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 Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève

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francoisdalayrac



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MessageSujet: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Mer 28 Mar 2007 - 10:11

LA NOUVELLE ÈVE

Engagé vers nulle part
Et les lèvres scellées,
Il l’a rencontrée ici, là, autre part,
Au coin d’une nuit muette.
Et, la Parole ce fut elle.

“ Écoute - moi, oh grand enfant,
Viens.
Regarde.
J’ai les mains chaudes,
Les seins glorieux
De n’avoir pas allaité
Le ventre souple au plaisir.

Dépouillé de tout voile,
Le désir coule de mes cuisses si nues
Que tu pourras y boire au travers
La Vie, l’Amour, le Rire.
Approche
Ta virilité triomphante
Absoute de son orgueil.
Si tu es libre, dis - moi,

C’est parce que je t’aime, les entrailles
Nues de la dictature séculaire,
De l’antique malédiction défunte
Du sperme dans l’utérus.
Je suis celle qui des mains et des lèvres
Te délivrera de l’illusion
Castratrice et fatale
Du péché originel.

Un jour, je garderai ta semence.
Je te ferai alors l’enfant nouveau
Et tu pourras porter enfin
Le beau nom d’Homme.

Je m’appelle Ève.”

F.d'Alayrac
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francoisdalayrac



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MessageSujet: Re: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Mer 28 Mar 2007 - 10:14

VENI CREATOR


Pour la vieille oubliée dans son lit au fin fond du brouillard de la démence incontinente, à en perdre la mémoire d’elle - même et le souvenir que, quelque part, elle avait un fils,

Veni Creator.

Pour ses yeux qui n’avaient déjà plus la vision du réel, vitrifiés de terreur, perdus, figés dans l’au delà de ses vieilles fantasmagories morbides,

Veni Creator.

Pour ses mains agitées comme des mouches hallucinées sur un drap d’hopital quand elle a manqué d’air sous la morphine,

Veni Creator.

Pour cette agonie que personne n’a voulu voir, quand elle aurait voulu comme un peu de tendresse par pitié,

Veni Creator.

Pour sa mort qui n’a pas fait plus de bruit que celle d’un insecte qui tombe de sa feuille sur le sol indifférent,

Veni Creator.

Pour son corps sans vie devant lequel, sans larme ni soupir, nul n’a pu ressentir la moindre absence,

Veni creator.

Pour ce faux sourire qu’elle a su conservé dans sa raideur pour cacher une dernière fois la misère d’un cœur qui n’a jamais rien donné,

Veni creator.

Pour sa Vie passée pour pas grand chose et qu’elle a portée comme une croix quand elle ne pesait rien,

Veni creator.

Pour ce cadran d’horloge dont les aiguilles bloquées n’ont jamais voulu que marquer l’heure du malheur volontaire à perpétuité,

Veni Creator.

Pour le flot menstruel qui lui coulait du ventre à chaque mois lunaire comme on vomit la suprême ordure de ses entrailles,

Veni Creator.

Pour son regard qui broyait la lumière et brisait les miroirs dans ses printemps qui ne furent que d’automne,

Veni Creator.

Pour ce bon dieu du diable qu’elle cachait dans chaque pli de ses jupes, dans chaque ourlet de sa peau, et qu’elle portait en sautoir sur sa poitrine en gel d’amour,

Veni Creator.

Pour son utérus sans joie dans sa gésine et qui ce soir là l’avait trahie quand elle subissait le mâle comme une ignoble salissure,

Veni Creator.

Pour l’innocent ainsi conçu et qui ne demandait qu’à naître, dont elle ne voulait pas mais qui est venu quand même comme un péché qui s’impose quand ce n’était que la Vie qui pousse,

Veni Creator.

Pour ses prières à un démiurge qui lui était sourd quand elle le priait de l’en débarrasser, espérant un miracle contre nature,

Veni Creator.

Pour ses douleurs d’enfantement qui lui tordaient la matrice dans une rage impuissante, quand il s’obstinait à venir dans ce monde malgré elle,

Veni Creator.

