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| | En quête de correspondances | |
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Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49101 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: En quête de correspondances Mar 11 Sep - 12:56 | |
| En pondre un chapelet serait lourd, tout de même.  _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | zoé sporadic Jasmine calamardesque

Inscrit le : 02 Mai 2007 Messages : 717 Localisation : "j'étais pas là"
| Sujet: Re: En quête de correspondances Mar 11 Sep - 13:06 | |
| | Sûr, perso, j'aime autant pas... |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49101 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: En quête de correspondances Mar 11 Sep - 13:16 | |
| Allez zou, on laisse Vic avec nos deux points de vue. Il s'en dépatouillera bien, oui.  _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| |  | | zoé sporadic Jasmine calamardesque

Inscrit le : 02 Mai 2007 Messages : 717 Localisation : "j'étais pas là"
| Sujet: Re: En quête de correspondances Mar 11 Sep - 18:44 | |
| Pour des voiles bien fardées  |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Mer 12 Sep - 7:42 | |
| Flics des petites villes, si une chose nous différencie de nos collègues des grandes agglomérations où de la capitale, c’est bien notre méthode en ce qui concerne la collecte d’informations. D’eux, on pourrait dire s’ils n’étaient citadins qu’ils sont toujours par monts et par vaux. En filature. En enquête, à la recherche d’indics susceptibles d’infiltrer des réseaux. Il leur faut vérifier tous les indices. Remonter toutes les pistes. Je pense qu’ils ont un métier fatigant. Ils se doivent sans cesse de courir après leurs criminels et leurs délinquants. Du moins après leurs traces. Au mieux leurs ombres. Je me doute qu’ils ont beaucoup de résultats. Plus que nous je veux dire. Les individus les voient venir. Alors comme leurs villes sont grandes, rien de plus facile que de se cacher dans l’anonymat.
Chez nous, tout le monde se connaît. Nous connaît. Depuis toujours on nous apprécie. Nos planques, on ne les fait pas incognito. Les gens viennent nous y saluer: on est des bons gars. Or, voyez le tourment de mon ami ! Malgré toute cette sympathie, Harvey souffrait de plus en plus de reconnaissance. Justement là où, professionnellement il ne nous en faudrait moins. Pour peu, il rêverait de monter à Paris. Un soir de cafard, dans ce même café, il m’a dit : -La banalité de la vie est à faire mourir de tristesse, quand on la considère de près.
J’ai bien regardé nos verres. Eux étaient pleins. Je n’ai pas compris. C’était du Pécharmant.
Mais aujourd’hui, Harvey est rayonnant. Tout le monde l’a vu sur sa figure quand il a décrété une tournée d’apéros alors qu’il n’était pas encore onze heures. Du coup, Bernard, notre journaliste local s’est approché. (Bernard se trouve toujours au café de Paris. C’est son Q.G.) Il a siroté très poliment sa Suze. M’a cligné de l’œil dans le dos de mon binôme comme pour me remercier également. Il me connaît bien. Pour sûr, ni lui ni moi n’irions raconter que cette tournée générale de plus de quinze consommations serait épongée par une note de frais. Harvey n’a pas eu besoin de plus de deux noyaux d’olives pour ponctuer ses phrases en lui crachant le morceau : nous serions sur une affaire politique. Mademoiselle Rostand ayant disparu. -Anna Rostand, ma collègue ? -Ta collègue, c’est un bien grand mot ! -Elle a sa carte de presse tout comme moi. Nous exerçons la même et noble profession de journaliste. -Oui, si tu veux, disons cela…A la différence près qu’elle, elle écrit.
Sortir les gardons qui pullulent dans l’Isle est un autre métier que de pêcher les truites du Céou. Ces derniers sont gros et gras du fait des nombreuses bouches d’égouts qui alimentent cette rivière. Cela ne sert donc à rien de trop vouloir appâter. Il faut juste repérer leurs bancs dans les eaux troubles. Une tournée, c’est tout. Le poisson vient de suite sur votre hameçon. Ensuite, savoir ferrer. Harvey connaissait son monde et le lendemain, l’article nécessaire à notre enquête paraissait. Politique. Ici, c’est le grand mot. Surtout depuis que le maire vient de rejoindre le gouvernement. Les esprits s’échauffent car l’échiquier se replace. Il ne s’agit plus d’être dans la majorité ou dans l’opposition. Il faut faire partie de la cour. Avoir des accointances. Pour ne pas disparaître. Et croyez-moi, cela est très compliqué. -Quel rapport avec votre enquête ? Avait vociféré le patron.
