Les mots meurent d'ennui au fond des dictionnairesLes mots tracés du doigt au sable du désert
S'envolent dans le vent des matins de tempête
Et deviennent alors paroles de prophètes,
Parvenant jusqu'à nous en livres de prières.
Les mots écrits au vent des brises océanes
Se mélangeant à l'eau du fonds des baptistères,
Ne sont plus psalmodies mais appels à la guerre
Lancés par des croisés qui chevauchent des ânes.
Les mots gravés au fer sur des pierres tombales
Se souviennent des noms, du fond de leur granit,
De ceux qui sont partis avant qu'on ne récite
Leur oraison funèbre écrite en capitale.
Les mots que leurs auteurs voudraient tendres et doux,
S'abstenant de ratures, morts-nés de certitudes,
Pleurent les larmes sèches, au goût de solitude,
Des poèmes sortis, un jour, de l'Amour Fou.
Les mots des testaments, validés par notaire,
Glissés sous enveloppe au lourd cachet de cire
Par nombre de vivant à l'orée du mourir,
Nous livrent des secrets qu'il faudrait parfois taire.
Les mots, dits à genoux, des sombres confessions
Racontent les mensonges et furtifs adultères
A l'abri d'une grille épargnant le Mystère
Du murmure étouffé des fausses contritions.
Les mots qui se voudraient des armes invincibles
Sous les titres accrocheurs des traités capitaux
Sont gnose de comptoir, vendus sous le manteau
Par des idéologues à la prose illisible.
Les mots qu'on ne lit plus, enfouis sous la poussière,
Subissent le martyre au pilori des pages
Où ils sont exposés sans forme et hors d'usage.
Les mots meurent d'ennui au fond des dictionnaires.
Nilo.
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"... Tu lui diras que je m'en fiche. Que je m'en fiche" Léo Ferré, La vie d'artiste.