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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Ven 28 Sep - 5:40

Je ne suis plus le même homme depuis que j’ai fait l’amour avec Félicitée. Il y a comme un avant et un après. Avant, c’était le passé. Maintenant, il faut que j’apprenne à contrôler mes réactions. Ce sont des réactions de fierté. D’orgueil ? Les gens ne me connaissent pas comme cela. Je dois faire comme l’adjoint à la culture. Ne pas les brusquer. Mais Harvey aussi à changé. Il semble plus à l’aise pour parler à Mademoiselle Rostand.

- Si votre sœur se cache à Sarlat, c’est sans doute qu’elle s’est brouillée avec son entourage de Périgueux et si ce n’est pas avec vous… ?
- Mais pourquoi ne m’a-t-elle pas avertie ? Je suis sa sœur. J’ai toujours été là quand elle a eu des ennuis.
- C’est peut-être qu’elle souhaite régler le problème seule. Elle est grande. Elle n’a pas forcément besoin que vous jouiez encore sa maman. Avez-vous repensé à la lettre ? Vous disiez qu’elle était de votre père alors que celui-ci est décédé?
- Evidemment, sur le coup : l’émotion…Mais, bien sûr, c’est elle qui l’a écrite. Je reconnais son talent. Un exercice d’écrivain sans doute ! Elle n’a que très peu connu notre père, grâce à sa plume, elle a ainsi voulu le faire revivre. Et pour moi, cela a été plus que réussi. Mais, chez elle: sans doute une blessure de plus que je n’ai pu panser.
- Vous avez raison. C’est l’explication logique de ce pseudo-courrier qu’elle se serait envoyé à elle-même. Quels genres de livres écrit-elle ?
- Monsieur Dubuisson, vous ne nous avez pas lues ?
- Eh bien ! Chère Mademoiselle, voyez là une preuve supplémentaire de mon inculture.
-Ma sœur écrit des romans historiques. Nous sommes en Périgord, pays de châteaux et fiefs de nombreuses et prestigieuses familles. Leurs sagas sont parfois édifiantes, savez-vous ?
- Je m’en doute et je comprends mieux l’intérêt des lecteurs. Mais, cela doit lui demander un grand travail de documentation ?
-C’est vrai ! Et sur ce point, Anna n’est pas suffisamment sérieuse. Elle est jeune. Ce qui lui plaît, c’est la fantaisie. Elle ne me comprend pas quand … Oh ! Pardon, je suis désolée…



Mademoiselle Rostand a renversé du café sur un de ses napperons. Elle a l’air embêté. Elle se lève rapidement pour sauver les dégâts. J’entends le bruit du robinet de la cuisine et je me demande comment Maman aurait fait pour enlever cette tâche. Je repense toujours à Maman. Je suis inquiet. Elle s’est fait hospitaliser jeudi soir. Elle ne se remet pas du coup de froid pris après avoir transpiré l’autre jour dans la vigne. A soixante dix-sept ans, je le lui ai dit : elle ne devrait plus travailler dans les terres. Je regarde machinalement sous mes chaussures et Harvey me fait signe de me tranquilliser. Je n’aime pas voir les gens dans l’embarras mais là, je me sens inutile. Impuissant. Il faudrait que nous partions pour Sarlat maintenant.
Pour retrouver Anna.

Mademoiselle Rostand revient s’asseoir devant nous. Elle a très certainement du savoir pour son napperon car elle a repris son calme.
-Je vous prie de m’excuser, Messieurs. De parler d’Anna qui n’est toujours pas revenue me trouble et je me suis laissée empo…
-Nous comprenons très bien, Mademoiselle. D’ailleurs, nous ne souhaitons pas vous déranger davantage. J’ai fourni une description de votre sœur à mes collègues de Sarlat. Dès qu’ils l’auront retrouvée, je pense qu’elle nous fournira à tous des explications sur cette petite fugue.
-Vous croyez qu’ils vont la retrouver rapidement ?
-Malgré son importance aux yeux de mon ami Lavigne, Sarlat reste une petite ville !


J’adore Harvey. Il sait réconforter les gens mieux que je ne pourrais le faire. De dire que je suis son ami me fait le plus grand bien. J’aimerais lui dire que je m’en veux pour ce matin, mais devant Mademoiselle Rostand, je ne peux pas : pauvre femme, je ne veux pas l’accabler davantage par mes problèmes.