De rapport au bout d’un jour d’enquête, c’était beaucoup nous demander. Bien sûr, il n’y en avait pas. Du moins pas encore. C’est une pelote qui se déferait d’elle-même. Il suffisait d’attendre. En fait, c’était ça notre véritable métier. Pour glaner de l’information sans nous baisser, nous semions ce que tout le monde voulait entendre. Il n’existait cet été à Périgueux que deux informations. Un : le maire était ministre, deux : notre auteur le plus doué avait disparu. Il faut toujours recouper le dernier événement avec le contexte ambiant. Je tenais cela de l’oncle André, celui qui possède encore une palombière sur la colline d’Escoire. Le plus difficile dans tout, m’avait-il appris quand je n’avais pas encore quinze ans, est de faire se poser la colombe. Tonton a toujours possédé de beaux ramiers. Des bêtes à concours et qui se vendent très cher. Des bêtes au plumage soyeux et qui roucoulent au moindre vol. Elles séduisent les oiseaux de passage aussi bien que nos accoutumées le font des V.R.P. à l’hôtel des voyageurs. Nous les surveillons également avec chacune un fil à la patte. Par ici comme ailleurs, les histoires de plume sont nécessaires. Il ne s’agit pour nous que de respecter les quotas. Les filles le savent bien. Leurs clients aussi. Nous fonctionnons, elles, eux et nous en bonne entente et les scandales atteignent que très rarement le haut de la rue Louis Blanc.
Avec les notables de la ville, les choses restent les mêmes. Ce sont généralement des personnages de haut vol qui ont des affaires à Bordeaux ou à Paris. Des affaires d’importance. Les affaires ne se passent pas ici. Mais pourtant, tout comme les vols de grues qui nous snobent en survolant, paraît-il, et l’Afrique et les Pyrénées, nos bourgeois également toujours nous reviennent et piaillent dès que change le temps.
Mademoiselle Rostand ne fréquentait pas nos basses-cours. Elle était plutôt du genre pigeonnier. Pour autant, je peux affirmer qu’elle ne nous dédaignait pas comme d’autres qui ont réussi savent le faire. Non, le mercredi, on la voit paraît-il encore au marché. La vieille Madame Peytoureau qui vend toujours ses fraises (et ses mirabelles quand vient la saison) à l’angle du Coderc, vous en dirait du bien. Et pourtant, cette paysanne ne sait pas lire. Soigner, ramasser et vendre ses fruits : voilà toute sa culture où les livres ne sont pour sa balance que des unités de poids. Une livre de fraises de Madame Peytoureau vaut d’ailleurs un livre de Mademoiselle Rostand. Chacune y a mis tout son amour. Ensuite, comme elles le savent périssable, elles le vendent. C’est un peu de la même nourriture.
C’est pour cela que les gens les apprécient. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit. |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 8:41 | |
| -La police a besoin de personnes comme vous et vous ferez parfaitement l’affaire !
Pour réceptionner tous les appels qui n’allaient pas manquer d’arriver après la publication de l’article, Harvey avait convaincu le patron de nous octroyer deux jeunes stagiaires de l’école de police. Cette école qui avait pris ses quartiers dans les casernements du cinquième Chasseur depuis que ce régiment avait été dissous, recrutait pour la plupart ses élèves dans les départements d’outre-mer. Les deux stagiaires en question étaient donc deux charmantes guadeloupéennes dont les physiques leur auraient tout aussi bien permis d’intégrer une école d’hôtesses de l’air. Mais, par chance pour nous, ce genre d’établissement n’existait pas en Périgord. Harvey fit tout pour mettre ces jeunes filles à l’aise. A l’écouter leur parler, notre commissariat avait tout d’un club de vacances dont nous aurions été les gentils animateurs. Il leur fit le tour du propriétaire en évitant soigneusement les trois cellules de dégrisement où sommeillait encore notre clientèle de poivrots vendangée par la brigade de nuit, puis revenant dans notre bureau voulut leur faire goûter la cuisine locale, à savoir le pot de rillettes de canard que Maman m’avait confectionnées pour mes sandwiches. Heureusement, ces jeunes collègues étant plus soucieuses de leur ligne que de communier avec l’autochtone et malgré les invitations pressantes d’Harvey qui avait trouvé un fond rhum dans le frigo, je pus sauver l’essentiel de ce qui faisait tout même partie de mon patrimoine. Durant mon casse-croûte, il eut donc tout le loisir de les briefer sur le turbin en leur enseignant le maniement de notre antique téléphone tout en s’extasiant sur le charme de leur accent et la douceur de leur voix. J’eus encore le temps de déguster trois cabecous pour finir mon pain pendant qu’il comparait leurs silhouettes à celles de gazelles et qu’il regrettait de ne pas mieux connaître la peinture. Le téléphone toussota. Harvey invita celle qui devait être la plus jeune à décrocher. Elle répondit de sa voix sucrée à un grincheux asthmatique souhaitant nous mettre sur la piste de son pharmacien au prétexte que celui-ci ne fournissait son sirop que sur ordonnance. Attentionnée, elle nota scrupuleusement les récriminations, les symptômes et l’identité du plaignant, sut rester évasive quant au montant d’une éventuelle récompense que ne manqua pas de réclamer le délateur souffreteux. Harvey félicita la jeune fille. Vraiment, grâce à cette école, la police se modernisait : nos jeunes savaient parler. L’enquête débutait sous les meilleurs auspices. Deux vieux roublards épaulés par deux beautés intelligentes : nous allions former une véritable équipe de choc. Ces demoiselles n’étaient pas habituées aux envolées lyriques de mon collègue. Elles croyaient vraiment ce qu’il disait. Lui aussi d’ailleurs. Il devint volubile. Nous étions faits pour nous rencontrer. Il et elles étaient rouges d’émotion. On me regarda pour que je souscrive à mon tour à la félicité ambiante. Félicitée était le prénom de la plus grande. Elle était moins réservée que sa benjamine. Cela me plaisait bien et pour ne pas le montrer, je baissai la tête et balayai consciencieusement les miettes de pain qui jonchaient mon bureau. J’avais ce matin-là mon vieux polo gris, celui dont le col rebique. Je me suis dit qu’elle le remarquerait, qu’elle allait le dire et m’en voulus de ne pas avoir mis ma nouvelle chemise. Celle à carreaux rouges et dont Maman me dit qu’elle me va très bien.
