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 Chronique de l'aube, entre rue et bar... (*)

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Romane
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MessageSujet: Chronique de l'aube, entre rue et bar... (*)   Jeu 12 Jan 2006 - 3:02

Tout est dans le titre. Si le coeur vous en dit, allez-y. Imaginez des personnages, un bar, une rue, et le petit-matin... et laissez libre cours à votre plume. Wink

* * * * *

6 h 47. Claquement du zippo. Elle aspire la première bouffée en creusant les joues. Perchée sur un tabouret au bar, elle croise ses jambes gainées de bas noirs. Un coude négligemment posé sur le rebord du zinc, le regard perdu dans le vague, elle fume, indifférente au va et vient du patron.
Lui s'affaire sans hâte.
La radio diffuse les infos météo. On annonce 7° et sans doute de la pluie dans l'après-midi. Elle porte la tasse à ses lèvres.
Il ne viendra pas. Ou s'il vient, ce sera comme la tempête lorsqu'elle s'engouffre brutalement entre deux immeubles. Comme une gifle à couper le souffle. La beauté des hommes, quand elle est insolente, lui poignarde le ventre.

6 h 49. Le type à l'attaché-case replie son journal : les nouvelles du monde, froissées, écrasées, compressées les unes par dessus les autres, en deux mouvement amples des bras. Il jette un regard à sa montre. Ses mains ont l'élégance innée de l'aisance. Le poignet se perd dans la manche de la veste sombre et sobre.
Entre deux pubs, Aznavour se voit déjà au sommet de l'affiche. Le patron essuie une table d'un revers de lavette.
Elle écrase sa Marlboro dans le cendrier Martini. Ses ongles peints semblent en effleurer le fond. En réalité, ils griffent la nuque qu'ils connaissent par coeur. Qu'ils connaissent si peu.

6 h 54. De l'autre côté de la devanture, quelqu'un klaxonne. On entend une exclamation et à nouveau les moteurs dans leur passage régulier. C'est drôle comme l'aube peut prendre des allures d'oeuvre d'art sans qu'on y prenne garde. Plus tout à fait nuit, pas tout à fait jour. Il fait sombre-bleu-mauve.
Sous les néons, elle détaille les tempes de l'homme. Putain ! Si les bruns savaient le charme du poivre et sel, ils s'arrangeraient pour vieillir plus vite. Elle se redresse imperceptiblement, décroise ses jambes et les recroise à l'inverse.
Le type note quelque chose dans l'agenda qu'il a extirpé de son attaché-case.
Sous la pression du dos, la porte s'ouvre. Un livreur s'engouffre sans discrétion, deux cartons plein les bras, un papier pincé entre les lèvres. Une bouffée d'air froid et humide l'accompagne.
Claquement sec du zippo.

6 h 57. Il ne viendra pas.
Les volutes bleutées se tordent dans leur danse ascendante. Elle, elle sent seulement son ventre se creuser de son désir de lui.
Le livreur sifflote en attendant le coup de tampon et la signature. Le patron pose devant lui un ballon de rouge. Rituel sans doute.
Une chaise râcle le carrelage. L'homme à l'attaché-case se lève. Juste ce qu'il faut d'élégance de la tête aux pieds.
Image fugace. Elle s'imagine dans le lit de l'inconnu. Troublant. Très.

6 h 59. Le poste vante les assurances machin. On n'entend que partiellement ; le livreur commente la grève du RER. Il y a deux fois plus de trafic ce matin. Pas facile, Robert, de bosser dans ces conditions. La rentabilité ne doit pas faiblir. La tournée ne peut pas attendre. Ben elle attendra quand même, c'est pas la mort, hein monsieur, vous en dites quoi, vous ?
L'homme sourit en acquiesçant de la tête et pose trois euros sur le comptoir. Le patron lui demande "un grand crème, c'est ça ?". Oui. C'est ça. Un grand crème. "Trente et vingt cinquante et cinquante, trois ! Bonne journée !"

7 h. Il ne viendra plus. C'est peut-être mieux comme ça.

