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gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Ven 4 Avr - 0:13 | |
| | oui, Ro, une fable dont je me passerais bien tant la perspective est triste. |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49149 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Ven 4 Avr - 0:19 | |
| Elles sont rarement gaies, si tu regardes celles de La Fontaine. Donc tu sais, tu es dans le ton.... et je ne pense pas qu'on puisse faire grand chose pour inverser le cours des situations... _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Carte postale de Lizio Dim 6 Avr - 23:47 | |
| Carte postale de Lizio : le musée du poète ferrailleur, bricoleur de lune et chercheur en décharges?
Le rêve a commencé enfant Le nez levé aux guirlandes étoilées de la fête foraine Et l'oreille enchantée d'une valse musette Puis est venue l'envie De la magie d'un manège recréé. Et vive l'avion papillon et la motocyclette à conserves, La vie est redonnée A des objets jetés pour morts : Un guidon, une ampoule, une selle, un boulon, Le lit de la grand-mère Et le bidon à huile Deviennent hélicoptère et magicien du vent, La ferraille rit, clignote et batifole, L'eau s'élève en chantant sur sa roue à godets Et les billes promènent Au pas millimétré? L'envie première s'est démultipliée En un royaume féerique, mécanique, électrique, Où le beau s'anime en pied de nez au gâchis En clin d'oeil à l'humain, Sans prétention, sans concession, Dans un écrin de verdure Où l'âme reste pure. C'est du Prévert où les mots se déguisent en fer-blanc, En chaînes et balles, entonnoirs et grilles, Les casques de la guerre sont sonnés carillon Et les bois naufragés sont bateau d'aventures Un détournement systématique de matières délaissées, De leur usage éphémère vers un esprit durable, Une poésie métallique et sensée Qui pallie aux mécaniques implacables, dérisoires et morbides De l'activité humaine, Un regard faux naïf et vrai tendre Qui ouvre le livre des choses et invite à le relire avec intelligence. Un musée ? Non vraiment, un livre d'expériences. |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Les coeurs saignent aussi en avril Lun 7 Avr - 12:12 | |
| Autour de la primevère acaule et de l’euphorbe des bois se pressaient les curieux amateurs de botanique. Louis, à son affaire, expliquait comment l’humus d’ici, neutre et riche, là où le jour caressait encore avant que les peupliers en feuilles ne l’habillent d’ombre, faisait un lit idéal au gaillet croisette et au lamier jaune, à la violette et à la mercuriale. Elle était là, comme les fleurs, épanouie, et son œil de jacinthe insista, doux et souriant… Ils ne s’étaient pas revus, ou à peine, depuis ce voyage d’études en Italie, et il fallait ce bois moussu pour que l’émotion jaillisse. Les dalles noires de Naples avaient occulté l’évidence : une vraie rencontre. Pourquoi pensa-t-il : il n’y a pas de chemin tracé, il s’invente pas à pas ? Sans doute pour laisser de côté la réalité de ce qu’il venait de quitter pour venir ici et se laisser bercer par le chant si fort de la sirène … Sans s’être concertés, chacun prétexta une obligation pour fuir le groupe, les pervenches envahisseuses et l’anémone sylvie, et se retrouver seuls, dans cette boîte de Faraday, à l’abri. Le froid invitait au rapprochement mais la retenue les fit d’abord échanger des mots, chacun face à l’écran du pare-brise où s’étirait la petite route. Il lui dit : « je suis ému, tu sais ? ». « Moi aussi ». Il lui prit la main, elle sursauta d’abord : « crois-tu que c’est sage ? ». « Non ». Et leurs mains se mêlèrent, puis leurs regards, puis leurs lèvres dans un baiser doux et court. « J’y vais » dit-elle, « si tu veux », lui répondit-il après un baiser plus long, moins sage. « Oui », dit-elle encore, avant que leurs mains n’accompagnent dans leurs cheveux un troisième baiser qui n’en finit pas. C’est un klaxon qui les