bonjour romane, luluberlue et autre eventuel lecteur
Tribulations
Le voilà, il est là, l’être tant souhaité
Le faiseur de bonheur en toute intimité.
Comme l’enfant qui découvre le cadeau convoité
Je guettais ce moment avec fébrilité.
J’en ouvrais le carton, lui ménageais l’espace
Attendant en retour d’un peu de temps la place.
Je caressais ses touches d’un geste de la main,
Voyant déjà briller, sous leur frappe, le gain,
Je suivais les méandres des gracieux logiciels,
Je goûtais de l’écran ses millions de pixels,
Je cliquais les ok, ouvrais grandes les fenêtres
Ne tenant plus de joie et chantant à tue-tête.
Eprise de liberté, ma souris galopait
Sautant de site en site, enfin émancipée.
Elle courait l’océan, les terres les plus lointaines
Goûtant toutes les sources et même les fontaines.
Mais harassée, fourbue, inexpérimentée
Elle revint un beau jour, croulant sous les octets.
Alors, je pris soin d’elle, me penchais sur son sort
La restaurant au mieux, tapotant son système,
Lui vidant le registre, lui nettoyant les ports
Pour éviter le pire qui fait craindre l’extrême.
Après des heures passées au chevet de ma bête,
Sur son tapis de mousse je lui posais la tête.
Puis, terrassé de fatigue, je me laissai bercer
Du doux ronronnement de mon maudit pc.
Le sommeil me gagna m’enrobant dans sa toile,
Ma tête naviguait au milieu des étoiles.
Le bruit sourd fut soudain, le choc si violent
Que je crus un moment au naufrage, au désastre.
Serait-ce quelque nef ou bien objet volant
Que j’aurai donc heurté, ou bien un de ces astres ?
La voix qui s’ensuivit, suave et bien lactée,
M’enjoignit d’arrêter pour ne point se gâter :
-Qu’as-tu donc, internaute, à dépasser les bornes
Ne vois-tu pas ton pied un peu dans mon royaume
-Certes, répondis-je, mais si j’ai abîmé ta corne
Qu’allons-nous réparer jusqu’au prochain forum!
Et de continuer, montrant que j’avais tort
- Navigues-tu sans pilote, as-tu perdu le nord,
Pour t’être esbaillé aussi loin de ton port.
-Non, dame modette, dis-je, voyant bien à sa mine
Que la lumière naquit de la bonté divine,
Non, pour tout te dire et en quelques nautiques,
J’ai perdu le contrôle de mon informatique.
J’allais à la dérive en panne de moteur,
J’avais rompu l’hélice de mon ventilateur.
Le regard adouci, tout en hochant la tête,
Je la vis de sa poche sortir une baguette,
Proférer quelques mots, quelques bonnes paroles
M’en asséner un coup pour redresser la tôle.
L’éclair qui en jaillit précéda le tonnerre,
Les modos alertés se mirent sur pied de guerre,
Et l’onde qui suivit traversant l’océan
Eut don de réveiller le maître de céans.
Son sang ne fit qu’un tour, il sauta dans ses bottes
Alla vers le hangar pour endosser sa hotte,
Puis sortit ses deux rennes, attela le traîneau
Les fouetta gentiment et partit au galop.
Comme une traînée de poudre il parcourut l’azur
Au risque, il est vrai, de crever ses montures.
Arrivant sur les lieux, il sortit de sa hotte
Un crayon, une gomme et un carnet de notes :
Voulait-il sans doute en saisir le schéma
Et de cette collision y noter les dégâts.
Vous aviez, me dit-il en guise de préambule,
Avoir quelque idée, émis quelque calcul
Pour si brutalement, jetant l’ancre chez moi,
Harponner ma modette et causer tant d’émoi.
Voyant mon embarras pour parler de ma peine
Il me fit donc asseoir, continua sans haine :
-Alors, racontez-moi, où donc est le problème ?
- Je n’ai plus de plaisir, je n’ai que de la gêne
-Ah ! dit le grand mestre débordant de sagesse,
Quand il y a de la gêne, y’a encore de la vie !
Je mesurais ces mots comprenant leur richesse
Sans être trop d’accord sur la gêne et l’avis.
-Je viens chercher ici ce qui me manque ailleurs
Le repos de mon âme et la paix intérieure.
-Quand on a, dit-il, un peu le bât qui blesse
Pour reposer en paix, c’est pas la bonne adresse.
On ne vend que son âme et le temps qui s’envole,
Ici, pour le plaisir, celui des bénévoles.
J’acquiesçais du bonnet, mesurant sa largesse,
M’excusant du propos et de sa maladresse.
Pouvais-je vendre mon âme, ignorer cette chance
D’en récolter le fruit et non la suffisance,
D’en donner le meilleur avec gentillesse
Pour que le lien noué soit fertile et renaisse.
Le grand mestre, un à un, fit venir ses apôtres
Leur parla sans témoin de la suite à donner
A ce petit « accroc » et à sa destinée.
Rédigea son rapport sur son carnet de notes,
"ok", dit-il, le jetant dans sa hotte,
S’il peut penser aux autres, alors il est des nôtres.
On se pressa au bar pour oublier les faits,
Connaissant de l’alcool, le bien-être, l’effet.
bonne journée de
soja