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 L'offensive

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MBS

MBS

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Localisation : Toulouse
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MessageSujet: L'offensive   L'offensive EmptyLun 3 Juin 2019 - 23:42

Vous n’avez pas pu les rater. Depuis quelques jours, on ne lit qu’eux et peut-être qu’on n’entend qu’eux car je suis débranché des médias audiovisuels traditionnelles. Eux… et elles… ce sont ces personnes qui s’en prennent aux profs avec des arguments qui n’ont pas le mérite d’une grande nouveauté mais qui sont assénés avec une violence et un manque total de subtilité inédits. Jusqu’à maintenant, on avait l’habitude de remarques tombant au milieu d’un repas de famille, pendant qu’on est chez le coiffeur ou en aparté au milieu d’une interview consacré aux problèmes de la France (ces profs qui sont mauvais mais qui nous coûtent cher). Et même dans ces cas-là, il se trouvait toujours une phrase ou deux pour essayer d’atténuer la remarque vénéneuse en disant que le boulot était quand même difficile ou qu’il ne fallait quand même pas oublier le rôle important de ces gens-là. En ce moment, tout cela n’existe plus. Comme dans les manifs, on ne prévient plus, on vise directement à la tête.
Ce déchaînement n’est bien évidemment pas l’effet du hasard, il relève d’une stratégie bien pensée et contre laquelle nos esprits bien éduqués peinent à faire face. Vous voyez les réactions des profs d’Histoire face aux émissions, livres et provocations de Bern, Ferrand et Deutsch ? Eh bien, cela fonctionne exactement de la même manière. D’un côté, on agite la muleta et on se défend avec quelques passes très simples ; de l’autre, on fonce tête la première sans prendre le temps de réfléchir qu’on ne l’attrapera jamais ce fichu bout de tissu rouge. Sauf que là, cela se pratique sur une toute autre échelle : on est dans la communication politique dans tout ce qu’elle a de plus horriblement abject. C’est le même principe qui a fait élire Trump aux Etats-Unis : « Regardez, tous ces gens, qui sont des intellectuels parait-il, vous mentent parce qu’ils ne m’aiment pas et veulent m’empêcher de faire ce qui est bon pour vous ». En matière d’éducation, on voit bien comment cela s’articule. Il s’est formé, très lentement parce que tout a été fait pour qu’il en soit ainsi, une convergence entre professeurs, parents et élèves… et cela a fini par se voir à travers des actions multiples et visant les différents aspects du rouleau compresseur « réformateur » de Jean-Michel Blanquer. Jusqu’à maintenant, quand un ministre voyait se lever un tel vent, il commençait par abattre les voiles et lâcher du lest. Cela, ce n’est pas dans la manière de faire et de penser l’action politique de la majorité au pouvoir qui, sur ce plan, n’a pas les scrupules qui pouvaient venir agiter une majorité UMP ou PS il y a quelques années. On avait peur des conséquences du passage en force. Là, on n’a plus peur… et pourquoi n’a-t-on plus peur ? Parce qu’on sait qu’on va réussir à instaurer un tel climat que les opposants vont se retrouver isolés du reste de l’opinion publique. Poussons les profs à bout et ils vont faire ce qu’ils font toujours. Des grèves !... Et si les grèves ne suffisent pas, ils en viendront à menacer les examens. Et comme il y en aura toujours pour réclamer une hausse des salaires, il sera facile de montrer que les revendications, les menaces sur le Bac et le Brevet ne sont que la défense d’intérêts égoïstes, catégoriels et partisans. Et plus on criera fort et plus les messages deviendront inaudibles. Tout comme hurler contre les dangers d’un Donald Trump à la Maison-Blanche n’a fait que donner envie à une grande partie de l’électorat américain de l’y envoyer. C’est le principe de la cour de récréation où c’est souvent le plus innocent des gamins pris dans une bagarre qui trinque… Parce qu’il est monté dans les tours à force d’être asticoté quand ceux qui sont venus le chercher ont parfaitement maîtrisé leurs actes.
Alors, que faire face à cette offensive ?... En posant la question, j’ai le sentiment de me retrouver en août 2015 face aux premières agressions de Deutsch contre les historiens de métier. Recommander de ne pas tomber dans le piège. Ne pas chercher la confrontation. Ne pas donner l’impression que nous ne nous maîtrisons pas. Ne pas aller sur le terrain où on veut nous faire disjoncter. Ne pas être en situation d’être accusé de prendre qui que ce soit en otage. Ouaip, je sais, c’est très loin d’être gagné. Car l’hystérisation qu’on est en train de faire monter, il est très difficile de l’encaisser sans sentir une nausée vous monter aux lèvres. Et plutôt que de vomir, on préfère répondre. Du tac au tac. En faisant monter la sauce. Exactement ce qu’ils attendent. J’ai du mal à imaginer qu’il soit possible d’empêcher quelques enseignants parmi les centaines de milliers de professeurs du pays de répondre (d’autant que certains n’attendent que ça, mais c’est un autre problème). Cela me fait penser à cette bataille d’Andrinople que je découvrais hier soir : premier jour, les Bulgares attaquent le camp des Latins de Constantinople puis se replient entrainant les Latins à leur suite qui tombent dans une embuscade ; le lendemain, ordre est donné de ne pas poursuivre un éventuel repli des Bulgares… et paf ! Louis de Blois-Champagne entraine ses hommes dans une poursuite, qui sont suivis par d’autres, et c’est la pâtée.
Ce qu’il faudrait réussir à faire, ce serait répondre poliment, froidement, donner des rendez-vous pour venir voir nos classes ou corriger nos copies. Ce serait dire qu’on sera à l’école, au collège, au lycée à telle heure et détailler ce qu’on y fera… Au vrai, ils s’en foutent et, j’en suis intimement persuadé, ils savent très bien que nous ne sommes pas ce qu’ils disent à longueur de tweets ou d’articles. Pourquoi faudrait-il donc foncer tête baissée dans le piège tendu ? Pourquoi faudrait-il s’entêter à pratiquer une lutte sociale traditionnelle théorisée à une époque où internet n’existait pas ? Pourquoi faudrait-il répondre à un plan bien établi malfaisant par une absence totale de stratégie se résumant à une charge, certes collective et héroïque, mais sans espoir ?
Nous sommes à la veille d’un Crécy ou d’un Alamo. Nos défenses sont très clairement entamées. Seul l’absurde peut nous sauver. L’absurde de ce qui nous est opposé comme l’absurde de nos réactions. Ne pas faire ce qu’ils attendent. Mais qui va oser ?...
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MessageSujet: Re: L'offensive   L'offensive EmptyMar 4 Juin 2019 - 14:53