-Faudrait aller auditionner la plaignante ! dis-je pour m’en sortir et me donner tout de même une certaine contenance. Félicitée sourit de me découvrir si professionnel. -La plaignante, bien sûr ! Où avais-je la tête ? reprit Harvey qui souhaitait montrer que c’était lui qui dirigeait les opérations. - Les filles, vous allez garder le standard pendant qu’avec Lavigne nous allons recueillir les premières données du problème. Notez tout scrupuleusement en laissant croire à chacun que ce qu’il raconte peut-être de la plus haute importance. Allons-y Bob ! Filons, il s’agit de ne pas perdre de temps. Dans une disparition, les minutes sont comptées.
La pluie ne s’était pas arrêtée. Je repensai aux champignons.
- Alors ? s’enquit Harvey. - 35, rue de l’Abîme. - Je te parle de la grande. Comment tu la trouves ? - Je t’ai déjà demandé de ne pas m’appeler Bob. Je m’appelle Robert. Si cela ne te plaît pas, appelle-moi Lavigne. - J’ai dit ça pour les filles ! Bob : ça en jette !
Il hâta le pas. Je haussai les épaules. Il ne lui suffisait pas de draguer toutes les femmes qu’il rencontrait, il fallait à tout prix que je participe. Moi, j’avais trop de respect et je ne savais pas manier la galanterie.
C’était dans le Bas Toulon. Le quartier des ateliers. Suffisamment éloigné pour que l’on puisse prendre la voiture. Mais, Harvey préférait marcher et je devais le suivre. Devant le lycée Claveille, nous dûmes nous frayer un passage parmi tous ces jeunes qui se rassemblaient désormais sur le trottoir pour fumer. Des garçons et des filles, indifféremment. Les premiers faisaient leurs caïds et elles, en riant et en se moquant d’eux ouvertement, se défendaient de les admirer. Leurs yeux pourtant savamment fardés les découvraient. Elles se poussaient du coude entre elles, personne n’étant dupe mais, avec la fin de l’été et comme les cours venaient juste de reprendre, elles s’étaient intérieurement juré de rester sérieuses. Du moins, jusqu’aux premiers résultats scolaires. Après, ce serait selon. Un garçon mima notre démarche empressée en battant les bras repliés en forme d’ailes. Il nous avait reconnus. Il avait déjà eu affaire à nous pour de petits recels et des actes de vandalisme. C’était un enfant qui aurait pu mal tourner. Maintenant, il nous bravait impunément, protégé de se sentir à nouveau lycéen. Un groupe, cela donne une contenance. Sans doute, ne souffrait-il plus de la solitude. Il eût le succès escompté vu les commentaires qui fusaient dans notre dos. Ces quolibets ne semblaient pas affecter mon collègue plus que la pluie qui lui collait son imperméable sur les os. Il était ailleurs. Nous descendions l’avenue Victor Hugo, mais lui était déjà en partance pour d’autres tropiques. Comme nous tous, il était rêveur. Des guadeloupéennes, il avait retenu la Guadeloupe où jamais il n’était allé et où il n’irait sans doute jamais. Mais l’espoir d’une île avait pénétré son esprit. Sans le savoir, les deux charmantes stagiaires en étaient les ambassadrices. Déjà, il était sous les cocotiers alors que nous longions le haut mur qui masque à la ville les anciens ateliers du P.O. : le Paris-Orléans. Depuis que cette compagnie ferroviaire existe, se répare ici les voitures qui composent les trains. On y retape les fauteuils, aménage de nouveaux wagons-restaurants, imagine de nouvelles couchettes pour ceux qui voyagent réellement. Ceux, différents de nous, qui à la gare achètent et compostent leurs billets.
Car, en ce qui nous concerne, Harvey et moi, depuis toujours, nous ne voyageons qu’en imagination. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Vilain Don Juanito

Inscrit le : 20 Fév 2004 Messages : 3933
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 8:47 | |
| je fais jamais ( ou presque) de commentaires élogieux, tu devrais le savoir.... _________________ j'ai lu pas mal de conneries dans ma vie. Maintenant j'en écris !  |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 15:48 | |
| Ici, votre Tonton Vic marque une pause. Involontaire. Mon employeur m'oblige à épuiser mes congés annuels. Je sais, la vie est dure. Je pars donc en vacances à Rome, d'où, si vous êtes sages durant mon absence, je vous rapporterai un diaporama.
-Oh Oui! Tonton Vic, chouette un diaporama!
