Il enveloppe sa varlope
De ses mains douces et fermes,
Puis la pousse et la repousse
En gestes longs et réguliers,
Et les cheveux de bois,
Au sifflement du fer,
S’enroulent en volutes
Au pied de l’établi.
Les copeaux s’amoncèlent
Et chante encore le rabot
A l’approche de la nuit.
La danse de l’artisan
Est comme chorégraphique :
Un poème gestuel
Ou un chant sans parole
Au flux d’une rythmique
Cadencée par l’outil
Et le ballant du corps
Et volent les odeurs
Du bois, de la sueur,
De la patine et des vernis…
Que reste-t-il de ces poèmes
Où le souffle et l’effort
La rigueur et l’amour
Signaient de beaux chefs-d’œuvre
Autant que savoir-faire ?
Le temps laissé au temps
Serait anachronique !
Le temps c’est de l’argent…
Pour qui ?…
Un jour fermeront-ils nos plages
Au motif que le flux et le reflux rapportent,
Interdiront-ils les bois pour les mêmes raisons,
Captant l’énergie du moindre pédalage
Et pourquoi pas le souffle
Et les bruits de nos cœurs ?
Enchaînés au fauteuil devant l’écran débile :
Puis-je aller aux toilettes ?
C’est pas l’heure et ça coûte,
Ouvre ton bec que je te gave,
Tes yeux que je les allume,
Et ta bourse, que je la plume,
Ne pense plus, que je te pube
Ne dis plus rien ou tu es mort,
Mais je ne vis déjà plus !
Ta gueule, c’est moi qui cause !
Au pays du profit
La bête est infernale
Elle n’a ni queue ni tête
Quelle est donc sa quête ?
Le suicide universel.