" Pourquoi faudrait-il répondre à un plan bien établi malfaisant par une absence totale de stratégie se résumant à une charge, certes collective et héroïque, mais sans espoir ?"
Plan bien établi et qui ne date pas du début du règne de Manu 1er. Quand je parlais (encore en service) de "démolition programmée" de l'Education Nationale, on me disait que je voyais tout en noir, que j'exagérais... "On" étant autant les collègues que des amis ou relations.
Nous y sommes, les derniers coups de pioches contre le vieil édifice, lequel n'a pas vraiment suivi les évolutions de la société, mais pourquoi n'a t-il pas suivi? Certes, un mammouth c'est dur à bouger, mais celui ci ne remue que si les princes divers et variés qui nous gouvernent à tour de rôle lui claquent la croupe. Et lesdits princes ne se sont pas gênés pour distribuer moult coups à la bête, il convient donc maintenant de l'achever, c'est l'hallali! Mais pour abattre définitivement le temple, il faut se débarrasser des gardiens, enfin, de ceux qui restent, parce qu'il faut bien reconnaître que tous nos chers collègues ne sont pas prêts à monter au créneau d'une quelconque façon, ils s'accommodent depuis des décennies des coups portés et se disent qu'il faudra toujours des profs!
Les seuls qui peuvent réellement faire pression sont les parents qui sont des électeurs, les profs aussi votent, mais tous à gauche c'est bien connu, donc leur vote ne compte pas. Cette légende urbaine que "tous les profs sont de gauche", je sais pas d'où elle sort, mais elle  est aussi persistante que fausse, et elle résiste à toutes les tentatives d'explication. En plus elle arrange les princes de droite, car si les profs sont pas d'ac, c'est forcément par corporatisme et opposition politique de principe.
"Qui veut noyer son chien..."

" Parce qu’on sait qu’on va réussir à instaurer un tel climat que les opposants vont se retrouver isolés du reste de l’opinion publique." Tout à fait, et ce gouvernement n'a peur de rien, ne doute de rien, il "garde le cap", même si le bon peuple ignare ne comprends pas lequel et ne voit rien venir à l'horizon. Ce gouvernement jette en pâture au bon peuple dont il faut parfois calmer les ardeurs des groupes sociaux et/ou professionnels forcément responsables de la situation actuelle. Ce gouvernement divise la société comme jamais. Ce gouvernement n'est pas un gouvernement démocratique. Et comme tout gouvernement non démocratique, il veut façonner la société à son image, obtenir la docilité, lâcher quelques bonnes grosses "fake news" en français dans le texte... Et quel meilleur support pour sa propagande que l'Education? Education qu'il ne faut surtout pas laisser aux profs! la finance et les multinationales ont besoin d'une main d'oeuvre souple, taillable et corvéable à merci, surtout pas trop diplômée, les diplômes vont de nouveau être réservés à une élite auto proclamée et auto reproductrice.
on revient aux meilleures heures du XIXème siècle quand le capitalisme triomphant poussait la révolution industrielle et le prolétariat qui allait avec. Y'a plus guère d'industrie chez nous, mais on a toujours besoin d'un prolétariat
D'ailleurs, on va recruter des vacataires, des sous enseignants sans les diplômes requis jusqu''alors, ça suffira bien pour ce qu'on attend de l'Ecole!

A suivre...
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