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Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Le Recueil de Romane Dim 5 Sep 2004 - 11:01 | |
| "Les funambules"
Ils passent Ils s’embrassent Ils s’enlacent Et se lassent
Entre leurs draps de soie qu’elles froissent Les ombres ont le cœur qui se casse Quand de leurs doigts elles caressent Ce fantôme qui près d’elles tremble Et pitoyables ils se ressemblent Unis dans la même détresse
Sous l’écho blafard de leurs cris Elles ont les ombres de l’oubli Fait de l’Amour un long silence Et dans leurs cernes violacées On lit après les nuits glacées Comme un désert d’indifférence
Au fil tendu entre deux âges Elles ont les ombres de passage Furtivement séché leurs larmes Et d’un revers de leurs mains vides Elles cachent leurs yeux translucides Car trop de clarté les désarme
Les funambules du temps qui passe Ont perdu le rêve fugace Que murmurait l’aube première Ils glissent sans laisser de trace Quand le vertige les menace Ils n’ont qu’un vide pour civière
Dernière édition par le Dim 20 Mai 2007 - 13:39, édité 3 fois |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Le vieux qui lisait son journal sur un banc Mar 7 Sep 2004 - 17:44 | |
| Il pleuvait. Il pleuvait sur le square. Le ciel déversait son oubli sur le square. Le vieux, assis sur un banc, lisait son journal. Il pleuvait. C’était un banc sans couleur. Comme le ciel. Comme le ciel qui pleuvait son oubli. C’était un banc oublié dans le square. Le vieux l’avait trouvé par hasard. Et le vieux lisait son journal sur le banc sans couleur. Sur le vieux banc. Aussi vieux que le vieux qui lisait. Le ciel déversait son oubli sur le vieux. Le ciel pleuvait sur le banc. Le ciel pleurait sa blessure sur le journal. Le journal buvait les larmes du ciel. Et le vieux lisait le journal. Le vieux. Assis sur un banc sans couleur. Assis sous le ciel triste. Le vieux lisait et le journal dégoulinait. Le vieux aussi, dégoulinait sur son banc. Il dégoulinait des cheveux, du vieux pardessus. Il dégoulinait de son pantalon froid. Il dégoulinait de ses chaussures noyées. Le journal s’affaissait lentement. Le banc continuait à être un banc sans couleur. Le ciel continuait à pisser son chagrin. Et le vieux lisait des mots qu’il ne comprenait pas. Le vieux aux cheveux gris. A la moustache grise. Aux yeux gris. Sous un ciel sans couleur. Sur un banc oublié. Le vieux lisait son journal sur un banc. Tout comme ça. Et c’est tout.
Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: PlurielS Mer 8 Sep 2004 - 0:20 | |
| PLURIELS
C’est l’océan furieux d’un Amour pluriels. D’un Amour pluriels avec un S. C’est l’océan furieux d’un Amour pluriels, qui déploie les plis de sa robe gourmande. Sa robe gourmande aux plis ourlés de pluriels, a mordu les touches blanches. A mordu les touches blanches du piano. Piano du musicien. Lui, lui dans sa mémoire. Naguère, il avait goûté, lui, le musicien, la saveur de l’unique, sans concessions, sans hésitation. Il avait goûté. C’est parce qu’il a goûté, qu’il est devenu musicien. Blanches et noires, sur son piano. Blanches et noires et entre elles, toutes les autres. Autant d’autres couleurs que ce que la musique peut inventer. Couleurs plurielles. Musique sans commencement ni fin. La robe gourmande de l’océan furieux d’un Amour pluriels, a mordu les blanches du piano. Le musicien tenait sous ses doigts toutes les couleurs. L’océan n’est plus gris-bleu-vert. L’océan d’un Amour pluriels a volé les couleurs du musicien. L’océan furieux d’un Amour pluriels a peint sa robe gourmande de toutes les couleurs que la musique peut inventer. Il a laissé les noires. Noires. Sous les doigts du musicien. Les Amours plurielles portent des robes du soir aux longues traînes noires, derrière elles. Sillage des mensonges, des erreurs, des questions, des suppliques, des cris et des silences. Sillage des détresses. Un Amour pluriels, en raflant les couleurs d’un musicien, a pris le goût de l’amertume. Amertume. Un Amour pluriels, pluriels avec un S. Un Amour pluriels n’a laissé que les noires, sous les doigts du pianiste. Noires. Aussi noires qu’UN singulier.