Pour ses seins qu’elle tarissait en les refusant à sa bouche vorace de nouveau - né et qui aurait fait d’elle une mère,

Veni Creator.

Pour ses caresses comme autant de griffures, ses bras comme un danger mortel et ses baisers taillés dans le marbre des convenances,

Veni Creator.

Pour les haines venins qu’elle lui a filé comme des linceuls de ses doigts araignée avorteuse qui ne s’endort jamais, patiente, obstinée, attentive jusqu’à l’obsession dans ses étouffements

Veni Creator.

Pour le lit de ronces vénéneuses où elle le liait et pour mieux surveiller ses cauchemards dans le sommeil trouble d’une puberté coupable de désirs,

Veni Creator.

Pour le dégoût de son sexe qui en faisait le fils de son père et un homme à venir couché dans le ventre des femmes,

Veni Creator.

Pour sa haine de toutes ces femmes qui contre elle allaient lui donner la Vie jusque dans son prénom,

Veni Creator.

Pour tout cela et plus encore pour moi, enfin, son enfant, qui un jour peut être parviendra à me souvenir qu’elle est ma mère pour l’éternité et me le pardonner,

Misere Domine.

F.d'Alayrac
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francoisdalayrac



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MessageSujet: BAUDELAIRE EST MORT   Mer 28 Mar 2007 - 10:15

BAUDELAIRE EST MORT

Baudelaire est mort de la vérole
Au fond d’un lit avec sa mère.
Les fleurs du bien les fleurs du mal
Les fleurs des champs les fleurs de lys,
Les femmes damnées ne le sont plus
C’en est fini de leur misère.

Dans le show bizz les assassins
N’ont plus le vin du chiffonnier,
Le vin du pauvre qui s’oublie.
Leurs femmes en meurent à la télé
On les mettra au Père Lachaise
Pour un repos médiatisé.

Baudelaire gigote au bout d’une corde.
C’est dans les bas d’une catin
Qu’il a trouvé un aller simple
Et son cadavre sur Cythère
Joue au pendu sur un gibet.
Que reste - t - il de ses dégoûts?

On a perdu même l’élégance
De vivre jusqu’à la déraison
Et dans nos sexes en exil
Il n’y a rien de jouissif.
Nous ne savons plus en effet
Qu’il nous faudra mourir un jour.

Baudelaire dans son regard déshabillé
Sous le Ciel comme un couvercle
Se voit dans les bras câlins du mal
A se tirer tout un destin neurasthénique
Et dans les yeux usés d’un pauvre chien
Il fait la peau aux fanfreluches du divin.

Pour nous les temps sont difficiles.
Torquemada est revenu
Il inaugure les chrysanthèmes de la pensée.
C’est en plagiant le désespoir
Qu’on nous écrit en rose sur l’internet
La comédie des amants tristes.

Baudelaire tombé dans le domaine public
Tant que le diable reste debout
Dans un bistrot désabusé à méditer
Dans un sourire d’en avoir pas
L’inanité des gens branchés,
La poésie n’est pas finie.

F.d'Alayrac
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francoisdalayrac



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MessageSujet: Re: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Mer 28 Mar 2007 - 10:17

JE MEURS


Je brûle seulement
Le temps par les deux bouts
A écouter filer
Ma mémoire à l’envers.

La nudité de l’ombre
Cachée me fait de l’oeil.
Il me reste à jouer
Les cartes de l’aurore.

Je plonge dans la fête
Et le soleil s’isole.
Je vous vois demi nue
Sous mes lèvres captives.

Avec les mots derniers
Ma main frôle un soupir.
A cette source nul,
Jamais, ne peut veiller.

A la fin de demain
Aurais - je osé un jour
Être dieu et rester
Cet enfant qui se perd?

Étais - je donc si nu,
Dans mes nuits sans sommeil
Que je pars sans drapeau
Et sans regret au poing?

Le cœur léger au vent,
Les chevilles déliées,
Ne me suis - je lassé
Que de larmes faciles?

N’ai - je passé ma Vie
Que pour vous labourer
Au fruit amer / sucré
D’un sexe lumineux?

