Les croix pleurent des ombres
Les croix pleurent des ombres
Aux contours engourdis,
Les arbres de Justice
Dressent leurs bois au ciel,
Les requiem se couchent
Aux pieds de l'organiste.
Et le temps tire encore
La corde de l'ennui.
Les urnes funéraires
Se vident de leurs cendres,
Les doutes des croyants
Arrosent le désert,
Les braises se rallument
Aux pieds des suppliciés.
Et le temps se retire
Au fond des sabliers.
Les forges font des clous
Aux portes des enfers,
Les rêves de grandeur
Rougissent les parquets,
Les cantiques s'entonnent
Au pied des auteliers.
Et le temps se balance
Du haut des tours de guet.
Les fusils sont faisceaux
Aux tranchées militaires,
Les drapeaux sont plantés
Au fronton de la peur,
Les armes tambourinent
Aux pieds des condamnés.
Et le temps fait la claque
Aux servants du canon.
Les fourches sont Caudines
Sur les champs de batailles,
Les malheurs aux vaincus
Égrènent des prières,
La musique se met
Au pied des clés de sol.
Et le temps se décline
Au pas décadencé.
Les oraisons funèbres
Abjurent des mensonges,
Le sang coule glacé
Au cœur des angineux,
La terre colle un peu
Aux pieds des en allés.
Et le temps se raccroche
Aux chaînes des goussets.
Les cimetières enfilent
Des perles de granit,
Les cyprès se désolent
En allées de silence,
Les promeneurs s'inclinent
Au pied des croix de guerre.
Et le temps meurt de froid
Sur les pierres tombales.
Nilo.
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"... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche" Léo Ferré, La vie d'artiste.