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 Le tourment du monde.Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Le tourment du monde.   Mar 26 Fév - 9:28

Le règlement.

Cinglant par l’ouest, les gouttes de pluie frappaient désespérément aux carreaux de la fenêtre. Le grain, chercha une issue. S’appuyant sur le vent, il fit encore le tour de la bâtisse. Mais, leurs frappes ne pouvaient guère franchir le seuil protégé par une pergola sur laquelle elles tambourinaient en vain. D’ailleurs, pour parer cette mitraille, Eloïse avait construit une digue sur le carrelage de l’entrée par un amoncellement de serpillières. Elle leur octroyait ainsi une petite flaque à l’intérieur de sa maison pour répandre leurs bombes de tristesse. Une petite anse où il leur était permis de pleuvoir. Car, à ma grande surprise, c’était bien la météo la plus amère ce matin-là.

Paradoxalement, les yeux de ma protégée affichaient le beau fixe, leur bleu ayant retrouvé ses éclats. Il était déjà neuf heures à mon baromètre et elle avait profité de ma dérive pour s’occuper de notre intérieur. J’étais confus d’avoir déserter mon poste en fuyant ainsi dans le sommeil mais elle me rassura :
-Tu as bien fait de dormir, nous allons avoir une dure journée devant nous pour préparer le retour des enfants.
Elle parlait alors avec une voix très calme, comme quelqu’un qui a acquis la certitude de ce qu’il avance et qui cherche à apaiser toute inquiétude chez son interlocuteur. Du coup, c’était moi qui me sentais pris dans la remorque.

Attendre, c’est bien là le lot des femmes. Leurs hommes partis en mer et dont elles prient à chaque instant le retour. Leurs enfants qu’elles mettront au monde malgré son cruel tourment. Elles présagent que celui-ci n’a rien d’un nid douillet. Elles restent persuadées que leur descendance l’adoucira. Cette conviction les rend mères, les fécondent à mesure que leur ventre s’arrondit. Si bien que leurs amants n’ont que peu de pouvoir face à leurs intuitions. Comme les vagues ou les chiens, ils leur lèchent les pieds. Eloïse avait compris durant toute cette nuit que ces garçons reviendraient dans la journée. Toute rationalisation de ma part tentant de relativiser un si vain espoir serait accueilli avec un même sourire compatissant : il existe une science dont les hommes sont définitivement exclus.

Eux, ne voient de la marée que ses effets. Ils ignorent son énergie. Or, sous l’écume, la lame est nue. Elle suit son chemin avec toute son énergie. Elle va. Rien qu’avec son énergie. Bien sûr, il lui arrive qu’elle déferle. Lui, s’en trouve ravi. Il patauge. Fait son surf. Se croit libre. Et si de sa planche, son pied se dérobe, jamais il ne perdra les eaux. Les eaux : c’est elle. Et les larmes : aussi.

Je ne pourrais vous dire encore si à ce moment j’avais éteint mon feu, ou si, le crachin me l’avait pris. Je bus mon café. Il était brûlant. Tout cela submergea mon intérieur. Je ne disais rien. Comme à mon habitude. Il me fallait encore attendre. Mais nous étions deux.
La table était mise. Quatre couverts. Elle nettoya mon bureau comme on refait son lit. Rangea le recueil portant sur Abélard et Héloïse qui gisait à même le sol pour le replacer amoureusement sur son étagère entre Jules Vernes et Arthur Rimbaud. Vers onze heures cinquante, le bleu de leurs gyrophares a illuminé la ruelle. Sa couleur blafarde clignota sur le réfrigérateur. J’ai cru à une ambulance.

Pour les corps.

C’était les gendarmes.

L’adjudant était sec heureusement épaulé par son second. Celui-ci était un neveu de la mère Pleugadig. Je veux dire ici : un bon gars. Qui parlait comme nous autres. Une sorte d’interprète, en somme. Pour les mobiliser, il avait fallu une plainte. Un peu comme pour nous, une alerte. Ils l’avaient reçue à neuf heures cinquante cinq. Au quart, ils étaient déjà sur zone. L’institutrice leur a fait son rapport. Le cahier des absences. La réputation des parents. Attention! A ce qu’on en dit… Il ne faut pas se laisser prendre à des conclusions hâtives même si tout le monde est au courant. Chacun a le droit de faire sa vie avec qui il l’entend. Mais, vous savez, le bourg n’est bien grand pour les ragots qu’on y colporte. Pas bien étendu non plus pour débuter une enquête. Le tribunal d’instance de Quimper pourrait bien atteindre. Quoiqu’on en dise, dans ce genre d’affaires, il y a des échelons. Pour le moment, pour sauver son effectif, la gendarmerie arguait de sa compétence. On ne saisit pas ainsi la justice pour un oui ou pour un non. Les enfants ne seraient rendus à leur mère seulement qu’après l’avis des spécialistes. Les docteurs de l’hôpital affirmant déjà qu’ils n’avaient subi aucune violence. Restaient les psychologues. Ils étaient en route depuis Brest. Ce serait l’affaire d’une après-midi. Tout au plus. Après les gosses rentreraient. Eloïse resservit du café. Le second sortit son calepin. Simples formalités de bienséance. Au cas ou.