Sur le trottoir, Harvey marche à grandes enjambées. Il n’a pas le temps d’écouter ce que je voudrais lui dire. Il gamberge. Comme nous sommes toujours en service, je réfléchis à sa suite. A la suite. C’est vrai, à Sarlat, il y a Meynardie et Peyrebrune. Je les avais oubliés, eux. Ce n’est pas pour rien. J’aurais aimé enquêter à la maison. Mais, je les vois d’ici :
-Alors, Lavigne, ils t’ont rétrogradé que tu reviens au pays ?. … Ca nous fait plaisir que tu n’aies pas oublié les vieux copains !
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours détesté Meynardie et Peyrebrune. Déjà à l’école, ils faisaient tout pour m’humilier. Des blagues sur mon père. Qu’il serait parti avec une autre femme. Un jour, ils ont…Il faut que je me concentre sur l’enquête. Harvey me le dit toujours :
-Lavigne, fais un effort, concentre-toi sur ce qui se passe maintenant. Tu dois vivre avec ton temps …
Vivre avec son temps : Ce n’est pas si facile !

Et si… Si, s’ils lui faisaient du mal. A la petite. Ils en seraient capables. Ils sont capables de tout. Je voudrais le dire à Harvey mais lui, rien de cela ne semble l’inquiéter. Il vient de tourner dans la rue Wilson au lieu de revenir au commissariat. Dans cette rue, à côté du boucher et tout près du caviste, il y a une librairie. C’est la librairie d’Harvey. Je veux dire, la librairie où il achète tous ses livres. D’habitude, je l’attends devant la vitrine du caviste. Je lis les étiquettes. Il vend aussi de la bière. Il y en a en devanture. C’est une drôle d’idée… Mais, cette fois-ci, Harvey me fait signe de le suivre à l’intérieur de la librairie. Quand je rentre, il est déjà en grande discussion avec le libraire. Harvey me présente. Le libraire me tend la main comme s’il me connaissait. Il a l’air sympathique. Je ne vais pourtant pas lui dire que je ne lis jamais de livres. Il s’en va dans sa réserve chercher un carton. Une femme s’approche de nous, elle fait la bise à Harvey et puis à moi ! C’est la femme du libraire. La libraire. Elle me demande si je pense que les cèpes vont encore se trouver après le froid qu’il a fait ce matin. Ce n’est pas étonnant qu’il soit si sympathique avec une femme si gentille. Mais, je n’ai pas le temps de lui répondre ; son mari revient avec un lourd carton.

-Tu sais, j’ai lu… D’accord, c’est bien écrit et elle a de bonnes idées. Mais, à mon avis, elle ne les exploite pas suffisamment. Je ne vais pas cracher dans la soupe, mais son succès est un peu usurpé : elle est dans l’air du temps. Du roman historique. Enfin, je te souhaite beaucoup de plaisir, tu en as quinze à lire. Tiens, la facture pour tes notes de frais !

Il est des moments dans la vie où l’on se sent seul. Où votre univers s’écroule. Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé ? Depuis une semaine, je m’étais volontairement éloigné de mes proches, des gens qui comptaient le plus pour moi, en leur cachant la vérité. Ma vérité. Félicitée. Je ne souhaitais en parler à personne. La garder rien qu’à moi. On existe vraiment que dans les secrets. Parfois, les confidences. Comme celle que je vous fais. Mais, c’est la première fois que je mentais à Maman. Par omission. A Harvey. A tout le monde et même au commissaire. Je me confinais dans mon bonheur comme un canard dans son bocal ! Car, je pensais enfin avoir droit à ce mensonge à plus de quarante-sept ans. L’amour me donnait des ailes et j’avais décidé de prendre mon envol quand voila qu’Harvey, en qui j’avais toute confiance, me mouillait dans une malversation dont jamais, je ne l’aurais cru capable. Bien sûr, il nous était arrivé d’aller dans certains restaurants où, dans l’ambiance, nous avions commandé pour plus cher que ne permet le barème. Quelquefois. Mais, c’était des extras. Enfin, je ne conteste pas mais de là à se faire payer ses livres avec des notes de frais. Quand vous avez idée du nombre de livres qui s’entassent chez lui. A y repenser, cela représente une fortune : un stock. Voilà le mot : un stock. Jamais, je ne me serais imaginé qu’Harvey … Maintenant, la phrase de Félicitée me revient : Qui vole un œuf, vole un bœuf ! C’est donc vrai. Harvey a dérapé et peut-être est-ce ma propre gourmandise qui l’a précipité dans le trafic de bouquins ? Il est vrai qu’il me parlait parfois de ses lectures de façon si exaltée ! Et moi qui ne me doutais de rien. Il doit depuis longtemps être accro à cette drogue qu’inconsciemment j’ai toujours éloignée de moi. Je remercie intérieurement Maman qui m’a prévenu durant mon adolescence, (âge propice à toutes les perditions), que la lecture ne peut qu’abimer les yeux ! Sans doute, en connaissait-elle des dangers plus effroyables, mais cette brave femme, en se défendant de me les citer m’a évité très certainement le pire.