Par delà l’horizon
Des cercles inconnus,
Très loin de votre image
Qui m’était familière,

Mon cher Amour, je meurs,
Sans tambour ni trompette.
Tout juste cette fièvre,
Voilée de noir sur feu.

F.d'Alayrac
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francoisdalayrac



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MessageSujet: LE DIABLE M’A DIT   Mer 28 Mar 2007 - 10:18

LE DIABLE M’A DIT


Le diable m’ a dit :

“T’es poète!
Alors fais - moi un poème!
Pas un poème d’amour avec des roses et des romances,
Pas un poème de confiseur, pas un poème triste,
Pas un poème de sentiment.
Je ne veux pas d’un poème bien rimé, bien balancé,
D’un poème qu’on lit dans les salons à l’élégance littératrice
D’un poème habillé pour la soirée d’une doctrine philosophique.
Non.

Je veux un poème plein de tous les syllogismes de l’amertume.
Écoute - moi et écris.
Je te dicte.

L’enfer, mon royaume, est d’une précision d’horaires de chemin de fer,
Le purgatoire sonne faux comme toute forme d’espoir,
Le paradis est la fiction de la fellation divine.

Le péché, surtout s’il est de chair originelle,
C’est le Ciel qui glorifie le vice
De la femme lapidée au mouillé de ses cuisses.

Le mal n’est que la conséquence du remord qui le précède et le crée.
J’aurais quant à moi préféré être le fils du bourreau
Plutôt que l’ange déchu. On m’en aurait moins voulu.

La tristesse épaisse accrochée à des paupières lourdes
Est le signe clinique de mauvaises habitudes honteuses :
Les pollutions nocturnes du sperme et de l’encre.

Alors que le rire, lui, est la suprême élégance du désespoir,
Du désespoir sans objectivité ni utilité démontrable,
De se savoir banalement périssable.

L’indécence érotique consiste essentiellement
A dénuder son âme sur la plage en public.
Et surtout à la nommer devant un psychanalyste en payant pour cela.

La pornographie est le salutaire débraillement de la pudeur,
L’ultime remède contre la tragédie du sabotage de nos désirs,
La dernière défense contre le mélange entre physiologie et extase.

La parole vraie est dans l’orgasme lucide et sans regret
De l’indispensable ironie, de la férocité vitale, du nécessaire talent
D’avoir brûler sa chandelle par les deux bouts à s’en retrouver nu.

Le lyrisme poétique est l’expression onaniste
D’une antique hystérie littéromane
Dont on nous a fait étudier la qualité des adverbes.

Les artistes enfin sont des gens qui ont trouvé le ton juste de la déception.
Ils ne survivent que parce qu’ils se désintéressent absolument de leur cruauté.
Mais ils sont les seuls humains à posséder le sens exact du chaos.

Ils marchent sur leurs chaussettes
Et ne supportent le jour qu’avec la charité de leur folie,
Dans l’odeur féminine de l’Origine du monde.

Ils ont le feu au cul et la fleur au caleçon,
L’amour carnassier et l’amitié vorace.
Ils ont faim trop souvent de leurs fruits interdits.

Ils se mêlent de tout dans leur malédiction.
Ils ont gueulé si fort depuis la nuit des temps
Qu’ils ont déjà tout dit mais recommencent encore.

Alors, tu persévères, poète?
Tu risques l’accident du diable ou du bon dieu, tu sais.
Ces deux vieux camarades aux yeux teintés de l’utopie.”

L’auteur persévère. Il n’est pas responsable des propos qu’il transcrit.
Le diable n’a pas vingt ans.
Laissons lui le temps de vieillir.

F.d'Alayrac
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MessageSujet: LA POÉSIE   Mer 28 Mar 2007 - 10:19

LA POÉSIE


Le diable dans un bon jour m’a raconté l’histoire suivante.

Une veuve d’ancien combattant, vieille dame bien propre sur elle et de vertu indignée, lui a dit : “Enfin monsieur vous appelez ça poésie? C’est dégoûtant le sexe!”

Et lui il lui a répondu : “Mais oui madame, c’est ça que j’appelle poésie. La poésie c’est cela et rien d’autre.