Ces gars-là sont des fonctionnaires. Tout comme nous, ils obéissent à la préfecture. Le reste du temps, ils attendent. Ils sont de veille. Je l’avais connu tout petit quand il jouait dans le bar de sa tante. Il allait à l’école des bonnes sœurs. Ce n’était pas de trop pour redresser tout ce qu’il entendait dans l’estaminet. Comme il n’avait pas le pied marin, son père ne savait qu’en faire. C’est ainsi qu’il a échoué à la gendarmerie, ce grand bâtiment en pierre de taille, (du granit rose, faut pas croire) et qui surveille désormais l’unique rond-point du patelin. Durant l’été, ils font la saison. Comme tout un chacun. Il a suivi une formation une année durant pour être affecté au radar mobile. C’est sa promotion. Depuis que nos jeunes ne peuvent plus pêcher, chacun se débrouille…

Il n’a pas de femme non plus. Pourtant chacun le marierait avec la Jeannine qui tient la caisse du Superspar. C’est une jolie fille malgré ses trente cinq ans. Y’a qu’a. On est là pour discuter. Il sourit. Depuis le temps que chacun se fout de sa gueule. Enfin, son adjudant attend. Qu’il lui dise la chose! La chose qui lesterait son village. C’est là une simple procédure. Les journalistes ne sont pas encore au courant. Ce n’est que le début de sa garde à vue. Il suffirait que je les suive là-bas. Pour un simple témoignage. Rien ne m’y oblige.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Le tourment du monde.   Mar 26 Fév - 9:30

Le naufragé

C’est piteux un homme, les menottes aux poignets. Quand je suis rentré dans le hall, Yannick garda le nez baissé dans le banc qui était son échouage. Ce qu’il y a de pire dans tous ces cimetières de bateaux qui se morfondent dans nos rias, ce sont leurs étraves profondément engluées dans notre vase. La proue d’un navire étant aussi sa fierté. D’aucuns y figurent des sirènes, des marsouins, des Poséidon. Enfin, tout ce qui concourt à fendre les flots.

L’adjudant se défendit du mot derrière le clavier de son ordinateur. Il ne s’agissait pour l’instant que d’une enquête de personnalité. J’étais libre de répondre à ses quelques questions puisque j’avais la réputation de connaître le ravisseur. Il y avait déjà pourtant quelques « circonstances aggravantes » qui pesaient sur son dossier et qu’il convenait d’éclaircir. Les cassettes pornographiques retrouvées au domicile de l’individu, son alcoolisme notoire, (le laboratoire vérifiant pour l’instant que le cendrier prélevé chez le suspect ne recelait pas des traces de « produits illicites »), ses promenades (décrites par plusieurs personnes de bonne foi : des mères de famille) autour des écoles lui confectionnaient pourtant la panoplie parfaite du pédophile.

-Pour l’instant, personne n’a porté plainte ! Me rassura-t-il.
Remarquez l’imagination d’un flic. Il réfléchit à l’envers de vous. Là où vous souhaiteriez sauver un ami, il se servira de votre bouée pour le couler. Telle était ma position face à cette manœuvre.

Quand Yannick entra, nos yeux se croisèrent un très bref instant. Son regard me signala sa honte. Cela ne dura qu’une seconde car aussitôt, il détourna la tête. Mais, il était trop tard, ce sentiment était passé sur mon bord et nous fuîmes tous les deux obnubilés par l’éclat froid du métal qui brillait à ses poignets. Le neveu de la mère Pleugadig entra à son tour et se posta contre la porte, dans notre dos. Ainsi, lui aussi, pouvait nous cacher ses yeux. Tout le monde était là. Seul, satisfait de sa mise en scène, l’adjudant nous observait. Ce fut donc moi qui débuta l’interrogatoire.
-Alors l’ombre qui rôdait autour de la maison d’Eloïse c’était toi ?
Il bredouilla une réponse hachée si violemment par des sanglots de colère que cela la rendit inaudible. L’adjudant lui ordonna de se répéter.
-J’ai dit que c’était moins grave que de la pénétrer ?
-Qu’est-ce que vous voulez dire ?
L’encouragea le militaire d’un ton plus coulant.

