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 Vicant FlorensVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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filo




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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Mer 14 Mai - 17:21

Emerveillé je suis.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Jeu 15 Mai - 9:35

E Peinture

Comme je n’y connais rien en peinture, j’avais pris soin de m’emporter comme lecture : Histoire du corps, de la Renaissance aux Lumières de Georges Vigarello.
Pour visiter la galerie des Offices qui est une magnifique collection des peintures du XIIIème au XVIIIème siècle.

Le pouvoir politique et religieux de l’époque à Florence mais aussi ailleurs en Italie, ce sont les grandes familles comme les Médicis qui ont construit ce musée. Cosme 1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Cosme_de_M%C3%A9dicis c’est d’abord un banquier.
La peinture et la sculpture sont alors le premier outil de communication , en un temps ou l’imprimerie ne s’étant pas encore développé, c'est-à-dire que personne ne sait lire, l’enseignement se fait essentiellement par ces deux vecteurs. Enseignement religieux, l’art sacré qui orne les églises sert avant tout à montrer aux fidèles Dieu et ses saints et dans les palais, les portraits enseignent à tout le monde qui sont les personnages importants. Les peintres sont courtisés, ils sont la presse de l’époque. Il faut être vu en peinture comme aujourd’hui un président s’affiche à la télé.
Car l’image de Dieu tout comme l’image du corps humain, c’est d’abord une construction liée aux techniques de l’époque (les pigments et les supports dont on dispose) mais aussi de la connaissance qu’on peut avoir du sujet étudié. Or, l’étude, aller voir, c’est ce qui il y a de nouveau par rapport au moyen-âge qui considérait les choses comme établies. Ainsi, au palais Vecchio sont exposées dans la salle de géographie toutes les cartes du monde de l’époque dessinées en fonction du savoir. Il existe beaucoup de zone en blanc appelé terra incognita et voici la carte de France.




Avant la Renaissance, le corps humain était une enveloppe dont l’intérieur était livré au royaume des humeurs. Quatre humeurs : le sang chaud comme une sève qui pousse à la vie, le phlegme qui l’aère, la bile jaune acide qui brûle et les aliments et les trop fortes émotions, et la bile noire ou mélancolie qui refroidit le tout. Ces humeurs doivent s’équilibrer entre elles pour maintenir le sujet en bonne santé et les médecins peuvent agir sur cet équilibre par le moyen de purges, lavements, diètes ou saignées. Tout cela reste sous l’influence des astres, on parle d’homme zodiacal et la lune agit aussi bien sur votre tempérament que sur les marées. On ne s’intéresse alors qu’aux fluides, car le fluide, c’est par définition ce qui bouge, ce qui est mouvement, la vie. Les fluides qui entrent telle votre nourriture, les fluides qui sortent : excréments, expressions et autres expectorations. La médecine s’intéressait alors plus aux contenus qu’au contenant. De là, La peinture montrait des personnages plats, en deux dimensions et les pellicules d’or des auréoles étaient l’éclat divin qui se réverbérait dans la pupille du spectateur. L’œuvre sacrée illuminait le fidèle qui la contemplait. Ces peintures ont continué à se développer dans la culture orthodoxe et sont des archétypes de Dieu, des icônes.


crucifix de Cimabue (1300) conservé dans l'église de Santa croce et victime de la terrible inondation de Florence en 1966.