Juin 2004 Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: lilas Mer 8 Sep 2004 - 3:23 | |
| Habillée de sommeil en me glissant dehors sous un frêle soleil j'étirerai mon corps et dans le grand jardin j'allongerai le bras pour cueillir de la main la branche de lilas sur l'arbre tout fleuri et puis je reviendrai tout doucement sans bruit je te regarderai et mon premier baiser sera le lilas blanc posé sur l'oreiller témoin de nos vingt ans... |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Qui se souvient des hommes Mer 8 Sep 2004 - 13:32 | |
| Qui se souvient des hommes…
C’était au bout du bout du monde En ces temps reculés presque oubliés Entre deux océans à l’humeur coléreuse Qu’un Dieu irritait de ses larmes gelées Par-dessus le ciel triste et bas
C’était dans le dédale hostile et noir Des îles inconnues aux noms sans pardon Aux arbres pourrissants sur un linceul verdâtre Entre fracas de glace et plaintes de vent froid Sous la brume hypocrite d’un hiver infini
C’était sous l’orage aux grondements d’effroi Aux brusques déchirures acérées métalliques Entre l’écho de grêle le masque des fantômes Ces maîtres des ténèbres aux menaces sournoises Qui hurlaient à la mort sur les berges glissantes
C’était là…
Et cette poignée d’hommes dépeçant la baleine Faisaient durer encore leur maigre survivance Guettant de leur regard les sombres maléfices Qu’une divinité se plaisait à prédire De sa toute puissance en scellant leur destin
Dans la désolation des longues nuits Laissant planer sur eux la sourde solitude Ils veillaient patiemment les braises rougeoyantes En réveillant les mots de leurs ancêtres Pour prolonger l’immuable mémoire
Ils tenaient dans leur ventre la terreur De laisser l’un d’entre eux déjà mort Avec des coquillages en fragiles remparts Sur une île maudite désormais interdite Hantée par son esprit livré à l’inconnu
Ils savaient chercher le réconfort Entre les cuisses chaudes et le ventre accueillant De leurs femmes aux seins cernés de blanc Si de ces gestes simples pouvait naître la vie L’enfant repousserait peut-être leur agonie
Dieu les avait oubliés en terre abandonnée Ils n’avaient pas un mot pour dire le bonheur Ils s’épuisaient déjà mais ne le savaient pas Pourtant de leur gorge nue jaillissait Le Chant du Monde…
En mémoire aux indiens de la Patagonie, chassés et tués un à un par ceux qui se disent "civilisés". J'ai emprunté le titre à Jean Raspail qui écrivit un très beau livre "Qui se souvient des hommes"
Dernière édition par le Lun 2 Mai 2005 - 20:54, édité 2 fois |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Les mots que je n'ose pas dire Mer 8 Sep 2004 - 13:48 | |
| Les mots que je n’ose pas dire
Tumulte silencieux les barbelés de marbre Ont lacéré l’ivresse éperdue de la tendre jeunesse Je n’étais qu’un désert aux longues dunes blanches Sous le soleil glacial au ciel d’un autre temps Inutile
De l’alphabet d’Amour pas un mot pas un son Que pouvais-je inventer allongée sur ma terre Telle une vieille souche aux ombres lunaires Et pourquoi murmurer si l’on ne sait pour qui Mains nues
A ces aventuriers caressant le bois mort Pour l’album souvenir des maîtresses d’antan J’ai dit ce qu’ils voulaient j’ai fait ce qu’ils ont pris Ils ont enseveli sous le ciel du couchant Les mots
Mots…
Vous que ma bouche tait dans la désespérance
Vous dont je sais le fardeau amoureux Capable en ruisselant de verdir un désert Vous que plus rien n’arrête aujourd’hui de jaillir Mots Mystère libérateurs des gestes primitifs
Mots flambeaux ravageurs de sagesse et d’oubli Vous enserrez dans votre déraison La houle indomptable et rebelle D’une captive consentante
Mots pluie d’abondance sur le lac épuisant du silence En effeuillant des poignets aux chevilles Vous dévalez gravement dans mes veines Les sillons d’un long fleuve sans nom
Faut-il vous dire ou bien vous taire
Mots sauvages à l’indicible étreinte Vous qui avez mille ans une heure seulement Mots rares exquis délicieux Je ne peux vous graver autrement Que corps sur corps peau contre peau Dans l’abandon qui ne délaisse pas mais retient Entre deux âmes l’essentiel
Mots de la Création impudiques et brûlants Vous qui faites l’Amour à celui que j’attends Vous êtes de ceux qu’on ne dit qu’une fois
Esquif entre mes doigts protégé Dis que feras-tu de ces mots inédits
Je les retiens encore à peine un peu Ces mots qui te sont destinés Toi que j’aime entre mes doigts bercé
J’ai si peur de ne pas entendre les mêmes en retour… Qu’ils sont les mots que je n’ose pas dire…
Septembre 2003 - Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: La danse macabre Jeu 9 Sep 2004 - 17:28 | |
| La danse macabre
L’Amour se déshabilla Sans se presser, Sous le regard avide Du désir impatient.