Il ne put répondre car sa colère l’étouffait. Je remontai dangereusement son bord, à sa rescousse.
-Tu aurais pu rentrer, nous aurions été ra…
-C’est interdit, tu sais bien que c’est interdit ! C’est toi le criminel, le voleur ! Tu es un salaud ! Voilà ce que tu es ! Un vrai salaud ! C’est lui qu’il faut arrêter Monsieur le gendarme !

Et il éclata en sanglots!

Le tourment du monde n’effraie pas les gendarmes. Le chaos des cœurs emplit leurs permanences. Yannick pouvait pleurer toutes les larmes de son corps, l’adjudant n’attendait qu’une phrase pour y harponner son enquête. Pour l’heure, il tournait sur zone, y examinant la situation.

Pour se sortir de ce maelström, il me fallait pourtant parler. Emettre. Ce n’était point là mon fort. J’ai lancé une seconde touline :
-Toi aussi, tu pensais à elle ? Il fallait la secourir…
-Et les enfants ? Tu y as songé aux enfants ?


Je crois me rappeler de vous avoir prémuni de votre sillage. Mon Yannick s’y était entièrement plongé. Lui, l’orphelin, avait vu réapparaître dans le sort des deux garçons le naufrage de son enfance. Il devait les récupérer. Coûte que coûte. Alors, quand il les avait enfin croisés aux parages de l’école, seuls, abandonnés de tous, il avait souhaité les raccompagner. Former une escorte jusqu’à leur mère. Mais, sur le chemin de retour, tout son appareil avait était pris dans le courant de sa propre nostalgie. Ils avaient dérivé vers l’appartement qu’il louait au-dessus de l’épicerie car lui aussi se sentait capable de leur offrir un chocolat chaud. Il existe tant de misères à réconforter.

-Et après ? Avait relancé l’adjudant.

C’était à cause de cet astrolabe. Les enfants lui en avaient parlé. De ce vaisseau capable de s’extraire des étoiles pour naviguer infiniment vers des horizons galactiques. Mon Yannick n’avait pas la télévision. Son seul horizon était l’Abeilles Flandres et le bistoquet de sa tante. Il ignorait bien des choses et les deux petits brûlaient de les lui enseigner. Des adultes qui écoutent les enfants, ça ne court pas les rues ! Alors, la conversation avait duré. Les mystères du monde ne s’élucident pas aussi facilement que cela. Puis la discussion avait dérivé sur leurs pères à chacun disparu en mer. Enfin, la nuit les avait pris. La mort n’étant qu’un champ de bataille dont les rêves n’éclairent faiblement que les tristes échos. Parfois, l’horizon s’y embrase et vous ne pouvez distinguer si c’est de la victoire, de l’orage ou de l’artillerie dont il s’agit. Vous cherchez une lueur. Votre esprit s’égare et s’en reconstitue. Le sommeil avait disséminé pêle-mêle leurs trois corps dans le fatras des play-mobiles qui figuraient sur le linoléum les schémas de leurs destinées. Tout cela vogua la nuit durant aux confins des mondes habités, car l’imagination des pauvres est sans limites. Penauds, ils s’étaient réveillés sous l’œil compatissant de l’étoile du berger. Chacun pensa au matin. Au cours réel des choses. A neuf heures les deux garçons enfilèrent leurs cartables, Loïc les routa sur le chemin de leur école. Il était plus que temps de tout effacer. Ils étaient déjà en retard.

Tout cela corroborait les déclarations des médecins. On attendit dans le hall le reste de l’après-midi que soit faxé le rapport des experts-psychologues pour signer. Quand nous sommes sortis, la lune était pleine. Les nuages fuyaient devant elle. Ils rentraient sur Brest, frileux d’une prochaine tempête. Au loin, le bruit sourd de l’océan malaxant nos rochers. Le perron de la gendarmerie nous offrit un point de vue sur notre village. Sur ces ardoises. Il ne s’y passait rien. Il ne s’y était rien passé. Que le règlement !

Le haut de notre ruelle était éclairé par la lumière de la cuisine qui dessinait le rectangle de notre seuil. Il n’y avait plus à frapper. Juste à s’asseoir côte à côte sur le banc. Eloïse ayant disposé sur la table nos cinq couverts.
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MessageSujet: Le voyage   Dim 9 Mar - 16:17