Pour que tout cela ne vous soit pas trop cruel, je vous laisse deux épisodes à lire demain et après-demain.
Surtout, je vous interdis de les lire avant. Ensuite, le suspens y devenant terrible, je vous autorise à discuter entre vous des différentes pistes possibles vers lesquelles s'oriente l'enquête. Attention, n'écrivez tout de même pas la fin de l'histoire, je reviendrai, je vous le promets même si un ami m'a parlé d'un Chianti tout à fait spécial ... _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 15:58 | |
| Mademoiselle Rostand Angélique habitait une maison à un étage, tout aussi modeste que toutes celles du quartier. Des anciennes maisons de cheminots. Dans son arrière, un petit jardin avec très certainement un puits car nous étions tout près de la source de l’Abîme : cette rivière qui ne mesure guère plus de cent mètres avant de se jeter dans l’Isle. C’est un cours d’eau qui à peine né, se déverse dans son confluent. Elle non plus ne va vraiment pas loin, et la plus grande partie de son eau sert à alimenter le réseau de la ville. Tout comme cette rivière, ici personne ne voyage. Les gens travaillent pour le confort de ceux qui circulent dans les trains. Ils ne sont pas assez riches. Ils se trouvent comme en bout de quai mais de là à dire qu’en rêves, ils ne s’embarquent pas…
Angélique était de seize ans la sœur aînée d’Anna. Une grande dame par la taille, une vieille fille par le statut. Celui-ci se comprenait aisément vu son physique austère : un grand nez mangeait toute sa figure, des pommettes saillantes, des sourcils épais. Un épais mais strict chignon traitait sévèrement une chevelure qui n’avait sans doute connu que très peu la liberté. Pourtant, selon les compliments d’usage d’Harvey qui semblait ne pas trouver désagréable ce genre d’épouvantail, elle possédait un « port altier ». Elle nous fit entrer dans son salon dont les nombreux bibelots affectaient ce même port. Tout y était désespérément en ordre et froid, au garde à vous sur les étagères. Cet agencement militaire semblait établi pour recevoir « l’hôte ». Un hôte espéré et qui n’était jamais venu. Pour toute fantaisie tout de même, un couple d’oiseaux dans une cage auprès de la fenêtre. De nombreux napperons sur la table, la commode et les fauteuils rivalisaient de complexité avec l’exposition de canevas qui mobilisait tous les murs. Harvey nous présenta, nous et nos fonctions. Elle nous attendait, s’attendait au pire : elle nous avait préparé du café.
-J’imagine, Madame, votre douleur mais malheureusement nous ne sommes pas venus vous apporter de réponses. Nous sommes au même point que vous : nous n’avons, pour l’instant, que des questions.
Voilà pourquoi je laisse tout le temps parler Harvey. Il a le sens des phrases. Tout était dit. Il ne suffisait plus que de se taire en appréciant à sa juste valeur le café. Anna n’était pas comme elle. Elle était jeune, enthousiaste, pleine d’idées et de projets : elle était la vie. On la priait tant qu’elle refusait du monde. Elle avait plusieurs livres en chantier. Dont un pratiquement terminé. Angélique partageait quelques secrets de la création bien avant l’éditeur. Alors, quand ce samedi, inquiète de n’avoir plus de nouvelles depuis le début de la semaine, elle s’était rendue chez sa benjamine, elle n’aurait pu se douter que quelque chose clochait.
L’appartement était vide. Dans la cuisine, la vaisselle n’était pas rangée. Sur la table, un chaton miaulait ayant fini ce qu’au papier vomi, elle supposa être la tablette de beurre ainsi qu’un reste de repas dans un plat posé sur la table et méticuleusement curé. La carafe d’eau était renversée et le matou avait du boire son contenu à même le bois de la table. Il s’échappa aussitôt par la porte d’entrée qu’elle n’avait pas refermée derrière elle. Dans la chambre, le lit était fait. L’ordinateur était resté allumé. Sur le bureau, quantités de livres et de papiers. Un plan de Paris, des tickets de métro. Sur son vieux fauteuil, des vêtements, pêle-mêle. Mais dans l’imposante armoire, bien rangées, pendaient toutes ses robes, ses tenues et les deux valises qu’elle lui connaissait étaient posées au fond, à leur place habituelle. Anna la prévenait toujours quand elle partait. Angélique comprit alors qu’il était arrivé quelque chose à sa petite sœur chérie. De suite, elle avait sorti du frigo une boîte d’aliments entamée et disposé ce restant de pâtée dans l’écuelle du chaton. Puis elle avait ouvert la porte-fenêtre du balcon pour permettre à l’animal d’entrer et sortir à sa guise et était redescendue pour aller sur-le-champ se présenter au commissariat. Là, les collègues avaient pris sa déposition. Ils n’étaient pas sûrs de pouvoir faire quelque chose un samedi. Mais, puisqu’elle insistait, ils avaient fini par téléphoner au domicile du commissaire qui en apprenant l’identité de la disparue avait immédiatement prévenu le parquet. Les choses n’avaient pas beaucoup avancé avec le dimanche. Nous étions déjà mardi après-midi. Elle comptait beaucoup sur nous : des hommes sûrs, lui avait-on promis.