La poésie, madame, est une vieille folle littéromane et hystérique qui soulève ses jupons en pleins vents sous tous les horizons

Elle se promène depuis la nuit des temps, les bas griffés sur tous les trottoirs de l’humanité.

La poésie, dans ses sueurs, ses larmes, dans ses coulures de sexe, c’est du désir à cru qui dynamite la pudeur sous les crânes. Ça bande, ça mouille, ça orgasme.

La poésie n’est qu’une maladie de braguette qui infecte les cerveaux d’adolescents longilignes qui lui masturbent comme ils peuvent le clitoris.

La poésie, elle parle du cul comme du divin, elle est belle, belle comme une dame en noir sous le vent qui porte dans ses poumons une note d’espoir qui ne veut pas mourir,

Et qui ne vit que le dimanche après midi dans un silence de couleurs à guetter un improbable amant qui dort entre plaisir et désespérance.”

“Mais alors monsieur que ce sont donc les poètes?”

“Les poètes madame?

Les poètes! Ils ne sont pas un sur dix mille et pourtant ils existent droit debout. Ils se reniflent au hasard, comme des chiens dans la rue.

Ce sont de drôles de types qui ne le savent pas et qui portent sans les sentir leurs odeurs de chaussettes dans les teintes du printemps.

Ils ont faim si souvent de leurs fruits interdits qu’ils ont la frénésie au poing et la fleur au caleçon.

Ils se fabriquent des rêves en noir et blanc ou en technicolor au jusant d’une jupe ou à l’affût d’un jean, ça ne compte pas.

Ce qui est important, l’essentiel pour eux, c’est de jouir tout leur saoul, que ce soit dans la joie, ou bien par désespoir.

Ils roulent leurs tabacs aux quatre coins des lits qui sentent la vertu la plus raide et font naître le péché dans l’odeur de lavande.

Ils se mêlent de tout depuis la nuit des temps. Ils gueulent si fort qu’ils usent les mots pour à chaque fois en reconstruire du nouveau.

Jadis ils mourraient de la vérole ou de l’absinthe, ils ne meurent aujourd’hui que de cancer ou de démence comme le commun des mortels.

Décidément, vous le voyez madame, tout fout le camp!”

“Et vous monsieur?”

“Moi?

Moi je suce de Baudelaire l’alexandrin viril, je tête du Mozart à même le goulot, je hurle vive l’anarchie et à bas la rime riche avec un vieil anar désespéré.

J’orgiaque à l’hémistiche et je me branle sur la césure, je m’endors ivre entre la chatte à Verlaine et le cul de Rimbaud.

Je suis poète!

Madame.”

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MessageSujet: JOYEUX NOËL   Mer 28 Mar 2007 - 10:21

JOYEUX NOËL


Il est né le divin enfant etc...

Dans la paille entre le bœuf et l’âne
Quel autre futur qu’une fin au Golgotha ?

Quand il a voulu tourner ses yeux invertis vers le meilleur, il s’est pris maladroitement les pieds dans l’avenir.

Il est né le divin enfant etc...

Et depuis, comme toujours, chaque matin
Le monde se lève tard et va pisser la braise.

Et depuis ce jour là précisément, dieu lui - même a cessé de croire au salut de l’humanité pour le plus grand profit des marchands d’arsenic.

Il est né le divin enfant etc...

Son fils l’ayant abandonné,
Il en arrive à imiter le maintien des cadavres.

Le Ciel nous est vide et sans pitié sauf, peut être, le long de la fluctuante ligne asilaire entre raison et folie.

Il est né le divin enfant etc...

Depuis que toute forme de juron nous a été formellement interdite
Le péché a tout perdu de sa candeur naturelle.

Et le bel Adam primordial unisexe n’est plus qu’un schizophrène au ventre mutilé, errant entre ses quatre murs.

Il est né le divin enfant etc...

C’est ainsi que les hommes ont fini par écrire sur le sable
Leur impossible rêve de se retrouver nus avec elles sous les draps.

Ils jouent le jeu de l’amour et de la masturbation dans les éprouvettes informatiques de leurs nuits blanches.