Mon collègue est dans la panade. Je me dois de l’aider. D’avoir le courage d’une action.
-Harvey ! Tu devrais arrêter de fréquenter ces individus ?
-Quels individus ?
-Les libraires. Tu ne vois pas que tu es sous leur emprise ? Une seule chose les intéresse : ta consommation de bouquins. Je ne veux pas savoir à qui tu les revends mais tu as dépassé la dose convenable : ils te les procurent désormais à pleins cartons. Tout cela, avec l’argent du contribuable. Arrête ! C’est ton ami qui te le dit.
-J’apprécie le souci que tu te fais pour moi Lavigne. Mais, ces bouquins sont nécessaires à l’enquête. Si nous souhaitons retrouver Anna, il faut la lire. Sa piste est dans ses bouquins.
-Mais non Harvey ! Sors-toi de là ! Reviens dans la réalité. Le commissaire nous l’a bien dit : sa piste est dans Sarlat.

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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Ven 28 Sep - 21:11

La poste n’est plus ce qu’elle est depuis que l’on a démantelé les P.T.T. Bertrand Le Bret qui travaille à l’imprimerie du timbre me l’a dit : moins de timbres français égal moins de courrier. Les gens ne correspondent plus. Sinon, que par internet. Des mails. C’est de l’anglais que je ne comprends pas. Je ne vais tout de même pas apprendre l’anglais et en plus m’acheter un ordinateur comme me le propose toute cette publicité qui bouche ma boîte aux lettres et empêche la sienne de me parvenir. Ca fait six mois qu’elles sont parties pour la Seine Saint-Denis. Où ils manquent d’effectifs. Six mois avec toute sa promotion. L’effectif, ils n’ont que cela à la bouche dans leurs bureaux de parisiens. Mais, l’affectif, l’affectif du policier de base, qu’est-ce qu’ils en font ?

Elle me l’a dit avant de partir qu’il fallait être raisonnable, que nous n’avions pas le même destin. Elle a eu des mots gentils, a pris des nouvelles de Maman, dit qu’elle ne nous oublierait pas. C’est une fille des îles. Le voyage… Il faut qu’elle voyage Un peu comme les palombes, vous voyez ? Vous pouvez toujours avoir de beaux ramiers comme l’oncle d’Escoire… mais ces bêtes-là, elles vivent pour le vent. Mon appartement était trop petit, nous ne pouvions pas vivre comme les inséparables de Mademoiselle Rostand. Je lui ai donné mon adresse. Au cas où elle aurait un coup dur. Là-bas, faire la police, ce n’est pas toujours facile à ce qu’on dit. Mais je ne veux pas sur elle vivre en parasite. M’accrocher à sa jeunesse comme un vieux lierre. Je ne souhaite pas comme Harvey monter bien haut. Devenir un chêne ou même un tilleul. Non ! juste être son arbrisseau. J’ai ouvert la porte de la cage, elle est partie, je reste avec mes racines.

Je n’ai rien dit à Maman. Cela ne la regarde pas. Est-ce que je vais moi, épier ses amours ? C’est mon secret mais pour qu’il dure, il faudrait juste que la poste fonctionne.



Mademoiselle Rostand est aussi triste que moi. Sa petite sœur ne revient plus. Vous pensez : mettre Meynardie et Peyrebrune à ses trousses, je ne sais pas si c’était la meilleure idée qu’Harvey ait eue. Il a fini de lire ses bouquins. Bien sûr, pas d’Anna à l’intérieur. Comment voulez-vous trouver un auteur dans ses livres ? Une fois que son livre est écrit, l’auteur va voir ailleurs, il n’y reste pas. Surtout un auteur comme Anna. Elle aussi a la bougeotte. Elle a toujours été comme cela. Depuis toute petite.
Je dis :
-Il n’y a guère que dans Rustica que les mêmes journalistes reviennent tous les mois pour écrire leur article. Il y a pour chacun leur photo sur leur page, un peu comme leur adresse, on ne peut pas se tromper. A part pour le numéro du mois d’août, ils sont tous toujours là. J’en ai l’expérience, avec Maman, nous sommes abonnés depuis vingt-cinq ans.