Le voyage

Le chaos du Connemara est célèbre pour ses roches orangées. Là encore, l’océan n’est pas loin. Le vaisseau avançait silencieusement vers cette région encore inconnue. Seul, le ronronnement des ventilateurs rappelait le murmure lointain de la houle bretonne. Une brise légère rafraîchissait la passerelle. Dans la pénombre, des essaims de diodes clignotaient. Sans doute, chacune d’entre elles émettait un signal incompréhensible pour un profane mais qui se rapportait certainement aux entrailles du puissant navire. Par les hublots, se devinaient maintenant au dehors les dessins semi-circulaires d’étranges cromlechs. Comme un entrelacs noir fixé sur ce sol oranger telles que s’illustraient depuis toujours les bannières irlandaises. D’ailleurs, pour le vieux capitaine qui maintenait la barre, tout cela faisait remonter en sa mémoire des ambiances gaéliques. Des chevaux qui trottaient dans sa tête. Des macareux nichant dans les falaises. Des échauffourées dans des pubs trop « virils ». Toute une nostalgie formée à l’approche de ce monde nouveau et qui ne demandait plus qu’à exister. Plus terre à terre devant cet impressionnant spectacle, le jeune second reprit ses calculs de navigation sur le clavier de son ordinateur.
-On est arrivé, Maman ? : S’inquiéta Erwan qui ne manqua rien de la scène.
-Pas encore, mon chéri ! Mais tu vois, on se rapproche !
Eloïse retourna au coin-cuisine préparer le dîner. Puis, elle mit la table. Les deux enfants auraient aimé l’aider mais ils ne pouvaient plus décrocher leurs regards de l’écran. Erwan dit encore à son frère comme pour se rassurer sur la destination :
-Quand je serais grand, moi aussi je serais européen! On sera européens tous les deux et…
-Chut ! : Lui intima son aîné qui voulait comprendre la suite de la manœuvre, le commandant va parler dans le micro !
-Pour quoi faire ? : Chuchota le petit à l’oreille de son frère, enfin conscient de vivre là un moment historique.
-T’es vraiment bête ! Tu ne comprends rien ! C’est pour donner les dernières consignes à l’équipage ! : S’emporta Gwenaël exaspéré par son bavardage incessant.
-Ne parle pas comme ça à ton petit frère ! : le reprit calmement Eloïse qui les observait. Il a besoin de comprendre lui aussi où nous allons !

Les haut-parleurs diffusèrent les dernières instructions jusque dans les coursives les plus reculées de l’Astrolabe. La navigation n’était pas simple dans cette zone. Désormais, il s’agissait de ne plus se faire aspirer par l’énorme attraction de Jupiter. Les ordinateurs de bord déclenchèrent le puissant réacteur tribord et le vaisseau infléchit imperceptiblement sa course. Dans le ciel étoilé, on aperçut, étonnement proche, un clair de Callisto, le quatrième satellite jupitérien. Il traversa lentement l’alignement des nombreux hublots de la timonerie à la faveur de ce virement de bord. Cela faisait maintenant plus de deux ans que l’astronef avait quitté la mer de la Tranquillité, base d’envol lunaire de toute expédition intersidérale. En s’appuyant sur les différentes orbites planétaires du système solaire, il avait acquis suffisamment de vitesse pour que ce long voyage ne dure une éternité. Aujourd’hui, il était très près de son but. Il faudrait encore calculer la poussée adéquate des rétrofusées. Dans la soirée, on pourrait sûrement expédier les sondes d’approche…
-Il faut se méfier ! : Commenta scientifiquement Gwenaël.
-Quoi ? Des extraterrestres ?: Hurla le petit frère tout excité d’une telle rencontre.
-Maman ! Dis-lui de se taire, il ne raconte que des bêtises !
-Qui sait ?: Répliqua Eloïse qui ne voulait vexer aucun de ses deux enfants. Ton frère a peut-être raison. Tu sais bien qu’il faut se méfier des étrangers. Sinon, tu as vu ce qui arrive ! Elle était contente de trouver là le nouvel exemple servant à son énième leçon.
-Mais Maman, je te l’ai déjà expliqué : c’est rigoureusement impossible. Ces choses là sont prouvées depuis la sonde Galileo3 envoyée en 2024. Il n’y a pas la moindre trace de vie sur Europe. Il faudra la développer nous-même. Il rageait intérieurement contre cette mère qui n’écoutait vraiment pas toutes les choses essentielles transmises chaque soir au moment du coucher. Ainsi, s’opposant sciemment à son rêve, retardait-elle le compte à rebours qu’il égrenait pourtant dans sa tête espérant follement que s’accélère ainsi la venue de ce jour où il se séparerait d’elle de plusieurs années-lumière. Elle savait sa pensée. Il voulut encore lui redire les choses entrevues lors d’épisodes précédents. Elle le fit taire d’un froncement de sourcils. Notre entrée dissipa la tendre bruine occultant la différence de leurs horizons.
-Eteignez le lecteur, vous verrez la suite plus tard ! Commanda-t-elle aux deux garçons. Mais, ceux-ci s’étaient déjà précipités au cou de Yannick. Le dessin animé continua de dérouler ses images pour lui seul. A l’instant, il s’agissait ni plus ni moins que de s’arrimer à Europe. Ils s’en doutaient tous trois. Pourtant, ils l’ignorèrent.
A croire que pour eux, c’était là un jeu d’enfant.

