Max
Un solide pieu, profondément ancré dans le sol, ne semblant pouvoir être brisé ni déterré, fixait une longue chaîne tout aussi indestructible que lui. Un homme - il se nommait Max - était attaché à l'autre bout de cette chaîne, et, bien qu'elle était longue de plusieurs kilomètres, il était donc lié au pieu bien fixé à terre.
Il était triste, Max, car du sol où il était enchaîné, il voyait haut dans le ciel d'autres silhouettes qui volaient au-dessus de lui, et qu'il ne pouvait rejoindre. Non pas qu'il ne savait pas voler, mais que le lien métallique était bien trop court pour atteindre une telle altitude. Bien sûr, certains de temps en temps descendaient le voir, mais ce qu'il aurait voulu, c'est pouvoir monter, lui, et non les voir descendre.
Ainsi vivait-il, Max, enchaîné à terre lorsque les autres volaient au-dessus de lui. Souvent, longtemps il regardait le ciel, contemplait les silhouettes qui se mouvaient, et les nuages qui se formaient. Il rêvait de pouvoir aller là-haut, parmi toute les formes blanches qui se présentaient à lui, ici-bas, et était triste d'être ainsi prisonnier de la terre.
Il en parlait aux autres, à ceux qui descendaient, et ils ne comprenaient pas. D'où voyait-il tant de forme, eux qui, si près de ce que regardait Max, ne les distinguaient pas ? Les nuages pour eux semblaient de coton, mais ne prenaient nulle forme, ne formaient nulle créature merveilleuse, nul paysage enchanteur. Juste des nuages blancs parmi lesquels ils volaient. Et de là-haut, il regardaient parfois évoluer Max, tout en bas.
Car il partageait aussi son temps en d'autres activités que contempler le ciel. Tout autour du pieu, il avait bâti une maison, de pierre et de bois, dans laquelle il vivait confortablement. Juste à côté poussaient de nombreuses plantes, toutes savoureuses une fois cuisinées, qu'utilisait Max à chacun de ses repas, qu'ils fussent légumes qu'il arrachait de terre, ou arbres dont il cueillait les fruits. Ainsi prenait-il le temps d'entretenir sa maison, et de s'occuper de ses plantes, pour se faire un festin qui le rassasiait, à chaque fois que la faim venait le voir.
Et quand le travail quotidien était terminé, et qu'il ne désirait pas se coucher dans l'herbe tendre pour contempler le paysage des cieux, il se promenait dans les bois qui entouraient sa demeure et son champ, se réjouissant de la vue des résidents des bois, respirant chaque odeur, écoutant chaque bruit, profitant de l'ombre de chaque feuille, suivant chaque sentier qui contournait les majestueux arbres à l'écorce rugueuse qu'il aimait toucher, en rêvant de ce qu'ils pouvaient eux-même ressentir.
Il le connaissait, ce bois. Combien de fois en avait-il exploré les recoins ? Mais pourtant, chacune de ses visites le vivifiait, et le rendait d'humeur joyeuse, humeur qu'il partageait avec ses visiteurs qui descendaient des nuages. Lesquels l'avait contemplé de là-haut, eux qui étaient malheureux.
Car dans le ciel, il n'y avait nulle maison pour se protéger des intempéries qui grondaient et menaçaient. Dans le ciel, il n'y avait aucun champ, qui donnait le repas quand la faim guettait. Dans le ciel, aucune forêt, ni de forme dans les nuages, ne les faisaient rêver. Pris dans la tempête, ou angoissés à l'idée de ne rien trouver à manger, à ces moments-là, ces habitants des nuages regardaient vers le bas, et voyait Max, qui ne craignait pas la tempête sous son toit, ni la faim dans ses cultures, ni l'ennui, quand il se promenait dans l'herbe ou entre les arbres. Et ils pensaient, bien qu'il soit enchaîné, qu'il était bien plus libre qu'eux.
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Si on ne peut être sûr de rien, peut-on être sûr qu'on ne puisse être sûr de rien ?