Mademoiselle Rostand me sourit. Elle sait que nous partageons la même douleur. Harvey :
-Qu’en dit votre père ?
-Actuellement ? Que nous n’avons pas le même destin.
-Il a tort ?
-Non, bien sûr, il a raison. C’est moi qui ai été assez folle pour croire à tout cela.
-C’est tout de même une belle œuvre. Quinze tomes pour une Histoire du Périgord et dernièrement, vous venez encore de recevoir un prix.
-C’est du passé maintenant.
-Pas pour votre éditeur. Mais, il a retiré sa plainte. Il a l’air très content.
-Oui, nous aurions pu en faire quinze autres, mais nous avons revu le contrat. Il nous a compris. Désormais, c’est fini.


Mademoiselle Rostand se lève soudainement pour aller chercher à la cuisine le service à café. Je veux l’accompagner mais Harvey me fait signe de rester assis sur mon siège. On entend le bruit des tasses. Elle revient et nous sert.
-Cela a dû vous demander un énorme travail de documentation. Pourquoi ne pas avoir co-signé les ouvrages ?
-C’était une idée de l’éditeur. Que tout vienne d’Anna, une femme érudite et belle à la fois. M’y ajouter aurait cassé l’image.
-Ce n’est pas juste !
-Vous trouvez la vie juste, monsieur Harvey ? Vous avez perdu toute votre famille à la fin de la guerre m’a-t-on dit ? L’Histoire n’est pas juste. Vous l’avez lu dans nos livres. Pourquoi nos petites vies le seraient ?
-Mais, et vos séances de spiritisme ?

Elle sourit.

-Vous avez deviné cela aussi, Monsieur l’inspecteur ?

Elle se lève pour aller prendre dans le tiroir de la commode la planchette que j’avais prise pour une cale. Quand elle me la met entre les mains, je constate que le bois en est bien trop beau pour une si basse besogne. Les veines du merisier s’enroulent autour d’un œil comme un tourbillon de fumée découvrant la plage claire de l’aubier.
-C’est la première fois que vous voyez un ouija Monsieur Lavigne ?
-Oui, effectivement, l’inspecteur Dubuisson, je veux dire Harvey m’a expliqué que c’était pour comprendre les gens importants.
-On peut dire les choses comme ça. Retournez-le.


Je fais pivoter la planchette entre mes mains et son autre face m’apparaît. Bizarrement, y sont inscrites toutes sortes de lettres. Des lettres d’imprimerie. Toutes les lettres de l’alphabet disposées en éventail et en bas de chaque côté d’un trait vertical les mots oui et non.