- Madame, quand votre sœur s’absentait, où allait-elle ? - A Paris. Pour ses livres. Elle y connaît beaucoup de gens. Vous comprenez pour son image, c’est nécessaire. Ses livres dépendent de son image. C’est une chose dont elle a horreur, mais, disait-elle, c’est le système qui veut ça. - Vous avez une photo d’elle ? Je veux dire une photo récente.
Angélique se leva pour aller chercher tous les cadres qui se trouvaient sur la commode.
-Tenez voici une dizaine de clichés qui datent tous de cet été.
Elle les disposa devant nous, sur la table basse. Nous y découvrîmes une femme d’une beauté époustouflante. Toutes les photos, que ce soit des portraits de pied ou ne cadrant que son visage nous stupéfièrent. D’elle, nous ne connaissions qu’un cliché se trouvant à l’arrière d’un de ces bouquins qu’Harvey avait emprunté à son libraire. Et celui-ci ne rendait en rien compte de sa beauté que l’on découvrait à présent.
« Mais, elle est magnifique ! » s’exclama mon collègue. Et, aussitôt « Lui connaissez-vous des amants ? »
Angélique baissa les yeux. Je lançai un regard furibond à Harvey pour lui reprocher sa façon abrupte d’aborder un sujet peut-être délicat. Mais notre interlocutrice reprit :
- Je comprends votre question car évidemment à tout le monde vient la même idée. Malheureusement, c’est un sujet difficile à aborder avec ma sœur. Elle sait que je lui reprocherais une vie dissolue, aussi ne me fait-elle sur ce sujet que peu de confidences. J’imagine qu’elle rencontre de nombreux hommes. Pour elle ce n’est pas difficile. A savoir ce que deviennent ces relations, je n’en ai aucune idée et d’une certaine façon, cela vaut mieux. Je ne regrette qu’une chose, c’est que tout comme moi, elle vit la plupart du temps seule. Bien sûr, je suis beaucoup moins courtisée. Mais, je sais une chose, une femme a besoin d’une vraie vie de couple. Tout le reste n’est que fredaine, n’est-ce pas Monsieur l’inspecteur…, comment déjà ?
-Dubuisson, Inspecteur Dubuisson, marmonna Harvey. -Eh bien, Monsieur Dubuisson, pensez-vous que ce serait un homme qui l’aurait enlevée ? Que des hommes, des vrais, sont encore capables d’enlever des femmes ? -C’est…c’est fort possible. Vu votre sœur... Enfin, je veux dire une autre femme aussi bien sûr…Toutes sont en droit d’espérer : Nous avons des exemples. Enfin, pas au commissariat : les gens ne viennent pas se plaindre. Ce n’est pas forcément tragique. C’est plutôt romanesque. -Vous aimez les livres, Monsieur Dubuisson ? -Ils nous apprennent des choses. -Moi aussi, je lis beaucoup. Un livre, cela coûte si peu, et peut aller si loin ! Comment s’étonner alors que la pensée s’écoule par cette pente ? -C’est très joli ce que vous dites ! -Ce n’est pas de moi, mais d’un écrivain célèbre. Mais, en ce qui concerne ma sœur ? J’ai lu dans le journal qu’il pourrait y avoir une piste politique. Vous croyez que c’est sérieux ? -Pour l’instant, on ne peut écarter aucune hypothèse. Vous vous entendiez bien avec elle ? -Monsieur Dubuisson ? Je cherchais chez vous un réconfort. -On ne peut écarter aucune hypothèse. Monsieur Lavigne ici présent peut vous le confirmer, malgré l’affliction que vous ressentez nous devons penser à tout.
Généralement, quand Harvey me cite, c’est à dire quand il ne tire pas toute la couverture à lui, c’est qu’il se trouve dans une mauvaise posture. Ainsi, cette dame sur qui son charme semblait opérer lui laissait-elle entendre qu’elle n’y restait pas insensible. Pour bien se faire comprendre, elle lui resservit du café. Il oublia de le sucrer.