Or, la Renaissance invente la perspective. Les personnages ne se trouvent plus juxtaposées sur un fond plat, mais le tableau possède désormais une autre dimension : la profondeur. Grace à cette nouvelle géométrie, les sujets peints deviennent plus ou moins éloignés du spectateur à l’intérieur même de la toile qui, illusion d’optique, acquiert désormais de la profondeur. Le triangle sacré n’est plus entre l’œil du spectateur sommet et la base plate du tableau, non par les subtilités de la perspective et du point de fuite, le triangle sacré se loge désormais à l’intérieur même du tableau. Celui-ci, comme un miroir tridimensionnel confronte le mystère du point de fuite dont on ne sait ou il finit avec l’idée que le spectateur pourrait lui-même posséder une profondeur, un intérieur. Il pourrait alors penser qu’il est quelqu’un d’entier. Jusqu’à présent l’individu n’était que le membre d’une congrégation religieuse, d’une famille plus ou moins noble, d’une corporation de métier, bref une particule complètement dépendante d’un corps social, et voici que tout à coup émerge l’idée que lui-même, son corps, la machinerie de sa chair qui n’était que corruption pourrait faire de lui un être contenant, quelqu’un d’entier. Bien sûr nous sommes encore éloignés de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution Française, mais l’idée que chacun peut-être quelqu’un est sinon dans l’air, du moins peinte sur les tableaux.

Ainsi, de même que la terre dont ce fou de Galilée (à voir au musée de l'histoire) prétend qu’elle n’est pas le centre du monde, le corps humain va devenir un volume, un intérieur à découvrir. Et, par la suite, comme si, dans cette profondeur nouvellement acquise, dans cette intimité pourrait venir se nicher ce souffle qui jusqu’à présent reliaient les hommes entre eux dans une même croyance, et qu’on pourrait appeler l’âme.
Soit : « Le corps humain ne pourrait bien être qu’une apparence. Il cache notre réalité. […] La réalité, c’est l’âme." Victor Hugo. Les travailleurs de la mer.
Soit : Je me suis levé, j’ai bu un verre d’eau et j’ai prié jusqu’à l’aube. C’était comme un grand murmure de l’âme. Cela me faisait penser à l’immense rumeur des feuillages qui précède le lever du jour. Quel jour va se lever en moi ? Dieu me fait-il grâce ? Bernanos. Journal d’un curé de campagne.
Ou encore :
La grande beauté religieuse, c’est d’avoir accordé à chacun une âme. N’importe la personne qui la porte en elle, n’importe sa conduite morale, son intelligence, sa sensibilité. Elle peut être laide, belle, riche ou pauvre, sainte ou païenne. Ca ne fait rien. Elle est une âme. Etrange présence cachée, ombre mystérieuse qui est coulée dans le corps, qui vit derrière le visage et les yeux, et qu’on ne voit pas. Ombre de respect, signe de reconnaissance de l’espèce humaine, signe de Dieu dans chaque corps.Le Clézio.

Le corps humain à l’image de Dieu n’est plus seulement une figure, il devient une terra incognita dont les nouveaux explorateurs et géographes vont se nommer Léonard de Vinci, Michel-Ange et consorts. Leur nouvel outil de savoir étant la dissection.




Faire comme Saint Thomas: Ne pas avoir peur d'aller voir dedans pour y croire. Le caravage. photo piquée sur Internet.

Il faut donc faire un détour par l’exploration des cadavres pour comprendre ce qu’est la vie. Un peu comme si pour s’intéresser au Chianti, il fallait d’abord s’intéresser au verre. Les artistes de la Renaissance qui sont des voyants se figurent alors le corps humain comme un corps-machine fait de poulies et de leviers : des muscles sur un squelette et que pour que tout cela fonctionne différents organes qui possèdent des rôles particuliers comme le foie siège de la vie car il produit le sang ou le système nerveux qui comme le ferait un fontainier dans le jardin de Boboli irrigue les muscles pour leur donner la vie. De quoi, on ne le sait encore, et il faudra attendre le XVIIIème, Monsieur Volta (l’inventeur du méthane source d’énergie produit par les marais,) pour que l’idée de son autre invention énergétique : l’électricité fasse irruption dans ce savoir permettant aux auteurs de science-fiction d’enfin construire (en imagination) cet autre Pinocchio que sera Frankenstein. Faire de la vie après la mort, c’était déjà l’idée de la Renaissance.
Pour démontrer alors que sous la superficie de la peau, il existe un intérieur solide qui assure le fonctionnement même de la vie, l’artiste a recours à quelque chose d’oublier, d’enfoui sous nos pieds : l’Antiquité. Notre civilisation que le moyen-âge prétendait morte.
Ce recours à l’Antiquité (sa vision du monde mais aussi la reprise des principes de Galien [url]http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Galien [/url] va énormément aider à reconquérir une image du corps humain oublié. Pourtant, pendant tout ce temps les civilisations étrusques, romaines et grecques avaient servi de carrières à l’édification des châteaux médiévaux.

