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 J.C Grondahl

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Pierre Bachy

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Nombre de messages : 183
Localisation : Belgique
Date d'inscription : 06/08/2004

MessageSujet: J.C Grondahl   Mar 14 Mar 2006 - 9:25

Sous un autre jour

Irene Beckman est une femme comblée : belle carrière d'avocate, spécialiste des divorces, mariage heureux, une villa dans les beaux quartiers de Copenhague, deux enfants, Josefine aux multiples amants, et Peter, mari de Sandra qui ont adopté deux enfants indiens, Emil et Amalie.

Un soir, elle tombe sur une conversation enregistrée par erreur sur son répondeur téléphonique et se rend compte que son mari Martin lui est infidèle en faveur de Suzanne dont il va « profiter » de la jeunesse. Ni scènes de ménage ni menaces, sans jamais hausser le ton, elle va faire le constat d'une alliance condamnée, un arrangement, une imposture. Chuchoter à sa rivale que son mari est un type bien. Evoquer sa réticence, jadis, à l’épouser. Confier qu'elle doute l'avoir jamais aimé. Avouer qu'elle l'a trompé, douze ans plus tôt, avec Thomas Hoppe, un homme de l'âge de son fils.

Martin avouera sa nouvelle alliance lors d’un repas de famille. Irène quitte alors la demeure familiale. Elle part en voiture et lors d’un arrêt à une station-service, elle ne respecte pas l'injonction de sa mère Viviane qui, à la veille d'une intervention chirurgicale, lui avait remis une enveloppe en lui demandant de l'ouvrir seulement après sa mort. A l'heure où son mari n'est plus le sien, Irène revoit sa vie "sous un autre jour", son incapacité de toujours à saisir son moi profond et inconnu, en découvrant que son père n'est pas son père. Et la voilà partie à la recherche d'un certain Samuel, violoncelliste juif dont sa mère s’était éprise. Sa famille, originaire de Leningrad, était venue au Danemark alors qu’il était encore un garçon. En 1943, il jouait du violoncelle dans l’Orchestre de la Radiophonie Danoise. Viviane tomba amoureuse de lui et se retrouva enceinte. Samuel disparut…Heureusement un ami de celui-ci était tombé amoureux d’elle. Elle lui fit endosser la paternité. Des jumeaux naquirent. Seule Irène survécut. Elle partit à la recherche de ce père et découvrit qu’il était parti en Israël où il avait épousé Hannah qui se suicida suite au décès de leur fils Avi durant l’offensive du Golfe.
Après l’avoir rencontré, elle se rendit compte que tous les ponts étaient rompus…De retour à Copenhagen, elle prit en chemin un clandestin qu’elle aida à franchir la frontière austro-allemande dans le coffre de sa voiture.

Grondahl signe avec ce portrait de femme en proie aux doutes de l'existence, un très beau roman. Cette histoire n'est pas gaie et touche plusieurs registres. Il visite des thèmes récurrents : la quête d'identité, la remontée aux sources, le souvenir, la rupture…

« Irène n’était pas un travailleur de deuil. Pourtant, le chagrin était tout ce qu’elle ressentait. Mais elle ne pouvait partager ce chagrin, et certainement pas parce qu’elle voulait le garder pour elle-même. Il ne s’agissait pas pour elle de le conserver, de le nourrir, de le suçoter comme les bâtons de réglisse qu’elle avait à la bouche, enfant, jusqu’à ce qu’un jus noir vienne au coin des lèvres. Elle ne pensait à rien de particulier quand elle était seule. Elle restait à la fenêtre, fumait, écoutait de la musique dans le soleil déclinant tout en contemplant les pierres tombales légèrement inclinées avec leurs inscriptions en hébreu, à moitié effacées par la mousse et les champignons. Elle attendait, elle savait ce qu’elle attendait, mais, parfois, elle avait l’impression qu’elle resterait ainsi pour toujours. Si toujours existait. »

Ce livre s'articule en trois gros chapitres marqués par l'exil, la guerre, la séparation, les peines d'amour. L'un d'entre eux est particulier, celui du père juif errant, violoncelliste habité par la musique. Cette femme qui a plus de passé que d'avenir s'interroge, refusant l'apitoiement. L'auteur renvoie le lecteur à ses propres interrogations. Il crée une ambiance, une atmosphère sourde et tendue, délicate et profonde. La lueur fragile d'une lumière permettra d'expliquer la vie « Sous un autre jour », avec philosophie, celle du scepticisme sur le bonheur impossible. On est étranger à soi-même, comment donc prétendre connaître les autres ? Fidèle à sa façon de remonter le fil de l'intime, l’auteur revisite la vie des séparés et traque les mouvements du coeur et les fêlures. Si ses personnages se remettent de leur rupture, s'ils l'assument avec philosophie, c'est au prix d'un regard sceptique sur leur harmonie passée, d'une méditation sur le bonheur impossible. Chaque histoire d'amour débouche sur une équation que le narrateur refuse de résoudre, par impuissance : mesurer la distance entre son reflet dans un miroir et son image telle qu'elle est perçue par les yeux des autres…

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