Mais, d’un autre côté, où auraient-ils pu apprendre à effectuer ce genre de travail ? Et où l’apprendront-ils désormais ?… Le plus cocasse, pour ceux qui ont de la mémoire, c’est que la création de ces TPE a été l’occasion d’une levée de boucliers d’une grande majorité des profs de lycée s’estimant dépossédés de leur rôle de transmission du savoir (puisque les élèves allaient partir à la recherche de celui-ci dans des livres, des articles de journaux et, plus tard, sur internet). L’intérêt de l’autre, l’élève, était ainsi nié au nom de la défense d’une posture professorale ; on a vu avec la réforme du collège que cette attitude avait encore de beaux jours devant elle.
Mais ne soyons pas naïf et hémiplégique dans notre façon de regarder les choses, les élèves ne valent pas mieux que leurs enseignants dans ce manque de considération pour autrui. Le système les y aide certes forcément (en faisant de la note le juge de paix universel, on classe et on donne à certains le moyen de souverainement mépriser les autres… y compris leurs profs). Il faut dire aussi que pas grand-chose n’est fait pour rendre clair à leurs yeux les attentes, les objectifs des programmes, voire les erreurs de leurs copies. C’est donc plus sur des représentations que se construit le ressentiment vis-à-vis du prof, ennemi de classe, du surveillant, du CPE (qui a une prime à chaque heure de colle) ou du chef d’établissement (celui qui choisit de mauvais profs). Nous passons le plus clair de nos journées ensemble sans véritablement nous connaître, comment nos relations pourraient-elles être spontanément harmonieuses et efficaces ? Comment comprendre l’autre ?
L’autre a de moins en moins de place dans nos vies. A l’Ecole comme au-delà de ses murs. L’autre, c’est dans l’air du temps, est quelqu’un qui, s’il est différent de nous, dans son apparence comme dans sa personnalité, est inquiétant. Ce n’est pas nouveau, l’étranger est étrange depuis bien longtemps. Mais l’autre aujourd’hui est devenu, par la « grâce » des discours dominants à base d’infox, celui qui ment et qui donc doit se taire. D’une manière ou d’une autre. A l’heure d’un Grand Débat National qui ressemble fort à une mascarade teintée d’apparences, on ne sait en fait plus parler aux autres, écouter leurs idées pour éventuellement y relever de quoi faire évoluer les nôtres : ce qui domine c’est le « si vous n’êtes pas d’accord avec moi c’est que vous êtes malhonnête et de toutes façons je ne changerai pas d’avis ». L’autre est la porte ouverte vers nos doutes ; ne pas savoir l’écouter nous enferme dans nos certitudes et nous empêche de regarder honnêtement les choses. Ce refus d’entendre ce qui ne nous plait pas nous condamne à l’affrontement binaire et manichéen dans la rue comme sur les réseaux sociaux. Que l’Education nationale, par-delà des affirmations démagogiques contraires, renforce les nouvelles générations dans une telle lecture du monde est plus qu’inquiétant.
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MessageSujet: Re: Et l'autre dans tout ça ?   Et l'autre dans tout ça ? EmptyMar 29 Jan 2019 - 21:22

Lu et approuvé!
L'individualisme n'est pas une nouveauté, son encouragement au niveau politique et social est plus récent, et ça s'aggrave. C'est à chacun de "prouver" qu'il vaut quelque chose (sans que ce "quelque chose" soit défini exactement) et si c'est aux dépends des autres, tant pis pour eux, tant mieux pour moi. Je serai celui/ celle qu'on remarque, qui se distingue du lot, même si pour y parvenir je dois me conformer au moule imposé.
Pour ta dernière phrase, je me demande: est ce que finalement, l'Ecole, n'a pas toujours encouragé cette attitude, en développant l'esprit de compétition, en triant les meilleurs, en favorisant les déjà favorisé (chez les élèves comme chez les enseignants) n'a pas toujours favorisé cette "lecture du monde"? En veillant à ce que chacun reste bien à se place, en permettant à quelques éléments de franchir les barrières, style: fils d'ouvrier qui finit PDG ou agrégé.? Des "modèles", des exemples à suivre, et si tu fais pas pareil c'est que t'es con, parce que tout le monde peut le faire. Négation de l'autre par uniformisation/ relégation. Moi j'ai pu, alors si l'autre n'y arrive pas, c'est qu'il est trop nul, trop bête, trop fainéant...
Discours véhiculé au plus haut niveau par notre actuel Monarque, qui ne fais que réciter une doxa ultra libérale.

Je me méfie des modèles, au point de ne plus jamais donner de "corrigé type" à mes élèves, ce après m'être aperçue qu'ils plaquaient ce corrigé sur un autre sujet qui n'avait rien à voir. J'insiste au contraire sur la pluralité, il y a toujours plusieurs plans possibles, plusieurs approches, le tout, et le plus difficile, étant de trouver celle qui me convient à moi, tout en correspondant au sujet. Bon, c'est pas la méthode que prône le grand JMB, bien au contraire, pas non plus celle de nombre de bien aimés collègues! parce que les certitudes, c'est rassurant, les modèles à reproduire, c'est confortable. Et c'est cette "reproduction" qui va être de plus en plus imposée par une forme de plus en plus "scientifique" d'enseignement, des "Têtes bien pleines", l'Institut du même nom qui prône ces techniques devrait relire Montaigne. Et pendant qu'on se bat pour sa place, on considère l'autre comme un obstacle, sinon un ennemi!
La "Fraternité" de notre devise fout l'camp mon bon monsieur!
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MessageSujet: Re: Et l'autre dans tout ça ?   Et l'autre dans tout ça ? EmptyMer 30 Jan 2019 - 1:48

A l'instant, JMB vient de dire ça : "Dans l'école maternelle du 21ème siècle, l'école maternelle doit passer à une étape suivante". Voilà bien l'idée : allons plus vite, tant mieux pour ceux qui suivent dès le départ et tant pis pour les autres. Oui, quelque part, sauf à de rares exceptions chez quelques convaincus, ça a toujours existé. Sauf que là, on a atteint le "high level" comme disent les djeuns...
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