Mais bien sûr, le portrait, la peinture demeure une apparence. L’apparence de ce qu’il faut montrer. Raphaël et Botticelli sont là qui enseignent la grâce. Il s’agit de faire bonne figure même et surtout en se présentant nu, dans la transparence des voiles qui nous recouvrent.



(encore piquée sur internet. L'original est bien plus beau mais bien sûr dans les musées les photos sont interdites)


D’être beau et non grotesque alors que la nature est si prompte à déformer les corps et nous rendre à notre bestialité. Avec ces peintres, ce qui est bien c’est ce qui est beau et les démons reculent aux confins du tableau pour laisser place à l’animalité des faunes, nymphes et autres satyres.






(les bébés pouvant être investis au point de les peindre ont déjà leur visage d’adulte)

Car le problème de l’artiste demeure toujours d’enseigner sans blasphémer. Le mauvais goût serait de montrer ou de suggérer ce qui n’est pas. L’exactitude du pinceau, du burin, c’est ce qui prédomine. Ainsi des erreurs impardonnables. Michel-Ange qui sculptant une Piéta à Florence fait passer le pied de Jésus au dessus de celui de sa mère pour montrer que l’amour divin est plus fort que la mort sera juger trop équivoque par son auteur qui d’un coup de burin détruira ce pied sculpté outrageux de la figure divine. Ainsi, ce Saint Sébastien dont Fra Bartolomeo veut montrer l’Extase dans le martyre mais dont le corps trop lascif sous les flèches obligera à ce que ce tableau soit plusieurs fois déménager de plusieurs églises, de nombreuses pénitentes se plaignant à leurs confesseurs de pensées impies à la vision de ce si beau saint …


Cachez ce saint que je ne saurais voir ...

Enfin, avant la période du maniérisme et du clair-obscur, le secret de la peinture ne sera plus que dans la transparence. Il faut savoir caché son émotion. Pensez au sourire énigmatique de La Joconde qui révèle juste une pensée intérieure. L'Italie, c'est d'abord chercher à contenir la lumière ne serait-ce que dans une bulle.



Et c'est moi qui songe à celà quand je m'aperçois que déjà je viens de finir mon dernier verre de Chianti que j'avais religieusement rapporté à la maison.



Sépulture étrusque à Fiesole, banlieue de Florence.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Ven 16 Mai - 9:01

F comme Fin




Les beaux-parents nous fatiguent. Depuis deux jours, ils ne s’intéressent plus qu’à leurs problèmes de santé. Le petit déjeuner sert de debriefing à leurs insomnies. Hier, on les a laissés seuls à l’appart pour qu’ils se reposent. Eux, ont choisi de traverser tout Florence à pied pour aller à l’hopital trouver un médecin capable de faire une injection de cortisone contre cette douleur bizarrement persistante à la hanche. Ils n’ont trouvé personne sinon un impossible rendez-vous à dix heures du soir et ils sont rentrés (à pied) crevés. Ma belle-mère commente leurs péripéties : et si sa douleur n’était que psychologique ? S’ils nous faisaient marcher avec toutes leurs angoisses de vieux?



On décide alors d’autonomiser la section jeune.



Demain, nous revisiterons Florence sans eux. Nous irons voir Fiésole et ses fouilles archéologiques. Eux, les vieilles pierres ne les intéressent pas. Ils préfèrent regarder la RAI uno. Les star academy italiennes diffusées à longueur de journée et où le sirupeux est de dix fois supérieur à celui de la Gelateria de la place.