On soupa. Ce fut la fête. Yannick riait. Eloïse était charmée par son rire. Il n’avait plus peur de ses propres sentiments. Je pris pourtant garde de ne pas lui resservir à boire trop souvent. Cette table était comme un radeau de sauvetage sur lequel on aurait hissé une voile. Elle voguait à présent embarquant ses passagers sur des eaux qu’ils ne connaissaient pas. Chacun se risquait dans la manœuvre. Les enfants d’abord qui, maintenant le cap, initiaient notre route vers le bonheur. Yannick qui s’appuyait sur eux pour être certain de se faire accepter en racontant des histoires de chez la mère Pleugadig. Eloïse, qui se prêtait fort gentiment à son jeu maladroit. Et moi-même, leur vieille vigie qui se surprit le premier en entonnant au moment du dessert des vieux chants marins.

Et, si la pluie se mit alors à frapper aux volets avec insistance, implorant de se joindre à notre si chaleureux fest-noz, n’allez pas croire dans toutes ces sornettes qu’ici on vous racontera ! C’était uniquement du au fait que nous nous trouvions toujours en Bretagne.
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MessageSujet: La migration...   Dim 9 Mar - 16:20

La migration...

…Est une métamorphose. D’abord, on ne se doute rien. Un vol sur l’horizon. Puis, peu à peu, tous ces oiseaux se rassemblent au plus près de notre terre. Nos falaises piaillent sous cette nouvelle fièvre. Notre vieux granit si rugueux se sent littéralement pousser des ailes comme si nos îles antiques pouvaient encore être en partance. Enivré, chaque rocher hisse le grand cacatois. La blancheur des plumages occulte nos embruns. Toutes les anfractuosités de notre roche se parent de duvets comme la goélette déploie l’ensemble de sa voilure. Dans l’inhospitalité de tout notre minéral, chacun construit un nid. On devine que c’est pour la vie. Les petits nous deviennent attendrissants : on aimerait… Or, un beau jour le vent décide et c’est l’envol. Les fous de Bassan quittent les premiers nos Sept-Îles dès le début octobre pour le golfe de Gascogne. Leurs propres enfants guidés par d’anciennes nostalgies ne reviendront désormais nidifier dans ce même archipel, sur ce même îlot que passés nos hivers. Les puffins abandonnent leurs profonds terriers pour l’Amérique du sud. Les macareux regagnent leur villégiature chez leurs cousins hispaniques quelque part alentour des îles Canaries. Les sternes, elles-mêmes s’exilent pour le golfe de Guinée voire pour un gigantesque safari entre le Ghana et l’Afrique du sud. Même le goéland argenté… Nos rochers demeurent seuls et personne ne se trompe dans ce projet de vacance où pourtant leur voyage se fera sans la moindre aide à la navigation. C’est que depuis tout petit, chacun de nos oiseaux porte en lui-même son propre astrolabe. Celui-ci reste inconnu aux humains. Des savants cherchent encore ce mystérieux organe qui leur permet de s’orienter désormais grâce au soleil où aux champs magnétiques… dit-on. Or, nul ne sait pour l’instant comment nos oiseaux migrateurs nous quittent et s’en vont de par le monde sans jamais se tromper.

Passé sept sur l’échelle de Beaufort, l’alouette maîtrise difficilement le vol stationnaire. Elle se devait pourtant de demeurer parfaitement à la verticale de mon nouveau point. Pour ma part, il n’y avait plus à balancer. Le capitaine avait eu bien de la peine à m’expliquer que notre bateau ne serait pas désarmé.
-Tu comprends, Abel ! A notre âge, nous n’avons plus la puissance ! Nos douze mille huit cent chevaux ne nous permettent de tracter que cent soixante tonnes. Aujourd’hui, c’est largement insuffisant. J’ai bien remarqué le travail que cela vous donnait sur le pont arrière... Et aussi votre baisse de moral depuis que nous avons perdu l’ethnologue…
Il avait marqué un silence comme pour me laisser le temps d’exprimer quelque chose. Il voulait partager avec moi la responsabilité de cette perte. Comme pour m’en décharger ! C’était lui le seul et vrai responsable du navire. Tout cela, il voulait me le faire passer en me regardant dans les yeux. Mais, nos regards se sont détournés sur la mère Pleugadic occupée à essuyer toutes ces chopines qui gouttaient à même le bar. Ensuite, elle rangerait tout ce matériel sur les étagères de verre pour adroitement masquer au grand miroir, le désespoir de tous ses habitués.