-Le succès de votre sœur ne suscitait-il pas des jalousies ?-Assurément, Monsieur Lavigne. Mais, elle les ignorait. C’est une chose qu’elle ne pouvait pas comprendre. Elle a toujours tout eu : la beauté, le talent. Pour elle, tout ce qui lui arrivait était dans l’ordre des choses. Je ne me souviens pas l’avoir jamais vue dans une mauvaise passe. La chance a toujours été de son côté. Jusqu’à samedi dernier. -Qu’est-ce qui vous fait penser que sa bonne étoile l’a quittée ? -Je ne sais pas. Un pressentiment. Le pressentiment qui m’a poussé chez elle et qui m’a guidée vers vous. -Existe-t-il des éléments plus concrets qui expliqueraient ce pressentiment ? -Elle avait quelque chose dans les yeux depuis le début de l’été. Comme une préoccupation! Elle m’affirmait le contraire. Mais, je la connais, c’est moi qui l’ai élevée à la mort de nos parents. -Vos deux parents sont décédés ? -Quand elle avait quatre ans, tous les deux dans un accident de voiture. J’avais tout juste dix-huit ans. A l’époque pas encore majeure. Et pourtant, c’est moi qui ai eu la charge de ma petite sœur. -Ce n’était vraiment pas de chance pour vous deux. -Pour moi non. Mais pour elle davantage. Mes parents étaient souvent absents ; j’en ai beaucoup souffert. Anna ne les a pratiquement pas connus. Ensuite, ce fut un bonheur de l’élever : vous savez, depuis toute petite, elle a toujours été charmante. -Et la perte de vos parents ne l’attristait pas ? -Elle m’avait. J’ai tout fait pour elle. C’est pour cela que je sais quand quelque chose ne va pas. Voyez, Monsieur l’inspecteur, je sens qu’il est arrivé malheur à ma sœur. Mais, je ne peux malheureusement vous en dire plus. - Merci Mademoiselle Rostand pour tous ces éclaircissements. Je crois qu’il ne nous reste plus à mon collègue et moi qu’à prendre congé. -Ne me laissez pas trop longtemps sans nouvelles, j’ai peur ! -Nous vous informerons au fur et à mesure de notre enquête. Nous allons vous laisser notre numéro de téléphone. Si des éléments suspects et dont nous n’avons pas parlé, vous revenaient, n’hésitez pas à nous rappeler.
La pluie s’était arrêtée et un timide soleil cherchait à percer la masse nuageuse. Harvey marcha moins vite qu’à son habitude non pour m’attendre mais parce qu’il était perplexe. Devant l’école primaire, un rassemblement de parents nous apprit qu’il était déjà seize heures trente. L’écho des jeux des enfants retentissait à l’intérieur des murs de la cour de récréation. Des enfants ! Voilà un monde qui nous était inconnu, nous les deux vieux célibataires. Je m’imaginai un instant avec femme et marmots m’attendant le soir à la maison. On me ferait la fête. Enfin, je voyais ça comme cela. Je souris en me représentant Harvey dans la même situation. Harvey en papa poule. A quatre pattes avec ses mômes sur le dos. Non ! Décidément, tout cela était du domaine du rêve. Désormais pour nous deux, il était trop tard. Les années passent si vite. Je pensai à l’automne qui revenait déjà avec ses promesses de vendanges et de champignons. A Maman. Pour elle et moi, croyais-je, rien n’avait changé. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
Dernière édition par le Jeu 27 Sep - 17:35, édité 1 fois |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 16:02 | |
| Attendez demain. Je vous l'ai déja dit. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit. |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 2158 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 16:09 | |
| Brigitt’coiff est un très bon salon de coiffure. Il n’a qu’un défaut : être désormais situé trop près du cœur historique de Sarlat. L’été venu, impossible de se garer à moins de huit cents mètres. Pourtant, c’est une tradition, Maman se rend au salon toutes les trois semaines. Depuis quarante-cinq ans. Elle était amie avec Brigitte. Elles étaient ensemble au pensionnat chez les religieuses. L’adversité dans laquelle avait baigné leur enfance avait trempé comme de l’acier la relation indéfectible qui les unissait depuis. Elles ne s’étaient jamais éloignées l’une de l’autre. On pouvait dire d’elles que c’était deux sœurs tant parfois les amitiés féminines sont profondes. Je posais Maman devant la devanture et allai me garer sur le nouveau parking à touristes qui coûtait un euro la demi-heure. Puis, je remontai à pied la cohorte des caravanes, des camping-cars, des voitures lourdement chargées de vélos qui venaient chez nous goûter le calme qu’on ne trouve à Sarlat que hors-saison.
Or, Brigitte avait délaissé son salon à sa fille depuis trois ans. Aux dires des habituées, elle était partie vivre du côté de Biarritz. Pour sa retraite. Maman, qui n’avait pas été mise dans la confidence, ne lui en voulait pourtant pas. Depuis leur enfance, elle n’avait cessé de l’admirer. Aussi, ce départ qui aurait pu être vécu comme une trahison, représentait-il pour ma mère plutôt une revanche conjointe sur leurs tristes sorts. Seule son amie avait réussi dans la vie, mais elle en partageait intérieurement la gloire. Elles s’écrivaient toutes les semaines. Un jour, nous irions en vacances à Biarritz nous qui n’avions jamais quitté notre Périgord ! Depuis Cloé, une fausse rousse, la fille de Brigitte, s’occupait de la coupe et des shampooings. Son ami Patrice officiait aux couleurs. Il était diplômé pour cela de la chambre des métiers et du syndicat des capilliculteurs. C’était écrit dans un cadre dans la vitrine. Cela apportait une nouvelle clientèle masculine non négligeable. Maman trouvait ce garçon très gentil elle qui venait surtout là pour nuancer de bleu les reflets de sa permanente. Aujourd’hui, il n’était pas là. Lui aussi avait le droit à ses congés. Tout le monde attendait sa carte postale. Il s’était envolé depuis Bordeaux vers une île. Un drôle de nom, je me rappelle. Quelque chose comme Ibiza.