Demain justement, sera la finale des enfants. Des bambini qui chantent devant des publics de parents en larmes. C’est ça l’émotion italienne. En incrustation, des notes de musique suintent lors des solos de mandolines. Tant de souvenirs : tant d’émotions. Nous préférons les improvisations lycéennes dans le théâtre romain.



C’est de la tragédie. Sur ces vieilles pierres, on se l’avoue enfin : les deux vieux ont beaucoup diminué depuis le voyage de Rome. Ce pèlerinage, serait-il leur dernier ?

En effet, en nous retrouvant pour ce dernier soir florentin, ils nous disent ne pas regretter que s’achève demain le voyage. Vivement la France pour encore aller consulter ce grand spécialiste des articulations qui les avait déjà opéré d’un genou. Donc, Samedi, on récupère la bagnole de location. On les promène dans un arrière-pays sublime. A la petite auberge du col, ma belle-mère commande des gnocchis. Les mêmes que lui confectionnait sa maman qui est morte il y a juste vingt ans. C’était hier. Comme elle ne comprend pas qui de sa fille ou de moi conduira la voiture pour redescendre tous ces dangereux virages, elle se sacrifie donc en se servant dans la bouteille commune trois verres de Chianti ??? Faire renaître le passé, c’est aussi douloureux quand on pressent n’être plus faite que de souvenirs.



Après une dernière ballade enchanteresse, la voiture nous ramène sans encombre à l’aéroport de Rome. De là, les avions nous séparent. Quand donc se reverra-t-on ?

Dès le lendemain, au téléphone, nous prenons des nouvelles de leur retour. Ils ont bien regagné leurs pénattes. Et la hanche ? Elle ne fait plus mal. C’est passé dans la nuit ! Ah oui ! aussi, autre nouvelle : la fille de la sœur de ma femme vient d’accoucher au petit matin. Un petit Matthis de 4 kilos.

Comment donc résumer à travers ce petit voyage la vie qui va d’une belle mama italienne ?
La Renaissance a agi sur notre propre corps familial malgré nos rhumatismes. Ainsi ce premier arrière petit-fils qui nous provoquait … comment dire ? …



Non, non ! qui vous parle de contractures …




… je cherche le mot …




Ah oui !
Des contractions !


Fin



P.S. Pour Almalo. Oui, c’est bien moi sur la photo! Et oui ! Je confirme: l’ italien, c’est du sport!
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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Ven 16 Mai - 14:32

Boboli, c’est par définition le jardin à l’italienne : des belvédères sur la ville:





Ayant osé celle-ci, il aurait été sympa de voir l'autre point de vue du Belvédère, sur San Miniato dans le couchant... Mais de ce côté, ce n'est pas encore la Renaissance...
Et à ses pieds, dans le petit jardin de pierre, repose le papa de Pinocchio...
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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Ven 16 Mai - 15:26

Merci Vic pour ce reportage !
J'adore ton post sur la peinture, même si je suis frustré que tu n'aies même pas évoqué Léonard !
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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Ven 16 Mai - 18:04

Je te souhaite la contamination par le virus florentin (je n'ai pas dit vénitien s'pas ). Difficile de ne pas retourner à Florence !
Et San Marco ? Et le Bargello ?
Mais pour quelqu'un qui ne s'y connait pas en peinture !
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MessageSujet: Re: Vicant Florens   Sam 17 Mai - 8:11

Je n'ai pas parlé de Léonard. Pourtant, j'ai pu visiter un des nombreux musées dédié à ses inventions, voir ses toiles dans la galerie des Offices. J'ai aussi admirer le David de Michel-ange, etc.. Mais je ne suis resté à Florence qu'une semaine. Considérez-donc ce fil comme une mise en bouche avant que vous-même ne fassiez le voyage car Forence, c'est aussi une atmosphère. Je m'aperçois que je n'ai pas non plus parlé de la musique alors que tous les soirs dans les églises, il y a des concerts gratuits et dans les rues une foultitude de musiciens ...
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