Il est né le divin enfant etc...

A monter les gammes du mensonge quotidien
Dans les bidets musicaux de l’adultère,

Ils se composent des mélodies sucrées qui les empêchent de vivre le sublime du malheur et d’en mourir .

Il est né le divin enfant etc...

Leur fatigue chronique
En devient un délire hypocondriaque.

Démiurges mythomanes à la petite semaine, ils s’inventent des pathétiques qui n’ont pas les moyens d’une balle dans la nuque.
Il est né le divin enfant etc...

Ils se croient encore des anges.
Ils ne sont que des loques.

S’ils avaient la lucidité fulgurante et définitive de la boule de cristal, ils apprivoiseraient jusqu’à l’idée du suicide.

Il est né le divin enfant etc...

Les plus beaux des enfants, en vérité,
Sont les enfants morts nés.

Restés propres, ils vivent dans leurs limbes aquatiques, indemnes de la souillure inévitable du sentiment.

Il est mort le divin enfant. Pour des clous!

Écrit un de ces soirs de blues où l'humanité est désespérante.

F.d'Alayrac
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MessageSujet: TU DORS   Mer 28 Mar 2007 - 10:22

TU DORS

Les seins nus en liberté, tu dors.
Un ange passe
Et je suis sans sommeil.
La nuit me mure.

Sur un dernier chant du coq,
Un fleuve se disperse.
Elle vient,
Dans ses voiles affalées.

Morte saison.
J’aurai pourtant tout essayé du soleil.
Une bougie reste allumée
Sur un passé clarifié.

Déjà un peu de jour.
Ma main craintive
Cherche le drap blanchi
Qui gémit quelque chose.

Enroulé dans sa soie
Un vertige me saisit,
Les poings serrés
Et mon corps disloqué.

Mon sang s’efface
Dans un trou sans nuage,
Souffle coupé à ras
Par réfraction d’hiver.

Sans en faire une histoire,
Je pars le coeur à nu,
Et les coups sur la bouche.
Ni fleur - ni couronne.

F.d'Alayrac
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francoisdalayrac



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MessageSujet: Haïkus   Mer 28 Mar 2007 - 10:24

I

Plage sur hiver.
A errer de nuit en nuit,
Soleil déserteur.


II

Un temps mort. Cruel.
L’heure meurtrie de non retour.
Chercher à durer.


III

La mer en vacances
Arithmétique de l’absence
S’y enraciner.


IV

Le bruit lent des heures
Le silence du corps sec
Désespoir à cru.


V

La nuit dans les rues
Pâleur sous les néons bleus
Un singe en hiver.

F.d'Alayrac
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MessageSujet: Re: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Mar 10 Avr 2007 - 21:35

jolie déclaration, françois.
ça donne l'eau à la bouche alors je prie le facteur de presser son pas.

oh, et j'ai lu par la même occasion tes haïkus, ils sont splendides, mentions spéciales pour les III et IV. merci à toi Smile
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Romane
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MessageSujet: Re: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Mar 10 Avr 2007 - 21:49

K a écrit:
jolie déclaration, françois.
ça donne l'eau à la bouche alors je prie le facteur de presser son pas.


Le commentaire est parti là-bas (pour ne pas polluer ce recueil)
http://liensutiles.forumactif.com/Litterature-c12/Biblio-LU-c4/Vos-oeuvres-editees-f35/Les-petits-mots-de-Romane-t11619.htm?highlight=

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour je suis Roulotte alors je m'appelle Roulotte, c'est pour ça que mon pseudo c'est Roulotte." (Jean Vilain)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
francoisdalayrac



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MessageSujet: BEETHOVEN   Jeu 12 Avr 2007 - 8:27

Je l'avais oublié celui là. Retrouvé ce matin dasn un fond de tiroit informatique. Lugwig! Pam Pam Pam Pam Pam!!!!

BEETHOVEN

Il n’est d’autre dieu vivant que Beethoven.
Le géant.
Et Karajan fut son prophète.

Loués soient tous ceux,
Bénies soient toutes celles,
De ferveur attentive d’entrailles,
Qui se flattent de n’y avoir rien compris
Pour n’en saisir que l’essentiel.