-Ils ont armé un autre navire tu sais ! Plus puissant, pour les nouveaux super tankers qu’ils construisent maintenant : L’Abeille Bourbon ! Il va nous remplacer. Ils m’ont demandé de descendre l’Abeille Flandre à Toulon. Là-bas, il y a aussi des fortunes, à ce qu’ils disent. Mais la mer est moins grosse. Cela nous conviendrait mieux désormais, paraît-il. Je peux choisir l’équipage que je souhaite pour aller sur leur Méditerranée. J’ai laissé entrevoir que leur Bourbon, malgré ses chevaux supplémentaires ne leur serviraient pas de grand chose dans nos cailloux sans une véritable vigie. A la préfecture, les « Balises » m’ont donné raison. J’ai pensé que depuis Ar Men, tu pourrais les aider dans la manœuvre…

La mère Pleugadig était revenu m’en servir un dernier. Docilement, comme un condamné, j’avais cherché à y éclaircir ma voix. Ils avaient encore attendu tous les deux que je parle. Devant mon silence, le capitaine avait trinqué mon verre comme pour me pousser amicalement à enfin mettre sac à terre. J’avais alors attendu que ma ligne de flottaison se stabilise dans le ballon avant que de signer son papier.


A l’époque des anciens, la relève s’effectuait quand le temps le permettait avec le cartahu : un filin tendu entre le mât du bateau des Phares et Balises (qui cherchait coûte que coûte à se tenir éloigné de la roche) et le treuil fixé au bas du phare. D’abord, on hissait le gardien « montant » qui à califourchon sur un ballon remontait ainsi du navire vers « l’enfer » . Ce n’est que lorsque cette manœuvre réussissait, que le gardien « descendant » pouvait faire passer son balluchon puis son existence par le chemin inverse. Les fois où la houle n’était pas trop formée, ça passait. Sinon, il fallait se contenter de faire monter un sac de vivres. Pour les bonshommes, c’était trop risqué. Le bateau reviendrait.
Maintenant que l’on m’hélitreuillait sur Ar Men, j’étais aussi maladroit qu’un albatros au bout de mon élingue. Rien ne me garantissait mon atterrissage et parfois je me demande encore s’il ne leur fut pas plus simple de me jeter directement à l’eau comme ils font avec leurs fusiliers-marins. Du haut de cette balançoire, vous distinguez vraiment l’écume. Au cours de la descente, le bruit sourd des vagues prend le pas sur celui du rotor. D’être transformé pour un temps en oiseau de mer vous fait réfléchir. Vous percevez la profondeur des choses autrement que lorsque vous vous situez au niveau de l’eau. Enfin, votre pied ou votre main accroche le métal du garde-fou et aussitôt, de là-haut, le militaire vous lâche un maximum de mou sur les épaules afin d’éviter qu’une saute de vent ne nous entraîne tous à la mer. Il faut très vite décrocher votre mousqueton de l’élingue qui remonte illico dans la carlingue de l’appareil. Le pilote craignant qu’elle n’accroche la tour, alors que vous, bien vite au contraire vous refermer votre mousqueton sur la ligne de vie qui vous attache désormais à votre bâtiment. Reviennent très vite par le même chemin votre balluchon et l’énorme cantine renfermant vos victuailles. Aussitôt vous en libérez l’alouette. Elle aspire son câble, tout en inclinant ses pales dans le vent qui l’arrache d’un coup vers sa base de Lanvéoc Poulmic. Vous la confondez rapidement avec une mouette qui remonterait sur Ouessant. La pluie vous oblige à vous terrer dans votre nid de granit. La cantine est lourde quand il faut la hisser en haut des marches glissantes jusqu’à la cuisine. C’est à cela que vous remarquez que vous êtes définitivement seul.
Grâce aux enfants, bien vite Yannick avait pris la place auprès d’Eloïse. Bien plus tard, j’écrirai ma retraite sur le livre. Elle riait de leurs jeux, de leur nouvelle insouciance. Lui avait su garder, tout comme les jeunes garçons, la capacité de rêver le monde. Quand le bateau est descendu sur Toulon, ils ont naturellement tous les quatre migré vers cette nouvelle destination. La Méditerranée vaut bien l’Atlantique pour peu qu’on soit jeune et gai.
J’imaginai leur vie en glissant comme marque-page leur carte postale dans le manuscrit. On y découvrait la rade varoise et une croix au stylo bic sur Saint Mandrier m’indiquait leur nouveau gisement. Au verso, Gwenaël m’y racontait d’une écriture tremblante son premier cours de plongée. Erwan avait dessiné des « dorades du flot bleu, des poissons d’or, des poissons chantant comme des cigales ». Là-bas, m’expliqua-t-on encore le noroît s’appelait le mistral et l’on pensait bien à moi. J’allumai la gazinière sous la casserole de pommes de terre avant que de monter à la lampe. Le soleil sombrait, déversant sur l’océan une marée rouge sang qui polluait déjà mes brisants. Un pétrolier remonta innocemment toute l’amertume de ce crépuscule qui incendia un temps l’horizon. La pénombre me montait de l’arrière mais je n’avais plus peur de mon sillage. Dans l’obscurité de mon firmament, en plein sud est, la nouvelle constellation d’Eloïse brillait à présent. Je vérifiai le mécanisme avant de mettre ma miroiterie en marche. Un goéland aveuglé était venu mourir contre le carreau la nuit passée. Je lançai sa dépouille à la mer. Dans mon est, la pointe Saint Mathieu balaya de son pinceau vert une portion d’Iroise. Cette couleur m’indiquait que l’Europe, elle aussi, larguait ses amarres. Elle ne nécessiterait plus ma remorque. Seuls quelques signaux de temps à autre pour sa navigation. Je n’étais qu’une vigie comme une autre désormais placée sur son étrave : pour prendre ma nouvelle mission, j’enclenchai le levier du disjoncteur. Il était vingt et une heures trente quatre. Vrai, j’avais trop pleuré. Mon feu lutta contre un dernier éclat solaire. Les fanaux rouges et verts d’un chimiquier redescendaient eux aussi dans le sud. Puis ce fut la nuit. La lune atroce prit la relève. Il n’y aurait pas brume. Mon signal optique suffirait. Je n’avais plus à guetter. A la fin du dîner, j’annotai encore la force du vent qui n’avait pas faibli sur ce carnet de bord. J’y tirai mon trait avant de rejoindre ma bannette.
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MessageSujet: Epilogue.   Dim 9 Mar - 16:22

