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 Lecture et volupté

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Pierre Bachy

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Nombre de messages : 183
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 06/08/2004

MessageSujet: Lecture et volupté   Dim 28 Nov 2004 - 9:50

Bonjour,

De l'utilité de lire...à mon sens...

sans aucune prétention...

Lire, c'est la seule intelligence. Lire, c'est contempler le sang que l'on perd, à chaque instant, et combien il est sombre. C'est aller en aveugle dans le réel, échanger sa vie contre le tout de la vie, et c'est écrire aussi, écrire des livres semblables à ceux que l'on aime : ils ne répondent, ni ne questionnent. Ils vont droit à l'essentiel, ils vont à l'enfance, à la joie impensable. Ils sont là, entiers, on pourrait les embrasser, on les lit et aucune lecture ne les souille, ce sont les génies de la vie ordinaire, ils sont presque aussi beaux qu'une seconde de la vie, de la vie banale, quotidienne. Ils disent tout et rien, ils racontent des histoires.
La boîte à musique des lectures endort, elle empêche de dormir, elle joue des airs, des airs de rien, à la dernière note, on peut mourir, on peut sourire. Cette vie du rêve, ce silence. Cette vie élémentaire à laquelle nous sommes voués, corps et langue. Les lectures ce sont les fêtes que l'on se donne, toutes portes closes, comme un qui, pour un soir, revêt la livrée du prince et reçoit entre ses bras les plus farouches étoiles ou les plus meurtriers cadeaux. Dans cet apparat de la lecture, dans cette volupté du dépouillement de soi et du monde : lire est la volupté suprême.



"Cela faisait maintenant une éternité qu'il s'était greffé sur son clavier…
Ses yeux n'étaient plus que des renoncules, scotchés sur l'écran et cela avait réduit considérablement sa vie, jusqu'à se fondre entière dans sa machine. Sa pensée était devenue le périphérique d'un système plus vaste, d'un système électronique où les mots et les phrases défilaient sur l'écran, où les lignes des messages flottaient comme des radeaux sur un fleuve, pour se jeter après plusieurs jours dans le vide, le vide de l'oubli.
Il avait oublié tout ce qui autrefois faisait une vie normale, les amis, la famille, son travail, pour se consacrer à la vision d'un monde qui basculait, à cette enfance maladive qui avait ressurgi comme une lave opaque dans sa vie. Car comment écrire, comment inventer une matière nouvelle sans puiser au fond de soi, de son angoisse, sans réveiller les fantômes qui
toute sa vie l'avaient épié.

La dimension de la réalité s'était considérablement rapetissée.
Son univers ne mesurait plus que quelques mètres, dans ce petit bureau où il s'était aménagé sa niche.
L'univers s'était replié sur lui-même, et il fallait donc ouvrir une lucarne, passer la tête dans un ciel imaginaire, à travers la fenêtre de l'ordinateur qui lui faisait face.
Comme si le verre n'existait pas…que les mots prenaient vie tout à coup. Alors imaginer que des vies étaient en face. A nouveau il fallait se donner une nouvelle apparence. Etre soi pour les autres. Plaire, chercher les autres pour communiquer.
Et les mots prenaient des noms. Et on imaginait des êtres derrière les pseudos. Il suffisait de répondre. Il fallait être poli, mesuré, comme au travail, où l'on s'échangeait les petits mots qui vous vont droit au coeur et qui vous font oublier la rudesse du travail. Ce n'était pas si différent qu'avant. Mais on était en sécurité. Chez soi. Un monde protégé. Mais un monde quand même. Sans violence ni affres angoissantes.
Et on pouvait imaginer le futur. Il n'y avait plus de barrière. Il était devenu un être électronique. Un ersazt des temps modernes. On pouvait dire qu'il était de son époque. Internet…tout le monde en parlait. Et il y était ; il en faisait partie.
On pouvait écrire tout ce qu'on voulait. Ce qui vous passait par la tête. Imaginer d'autres mondes. Prendre des identités différentes. La réalité avait éclaté ses frontières. Il était dans un monde libre. Libre des autres. Ou les autres sont aussi des fantasmes, si réels pourtant, et où le rêve paraît presque parfait...
Il avait décidé d'emménager dans ce monde étrange. De se faire des amis à tout prix. Et puis il pouvait enfin se regarder en face, dans le miroir que lui tendait la machine.. Il suffisait d'exister. Il suffisait d'écrire, et d'écrire encore, à en perdre haleine. Jusqu'à ce que les mots soient portés sur le fleuve grandissant de textes qui fleurissaient sur l'écran. Et il pouvait enfin parler. Smile" (1)
(1) texte de pierre bachy
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Lecture et volupté
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