-Mesdemoiselles Rostand s’en servaient pour parler avec leur père, intervient Harley devant mon visage perplexe. N’est-ce pas, Angélique ?
-Ne recommence pas à te moquer de moi Harvey ! Je sais très bien qu’il est mort depuis très longtemps. On ne parle pas avec les morts.
-Nous si,
explique celle qui se laisse désormais appeler par son prénom par mon coéquipier. Ma sœur et moi communiquions avec l’esprit de notre père grâce à cet alphabet. Il suffit d’être comme vous sensible aux vibrations du bois et suffisamment attaché au défunt pour que celui-ci daigne se faire entendre. Regardez ce guéridon. Il est bancal. Ma sœur et moi y posions les paumes de nos mains, doigts écartés et après une longue méditation commune nous pouvions entendre notre père nous dicter notre conduite en bougeant ou non la table selon les lettres que nous lui désignions. Il est toujours resté ainsi à nos côtés depuis l’accident. Il lui arrivait de nous parler de notre mère que malheureusement nous ne pouvions percevoir. De ce fait, cette maison a toujours été habitée par l’ensemble de notre famille. J’ai continué ainsi le travail d’historien que mon père n’avait pu tout publier de son vivant. Mais, ne possédant pas ses diplômes, je n’avais aucune chance de voir notre travail commun un jour édité. Anna a une imagination débordante. Mais également une excellente plume. Sans doute pour rêver son histoire avec nos parents qu’elle n’a que si peu connus vivants. Elle brode sans cesse sur les contes que maman lui inventait quand elle était petite. Avec le temps, ma sœur est devenue de plus en plus belle. C’est Papa qui a eu l’idée d’en faire un écrivain célèbre. Moi, je n’ai pas un visage facile, n’est-ce pas ? En la voyant, la maison d’édition a tout de suite dit oui.
-Angélique
! Harvey lui prend les mains. Elle ne les retire pas. Vous aussi vous êtes belle à votre façon, mais les morts ne parlent pas. C’est un conte que vous-même avez inventé pour votre petite sœur.
-Vous croyez ?
-…
Toute seule, je n’aurais pas eu l’autorité nécessaire, vous comprenez ? Alors que si c’était Papa qui le lui disait…
-Elle vous obéirait.
Elle ne le veut plus. Et pour bien me le faire comprendre, elle a écrit cette fausse lettre que vous m’avez portée. Et maintenant, elle m’abandonne. Quelle goujate et quelle menteuse !
-Elle vous a écrit une belle histoire pour vous expliquer que votre papa vous a définitivement quittées. Mais, vous gardez de lui, chacune à votre façon son souvenir dans vos cœurs. Vous en continuant son œuvre et elle..
- Elle se référait de moins en moins à ses documents ! Aux faits réels ! A la fin, nous nous disputions sans cesse à ce sujet. Peu lui importait que les choses se passent à Périgueux, Sarlat ou Bergerac. Or les lieux pour l’Histoire sont importants, c’est comme cela que se construit la géographie.
-Votre famille était originaire de Bergerac, je crois ?
l’interrompt Harley.
- Nous ne le mentionnons pas dans nos livres ! Mais, vous avez raison. Nous y avons vécu jusqu’à l’accident.
-Mais, et ce dernier livre presque terminé ?
-Ma sœur refusait que j’y participe. C’était le sien ! Maintenant que nous connaissions le succès, nous pouvions nous séparer, disait-elle. Je pouvais reprendre la saga des livres historiques, vu leur succès, l’éditeur était d’accord, le public ne s’offusquerait plus d’un changement de prénom et elle, elle souhaitait s’adonner à la fiction pure. Elle n’en pouvait plus de notre nom, de nos ancêtres : tout ça l’étouffait alors que nous descendons tout de même d’une lignée célèbre.
- Je vois ! Elle souhaite désormais donner à ses personnages la liberté qu’elle revendique pour elle-même.
- Anonyme, elle risque surtout de devenir une inconnue !
- C’est son choix ! Peut-on considérer à présent que vous retirez votre plainte ?
- C’est ce qui vous semblerait le plus raisonnable ?



Mademoiselle Rostand lutte vainement un temps pour retenir des larmes qui depuis si longtemps espèrent encore couler sur ses joues.
Harvey en lui tapotant les mains respecte son chagrin puis l’informe qu’elle pourra toujours compter sur sa présence. A Périgueux, lui aussi se trouve parfois bien seul.
-Pour l’instant, elle n’a plus besoin de vous, dis-je au moment de prendre congé, mais vous savez : un jour ou l’autre, elle vous écrira. Les femmes, elles écrivent toujours !
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Dim 30 Sep - 9:16

Aujourd’hui, le froid est tombé sur Sarlat. On le sent sur les épaules en montant aux Enfeux. La poterne indique le passage. Durant la messe, Harvey a fait jouer du Mozart. Il est venu avec la voiture de service en compagnie de Mademoiselle Rostand. Moi, j’étais déjà là : le commissaire m’avait accordé la semaine pour accompagner Maman. Un peu avant, elle avait encore la force de plaisanter :
-Tu sais mon grand finalement je meurs comme j’ai vécu. C’est la vigne qui m’a été fatale.
Faut pas croire, Maman avait de l’esprit.