Au sol, tombèrent Un à un Le cœur d’une rose Et le rose des joues, Les tendres mots d’un poème, Son ruban comme un lien, La promesse, l’attente, Les battements sous le sein, L’aube du jour Et même celle de la nuit, Bref… tous ses atours.
Quand l’Amour fut nu, Nu comme un ver Sans Amour, Nu, simplement, Il ne resta plus Qu’un squelette tout blanc.
Alors, le désir impatient, Dans sa danse macabre A l’étreinte perverse, Pleura son désespoir Comme on pleure ses morts.
Septembre 2001 Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Ultime étoile Jeu 9 Sep 2004 - 17:35 | |
| Ultime Etoile
Digne dune au dos de Lune sur fond de ventre noir, Blanches mitaines sur doigts d’éther aux ongles de poussière, Cœur du conte que raconte mille fois l’année-lumière Enluminure sur nos rêves de trêves amoureuses, Eclat de larme sans vacarme, sans chagrin, sans refrain, Suspendue à la peau d’en-haut imperturbable, insondable, Inspiration du big, Expiration du bang, Souffle retenu de notre contemplation…
Septembre 2003 Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Quand viendra la sagesse des tristes Jeu 9 Sep 2004 - 18:12 | |
| Quand viendra la sagesse des tristes…
Quand il aura brûlé, Le feu, Mes colliers d’encre noire Sur parchemin de cendres
Quand il aura sonné, Le glas, L’agonie de mes rêves Aux couleurs inventées
Quand il aura perdu, Le sage, La source de mes rires Intrépides et vivaces
Quand il aura fait taire, Le grave, Ma fantaisie joyeuse Aux pétillants refrains, Intimant d’un doigt blanc L’ordre avant toute chose,
"Quand je serai ton ombre, Utile et raisonnable, Réprimant sans faux-pas Tous ces plaisirs futiles,
Dis, m’aimeras-tu enfin ?"
Romane - Décembre 2003 |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Raconte moi le bois d'une plage Jeu 9 Sep 2004 - 18:30 | |
| Raconte moi le bois d’une plage
Abandonnée sous le couchant J’ai tenté, à tire d’eau, D’effleurer le rayon vert…
C’est le promeneur d’un soir Qui, de son iris, me l’a donné…
*****
Comme un radeau frotté au sel Sous les doigts inlassables d’une vague, Il implorait le ciel Pour se confondre aux goélands.
… Et l’homme rêve de vol inassouvi D’un corps de bois créa l’oiseau…
*****
Frêle esquif passe-marée D’un océan d’éternité Echoué sur la plage d’oubli, Que serais-je si ta main amie Ne m’avait pas cueilli ?
*****
De mon corps de bois mort Sous l’aube salée, Il me fallait vibrer encore Entre tes doigts, serré Comme un trésor…
*****
Fantôme de forêt disparue, Ni algue, ni sable, ni embruns, Ni fil de l’horizon là-bas, Ni plume d’oiseau au ventre gris, Ni craquement du bateau, Ni grondement d’un océan puissant…
Juste une branche amoureuse De l’artiste qui viendra la voler…
*****
Brisé, dénudé, vidé de sa substance, Roulé, noyé, submergé, dans l’errance, Orphelin de sa terre, Voyageur de l’oubli, En mourant sur la plage, Il n’eut pas même un craquement.