D’une insurmontable présence et rêvé à la fois.

Dans un espace lapidé
D’éclairs de glaives fulgurants,
Errant au delà des lisières des vents
Dans une fissure de l’obscurité où il brûle ses orties.

Rompu,
Dispersé,
En morceaux déchirés,
La tête enflammée basculant dans les eaux trop calmes du lac
De l’ultime illusion d’une transparence mortelle.

Dans une absence totale d’échos.

Mais d’une encombrante et fragile vitalité comme un bondissement de fauve dévastant les prairies tièdes,

Quand il se retire du lit de son silence,

Alors,

Des giclées de mots liquides en fusion
Jusqu’à l’orgasme d’une révolution solaire,
A abolir toute pensée
Pour l’émotion crue et pure dans ses feuilles océanes,

Belle comme une mort violente.

C’est un voyage,

Un voyage à dos de chevaux de guerre inventés du hasard à travers la lumière et le sang,
Dans la sainte espérance d’être mis nu pour tromper la mort et trouver son vrai lieu
Au givre d’une étoile.

Dans le tourment d’une nuit qui flambe sans rémission,
Les pierres chauffées à blanc chantent la nudité des dieux
Et la gloire des hommes,
Engendrés quand on été fécondés les landes du temps,
Au ventre du Ciel.

Sans jamais voir mourir l’espace / temps de son espoir,
Il s’y engloutit dans sa propre blessure à ressusciter les organes du soleil
Et met le feu à l’océan pour lui faire célébrer ses couleurs.


L’accord à la limite du supportable,
Déchaîne une rumeur ascendante
Où le cri se perd dans le murmure.

Intensité du silence immobile quand il se tait.

Et chez l’humain à la danse réfractée
Ne subsiste plus
Que le souvenir de la beauté exclusivement conçue
Comme un acte sans raison, fulgurant d’explosion de clarté.

François
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francoisdalayrac



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MessageSujet: RÉCONCILIATION   Jeu 12 Avr 2007 - 8:34

A mon père, ce grand homme. Le plus grand. Que j'aime tant et qui aujourd'ui encore me manque tellement. Et me manquera jusqu'au bout. et si après le grand saut dans l'inconnu, il existe autre chose, dasn l'espoir fou de le retrouver et de lui dire enfin "papa je t'aime".

RÉCONCILIATION


Toute la nuit a tombé à verse. Le matin, la chaleur torride s’est dissipée. Il fait maintenant clair et doux.

Alors, c’est le moment. J’y retourne. Me souvenir, me souvenir. Je suis prêt. A m’en souvenir, à m’y souvenir, à me souvenir.

Mais
Il n’y a plus de nom ici. Plus de nom.

Non, vraiment rien. Le vide.

Jadis j’ai pourtant vécu dans cet endroit où j’ai cru pouvoir revenir.

Et y retrouver

Y retrouver ce dont je n’ai plus la mémoire.

Et cette impression qu’un inconnu dressé en moi parle avec ma propre voix.


Pourtant rien ne semble avoir changé. Tout paraît comme avant. Ou presque. Mais je ne reconnais plus la fraîcheur des couleurs.

Que savoir la distance parcourue?

Comment imaginer aujourd’hui le rêve de l’autrefois?

Et où revivre ce qui a été?

Là, icic et maintenant,

Seul un homme me manque qui me tenait la main, en laissant aller, selon le cours des choses, le vrai, le faux, le laid, le beau, le bon et le mauvais.

Dont au fond il ne savait rien et ne voulait surtout rien savoir.

Dont le seul souci était de vivre ses saisons en riant de tout avant d’avoir à en pleurer.

Avec l’étincelle du partage dans son sourire.

Son sang toujours jeune sous le masque d’écorce vive.

Comme si rien ne pouvait avoir de prise.

Les yeux toujours à marée haute et la poitrine flambante à faire le fête au Ciel et à la Terre.

Sans doute a - t - il passé sa Vie à aimer. Souvent. Beaucoup. Bien ou mal, l’important lui a été d’aimer.