Monsieur et Madame Arguenau serrent des quantités de mains. Je ne savais pas que ma mère était aussi connue.
-C’est son petit ! chuchotent-ils à des paysans encore plus courbés et vieux qu’eux. Il travaille à Périgueux.
On me salue avec respect. Sans doute, j’impressionne un peu. J’embrasse de vieilles personnes que je ne connais pas. Elles, elles connaissent mon histoire, Maman la leur a suffisamment rabâchée. Elles veulent que je garde courage maintenant que je leur survivrai. C’est un bel enterrement. Monsieur le Curé a dit ce qu’il fallait. Sous les ifs, il y a aussi l’Antoine qui semble toujours tombé de la lune. Pour le cercueil, j’ai fait raboter le vieux chêne que Papa avait tourné de côté pour Maman. C’est du bois du même arbre que pour le sien : il n’a pas bougé. On peut le voir dans le caveau.
Monsieur Arguenau invite les gens à passer à sa ferme pour goûter le vin nouveau. Avec le froid, personne ne traîne pas, tous seront mieux devant sa cheminée. Pour raconter les choses.

C’est vrai qu’il est fameux. Il a un petit goût de noisette. Bien sûr, on ne peut encore rien dire, il est trop jeune. Mais Maman l’aurait apprécié : c’est Madame Argueneau qui le dit. Elle n’avait jamais l’habitude de laisser son verre vide, même ces derniers temps ! Les gens sourient. Comme les verres, un souvenir en rappelle un autre. Le vieux maître de maison tranche du pain. Je sors.

Cet automne n’en finissait pas et l’hiver est monté d’un coup du bas du vallon. Je descends le sentier qui mène aux arbres malgré toute cette peine qui me fait souffrir. C’est comme si une énorme poutre s’était fracassé sur mon crâne. Pourtant, j’ai un dernier rendez-vous. Les feuilles des châtaigniers ne sont pas encore toutes tombées. Un vent froid s’attache à les décrocher une à une. Déjà un épais tapis recouvre le sol et les premiers gels ont grillé les dangereuses fougères. Elles ne couperont plus personne. Leurs branches si altières pendent désormais lamentablement. Je descends encore. Je retrouve notre place sous l’arbre. Notre étreinte a laissé là son empreinte. La nature en détient précieusement le secret.


Maintenant le temps est compté, il faut déjà revenir. Je me hâte et mes jambes me font mal dans la côte quand j’aperçois sa silhouette qui se détache en contre-jour sur le haut du pré. Elle n’est pas seule, elle est venue avec Félicitée. Celle-ci court à ma rencontre :
-Anna est venue me prévenir pour ta Maman ; j’ai voulu t’envoyer un mail mais je n’avais pas ton ad…
Je l’arrête : Dis-moi plutôt comment tu vas ?
- Super, notre affectation est super ! Au début avec Maïté, nous avions un peu la trouille, tu sais le 93, ça craint. Mais, il y a un nouveau préfet : Déguise ou un truc comme ça, il a changé la politique, on ne monte plus au casse-pipe, on refait de la police de proximité. J’ai passé un diplôme de maître-nageur et … Anna nous a rejoint. Elle a l’air embêté : elle ne sait comment le lui dire, je crois qu’elle compte beaucoup sur moi. Pourtant, elle essaie :
- Tu sais Félicitée, nous n’avons plus beaucoup de temps…
- Mais si, si tu veux je pourrais conduire ta voiture cette nuit, j’ai passé mon perm…