Epilogue.



Le café-presse-épicerie-tabac de la mère Pleugadic est semblable à tous les autres bars. On y refait le monde. Ne serait-ce que pour avoir de la compagnie. Pour celui qui aime lire, il y a le Ouest-France. Son édition locale. Les avis d’obsèques. L’état civil et les faits divers. C’est un peu le carnet de bord du village. Du moins, pour ceux qui y restent. Deux jeunes tabassent un flipper dans un vacarme assourdissant. Pour se faire plus discrets, ils ont mis le reste de leur fortune dans le juke-box. Sur le formica des tables, il y a aussi des mouches. Certains disent qu’elles s’ennuient. Elles ne connaissent pas la mer. Seulement les miasmes du poisson et la pourriture du goémon. Leurs seuls sémaphores sont les néons qui grésillent au plafond. D’ailleurs, vu des tabourets, celui-ci déjà tangue aux habitués du bar. C’est bien là toute leur timonerie. Depuis tôt ce matin, ils voguent sur les élections. Présidentielles. C’est vous dire. C’est un cap, faut pas croire.

Quand on pousse la porte, son mouvement secoue un grelot. En breton, ça veut dire Kenavo. On vous regarde rentrer en guise de salut. Les conversations se reforment. Vous ressentez des apartés comme ce courant d’air qui vient de l’arrière-cuisine. C’est que vous êtes une gloire locale. Le gars d’Ar Men. La mère Pleugadic vous regarde de ses yeux bleus. Elle a toujours le même tablier au-dessus de sa blouse. Si elle marche en chaussons à votre rencontre, c’est à cause de ses hanches. Comme toute vieille bretonne, elle a la démarche chaloupée par cette maladie congénitale. Elle dépose une chopine et une assiette sur la table à côté du pain que je viens d’acheter à la boulangerie. Elle attend un temps, debout derrière sa soupière, des fois que j’aurai quelque chose à dire. Elle sait tout de moi. Elle m’a vu naître. Elle me regarde quand même. On ne sait jamais. Ce que c’est que l’espoir !

Un commerce contre un mari : c’est pourtant équitable. Bien sûr, celui-ci lui aurait fait, ne serait-ce qu’un seul enfant, avant que la lame ne le prenne ! C’est toujours le même problème quand vous pêchez dans le raz de Sein. Ca fait tellement envie quand, sur la criée de Douarnenez, on vous raconte que c’est là que se remplissent le mieux les chaluts. Quand on est patron-pêcheur, on n’a pas peur de la mer. On en oublie facilement le Léviathan.

-J’ai fini mon livre !
-Ah ! Toi aussi !