Sans doute, j’en suis sûr à cet instant, m’a - t - il aimé.
A sa façon.

Il a vécu.

Jusqu’au jour où il a décidé de ne plus attendre l’aube devenue cruellement ingrate. Et de s’absenter. Il a dû estimer alors que j’en savais désormais assez.

Et c’est au delà de lui, maintenant, que je dois affronter le temps.

Comment lui dire si je le rencontrais. Saurais - je tailler des mots à sa mesure?

S’il me demandait :

“Comment es - tu. Qu’es - tu devenu. Qu’as - tu fais de toi?”

A son image.

Comme un homme oisif dans une époque de paix.

Vivant. Vivant dans la sincérité inconditionnelle de chacun de mes instantsqui passe, fragileet fugitive dans la vérité du seul présent.

Je ne suis plus que comme un tambour. La peau tendue et rempli de vide. Le son que je renvoie ne dépend pas de moi mais de la main qui me frappe.

Et je sais qu’il est vain et fou d’aller chercher au loin, si loin, l’espoir de l’inaccessible étoile.

Mais qu’il suffit simplement de s’asseoir le cul dans l’herbe et de se dire qu’il y aura toujours assez d’air pour respirer.

Que pour connaître l’évident plaisir de vive, il suffit de vivre. Tout simplement.

Devant l’amour de moins en moins ambitieux, je ne suis plus jamais ivre et je l’aime les yeux ouverts.

Consolé de tout, comme lui, par le pain, le vin, le ventre des femmes qui m’ont toujours nourri au delà de ma faim, si grande soit - elle.

En apaisant le désir de la main qui se tend, de la bouche qui s’offre, du ventre qui en suinte.

En chantant les étoiles ou en pissant sur un arbre, mais toujours comme un remerciement.

En croyant à la fleur, au roseau, au génie de la Terre dans le miracle d’un ver luisant.

En sifflant à pleins poumons le vent voluptueux du printemps pour en danser de tout mon corps les cinq tons de l’automne.

En ne retenant rien de la caresse pour la laisser courir comme de la branche l’oiseau vers le Ciel.

En ne sentant jamais le regard du monde pour tutoyer les dieux.

Enfin vivant. Vivant et libre. Être passé pour rien. Pour être passé.

La Vie.


Alors, comme lui je suis libre, libre d’être en laissant la Vie, en oubliant la mort.

Et la poussière d’hier effacée, c’est un paysage propre et neuf. La boucle est bouclée. Les billes tintent à nouveau dans ma poche.

J’ai retrouvé mon père.

François
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francoisdalayrac



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MessageSujet: NOIR ET BLANC   Jeu 12 Avr 2007 - 8:44

NOIR ET BLANC


Dans un rectangle de la nuit qui tisse de la dentelle au trou du silence violent des néons, rencontre du hasard au coin d’une rue qui s’enfuit, éventrée de vent.

Deux regards sortis d’une eau morne et difficile s’enlianent d’étrange audace dans la pavane tauromachique des chairs à vif d’espérance.

Sous un Ciel rauque, comme un chant hérissé de toutes les semences du possible, à fouiller en soi jusqu’au sang dans le mystérieux de l’offre et du recul.

Brutale et exquise acuité des sens qui mord à la fibre du ventre dans une flamme violente et deux merveilles de corps qui s’y mettent aux enchères dans un accord tacite.

Et ce sont deux ombres muettes qui se consentent en se frôlant aux épaules quand elles arpègent leurs pas dans le noir qui s’effrite.

Jeté au feu, dans le luxe de deux draps propres d’une chambre banale à pleurer, tout ce qui fut et tout ce qui sera.