Maman ne voyait pas notre enquête d’un bon œil. Nous aurions dû la refuser. Elle reprochait à Harvey de m’avoir entraîné dans cette histoire juste pour sa propre gloriole. -Tu devrais te méfier de ce garçon. La seule fois où je l’ai vu, il ne m’a pas paru honnête. -Mais Maman, c’était, il y a plus de vingt-cinq ans. Il venait tout comme moi de sortir de l’école de police. Tu ne peux pas traiter de malhonnête quelqu’un qui a fait le vœu de devenir policier. -Et pourquoi pas ? Mais là, je vis bien qu’elle ne cherchait qu’à me scandaliser.
Chercher une femme qui, soi-disant avait disparu ne lui disait rien qui vaille. Elle ne connaissait rien d’Anna Rostand, ni de sa personne ni de son œuvre littéraire mais de simplement comprendre que cette dernière n’était toujours pas mariée à plus de trente cinq ans augurait pour elle d’un réel danger pour son fils. En ce qui concerne la littérature, elle ne jurait que par Monsieur Max Favallelli, l’ancien libraire de Sarlat qui avait réussi à la télévision. Bien sûr, je me gardai de lui parler des guadeloupéennes et surtout de Félicitée qui s’était emparée de mon esprit.
Pourtant, des filles, n’allez pas croire, j’en avais connu. Du moins croisé. Dans les rues de Sarlat, il y a quantités de touristes. Des étrangères aux parlers et mœurs baroques. Dont les effets excentriques pouvaient m’ensorceler parfois plus d’une nuit ou deux. Depuis la mort de Papa, nous vivions mère et fils dans une douce harmonie. Ses tracas étaient mes tracas, mes problèmes les siens. Nos joies étaient communes. On dit d’une mère qu’elle ne vit que par procuration. Je ne sais pas si c’est une généralité mais la maxime vaut pour Maman. Son existence ne comptait pas. Ne comptait plus depuis le départ de celui dont elle avait eu l’immense bonheur d’être la femme. Maintenant, elle en élevait le fils. Depuis quarante-sept ans. Rien n’en pourrait la distraire même pas ces messieurs âgés qui lui faisaient la galanterie de l’accompagner dans les thés dansants. Maman a toujours été très belle et très soigneuse de sa personne. C’est une sorte de fierté que nous partageons ensemble. Avec la mort de Papa, le temps s’est arrêté et ainsi, elle est éternellement jeune. Nous rions ensemble de ses amours éphémères, conscients que jamais, non vraiment jamais rien ne pourrait nous séparer.
-Cette fille est très belle et très douée. Elle attire des convoitises de certains qui pourraient l’utiliser. Et pourquoi ne serait-elle pas l’amante secrète du maire ? Tu sais, ce sont des choses ici qui se sont déjà vues. -Maman ! La piste politique, c’est juste pour faire parler les gens. Il faut que nous fassions remonter le plus d’informations possibles, mais si c’est une affaire d’ampleur nationale, d’autres déjà s’en occupent à leur niveau. Nous, nous la cherchons au ras des pâquerettes. -Tu sais, je ne pense pas que ce soit une fille pour toi. Elle est trop… -Mais Maman, c’est professionnel. Nous la cherchons parce que le commissaire nous l’a ordonné. -Eh bien moi, je t’ordonne de te marier. -On ne va pas revenir là-dessus, Maman. A chaque fois que je t’ai parlé d’une fille possible, ça ne t’allait pas. Nous ne sommes pas bien comme cela, tous les deux ensemble ?
Pour toute réponse, elle m’apporta le dessert. Une tarte aux quetsches. Cela faisait déjà plus d’une semaine que la fille avait disparu et nous n’avions toujours rien. La préfecture et le procureur faisaient pression sur le commissaire. Notre supposée piste politique avait fait chou blanc : une cinquantaine d’appels que nos deux dévouées standardistes avaient dûment répertoriés dans le cahier prévu à cet effet. Mais, tous étaient du même acabit que le premier. Les mêmes dénonciateurs que nous ne connaissions que trop mais qui nous horrifient toujours autant par leurs médisances. Tout leur semble bon pour se débarrasser d’un voisin, d’un parent et même pour certains de leurs propres enfants. Il leur suffit pour cela de charger leurs victimes expiatoires de ce nouveau forfait dont personne ne sait encore qui l’a commis. En cela, notre bonne ville n’a pas beaucoup évolué depuis l’Occupation. Ces gens nous utilisent, nous leur police, comme des éboueurs : nous devons les débarrasser de leurs propres saloperies. De plus, ils nous en veulent ne pas faire correctement notre métier. Sans doute nous dénoncent-ils d’ailleurs à nos instances supérieures ! Ce sont des justiciers dans l’âme. Pour autant, nous ne devons pas les négliger.
Pour la première fois de ma vie, j’avais menti à Maman : -Je dois, dis-je, rentrer ce dimanche dès la fin de l’après-midi pour les besoins de l’enquête.