Alors la main de Dieu Le choisit…
*****
Attentif et docile Entre crêtes et creux J’attendais un signe De la Dame Bleue Et sa baguette de glycine M’a donné De Pinocchio… son nez !
*****
Sans rame ni boussole Je trouverai la main De l’homme solitaire. Nous serons deux sur son chemin : Lui et son bâton de Pèlerin.
Septembre 2003 - Romane |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Pourquoi déjà Lun 27 Sep 2004 - 22:04 | |
| POURQUOI DEJA…
C’était une marelle, un gâteau, des bonbons, L’orage terrifiant, le genou couronné, Un fou rire pour rien, le lait du déjeuner, Les images d’un livre, un coucou, des chardons…
C’était sur le papier des dessins au crayon, La messe le dimanche et les souliers cirés, Les noisettes sous l’arbre, un placard exploré, Les trottoirs de Paris criant “ Chauds, les marrons ! ”…
C’était la coccinelle, une flaque, un gros rhume, Une chanson, des craies, les cachettes, une plume, Un secret, des trésors, l’interdit si tentant…
C’était sous le soleil, le maïs des vacances, Et Maman, si câline, au sein réconfortant… Pourquoi m’as-tu quittée, toi, douceur de l’enfance ?
Romane |
|  | | José Cha Invité
| Sujet: Re: Le Recueil de Romane Lun 27 Sep 2004 - 22:47 | |
| Beau sonnet qui chante l'enfance et qui se termine par une interrogation :
Pourquoi m’as-tu quittée, toi, douceur de l’enfance ?
José |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le Recueil de Romane Lun 27 Sep 2004 - 23:12 | |
| | José Chanly a écrit: | | Pourquoi m’as-tu quittée, toi, douceur de l’enfance ? |
Je murmure aux enfants de garder ce trésor toute leur vie en eux, même s'ils grandissent tous les jours un peu... |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 50361 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: L'enfance assassinée Mar 28 Sep 2004 - 11:11 | |
| L’ENFANCE ASSASSINEE
Un, deux, trois : soleil ! Une balançoire et deux crapauds bleus Enfilent des perles aussitôt qu’il pleut… Un gendarme arrive en poussant un car Et moi je mange un très gros malabar ! Un, deux, trois : soleil ! Je tape du pied, je creuse la terre Et les gens d’en bas, la tête à l’envers, Se réveilleront sans savoir pourquoi ; Ils se lèveront, à cause de moi ! Un, deux, trois : soleil ! Tout couvert de plumes, un chat vert, magique Apprend maintenant ses mathématiques Et s’il a tout bon et s’il est bien sage, Maîtresse dira “ Voilà une image ”… Un, deux, trois : soleil ! Ça c’est ma chanson, c’est la plus jolie. Je la chanterai ce soir dans mon lit ! Quand je serai grande un prince charmant Viendra pour moi sur un tapis volant ! Un, deux, trois : soleil !
“ Tu es grande à présent. Viens, je dois te parler… Nous t’aimons très très fort… Mais la vie va changer… ”
C’est peut-être un divorce, un départ, une mort, Ne pas pouvoir guérir, ou autre chose encore… Quelle que soit la raison, son enfance s’enfuit. Son cœur aux barbelés, se déchire sans bruit.
Il y aura plus tard, les minutes trompeuses, Habillées de ses rires et de chansons heureuses. Mais ne vous y fiez pas ; reste l’éclaboussure Sournoise, indélébile, en cruelle blessure…
Romane |
|  | | José Cha Invité
| Sujet: Re: Le Recueil de Romane Mar 28 Sep 2004 - 11:26 | |
| Très beau quatrain :
C’est peut-être un divorce, un départ, une mort, Ne pas pouvoir guérir, ou autre chose encore… Quelle que soit la raison, son enfance s’enfuit. Son cœur aux barbelés, se déchire sans bruit.
Bravo, Romane!
José |
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