Je dis :
- Vous ne repartez pas, Félicitée. Nous allons tous nous arrêter là… .
- Je suis allée te chercher pour que nous t’expliquions …
reprend Anna qui attend maintenant que je continue. Elle baisse la tête. Elle a du mal à trouver mes mots. Du coup, je ne sais plus que dire. Enfin, je balbutie :
- C’est…c’est fini !
- Bien sûr, c’est fini pour ta pauvre Maman, cela doit être terrible pour toi, mon bon Robert et moi qui ne parle que de moi.
Elle me serre contre elle. Elle est si belle. Si douce. Je regarde Anna pour qu’elle me la laisse encore un peu. Mais, elle fixe l’horizon derrière nous où la lune se lève et reprend :
- Nous en sommes à l’avant-dernière page ! Alors courageusement, j’assume le dénouement de l’intrigue. Après tout, c’est moi le flic dans l’histoire :
- Félicitée, nous ne sommes pas pour de vrai tous les deux, nous sommes des personnages d’Anna. Dans un livre. Son livre. Celui qu’elle écrit en ce moment. C’est pour cela que nous ne pouvions pas la trouver. C’était une enquête qui ne menait nulle part. Mais, elle est toujours restée auprès de nous, tu sais ? Elle pense sans cesse a et pour nous.
Félicitée regarde Anna. Félicitée me regarde. Elle voudrait dire que le chagrin me fait perdre la tête mais Anna lui fait signe que non.
-Mais ! … Mais arrêtez tous les deux, c’est quoi ce délire ! vous êtes pétés ou quoi : vous êtes en train de me dire que…Je ne suis pas dans votre combine, moi… Mais, vous me faites chier là, elle est pas du tout marrante votre histoire ! … Anna arrête ces conneries… dis quelque chose…
Anna ne dit rien. Déjà qu’elle s’est invitée dans son propre récit pour accompagner la fin de ses personnages. Ca ne se fait pas. Normalement, ça ne se fait pas. Sa sœur le lui a suffisamment répété. L’auteur doit avoir du recul. Elle me regarde. C’est encore à moi de parler.
-Je comprends ta colère Félicitée, mais c’est Anna qui nous a créés. Tu comprends ? Elle est un peu comme notre maman. Tu vois : nous sommes ses enfants. Le temps de son livre, nous avons exister. Mais tout se termine un jour dans les livres ou dans la vie.
-Alors, d’un trait de plume, il n’existe plus rien de nous, c’est ça ? On ne meurt pas comme ça !
-Si ! c’est cela la mort. Mais, tu sais, à la différence des personnes véritables, il suffira qu’un seul lecteur nous lise et peut-être nous apprécie pour que nous revivions le temps de sa lecture. Alors, imagine si le livre a du suc…
-Et qui vous dit que quelqu’un va venir nous lire dans ce trou perdu ? Toi-même, tu n’as jamais ouvert un bouquin. Harvey ? Il va disparaître avec nous si j’ai bien compris. Tu auras écrit tout ça pourquoi Anna ? Pourquoi tu nous a fait exister ? Tu peux me le dire ? Pourquoi ?

Je souris à Félicitée. Elle est jeune : elle s’emporte vite, c’est difficile pour elle de comprendre. Anna lui laisse encore un peu de temps. Finalement, Félicitée finit par répondre à mon sourire. Je souris à Anna. Elle nous sourit à tous deux. Elle nous octroie comme une petite happy end. Mais, maintenant je garde le silence.

Pour faire durer. Un peu. Pour le plaisir.

Et tiens, pendant que j’y suis, avant qu’elle n’inscrive les trois dernières lettres, je laisse à l’auteur ma dernière réplique:

-Pour le panache ?




FIN


Anna. De Bergerac, le 15 décembre 2007.




Vic Taurugaux, le 22 août 2007 (à suivre…peut-être)
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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Dim 30 Sep - 14:28

Peut-être... ? J'espère !

Je te l'ai déjà dit lors des corrections, je crois, et sinon je te le dis ici : j'apprécie entre autres le temps que tu prends pour certaines descriptions. Tu emportes le lecteur dans des atmosphères différentes et bien plantées, j'aime l'humour mais aussi la tendresse que cette nouvelle dégage. Les personnages sont attachants, vivants, et comme d'habitude tes mots emportent. Tu as en plus épuré, ce qui est incontestablement bénéfique au récit.

Un grand bravo, Vic.

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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Dim 30 Sep - 14:35

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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Dim 30 Sep - 16:30

Et voilà, je termine tout juste la lecture d'une seule traite et le mot qui me vient, c'est bravo.
En fait, deux mots : bravo et merci.
Pendant presque 2 heures, j'ai été embarquée par l'histoire, sans en deviner la fin, sans même chercher à la deviner, au point d'oublier tout le reste autour. Une jolie atmosphère, de beaux personnages, tellement réalistes, avec chacun leur fragilité et leurs univers particuliers : l'impression de les avoir peut être croisé quelque part.
J'aime aussi beaucoup la chute, presque espiègle.
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Encore ! bientôt ?
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Dim 30 Sep - 16:51

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LylaTsB




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Mer 10 Oct - 18:25

chinois
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nouchka




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Jeu 10 Jan - 17:42

je viens de lire l'histoire d'une traite incl36

j'étais complètement dedans. Et quelle fin!!! merci et bravo
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Jeu 10 Jan - 20:02

nouchka a écrit:
je viens de lire l'histoire d'une traite incl36

J'étais complètement dedans. Et quelle fin!!! merci et bravo


Merci beaucoup! Maintenant, je te conseille : http://liensutiles.forumactif.com/jean-vilain-f108/moi-quand-j-etais-gamin-t12678.htm

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nouchka




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MessageSujet: Re: En quête de correspondances   Jeu 10 Jan - 20:17

merci du conseil. J'y vais de ce pas
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