surprit et la précipita hors de la voiture…elle s’enfuit et il pleura. De rage. Enfin, à portée de bonheur, un peu de tendresse s’offrait et ses chaînes lui saignaient les poignets. Des chaînes cruelles, l’obligeant à faire semblant pour assumer jusqu’à leur départ les enfants. Des chaînes ancrées à un mur d’égocentrisme sans attentions, simulateur et mortel. Il prit sur lui encore se disant que si tout était écrit, il la reverrait. Il suffisait d’y penser avec énergie. Et s’il ne la revoyait pas, c’est qu’il n’avait pas fini de boucler ce qu’il devait boucler avant de passer à une autre histoire. Mais,
C’est comme un jour d’hiver au pays des lapons : Sans jour. Ou comme ces sables mouvants où l’on s’englue En regardant la mer galop promettre la noyade. Un geste et c’est pire, Et pas la force de s’extraire. Mais dis moi, qui t’a emmené dans ce pays de nuit Et sur cette grève ogresse ? Sinon toi-même ? Cette nuit et ce sable, ne les as-tu pas enduits sur tes verres de lunette Pour brouiller ton regard ? Qu’as-tu donc au-dedans de toi qui t’empêcherait D’aimer ? |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49149 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Lun 7 Avr - 13:09 | |
| Eh bien... pour l'un comme pour l'autre, ça valait la peine de te mettre à tes feuilles, l'encre au bout des doigts... _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: C'est le noir allé avec l'enfance Mer 9 Avr - 23:35 | |
| C’est le noir allé avec l’enfance
C’est un jour qui s’étire et tire rose orange doucement vers le soir Charriant ses souvenirs : Nous avions douze ans dans le parc ombragé d’un château de craie bleue Où les balles d’une autre guerre avaient laissé la trace de leurs giclées folles. Pâques passées trop vite en famille et ce jour allongé, Les jeux permis tard avant la dernière étude étaient compensation, Gourmandise d’air pur, baume sur la séparation. Dix ans avant 68, le désir du père prévalait encore Et imposait de vivre enclos dans l’internat vétuste : Les francs allaient à la construction de la chapelle neuve Plutôt qu’au confort des internes. Chacun la bassine et le broc émaillés dans le grand dortoir Où les lits grinçaient la nuit des baisers absents et des solitudes subies, Avant le matin à la messe endormi, La journée de bagne scolaire et de repas silencieux Où la lecture des livres pieux cacophonait avec les fourchettes Et les louches dans les plats de métal. Le jeudi par tous les temps nous usions jusqu’à la corde de la cloche glas La bouffée de plein air et nos jeux d’évasion Dans la nature qui s’imposait partout, des sycomores aux hêtres rouges Et aux orchis tachetés. Elle cachait encore mal les boyaux cicatrices de la der des der … Les collines d’Artois : Vimy, Lorette, alignaient leurs croix blanches en files interminables Et des râles, des claquements de balles, des pluies de terre explosée, Nous assourdissaient quand nous courions dans les vieux cratères Pacifiés d’herbe verte et de pâquerettes. Rosa , rosa, rosae, alpha, bêta, gamma, Entre les lits des CRS venus protéger le relais télé voisin Des improbables terroristes de l’OAS, S’ânonnaient le grec et le latin. La leçon de la grenouille s’improvisait dans la classe inondée d’un orage, Et les simulations de maladie pour échapper à l’ennui des jours répétés interminables Avortaient à l’infirmerie où le curé de corvée n’était jamais dupe : Il avait dû en passer par là. Un jour de drame annonçait la mort de onze mineurs Ecrasés dans leur nacelle folle : au pays du charbon tout était noir. Un silence de plus. Et quelques injustices d’autres fois ajoutées à l’enfance volée. Qui sait, à la maison, près d’un père aux facettes sombres, Si la vie eut été moins triste ? Que me manque-t-il de ces jours sinon les arbres Où échanger nos secrets d’enfants Dans le doux balancement des ramures au vent du printemps.
Le 9 avril 2008 |
|  | | Novocaïne Rotulière mentonnée