Elle dut préparer mes sandwiches à la va-vite. J’étais désolé de la voir ainsi souffrir d’abîmer de si beaux magrets mais je me surprenais davantage à plaindre intérieurement Félicitée et un peu sa collègue restées seules au commissariat pour réceptionner à notre place tant d’ignominies. Elles étaient si jeunes, sans doute si naïves des mœurs abjectes de certains de nos concitoyens. Je me devais d’aller les réconforter. Curieusement, je me sentais devenir un homme comme si de mon corps j’allais faire barrage entre la pureté que je leur prêtais et la bassesse ambiante. Cette pulsion chevaleresque m’était d’habitude étrangère et c’est en cela que je compris que quelque chose en moi avait changé.
Félicitée était seule. Harvey venait juste de passer pour décréter que ce dimanche après-midi étant calme, une unique standardiste suffisait. Il avait proposé à la plus jeune de la raccompagner à l’école de police. Je doutai un instant de l’honnêteté de ses propositions mais n’en laissai rien apparaître. Je m’inquiétai davantage du traumatisme psychologique que cette mission téléphonique avait pu engendrer. -Il ne faut pas vous en faire pour nous deux, m’avait répondu avec tout le charme de son accent, celle qui avait eu l’incroyable capacité de me troubler jusque chez Maman. Au pays, les gens sont pires qu’ici. Vous savez, ils sont pauvres. Maïté et moi, nous avons l’habitude d’entendre parler les gens. Ils disent des choses qu’ils aimeraient être vraies et si on les prenait au pied de la lettre alors leur vraisemblable deviendrait la vérité. Chez nous, nous disons : "Poule qui cacaye, lu même que la pondu". Les gens se construisent leur propre histoire mais aussi, et c’est plus embêtant celle des autres. Chez vous, ces braves personnes prétendent que qui vole un œuf vole un bœuf, ou qu’il faille se méfier des gens comme nous au prétexte que nous sommes des descendants d’esclaves. Nous ne pouvons pas éternellement en vouloir aux anciens colons de projeter leurs démons sur nous. Les gens s’inventent leur monde à défaut de pouvoir s’y insérer. Mais vous Monsieur Bob, que pensez-vous cette affaire ?
Une femme avait disparu que je ne connaissais pas. Je dois bien avouer maintenant que cela ne me faisait ni chaud ni froid. Cette dame même si c’était une sympathique compatriote n’était pas vraiment de mon monde. Un monde assez clos. Etroit. Sans pour l’instant le moindre imprévu. Aussi ce qui me bouleversait davantage était la présence de cette véritable femme que j’avais prise pour une enfant.
-Robert ! Balbutiai-je. Mon prénom c’est Robert mais vous pouvez m’appeler Monsieur Lavigne, Mademoiselle… ? -Félicitée, je m’appelle Félicitée, Robert. Elle me souriait. -Eh bien, Mademoiselle Félicitée, l’affaire se présente, heu…je veux dire, c’est une affaire complexe… Vous avez raison, il faut se garder de tout à priori… Heu… Mais peut-être désirez-vous également sortir d’ici pour aller boire quelque chose en ville ? -Et le téléphone ? -Il y a le répondeur !
Pour faire réfléchir nos suspects durant nos rares interrogatoires, au-dessus de son bureau, Harvey avait affiché dans un cadre une phrase de Voltaire : On rougirait bientôt de ses décisions, si l’on voulait réfléchir sur les raisons par lesquelles on se détermine. Je doute que beaucoup de nos petits malfrats aient jamais eu la culture nécessaire pour y trouver là un quelconque enseignement. Mais que les lecteurs que mon attitude ici ferait sourire, s’appliquent d’abord à eux-même cette maxime avant de me juger un brin cavalier.
Bien que m’étonnant moi-même, je m’abstins de rougir et accompagnai donc ma jeune collègue au Café de Paris. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
Dernière édition par le Jeu 27 Sep - 17:31, édité 1 fois |
|  | | Anna Galore Des 3R, je suis l'Ô-Anna

Age : 46 Inscrit le : 24 Juin 2006 Messages : 8718 Localisation : Jezira Al Tenynn
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 16:56 | |
| | Vic Taurugaux a écrit: | | Anna n’était pas comme elle. Elle était jeune, enthousiaste, pleine d’idées et de projets : elle était la vie. |
Vic?  |
|  | | zoé sporadic Jasmine calamardesque

Inscrit le : 02 Mai 2007 Messages : 717 Localisation : "j'étais pas là"
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 16:58 | |
| | Vic Taurugaux a écrit: | | Attendez demain. Je vous l'ai déja dit. |
Ben si c'est comme ça, y aura pas à se fendre la tronche d'un commentaire !
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|  | | reGinelle

Age : 57 Inscrit le : 23 Fév 2006 Messages : 5953 Localisation : au plus sombre de l'invisible
| Sujet: Re: En quête de correspondances Jeu 13 Sep - 17:22 | |
| | zoé sporadic a écrit: | | Vic Taurugaux a écrit: | | Attendez demain. Je vous l'ai déja dit. |
Ben si c'est comme ça, y aura pas à se fendre la tronche d'un commentaire !
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j'ai même deux mails tout prêts pour répondre aux lectures que je ne dois faire que demain et après demain...  _________________ Je suis ce que je suis... point barre ! Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille ! |
|  | | | En quête de correspondances | |
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