Elle passe son torchon pour effacer le rond de vin qui est resté sur la table lorsque j’ai levé mon verre. Je sais désormais que j’en ai trop dit. Elle ne va pas s’asseoir. Elle va rester plantée debout devant moi. Pour comprendre. Pour que je lui dise sans doute encore une fois de plus, qu’il ne reviendra plus. Je la scrute dans le bleu de ses yeux. Ils sont toujours aussi profonds malgré les années. Elle les détourne vers le tourniquet des cartes postales. C’est là toute sa géographie. Entre les quelques photos de phares, de roches, le portrait en A4 d’une famille de macareux, il subsiste, éparpillés sur ce présentoir trois ou quatre invendus d’ « ArMen » le livre de Jean-Pierre Abraham. Lui aussi, y avait passé du temps en enfer à noircir des registres. Lui aussi venait épisodiquement lui rendre visite quand elle était encore jeune veuve, sous prétexte de s’en jeter un dernier. Mais les hommes sont bien trop romantiques. Ils ne regardent que la mer. L’ondulation de ses vagues. Le ressac dans la chevelure des algues et la profondeur infinie de son bleu …

-Je t’en prendrai quelques exemplaires ! : dit-elle en pointant du menton les supports vides, comme elle commande par habitude son poisson aux quelques bateaux qui rentrent encore. -Je n’ai toujours pas demandé ce qu’il me faut pour la saison.

Son mensonge me fait plaisir. Je lui souris. Elle me verse deux bonnes louchées de soupe pour m’exprimer pareillement son contentement et retourne s’occuper de tout son monde en faisant glisser ses chaussons sur le carrelage. La vieillesse ne lui a pas dérobé sa beauté. Elle ressert les tournées en prenant bien garde de ne pas interrompre les conversations. Le plus terrible pour elle demeure son silence. Un grain s’acharne sur la vitrine pour nous rappeler sa tristesse. Les mouches se sont réfugiées sur mon pain comme ces troupeaux de mouettes qui percevant la chute de pression plus rapidement que l’aiguille du baromètre s’agglutinent à mon rocher profitant de l’abri précaire du phare. La buée sur l’intérieur de la vitre s’étend sur mon cerveau car la chaleur du lieu favorise ma somnolence.

Toujours en bas sur la plage, les rouleaux brassent pour nous leurs litanies de requiem dans la baie des Trépassés. Je ne les écoute plus. Je ne supplie rien. Je rêve du mois d’août, où le soleil se targue d’être pour tous à son zénith. Je ne crains plus ses brûlures. Je repose sous la grève en un délicieux tombeau. Elles se sont dévêtues et ont tendu pour moi leurs draps de bain. Elles s’y couchent et me lisent. Je les dépayse le temps de leurs vacances et un noroît consciencieux me tourne les pages en les faisant frissonner. Quelques grains de sable masquent mes coquilles. Leurs esprits se concentrent sur mes mots à mesure que je découvre à mon tour leurs charmantes anatomies. Elles ont des côtes bien délicates et s’offrent tout entières aux caresses du soleil et du vent. Leur peau si tendre est encore blanche à l’entour de leurs îles qu’elles exposent nues et que je n’ose toucher, moi si familier pourtant des îlots de Sein. Leurs bassins sont des golfes aussi mystérieux que celui de la Gascogne quand gonfle soudain l’anticyclone des Açores, aussi majestueux que celui du Lion quand rugit la Tramontane. D’un geste délectable, elles titillent une mèche de leurs longs cheveux. Doux abris, leurs aisselles s’entrouvrent en petites anses où un sable fin chassé des dunes de leurs épaules redépose le brillant de son fard. Elles se veulent ambrées. C’est là leur mode, une couleur chaude malgré la froidure de l’océan. Pendant que sur l’estran, dans le goémon des laisses, leurs enfants construisent des parapets d’Europe comme s’édifient les châteaux d’Espagne, elles se prélassent faussement studieuses sur mes lignes, ingénues plutôt soucieuses de leur prochain caprice. A l’arrière de ma plage, près de la guinguette, un vent espiègle remorque encore la mélodie d’un chantre moqueur qui, pour la seule beauté de ses pieds, sema également des fleurs dans de macabres trous de nez. Mais de la camarde, désormais elles s’en fichent. Elles se connaissent d’autres flirts. A la faveur d’une fin de paragraphe, on jette et on oublie mes élucubrations d’outre-tombe dans les sacs de plage aussi facilement que l’on se défait d’un amant. Nos mouettes outrées regardent rire leurs yeux noirs, infinis firmaments. Elles courent sur nos rochers à la recherche d’un ballon. Depuis l’éternité de mon paradis, je les contemple, dévorées par l’envie, se jeter tout à coup dans le flot. Ces naïades en ressortiront à leur guise. Elles sont la vie. Elles possèdent de longues jambes pour tout astrolabe…

… Ces dévergondées.





FIN
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L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit.
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