Inscrit le : 01 Juin 2007 Messages : 990
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Jeu 10 Avr - 21:58 | |
| Tant de duretés pour un si petit bout, c'est beaucoup à porter.
La description poétique me rappelle les paysages du film " Les choristes". Tu es un paysagiste d'écriture Gohé, c'est toujours comme ça que je te lis; des paysages dans la tête, des voyages sous le nez et des sentiments plein le coeur. _________________ «Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.»A .Einstein
"Mieux vaut faire semblant d'être con et avoir la paix que de faire semblant d'avoir la paix et être con." Novocaïne |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Jeu 10 Avr - 23:10 | |
| | oui, Novo, merci, j'ai du mal à lâcher le pinceau... |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49149 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Jeu 10 Avr - 23:13 | |
| raaah j'avais posté, c'est envolé, je suis déçue, zut ! Je te disais combien tu peignais avec les mots. Je vois que je ne suis pas la seule à le penser, ça me ravit ! _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Jeu 10 Avr - 23:39 | |
| | oui Ro, en même temps ça me ravit et en même temps, ça me pèse...j'aimerais écrire moins avec les yeux! |
|  | | Novocaïne Rotulière mentonnée

Inscrit le : 01 Juin 2007 Messages : 990
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Jeu 10 Avr - 23:50 | |
| Je ne comprends pas pourquoi cela te pèse? Vraiment? Que trouves-tu qu'il manque à ta plume? Moi je l'aime comme ça, parce qu'elle me fait voyager et qu'elle est unique. _________________ «Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.»A .Einstein
"Mieux vaut faire semblant d'être con et avoir la paix que de faire semblant d'avoir la paix et être con." Novocaïne |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Ven 11 Avr - 0:16 | |
| | mais si, tu sais bien, Novo, on est des éternels insatisfaits avec l'envie d'explorer d'autres mondes, d'autres manières...je ne veux pas m'enfermer dans un style, j'ai besoin d'essayer encore et toujours des choses...tout en restant moi-même. Bises. |
|  | | Nilo

Inscrit le : 15 Déc 2007 Messages : 100 Localisation : Highway 61
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Sam 12 Avr - 17:07 | |
| "Que me manque-t-il de ces jours sinon les arbres Où échanger nos secrets d’enfants"
Et voilà. Tout est dit !
Nilo, pension complète. _________________ "... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche" Léo Ferré, La vie d'artiste. |
|  | | almalo

Age : 33 Inscrit le : 19 Aoû 2007 Messages : 2644 Localisation : en train de percer les nuages
| Sujet: Re: Le recueil de gohelan Sam 12 Avr - 17:30 | |
| je suis d'accord avec Novo et Ro, tes textes sont d'extraordinaires peintures en noir et blanc, en sépia viellli et tellement évocateur... Ce petit bout d'homme qui rêve et se souvient. ne lâche pas le pinceau !! _________________ Un jour après l'autre. |
|  | | gohelan

Inscrit le : 19 Déc 2007 Messages : 593 Localisation : en l'air
| Sujet: L'oeil était dans la tombe et regardait l'urbain Dim 13 Avr - 10:38 | |
| ( en faisant du LC)
Pisser dans le noir de soi couché sur le trottoir anthracite faire l’encre acide et volatile aux contours de l’ombre qui vacille l’œil enmoussé de bière dans le crâne ces mots de trop nauséeux qui vomissent la prophétie bouche bleue exsangue l’Apocalypse du cancer urbain sans eau sans gaz sans électricité avec l’odeur excrémentielle et fétide des ordures et déjections amoncelées un néon tousse encore agonisant les rires tus les râles glauques et les rails rendus aux rats pelés les livres éparpillés lus par le vent puant qui éructe de la gueule du métro livide et la nuit la dernière l’éternelle nuit parmi les ruines d’orgueil et les arbres chicots. |
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