Tandis que le long des arbres dépareillés la confusion des bruits du dehors s’oxyde, s’ankylose peu à peu sous leurs doigts éclaireurs,

Ils se sont apparus sous leurs mains - poissons vives et précises, dans leur simplicité apprivoisée de chevaux de guerre aux muscles bandés,

Avant de rouler sur la douceur de leurs peaux différentes, mais comme un unique beau marbre bicolore,

Dans une psalmodie de désir et de crainte de l’abandon au péril de l’intime abîme qui s’acharne à découvrir toutes les fragilités de l’âme

Et qui se prolonge jusqu’au trop de plaisir versé comme un parfum d’abondante chevelure flambé au rhum de l’écorché vif. Trop de plaisir cette fois,

Pour en avoir parlé la gorge nouée de leurs indicibles espoirs de réveil d’orange, un soleil à leurs pieds à en inonder l’horizon,

Pour en avoir gardé la solidité de ce goût et de cette odeur de fougère sauvage lâchée dans leurs souffles jusqu’à en dissoudre les chairs anciennes pour un seul corps de gloire,

Pour en avoir scellé de trop de baisers de langues et de salives l’oubli sur les fêlures de leurs errances à inventer l’autre,

Pour n’y rien trouver d’autre que l’oubli de leur lassitude nocturne à rêver à leurs vagues chimères, à en être désormais saufs de déchirure.

Alors, maintenant, ils dorment, flammés de cette bulle de savon éclatée qu’a été cet orgasme aux cris partagés, les cuisses déliée.

Ils dorment, noir et blanc, blanc et noir emmêlés, démêlés pour mieux se tisser de nouveaux désordres harmonieux de soie iodée de mer à leur écume,

D’un sommeil apaisé qui les a surpris de confiance dans l’incessante oscillation du berceau de milliers de mots soupirés.

A se bâtir une mémoire spontanée de lèvres, de doigts, de sexe et de milliers d’autres choses révélées à eux seuls sous leurs chairs,

Hors de toute honte, de tout regret, de tout dégoût, innocents dans l’énigmatique légèreté alourdie de la nudité de leurs sexes désormais sans souillure dans leur gémellité,

A l’abri des masques figés de mort sous les crachats du vulgaire qui fait encore crédit à l’idée du laid et du sale.

Amants éreintés de trop de chaleurs échangées, de trop de caresses dans tous les sens, de trop de respirations de sables chauds,

De trop de sèves récoltés par chacun d’eux en l’autre et en lui - même, à en lapider les vieilles nuits désolées de leurs glandes,

Ils sont beaux.

Ils sont beaux à n’en rien changer, pour une Vie, une heure, une minute seulement, qui sait, mais d’amour totalement vêcu. Ils sont beaux,

De croire au jour qui vient comme l’archer habile croit à sa flèche, de croire à demain qui pour eux coulisse dans des draps si légers qu’ils y rencontreront toute une liberté d’ailes.

Et pour cela, je vous le dis, ils sont beaux.

Je vous le dis.

Pour ceux qui n’y croiraient pas encore.


François
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MessageSujet: Re: Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève   Dim 22 Avr 2007 - 21:46

François,

Quel intense plaisir de lire des poésies telles les tiennes : je lis très peu de vers libre, souvent rebuté par une tendance minimaliste qui veut décliner "l'expression pure de l'essentiel", mais expurge ce faisant toute musicalté, toute image qu'un vocabulaire riche pourrait enluminer.

Ta poésie foisonne d'aquarelles, d'eaux-fortes, elle est voyage, plonge ton lecteur dans les méandres de ses souvenirs, de ses questionnements, de ses errances et de ses émotions.

Toujours à la limite entre le son et le sens, ces fleurs de pensées aux couleurs chatoyantes retentissent aux échos de nombreuses assonances et allitérations, qu'un choix souvent très judicieux de longues et de brèves met harmonieusement, chaleureusement en valeur : Noir et Blanc en est illustration.

Pour en avoir parlé la gorge nouée de leurs indicibles espoirs de réveil d’orange, un soleil à leurs pieds à en inonder l’horizon,

Pour en avoir gardé la solidité de ce goût et de cette odeur de fougère sauvage lâchée dans leurs souffles jusqu’à en dissoudre les chairs anciennes pour un seul corps de gloire,

Pour en avoir scellé de trop de baisers de langues et de salives l’oubli sur les fêlures de leurs errances à inventer l’autre...

Merci d'avoir écrit cela.

Didier

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Recueil de François d'Alayrac - La Nouvelle Ève

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