Romane - 11 Janvier 2005


Dernière édition par le Dim 19 Nov 2006 - 21:10, édité 1 fois
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Alf
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MessageSujet: Chronique du petit matin   Jeu 12 Jan 2006 - 3:23

Un matin très ordinaire (Alfred)

Cinq heures. Je m'éveille. C'est la grille de la bouche qui m'a averti. C'est mon réveille-petit-matin-quotiden. Montparnasse-Bienvenuë, avec un tréma sur le e. C'était un Monsieur, à ce qu'il paraît. C'est la station de ma "chambre à coucher". Même si, aux regards de travers de certains, je sens que je n'y suis pas le bienvenu, on m'y tolère. Et ma guitare aussi.
Le café "Le Bienvenu", sans tréma celui-là, fait face à l'escalier de la bouche, côté pair du boulevard Montparnasse. C'est là que m'attend mon noir. J'ai quelques tunes d'avance, grâce à ma guitare, et c'est vendredi. Je me payerai un croissant. Pourquoi pas. Même le jour du poisson !. Je ne suis pas un mécréant, mais je fais selon mes envies et mes poches. Et aujourd'hui, j'ai envie d'un croissant.
"Un grand noir pour le ménestrel d'en face, un !"
Je suis le premier client de Polo. J'ai traversé le grand boulevard. Vide. Ou presque : une voiture de police, girophare éteint, un taxi, vide, deux ou trois fêtards qui ont vite disparu à l'angle du boulevard Bonne Nouvelle.
Le jour sera bon.
Le girophare du gros camion-poubelle vert, en lançant ses éclairs oranges à travers la vitre de Polo, m'a tiré de ma rêverie du petit matin ordinaire, coupant net le souffle que je destinais, comme tous les matins, au café toujours trop chaud de Polo.
Salut !
Salut.
Cinq heures vingt cinq. Ahmed et Abdallah n'ont que cinq minutes à partager avec moi, comme tous les vendredis.
Comment font-ils pour avaler le p'tit noir de Polo, bouillant, en deux gorgées ?
Salut.
Salut !
À vendredi...
Toilettes. Polo me les prête pour mes petites ablutions du matin ordinaire.
Six heures. Marcelle, la boulangère du coin du boulevard Poissonnière est là, pile poil à l'heure.
"Un p'tit noir, l'artiste ? C'est ma tournée." Sacrée Marcelle...
Le croissant est tout chaud, croustillant à souhait, au beurre, s'il vous plaît !
Six heures trente. Premier paquet de cigarettes. Premier loto. Premier journal. Premier p'tit gris. Un café. Deux cafés. Je ne connais pas tout le monde, mais tous me sourient en me voyant.
Le jour sera bon.
Vendredi. Sept heures. Deux heures après la mienne, "la Montparnasse-Bienvenuë", la grande grille du Crédit Lyonnais, en face, se lève, dans le silence du petit matin ordinaire.
Le grand Guy, attaché-case au bout du bras, comme tous les matins, entre au même instant. Il a sa cravatte du vendredi, bleu océan, avec un dauphin blanc en plein milieu...
"Café-rhum", demande Polo, comme tous les matins.
"Café-rhum", répond le grand Guy, comme tous les matins. Il vient s'asseoir à ma table, comme tous les matins. Il fait comme si, comme tous les matins, mais il n'entrera pas dans la banque, qui la "jeté comme un malpropre". Son attaché-case est vide, à part son harmonica et un plan du métropolitain, qu'il connait pourtant par coeur.
Vendredi. Sept heures trente. Un paquet de cigarettes. Puis deux. Un café. Un ballon de rosé. Un p'tit gris. "Tiens, fais-moi un tiercé, Polo, les chevaux que tu veux"... "Le Monde, s'il vous plaît"... "Et mon grand crème ?"...
Paris est réveillé. Nous aussi. Guy a tout prévu, comme tous les matins : les stations, l'itinéraire, le programme... Tout est noté sur le grand plan un peu chiffonné, déplié, comme tous les matins, sur la petite table ronde de Polo du Bienvenu.
Vendredi. Huit heures trente. L'heure de la première pointe.
Guy et moi, nous traverserons le grand boulevard, sans flâner. Il est déjà plein. Autos, têtes à culs. Motos, se faufilant. Vélos, idem. Taxis, pleins. Piétons, affairés. Policiers en faction. Commerçants en action...
La bouche nous avalera. Montparnasse-Bienvenuë...
Vendredi; Une manche de plus à gagner. Il fait beau. Le jour sera bon.
"À demain Polo !"
"À demain, les gars, vous serez les bienvenus".

11 janvier 2005
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